CHAPITRE VI
De t action chimique. — Chaleur et lumière qu^elle produit, r^
Théorie électro^chimique.
Dans les chapitres qui précèdent , nous avons cherché & «fixer les idées sur Tétat moléculaire des corps simples ou corn'posés, ce qui nous a conduit à étudier essentiellement les atomes  l'état de repos. Pour compléter l'exposition des idées générales de la chimie, il faut examiner les phénomènes qui se produisent quand ces mêmes atomes en mouvement s'unissent ou se séparent^ donnatit naissance à des corps composés, ou repassant à l'état élémentaire. Il faut montrer comment, de l'obeervation des effets qui accompagnent l'action chimique, on est remonté à des théories qui ont pour objet d'en dévoiler la tiause cachée, et qui méritent toute l'attention, quoiqu'elles ne soient pas généralement adoptées.
Nous avons déjà suffîsanunent établi pilleurs que l'action chimique est une action moléculaire , c'est-à-dire qu'elle ne devient sensible qu'entre des particules invisibles placées à des distances insen«îbles. Nous ne, pouvons donc pas voir comment les particules chimiques sont faites , comment elles se présentent l'une à l'autre, comment elles s'associent, et quelles modifications elles éprouvent pendant leur combinaison. Sur tous ces points, on ne peut fcHrmer que des conjectures qui ont ëté précédemment exposées et discutées.
Mais nous pouvons voir quels sont les produits matériels qui résultent de la réaction de deux ou plusieurs corps quelconques»^ Nous pouvons apprécier et mesurer même les mouvemens de fluides impondérables qui ont lieu pendant leur formation.
S'agit^ilde constater ou même de prévoir la nature et la quantité des produits matériels auxquels une réaction chimi-^ que donnera naissance? les expériences et les explications t>rdinaires de la chimie n'ont pas d'autre objet. S'agit-il. dci constater ou de mesurer tésfolution de chaleur, de lumière ou d'électricité, qui accompagnent l'action chimique ? on trouve daiis les appareils et dans les méthodes des physiciens tout ce qu'il faut pour y parvenir.
■y. Si:tièm0 édUion, ^^^
498 PHILOSOPHIE CHIMIQIII.
Maïs s'agît- il de démêler la cause qui produit tous oes effets? nous en sommes rcduits à des suppositions plus on moins vraîsemblablcs.
La première et la plus naturelle consiste ii supposer qu'il existe une force, en vertu de laquelle les molÀniIes des €om dissrmblabless'attirent et s'unissent étroitement: c'est VajlfinUé.
Remarquez bi(;n le vrritable sens de ce liiot et la rëserre extrônie avec laquelle il faut s'en servir. Par afEnité, les chimistes n'eivtendent point parler d'une force particulière, distincte, dont la nature serait déterminée. Ils ont voulu , pour éviter les périphrases, et pour 6xer les idées, désigner seule^ ment la cause quelconque des combinaisons chimiques. Que l'aflinité soit, du reste, une modification des lois de la gravitation , qu'il faille y voir une simple action électi^ique do molécules, ou bien qu'elle soit upe résultante de l'iMc^tîon eomhiné^ de diverses forces : c'est ce qu'on n'a pas prétendu dé* cider.
Dès long-temps, les chimistes ont eu cette fiSsQrve de pm-^ sée, et s'ils s'en sont quelquefois départis dans l'applioitioii, il faut s'en prendre sans doute à ce iacbeu3( effet de 1 habitude qui prête souvent aux mots une valeur qu'ils sont souvent fois d avoir, ou, pour mieux dire, il faut en accuser cette fàiblewt de notre esprit qui, accoutumé à se représenter les choses par des mots, ne peut plus accepter ceux-qi, sans y voir le signe d'une chose réelle et défiuie.
Si nous cherchons quel sens on attachait à ce mot avant Lavoisier, nous voyons que Macquer considère l'affinité contme démontrée par le détail des phénomènes dkieaiques. <( II ne cherche point la cause de ce grand effet. CTest peut- Être une propriété aussi essentielle de la matière que son étendue et son impénétrabilité, et dont on ne peut pas dire autre chose sinon qu'elle est ainsi. » On ne peut rien dire de plus: nous sommes lout-a-faitdeson avis.
Ce qui ne veut pas dire que l'affinité ne puisse être aussi bien une modification des autres forces qu'une force particn* lièrc ^ mais, dans l'état de la science, nous n'avons rien à dire de précis à cet égard, et le parti le plus sûr consiste à désigner, comme on l'a fait, la cause simple ou composée qui détennine les combinaisons sous le nom d'affinité.
L'effet est d'ailleurs assez distinct pour qu'un mot particulier soit nécessaire, et l'on peut présumer que si quelque Jour on venait à prouver l'identité de l'électricité et del affinité| il serait encore utile de conserver ce dernier mot; de ip^Kmf ^ue le mot magnétisme n'a pas été rayé des voicabulaires diO
Dfi L'ACTION ÇHIMtQÛta. 499
physiciens par les découvertes raodernes, qui tendent à en faire une simple modification de l'électricité.
Si la définition de Macquer se rapproche beaucoup des idées que nous pouvons admettre aujourd'hui sur la nature générale de raffinité , délies que Bergraann fit connaître peu de temp après, quoique toujours très réi>ervées , se dévelôpbent davantage et prennent ainsi un caractère plus précis.
