‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 2)Chapitre 90 sur 92 · TEINTURES ROUGES · texte numérisé non relu

TEINTURES ROUGES

^ e^j^trëmités sont posées sur deux fourches de fer, fixées elles- =. I mêmes sur les bords de la chaudière. Après avoh* placé sur la mit tour l'extrémité de la pièce dont le reste plonge dans la tein- 3 ture j on le met en mouvement , et bientôt toute la pièce passe Pt successivement du bain sur le tour, et du tour dans le bain î ^i alors on imprime au tour un mouvement contraire, pour que ^p la,partie plongée la première le soit la dernière à la seconde n immersion. Quant à la laine en toison , on la met sur une If espèce d'écheUe très large , dont les échelons sont très rapil proches*

Dans tous les cas, lorsque le corps est teint, on le lave à

grande eau pour le priver de la matière colorante qui n'est que

superposée.

2602. Après les considérations que nous venons de pré- , senter sur la teinture , il ne nous reste plus , pour terminer I ce que nous avons à dire à cet égard , qu'à faire connaître les

substances d'où l'on extrait les principales couleurs rouges , jaùnes.et bleues , qu'à indiquer celles de ces matières qui sont solides et celles qui sont fugaces , et qu'à considérer en particulier quelques-uns df^ procédés que l'on emploie de préférence dains les arts.

Teintures rouges,

2603. Les principales substances dont on se sert pour obtenir les rouges sont : le carthame qui a été examiné (2569) , la garance, le bois de Brésil, la cochenille, lorseille.

Gcaance (rubia Unctorum.). -— Cette plante, qui a donné son nom à la famille des rubiacées, appartient à la tétrandrie digyuie de Linné. Elle est cultivée à Smyrne , à Chypre, on Barbarie , dans la Zélande, en Alsace et dans plusieurs de nos départemens du midi. Les racine^ sont les seules parties de la phuite qui soient employées^ on le& arrache lorsqu'elles ont atteint Leur troisième année, et on leur fait subir ensuite dif* férentes manipulations qui ont pour objet de les trier, de les séchçi; ^ de les débarrasser de leur épiderme et de la terre qui les enveloppât , et de. l^s réduire en poudre plus ou moms fine. Cette poudrp est d'un rouge jaunâtre ; elle est renfermée dans des tonneaux bien secs où elle finit par s'agglutiner si fortement qu'on est obligé de la couper à coups de hache quwd on yeut s'en, servir. Op trouve cependant, dans le oosamerce , des racines de garance entières. Les teinturiers donnât la préfére:çice à celles qui oifre'lit une cassure d'un jaune rougeâtre très vif, et dont le diamètre est égal à celui d'un tuyau de plume.

2604. La garance contient irois matières colorantes ; deux

«48 «lATltaBS COLOÉLAHTBS.

^ongeç, fatizarine et la purpurine, et une jaune, Hi xantbme; elle contient en outre plusieurs autres substances dontlanatu^fe a été indiquée (a57o).

Elle est principalement employée pour teindre le lin et le coton eu rouge. Le rouge que l'on obtient est de deux sortes: Fun est appelé simplement rouge de garance, et Vautre rom tTAndrinople. Celui-ci est le plus vif : on tirait autrefois dn Levant les étoffes qui en étaient teintes ; mais à présent on en prépare en France qui ne laissent rien à désirer. Le procédé que Ton suit étant très compliqué et la théorie mal connue, nous ne le décrirons point : on peut consulter à cet ^ard k Traité de M. Ghaptal sur la teinture en rouge des Indes, et l'ouvrage de M. Vitalis.

Lorsque le mordant alumineux que l'on combine aveck coton contient une certaine quantité de sulfate ou d'acétite de fer, les teintes deviennent violettes. Or, comme le riokt foncé paraît noir, l'on conçoit qu'il est possible d'obtenir arec la garance , les sels alumineux et les sels de fer , toutes les nuances qui se trouvent comprises d'une part entre le rou» clair et le rouge foncé, et del'autreentre le violet clair elle noir. C'est en effet de cette manière qu'on se les procure dans les manufactures de toiles peintes. •

2605. On se sert aussi de la garance pour teindre la laine. Que l'on fasse chauffer une partie de garance avec aS oa 3o parties d'eau , et qu'on y plonge une partie de laine alunée , on obtiendra des couleurs d'un rouge plus ou moins fauve qui seront dues à l'alizarine , à la purpurine, à la xanthme^ et qui varieront en raison de l'espèce de garance, de la température à laquelle on teindra , du temps que l'on mettrai teindre, etc.

