CHAPITRE IL
Substances neutres formées de carbone^ (V hydrogène et
d^oxigène,
Ç1218. Ces substances sont très nombreuses; elles se partagent en trois sections.
La première renferme les substances représentées dans leur composition par du charbon et de Teau, comme le sucre;
La deuxième, celles qui le sont par du charbon, de l'eau, plus un peu d'hydrogène : telle est la mannite;
La troisième, celles qui sont très carbonées et très hydrogénées : là , se trouvent les corps gras , les résines, l'alcool , l'éther, etc.
SECTION L
Substances neutres représentées dans leur composition par le
charbon et Veau.
:>.2i9. Â cette section appartiennent les gommes, ou plutôt l'arabine, la cérasine, la bassorine dont elles se composent, la lactine, la pectine , les diverses sortes de sucre, l'amidon, la ' dextrine, le ligneux, et probablement plusieurs autres substances, qui n'ont point encore été analysées.
iOlTIGLB i*'.
Arabine^ cérasin^j bassorine.
2220. Ces substances ont pour caractères d'être solides, incristallisables, insipides, incolores, sans odeur, inaltérables à l'air sec, insolubles dans Falcool, incapables d'éprouver la fermentation spiri tueuse , facilement décomposables par l'acide azotique , qui les fait passer en partie à l'état d'acide mucique, et susceptibles de former avec l'eau une sorte de gelée ou de mucilage. Ce sont elles qui, par leur mélange ou isolent ent, constituent les diverses gommes : celles-ci contiennent seulement en outre un peu d'autres matières. (M.Guériu, Jlnn, de Ch. et de Phys.y xlix, 248.)
2221. Arabine. — Nous nommouâ ainsi, avec M. Ghevreul, la substance dont se composent presque entièrement la gomme arabique et la gomme du Sénégal.
Indépendamment des propriétés qui précèdent, l'arabine présente encore les suivantes : elle est transparente, friable et à cassure vitreuse, lorsqu'elle a été desséchée. De i5o à 200**, die se ramollit et se tire en fils» En clevap.1 daNwiVai^ V Vçiçbl^,
556 sï;bstances neCTiieà.
|)('ratiiL'c, c;llc se boursoufle, se noircit et se décompose com-l^^
plèlemcnt. | ^^
F^'arabine est très soluble dans Feaii; mais elle Ini oonlmQ-
te
nique tant de viscosittS que bientôt la liqueur ne passe pins à j ^ travers les filtres et qu'alors mt'me il est impossible de jugera 1 ^ la solution e^t rebelle. En effet, Teau he flitre plils^ si elle afo- 1 f tient sur loo plus de 17^75 d'arabine à ao*>. Ou plilâde a3iSi ' ^ a 100^. Conservée dans le vide, la solutioxi d'arabilië lie h'iltérc pas. Au contact de Pair, elle finit par dévenilr seîÛiUement acide. Grillée de manière à n'en dégager àuciln gdz^ eDe acquiert la propriété de se dissoudre plus aisëniént dans l'eàii.
Lorstiii'on la traité par les alcalis faibles, elle ténÀe dal cothposes qui ont d'abord l'aspect du lait baillé^ et se dîM-»i vent ensuite. Elle s'unit également à plusieurs autrâ oiidèS; surtout au protoxide de plomb : la combinaison peut m^ s'effectuer directement avec l'oxîde ttès divisé sous Tinfluence de Teau bouillante; mais on l'obtient plus facilement ,. soit tn mêlant une solution d'arabine avec du sous-acétate ou du sousazotate de plomb, soit en versant de l'azotate de plomb dans une solutioii mixte d'arabine et d'ammoniaque; jusqu'à ce qdè toate l'ammoniaque soit saturée, sans que la tbtânté dé VêiAiBi soit précipitée : le dépôt est blanc, câséifoHnb, ëoinpcfsE è 61,76 d'arabine, et de 38,25 d'oxide de plomb, d'ôli rôii Toit que l'oxigène du plomb est le 12* de celui de l'atâbinci
Plusieurs sels peuvent aussi se combiner avec l'arabine: tels sont entre autres le sulfate de peroxide et le sesqiii-dilûrure de fer. Que l'on mêle une dissolution, d'arabine â une dissolution de sulfate de ])efoxide, il se produira tout-i-cMp un coaguhim orange insoluble danâ 1 eau ftoide : de Fw» contenant seulement la millième partie de son poids d'anSoimc se trouble et forme un dépôt jaune, vingt- quatre beiirès apts qu'on y a ajouté du sulfate de fer. Le sesqui-chlorure sèipteiià en gelée brune translucide avec une solution concentra d'arabine. L'azotate de protoxide de mercure donne un précipité qui se redissout d'abord par l'agitation , mais qui enstdté devient stable en étendant la liqueur d'eau.