Bergmann admet que toutes les substances de la nature, abandonnées a elles-mêmes et placées à des distances convenables, tendent à s'approther les unes des autres 5 effet que Ton désigne sotis le nom A^ attraction. Il rappelle les lois de l'attraction des corps célestes, et pour distinguer cette attraction, qu'il nomme attraction éloignée , parce qu'elle s'exerce à grandes distances , il désigne celle qui se manifeste entre les molécules , sous le nom particulier i!" attraction prochaine , parce qu'elle s'exerce à des distances insensibles. Ëergmann n'ose
S6int assurer que ces dtux sortes d'attraction soient réellement îfférentes. « Si Ton a égard à la distance des corps célestes, on peut négliger leur diamètre et les considérer comme des points graVitans. Il en est tout autrement des corps qui sont près les uns des autres: ici la figure et la situation non-seulement du tout , tnais même de chaque partie , produisent de gfatides variations dans les effets de l'attraction. Ainsi les quantités que Ton peut négliger dans l'attraction éloignée modlâent considérablement les lois de Tattraction prochaine. »
Sans se prononcer à cet égard, on peut dire pourtant que. Veà liaisons sur lesquelles Bergmann se fonde n'^ont pas la valeur qu'il leur prtte , puisqu'on est obligé, pour Texplicatioii de quelques-uns des phénomènes de l'optique, de concevoir que les molécules des corps sont si petites, et les espaces qui les séparent si grands , relativement à leur diamètre, qu'on voit reparaître entre eux des rapports analogues à ceux que les corps célestes présentent. D'où il faut conclure que si la figure et la situation des atomes ont une influence dans les combi* naisons chimiques, elle doit être établie par des raisonnemens d*Hne autre nature.
Bergmann appelle attraction de composition celle en vertu de laquelle deux corps se combinent.il nomme oZ/r^c/zb/t^VectiifB simple^ ceHequi détermine la décomposition de la craie par l'acide snlfurique, et attraction élective double , celle qui
Frodiiit la décomposition mutuelle du sulfate de soude et de aKOtate de baryte. Ces divisions sont peu nécessaires. Bergmann admet que l'ordre des attractions des corps est constant, quoiqu'il ait très bien vu ffue leur effet se modiue par la chaleur, par les attsaclioBS doubles^px Và^Ora^cî^xV^ ^^^\d.
500 PHILOSOPHIE CHIBAQUE.
formation de composés ternaires, et par l'excès de l'un des corps agissans. Cependant il ne faudrait pas sur cet énoncé admettre
Sue Bergmann ait eu conscience des découvertes que Bertholet t quelques années après sur ce sujet fcar on n'en trouve pas la moindre indication dans son traité des affinités chimiques ^ auquel nous empruntons cet énoncé ra])ide de ses opinions.
Ainsi Bergmann et ses contemporains , de même que les chimistes qui leur ont succédé jusqu'à BerthoUet , considéraient l'ordre des attractions prochaines comme constant, et se croyaient en droit d'étahlir ce qu'ils appelaient des taUes d'affinité. Ils s'apercevaient bien que quelques circonstances prises en dehors de Fattraction chimique pouvaient en troanler les effets, mais ils étaient loin de saisir leur importance et leur véritable rôle.
Leurs tables d'affinité avaient pour objet de faire connaître les produits qui devaient prendre naissance quand on mettait deux corps en présence; ils croyaient ces tables exactes, sauf le cas ou quelque circonstance physique venait troubles les effets de l'affinité. Pour faire comprendre d'un mot l'im* mense différence qui existe entre ce point de vue et celui de BerthoUet, il suffit de rappeler que ce grand chimiste a pronré qu'on peut, tout au contraire, prévoiries phénomènes chimiques déterminés par l'intervention de quelques propriétés physiques des corps , tandis que ceux qui s'expliquent par raffi* nité pure échappent, pour ainsi dire, à toute prévision.
Ainsi, Berthoilet a su démêler la règle dans les exceptions des anciens ; il a fait voir d'ailleurs qu'ils avaient confondu sans cesse des faits complexes et où les propriétés chimiques jouaient un grand rôle, avec les faits d'affinité pure et simple; ce qui suffisait pour entacher d'erreur toutes leurs tables d'af-finité.
C'est surtout en étudiant les propriétés générales des sels,' que Berthoilet a mis en évidence ses vues profondes sur les modifications que l'action chimique éprouve , par l'intervention des propriétés physiques des corps. Quoiqu'il en ait été question déjà dans une autre partie de cet ouvrage, on ne peut se dispenser d'en tracer ici de nouveau une esquisse sommaire. Si, dans une dissolution d'azotate de potasse , on ajoute de l'acide sulfurique, on pourra concevoir que, tout demeurant dissous, la potasse se sera partagée proportionnellement entre les deux acides, et aura produit ainsi et tout à-la-fois du sulfate de potasse et de l'azotate de potasse , laissant de l*acide sulfurique et de l'acide azotique libres dans la liqueur. Cet état d'équilibre est naturel, et se conçoit très bien, dès qu'on suppose aux deux acides wu^ éu^v^v^ à-^çu-çrès égale.