CHAPITRE I
Des équivalens chimiques ou nombres propor^nxk
3i!)4* Quand on parcourt les écrits des anciens, on s'ap bientôt qu'ils regardaient les composés chimiques coma vaut subir des développemens ansilogues à ceux des Gor|i' ganiscs , et qu'ils supposaient que ces composés se en acquerrant successiyement, et par nuances îns clémcns cpii entraient dans leur composition*
Or, si Linné a pu dire avec quelque raison, enpnl^ règnes organisés: Natura nonjacU sait us ^ il est ëriietf ' les découvertes de la chimie moderne ne permettent ]itf'
i)liqucr cette sentence au règne inorganique. Tontes Iffl yses s*accordent pour établir, en effet , que les corps pov une composition invariable, et passent de l'un àTnb^ des changemcns brusques, par de véritables sauts, saisf puisse observer aucune de ces modifications intennéi admises autrefois.
On ne saurait se figurer maintenant combien l'inflotfi ces idées sur la variabilité des composés chimique' grande et fâcheuse. Comment aurait-on mis quelque >> à déterminer par l'analyse les rapports des élémens d'fl> posé, quand on pensait qu'il n'y avait que leur'nature^ quelque chose de constant, et que leurs proportions pcw* varier à Tinûni? Aussi attachait-on peu de prixania*
3uantitatives. Presque toujours mal laites , soit à causci e soin qu'on y apportait , «oit à cause de l'inexactitiX procédés qu'on enip oyait , elles venaient confirmer k Diistes dans leur opinion , par les résultats discordas» même corps ne manquait pas d'oifrir dans des esssi fiécutifs*
Mais dès que l'observation et la réflexion eurent c Wenzel qu'il y avait dans quelques-uns des phénoD la nature, des indices certains d'une véritable constai la composition '^ ns, et d'une sorte de règle densl(
}i 'le ^tot trouver des niëtbod«saia
ÉQUIVALENS CHIMIQUES. 4tl
jflssez ûâicBtes pour vérifier la justesse de ses vues : exemple .remarquable de ce que le génie de rexpérience peut em» Dmnter aux vues théoriques par lesquelles se dirige un esprit supérieur !
En eflfet, Weniel, qui .publia en 1777 sa Théorie des affl' milésj peut être considéré , non-seulement 'comme celui qui le premier a fait des analyses exactes, mais encore, comme un .analyste que , de nos jours même , on est à peine parvenu à surpasser; et tandis que les analyses de Wcnzel peuvent être comparées à celles des plus habiles chimistes de notre époque^ Jes analyses de ses contemporains , celleS' même qui ont paru pendant les vingt>cinq années qui ont suivi la publication de son ouvrage, ne sont le plus souvent que des essais Jbformes*
C'est que Wenzel , loin d'admettre les combinaisons variables et indéfinies auxquelles on paraissait croire alors , avait compris les résultats de la double décomposition des sels.; qu'il avait cherché à vérifier la réalité de son hypothèse par i analyse chimique, et qu'il y était parvenu avec un succès 4|ui ne laissait rien à dosirer*
On doit donc aujourd'hui, lui rendre justice entière, et lui reporter tout Thonneur des premiers pas que nous ayons faits dans cette branche si importante de la chimie moderne., qui .constitue la théorie atomique.
Wenzel ayant reconnu , comme le savaient du reste les chimistes de son temps , que deux sels neutres qui se décomposent mutuellement , donnent naissance à deux nouveaux sels .neutres, parvint, à l'aide de l'analyse des quatre sels employés conformés y à remonter à la cause du phénomène*
•Par s^'i analyses d'une surprenante précision, il établit que le rapport qui existe entre les poids de deux bases, nécessaires ^ur saturer un même poids d'acide, ne change pas, quel que soit l'acide; et réciproquement, que le nipport qui existe en> .tre les poids de deux acides , capables de saturer un même poids de base, est invariable, quelle que soit la base.
D'où il suit que lorsqu'on décompose l'azotate de ohaux par le sulfate de potasse, l'acide sulfurique ne peut s'unir à la dchaux et former un sel neutre avec elle , sans abandonner préjciséraent la quantité de potasse convenable pour remplacer la sfaaux, c'est-à-dire pour saturer l'acide azotique devenu libre, (i)
Mais Wenzel ne fut pas compris, on ne sentit point la poi^
tée de ses vues. Les chimistes de son temps , préoccupés des
^andes découvertes de Lavoisier, étudiant avec ardeur les
'|»)Csit pv tmor ^e «es déeourerCes ont été attribuées à Rîcliter (,t3 t^V
nouveaux corps dont Schëele et Prietsley enrichissaient la science, n'étaient pas préparcs à apprécier le mérite d'une ani> lyse rigoureuse , ou à démêler les conséquences qu'on eu poUr vaît déduire.
Malheureusement^ un observateur moins habile , un esprit moins sage vint, peu de temps après, appeler l'attention des chimistes sur ce genre d'étude , et loin d^ntraîner la conviction par des faits précis , il souleva de justes défiances par les idées théoriques, vagues et confuses.
Nous voulons parler ici de Richter, l'auteur de la Sldchiomi^ trie chimique^ ouvrage où il établit comme résultat définitif de ses observations et de ses calculs, que si Ton prend les nombres qm expriment les quantités des bases et des acides capables de se saturer mutuellement, on trouve que les nombres relatifi aux bases , appartiennent à une progression arithmétique , ef les nombres relatifs aux acides , à ime progression géométrique.
Cependant , à côté de ce résultat tout-à-fait inexact , on trouve , il faut l'avouer, des remarques pleines de justesse, et qui auraient dû le conduire à des idées plus conformes à la vérité.
Ainsi, non-seulement, Richter confirme et étend la loi reconnue par Wenzel à l'égard des doubles décompositions ; mais il y ajoute une découverte importante : celle de la projM:iété qu'ont les oxldes d'exiger, pour se neutraliser, des quantités d'acides proportionnelles à la quantité d'oxigène qu'ib contiennent.
Probablement que les idées de Wenzel se seraient beaucoup plus tôt développées , surtout en France , si une discussion longue et animée , remarquable par la réputation des deux antagonistes , autant que par leur profond respect pour les convenances et pour la vérité , ne s'était élevée entre Proust et Bertliollet , et ne fût venue plonger les esprits dans de nouveaux doutes sur l'instabilité des proportions des principes constituans des corps.
Proust soutenait que chaque combinaison offrait une composition constante et ;iécessa ire. Bertholletcherchait à prouver au contraire que , dans nombre de circonstances , les corps présentaient des compositions variables et indéfinies; et l'opinion de Berthollet était faite pour inspirer aux chimistes qui la partageaient , un véritable éloignement pour les analyses quantitatives.
De nos jours , une appréciation plus vraie de la nature des composés chimiques , a donné à M. Berzelius cette conviction, ce\ie foi sincère dans la durée et Timportance de sou œuvre,