Je tiens de M. Roard qu'en traitant la garance d'abord par de l'eau chargée de carbonate de soude pour en séparer la matière colorante fauve , et ensuite par une dissolution de chlorure d'étain et de crème de tartre, on obtient un bain qui donne de beau rouge, non-seulement avec la laine, mais encore avec la soie, l'une et l'autre alunées préalablement, (i)

MM. Gonin sont parvenus à obtenir sur la laine, avec la garance , une couleur aussi belle et aussi vive que l'écarlate de cochenille , mais qui malheureusement ne résiste pas bien au soleil. Probablement que par leur procédé qui est resté secret, ils ne fixent que la purpurine.

2606. La garance est encore employée , ainsi que Fa fait

(i) Le carbonate eT)1ève sans doute la mniiÀrA {aune, mais il enlèiw en mém^ temm beaucoup d'^iV^ame*, W ti'^ ïk «\w ^<»j\\ va %^dv«çA«Lt yas.

TEINTUREâ R0(JaE5. M9

Mk Mérimé, à préparer une laque qui peut remplacer la laque carminée. Pour préparer cette laque , il faut d abord laver la garance à l'eau, afin de la priver du mucilage, de la gomme et !i de lar matière colorante jaune qu'elle contient : à cet effet, Fon c délaie, comme le conseillent MM. Robiquet et Colin, chaque i kilogramme de garance moulue dans 4 kilogrammes d'eau, on E laisse macérer dix minutes, puis on soumet le tout à l'action ! d'une forte presse. Dès qu'il ne s'écoule plus de liquide, on procède successivement à un second et à un troisième lavage , en comprimant la matière comme la première fois. La garance , de jaune qu'elle était , a pris une assez belle nuance rosée; dans cet état, on la mêle avec 5 à 6 parties d'eau et une demi-partie d'alun, on cbauffe le mélange au bain-marie pendant trois heures , en le remuant de temps à autre avec une spatule de boîs, on le jette sur une toile serrée , et après avoir pressé le -résidu , on filtre toutes les liqueurs réunies dont la teinte est d'un beau rouge cerise foncé. C'est en versant peuà-peu une faible dissolution de carbonate de soude dans ces liqueurs que l'on en précipite la laque : les premières portions que l'on obtient sont plus belles que les dernières , surtout en ayant soin de les agiter , de sorte qu'il est bon de fractionner les produits. Le carbonate ne doit jamais être mis en excès , car la laque deviendrait légèrement violette. Aussitôt qu'elle a été lavée à grande eau, on la recueille sur un filtre , et on la dessèche à une douce chaleur. Cette laque n'est colorée que par la purpurine. Avant de traiter par l'alun la garance épuisée par l'eau , l'on pourrait encore la mettre en contact avec une dissolution chaude de carbonate de sou- — de (2572); on enlèverait ainsi toute la matière jaune qui aurait pu échapper à l'eau , en même temps que l'alîzarine : la laque serait plus constamment belle.

2607. Il suit de tout ce qui précède que l'on ne sait pas teindre la laine en rouge de garance aussi bien que le coton. Beaucoup de recherches même restent à faire pour obtenir en peu de temps sur celui-ci des nuances. vives et brillantes. Celles de MM. Robiquet et Colin , de MMi Gaultier Claubry et Persoz ont jeté sans doute beaucoup de jour sur ces importantes questions; mais leurs' expériences ne sont pas complètes. Il est vrai qu'ils n'ont pas publié tous leurs résultats; peutêtre que ceux qu'ils n'ont pas fait connaître nous donneraient la solution du problème.

Quoi qu'il en soit, toutes les couleurs qui ont pour base l'alizarine sont très solides; toutes celles, au contraire 9 qui appartiennent i la purpurine n'ont pas toute ' la. soliditë désirable.