L'acide sulfurique concentré la colore à peine à la température ordinaire -, il la transforme en une autre matièire d'ap Karence gommeuse et douée des mêmes propriétés, selon [. Braconnot , que celle qui provient de l'action dé Cet âcidë sur le ligneux. Ainsi modifiée^ elle devrait donc pasèèti l'état de sucre de raisin en la faisant bouillir avdc l'àcidë ÂtdfdHque étcHdù ; et ceperidànt M. Guérîû assure c|ù'cn trâttant Paiâ^ bine, comhié le ligHeùx ou l*^- ^iffonèj par l'acide Mlftlriqnr , où obtient à la vérit'' Uux grentis ètyàni tÀé
saveur sutrëe , mais qui refuserit clè ftrriièiïtèr àv6è là IfcViire ie bière. Il n'en est plus de même lorsou'on emploie* direc- :ement l'acide affaibli. En efiei;,MM. Biot et Pe^Âb^ btttvu jùé 7^8 gi-âmîaès de gôinme ardbidtîe dissous, d'abt^f d âsÀïà kjQM gtammès d'eait, puis nièlë^ f^-S-peù i^et ^36 ;rmiineâ d'aëidë sulfurique dti coiiùiiercè, é^ trddsfc^rïtt^itëiit proniptement et complètement en sucre féntièrite^cîWé,' éiipdrtâtlt là liqueur à U tènitiéràttirë dé 96^. {^Ahh. de CktJn. et ie Phjrs.y t. lu; p. 87.)
Tiaitée par deux fois son poids d^âëidè âzbiiquë , l'âîrâblùé donne de l'acide oihalhydrique et de Pacldè ihticiqiie ; à^ec
iheiicè à se produire dé l'acide oxalicjùe.
Ndh-sëuleriient l'alcool rie dîsiTbUt ^ôitlt rarafcme, "Ûmi même il là sépare de Tèàu sous formé dé flbcdiiS biaiids.
Tdutefoîs, le meilleur réactif pour en déirioiitrer là présèricç dàlis ilii liquide, est le sôus-àcétate de plomb. Ce réàctîtrènd blancbe l'eau qui en contient quelques traces.
M. Thomson adihet une combinaison entré l^aràbîriè et le sucre : il en donné pour preuve, qii'en évaporant del'èàucnargée de ces deux substances, et qii en traitant le résidu par l'alcool, l'arabine, qui y est insoluble, retient toujours une petite quantité de sucre qui est , au contraire, soluble dans ce reactif.
L'àrabine est un des corps immédiats des végétaux les plus répandus ; on la rencontre dans toutes les parties Aes plantes bêrbacées, dans tous lès fruits, dans un assez grand uompre de racines et de tiges ligneuses , enfin dans toutes les feuilles^
Les beaux échantillons de gominè arabique du Sénégal
K" uvent être, jusqu'à un certain point, considérés comme de ràbine pure. Cependant, pour l'avoir exempte de toutes matières étrangères, il faut 1 extraire de sa combinaison avec l'ôxide de plomb, en la traitant par lé gaz sulfhydrique , comme l'oxalate de plomb dont on veut extraire l'acide oxalique.
jL'arabiné contient sur ioo, d'après MM.
Oay-Lussac et Thenard. (i) Berzelii^. (a) 6ii|^riD. (3)
Carbone 42,23 42,683 43,81
Hydrogéné..,. 6,^3 è,3^i ë,iô
Oxl^ène 50,84 80,944 46,8^
) L'alnàijrsè a èlé fëiti éii q^t^X soi* à4 bAUri iEI|i&llllàilâ Si ifoiùttié âraunaiit cbhipte dls^Atàlifti^es ftMitil!st)&e I& |oàJrii Hiiif^iiiâif . (3) L'analyse a été faite en opérant sur Tarabine unie à Toxide de plomb. (3) L'analyse a été failc en opérant sur Tarablne e\\ft-mfew\«.