6*0 MATIÈafiS COLORANTES;

a6o8. Bois^ de Brésil. — Ce bois , ainsi nommé du lieu d'où il « nous est venu d'abord , prend encore le nom dcboisdeFemanir bouc y de bois de sappan ou de bois du Japon , de bois de Sainte^ Marthe et deBrésiUet. Ilnous est fourni , savoir : le premier , par le çœsalpinia crista qui croit au Brésil et à la Jamaïque : c est ^ le plus estimé; le deuxième, parle çœsalpinia sappan ^ le troisième, par le çœsalpinia echinata\ le dernier, par le cœsalpima vesicaria : c'est le moins estimé»

Le bois de Brésil est très dur, pesant, compacte, rouge à sa surface, pale à l'intérieur , lorsqu'il est nouvellement fendu ; sa saveur est sucrée , et son odeur légèrement aromatique; sa décoction est d'un beau rouge. M* Ghevreul en a retiré la matière colorante principale à laquelle il a donné le nom de Brésiline. Il l'obtient en évaporant cette décoction jusqu'à siccité , dissolvant le résida dans l'eau , agitant la liqueur ayec de l'oxide de plonçib, réitérant l'évaporation à siccité , reprenant le prodmt par l'alcool, filtrant la dissolution , la concen- ^ trant, y ajoutant de l'eau, puis une dissolution de gélatine; et enfin recommençant encore l'évaporation et le traitement du résidu par l'alcool : elle reste en dissolution dans ce liquide et s'en sépare par l'évaporation. La Brésiline est cristallisable en petites aiguilles de couleur orangée ; soluble dans l'eau 9 l'alcool, l'éther; décomposable en totalité ou en grande partie par la distillation; susceptible d'être décolorée par l'acide sulfhydrique et de présenter les mêmes genres d'altération dans sa couleur que Thématine en contact avec les acides et les bases énergiques.

La potasse et la soude font tourner au violet la couleur de l'infusion du bois de Brésil. Lès acides la font passer au rose ou au jaune , savoir : au rose ou quelquefois au rouge clair , lorsqu'ils appartiennent au règne minéral, qu'ils sont puissans et concentrés et qu'on en ajoute une quantité suffisante ; au jaune, lorsqu'ils sont étendus d'eau, ou lorsque, étant concentrés , ils appartiennent au règne végétal : du moins , c'est ainsi que se sont comportés, avec le papier teint par le bois de Fernambouc, tous les acides que M, Bonsdorn a examinés sous ce rapport. L'acide sulfureux est le seul dont l'action soit spéciale : il détruit la couleur. ( Ann. de Chim. et de Phys. , t. XIX, 283.)

LUnfusion de bois de Bri^sil donne lieu à des précipités de couleur cramoisie par son mélange avec les eaux, de chaux et de baryte , le proto^chlorune d'étain et l'aoétate de plomb ; la gélatine la troublent fortement.

Le bois de Brésil est fréquemment employé ca teinture. On s'en, sert pour donner à la laine un rou^e très viif, et faire de

TfiiirnmBs aouoisi mi

faux cramoiàê m^ la soie , e'est-à-^re des cramoisit imitant ceux qu'on obtient avec la cochenille. Pour le roiige sur laine, l'on prend i partie de bois de Femambonc, bien divise^ i5 i ao parties d'eau et 6 parties de laine ; l'on fait bouillir l'eau sur le bois pendant trois quarts d'heure, et l'on plonge la laine dans le bain bouillant pendant à-peu-^prës le même temps y puis on la laTe et on la Tait sécher.

Pour le faux cramoisi sur soie, l'on emploie les mêmes doses de bois, d'eau et de soie cpie pour le rouge sur laine ; l'on prépare aussi le bain de la même manière ; mais on y plonge la soie seulement, à la température de 3o à 60^ , pendant une heure et demie ; alors- on la passe dans une dissolution alcaline poinr donner la teinte cramoisie.

M. Dingler conseille d'épurer le bain , lorsque le bois est de qualité inférieure , en y ajoutant du lait écreiné : il paraît que la matière caséeuse en se coagulant entraîne la couleur fauve.

Les couleurs de bois de Brésil ne sont pas solides.