Les deux premiers résultats donnent pour formule
Le dernier C*W^O^
DifTérence di4e, suivant M. Gùerin, à ce qu'il a séché Parabine dans le vide see, à la température de 128% tandis cjue MM. Gay- Lussac et Thenard ne Pont séchée que dans l'air et au degré de chaleur de l'eau bouillante.
2222. Cérasine. — La cérasine fait partie, selon toute apparence, de toutes les gommes qui exsudent des arbres de nos climats, et particulièrement du cerisier.
Pour l'obtenir, on met en contact une partie de gomme de cerisier avec 4oo parties d'eau à la température de 20*, en ayant soin d'agiter la liqueur de temps en temps; au bout de 1 2 heures, on la décante pour la remplacer par une même qua^ntité d'eau, et ainsi de suite jusqu'à ce qu il ne se dissolve plus rien ; la partie insoluble est la cérasine : on la fait égoutter sur une toile, puis on la dessèche au bain-marie*
La cérasine diffère de l'arabine en ce qu'elle est demi transparente, plus facile encore à pulvériser, et qu'elle se gonfle un peu dans l'eau froide sans s'y dissoudre : en la faisant bouillir dans une grande quantité a eau pendant long-temps, on finit
{)ar en opérer la solution, et la convertir en arabine. D'aileurs^ comme la cérasine a la même composition que l'arabine, ces deux substances sont isomériques.
2223. Bassorine. — Cette substance est facile à distinguer, parce qu'elle est demi transparente , difficile à pulvériser, qu'elle se gonfle considérablement dans l'eau froide ou dans l'eau bouillante, et forme un mucilage épais s»ans se dissoudre; que traitée par dix fois son poids d'acide azotique, elle donne près de 23 pour 100 d'acide mucique, c'est-à-dire beaucoup plus que n'en donnent l'arabine et la cérasine; enfin qu'elle contient moins de charbon que celle-ci , puisque, d'après M. Guérin, elle est composée de 37,28 de carbone , 55,87 d oxigène, 6,85 d'hydrogène, et qu'en conséquence sa formule doit être C*<>H'^-^0".
Mais si l'eau ne fait que la gonfler, il n'en est pas de même de l'eau aiguisée d'acide azotique ou chlorhydrique. MM. Vauquelin et Pelletier ont observé qu'alors l'eau dissolvait presque complètement la bassorine à l'aide de la chaleur; ils ont même observé qu'en concentrant par une évapora tion douce la dissolution azotique, et y ajoutant de l'alcool très rectifié, il en résultait un précipité blanc, floconneux, assez volumineux, qui, lavé avec beaucoup d'alcool et séché, ne formait pas tout- à -fait la quantité de bassorine employée, et présentait les propriétés de iarabine. La bassorine sur laquelle ils ont opéré
GOMBIES. 3t9
: âait-eOe bien pure ? ce qui tendrait à faire croire qu'elle ne ) Fêtait pas, c'est qu'en évaporant la liqueur alcoolique, ils ont obtenu un résidu liquide, jaune, épais, légèrement acide, dont la saveur était amère, qui n'était troublé ni par la cbaux, ni par la potasse, mais qui devenait rouge avec ces deux alcalis, et laissait exhaler une forte odeur (T ammoniaque. (Vauquelin, BdL de Pharm.j U m, p. 56. — Thèse de M. Pelletier sur les gommes-résines, p. 23.)
.. La bassorine fait partie de la gomme de Bassora d où elle tire son nom, de la gomme adraganthe et de quelques gommes* résines du commerce.
Le meilleur moyen de se la procurer consiste à traiter la gomme de Bassora à grande eau froide, à renouveler l'eau jus- ([u'â ce qu'elle n'enlève plus rien à la gomnfie, à faire égoutter le résidu, et à le sécher d'abord entre des toiles, puis à la chaleur du bain-marie.
ARTICLE II
Gommes,
2224- Immédiatement après larabine, la cérasine et la basiorine, nous plaçons les gommes, parce qu'elles sont formées de l'une ou de plusieurs de ces substances immédiates, et qu'elles en ont les propriétés générales (2220).
On distingue six sortes de gommes : 1° la gomme arabique ; 2° la gomme du Sénégal ^ 3» la gomme des arbres fruitiers à noyau , gomme de pays; 4" la gomme adraganthe 5 5«> la gomme de Bassora*, 6<> la gomme des graines et des racines. Les cinq premières découlent spontanément des branches et du tronc des arbres qui les contiennent, quelquefois même du fruit, sous forme d'un mucilage qui peu-à-peu se dessèche et se durcit à l'air. Les gommes de graines et de racines s'extraient par l'eau bouillante.
A part quelques autres matières, le plus souvent en très petite quantité, la gomme arabique et la gomme du Sénégal ne contiennent que de l'arabine •, les gommes des arbres à fruits à noyau, que de l'arabine et de la cérasine^ la gomme de Bassora et la gomme adraganthjs, que de l'arabine et de la bassorine. Quant aux gommes de graines et de racines, elles ne renferment ni cérasine, ni bassorine , mais l'arabine qui s'y trouve est mêlée avec une assez grande quantité de matières étrangères.
2225. Gomme arabique, — Cette gomme découle de V acacia arabica- et de V acacia vera^ qui croissent sur les bords du Nil et dans l'Arabie. Oh la trouve dans le commerce sous forme de petites masses, arrondies d'un côté et creuses de l'autre. Elle
est trànâparëiite, iriodorë, cassante, facilement rëatlctiDle ëii . pondf'ë, taiitôt sans coùleui:, et tantôt colorëé en jaune, ôd même en rôiige brun. Ces couleurs disparaissent 6n s'aSaiblissent beaflcoup, lorsque là somme reste exposée long-lèmm aux rayons solaires, et mieux encore à une température de ioo°. Sa densité e^t de i,3S5.
Humectée, la gomme arabique rougît lé papier de tournesol , propriété qu'elle doit à un peu de malate acide de chaux, que l'alcool concentré et bouillant lui enlève en mèine temps que des tracés de cblôrurèsi de potassium et de calciùiiî, d'acétate de potasse.
Sa dissolution aqueuse, quoique filtrée, est toujours un peu loûchë, ce qui tient à une quantité très minime de matière insoluble et azotée, suiEsante toutefois pour que le produit de la distillation de la gomme soit sensiblement alcalin.
Abstraction faite de cette matière, ioo parties dé belle gomme contiennent 79,40 darabinfej 17,60 a eau, plus quelques centièmes de substances salines et terreuses- Aussi , en l'incinérant, donne-t-elle 2,5 à 3 pour 100 d'un résidu salin composé de carbonatt's de potasse et de cbaux, de phosphate de chaux, de chlorure de potassium, d'oxide de fer, a alumine, de magnésie, de silice.
La gomme arabique est employée en médecine , à cause de ses propriétés adoucissantes. Elle entre dans la composition dé plusieurs sirops et de beaucoup de potions. Les arts en tirent aussi un grand parti. Les fcoilfl^eurs s'eii servent pour faire les pastilles. On la dissout dans certaines couleurs pour les rendre brillantes et solides. Enfin, c'est avec la gomme arabique que l'on donne le lustre aux étoffes J
2226. Gomme du Sénégal. — Les nègres recueillent cette gomme pendant le mois de novembre sur V acacia sénégaL (i) Elle est en morceaux ordinairement gros comme des œufs de perdrix , rriàis quelquefois d'un volume beaucoup plus considérable , souvent creux , et ayant une forme ovoïde. Sa densité est égale à i,436.
Elle est formée de 81,10 d'arabine, de 16, 10 d'eau, dé 2 à 3 de niatières salines , en tout semblables à celles que contient la gomme arabique , avec laquelle elle se confond d'ailleurs par ses propriétés chimiques et ses usagés.
2227. Gomme de pdys. — C'est à l'époque de la maturité des fruits des arbres qui la contiennent , que l'écoulement de cette gomme a lieu, tl n'est personne qui n'ait eu occasion de remarquer cet ëcouleineht. Elle contient tout à-la-fôis de
(f) L'arbre qui la produit est haut de 18 à 20 pieds.