2609. Cochenille. -^ La cochenille est un petit insecte qui vit sur diusienrs espèces de cactus. On en distingue deux yariétés, fa cockemUe sykfestre et la cochenille fine oti Tnesthque» Toutes deux nous viennent du Mexique. La première se trouve encore à Saint-Domingue, dans la Caroline méridionale, dans la Géorgie , à la Jamaïque et au Brésil ; cette variété est plus petite que là cochenille, fine , et est revêtue d'un duvet cotonneux qui augmente inutilement son poids; mais ces désavantages, qui d'ailleurs sont compensés par la facilité avec laquelle on l'élève, disparaissent en grande partie à force de soinsj*

LatochetttUe àe técolte facilement; il ne s'agit que de l'enlevel: de dessus les cactus ^ à une certaine époque , de la faire mourir dans l'èàu bouillante , de la dessécher au soleil , et de passer cellequi est fine à travers un crible pour la séparer des bourres du coton des larves des mâles : alors elle est semblable à «ne petite grai'ne irrégulière , d'une couleur grise pourprëè.

^ 2610. MM. Pcîtettet» et CàvcntoU ont trouvé que la coche^ niMe mèsrtèque ^Halit cohipbsée de <iaf urine, d'une nMrtîêre*antJ maie particulière, d'une matière grasse et d'un peu de sels de nature diverse.

Hà nous aton^ examiné les propriétés Eè lâC^c^^iàe (iîSBoj : U faut actuellement dire quelques mpts dpl^.pfi^ animale , afin de concevoir sans peine les phénomènes ^qSM» pr^nte la dissolution de cochenille dans son contact aveewf^ férens corps.

•8i llAnÈftES COLO&ÀNTEfl,'

le digesteur , on finit bientôt par en dissoudre toute la matière colorante; on dissout en même temps les dernières portions de matière grasse, et un peu de matière animale : le résida est la matière animale pure* Cette matière est blanche ou brunâtre, translucide, insoluble par elle-même dans l'alcool, i'éther , les huiles , peu soluble dans l'eau , beaucoup plus soluble dans l'ammoniaque , et très soluble dans la potasse et la soude en liqueur.

Malgré son peu de solubilité dans l'eau, elle ea «st précipitée par tous les acides , sous forme de flocons blanchâtres ; die Test également par tous les sels avec excès d'acide^ die l'est même quelq^efois . par les sels neutres j mais^ alors elle s'empare tout à-la-*fois et de l'acide et de l'oxide : c'est ainsi qu'elle agit sur les sels de plomb , d'étain, de cuivre , d'ai^ent.

Enfin , mêlée à la carminé , elle est encore précipitée par les acides et par un grand nombre de sels ; et ce qui est digne de remarque , .c'est que tous les précipités se trouvent contenir beaucoup de carminé , quoique celle-ci soit très soluble dans Feau : aussi sont-ils très colorés. Le carmin parfaitement pur n'est même qu'un composé triple de matière animale , de carmine et d'un acide.

Les propriétés de la matière animale et de la carminé étant connues, il est facile de prévoir celles de la décoction de cochenille , décoction qui contient; beaucoup de carminé , plus ou moins de matière animale et un peu de matière grasse, (i)

On concevra tout de suite : i® pourquoi les acides rendent rouge la décoction de cochenille et y déterminent un précipité de cette couleur^ pourquoi le précipité est d'autant plus abondant que la décoction contient plus de matière animale et a été faite par conséquent avec une eau plus alcaline ; 2** par quelle raison , au contraire , la potasse , la soude , etc., font virer la couleur de la cochenille au cramoisi et redissolvent les précipités formés par les acides ^ 3^ comment il se fait que les sels ae zinc, les sels de plonib , le sulfate de cuivre , le proto-chlorure d'étain , forment , dans la décoction de co-

. (s) La cajçmiae favorise sans doute la solation de la madère animale et occattôniie celle (j|e la matière grasse ; ces trois substances semblent a\oir une asseï grande affinité Téciproqoe ; c'est pour cela probablement qae leur séparation est ^fiipile. Cependant MAI. Pelletier et Caventou rapportent qu'en agitant la décoction de oocheniUe a?ec de Talumine en gelée, tonte la carminé se précipite, cl ffu'il reste dans la liqueur de la mafici-c animale et de la matière grasse.

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