DE L'ACTION CHIMIQUE. 8Ô
Maïs qu'on ëlève la tempërature, çt les circonstances clian* geront complètement ; Tacide azotique libre, étant le plus vo* latil des quatre corps , se convertira lé premier en vapeur. Le résidu ne se trouvera plus dans les conditions primitives d'équilibre , et l'influence de l'acide sulfuriquè libre n'étant plus balancée, celui-ci décomposera une nouvelle dose d'azotate de potasse, et mettra en liberté une nouvelle dose d'acide azotique: de proche en proche, et à mesure que l'acide %zo«> tique prendra l'état de vapeur , l'acide sulfuriquè, s'unissant h de nouvelles portions de la base , finira par la saturer tout entière, tandis que l'acide azotique mis successivement en li- ])erté finira par disparaître en totalité du mélange.
Si dans un sel ammoniacal on ajoute de la potasse, il se forxne un mélange analogue ; mais la chaleur, en dégageant la
{)ortion d'ammoniaque libre, trouble cet équilibre, et bientôt 'ammoniaque a totalement disparu, et se trouve remplacée par la potasse.
Ainsi, quand un composé binaire est mis en présence d'un corps qui peut s'unir à l'un de ses élémens, il se fait une àé-^ composition qui est presque toujours limitée; mais si l'élément déplacé par cette addition est éliminé , en vertu de quelque propriété physique , la décomposition devient bientôt complète: phénomène facile à concevoir puisque, à mesure qu'une portion de l'élément mis en liberté s'échappe du mélange, le corps décomposant peut en déplacer une égale quantité,
n est évident que si, au neu de supposer que l'élément libéré soit volatil, on admet quHl soit insoluble , les circonstances seront encore les mêmes. La précipitation d'un acide ou d'une base insoluble s'expliquera donc de la même manière, et l'on n'aura pas de difficulté à comprendre qu'elle soit complète, pourvu que la matière précipitante soit employée en suffisante quantité.
Il faut appliquer aux doubles décompositions ce que l'on yient de dire des décompositions simples.
En effet, si l'on mêle Jeux sels solubles qui puissent, en réa* gissant, donner naissance à deux au très sels, également solubles, on peut concevoir un partage entre les deux bases et les deux acides, qui produise les quatre sels possibles. Tel serait un mélange d azotate de potasse et de sulfate de soude, dans lequel on pourrait admettre l'existence simultanée des sels suivans t
Sul&le de soude, Sulfate de potasse.
Azotate de soude.
Azotate de potasse.
Cet état d'équilibre se maintieudmX iNoX^çsftTv^XLXA^^sS^-
portion de sulfate de soude viendra réagir sur l'azotate dépotasse non d(^coniposé, et reproduira du sulfate de polaase. Si on éliminait encore celui-ci ^ à mesure qu'il se formerait^ OB obtiendrait enfin une décomposition totale des deux sels employés, et elle serait évidemment due à la cause physique quelconque qui, en éloignant le sulfate dépotasse du mélange,, aurait changé sans cesse les conditions d'équilibre auxqaeUes celui-ci tendait à s'arrôler.
Tout mélange de deux sels capables de donner naissance à un sel insoluble, se trouvera précisément dans cette condition^ et il devra s'ensuivre une décomposition totale.
D'où il 6uit que si on m£le du sulfate de soude et de l'azotate de baryte , la dv'composition réciproque sera détenninée par l'insoiunilité du sulfate de baryte. En effet, chaque molécule de ce sel. qui prend naissance , se précipite hors de la sphère d'action où sa présence serait indispensable pour maintenir l'équilibre entre les quatre sels, d'abord produits. Par suite une décomposition réciproque complète devient inévitable. Un tel njélangc pourrait fournir d'abord , comme ou Ia vu déjà, les quatre stls suivans :
Sulfate de soude.
Su I taie de bar) te, A/oti«(c de soude, Azotate de baryte.
Mais Tacido sulfurique, qui tend à se partager entre les deux bases, ne pourrait demeurer uni à la soude qu'autant qu'il y aurait en présente du sulfate de soude une certaine quantité de sulfate de baryte. A mesure que celui-ci se forme, il se pré- • cipite. Il faut donc que l'acide sulfurique se partage de nouveau entre les deux bases, qu'il reproduise du sulfate de ba- ^ ryte qui seprécij)il( ra de nouveau, et ainsi de suite jusqu'à ce que la réaction soit accomplie.
Voilà comment des phénomènes expliqués .autrefois par l'affinité des corps sont devenus entre les mains de Berthollet de simples accidens déterminés par des propriétés purement pbysiqut'S, capables d'éloiener l'un d(is corps formés du théâtire de l'action chimioue. Que ce corps se sépare parce qu'il est gaîjeux , parce qu il est insoluble, parce qu'il est fusible ou disposé à se figer . tout cela revient au même, et sa séparation déterminera con si animent la réaction.
Bien entendu qu'en ce qui louche la dissolution, le résultat
DE- VÀJGflO^ CHIMIQtJK. SOgp
Tefier les conditions de sotubilite ou d'insolubilité. Aussi M.Pelouze a-l-il vu récemment l'acétalede pousse endissola-' tioB dans l'akool se décomposer sous l'influence de Facide cav» bonique , tandis que le carbonate de potasse dissous dans l'eau se décompose instantaiiémf'nt, dès quil a le contact de Tacide acétique: pbénomèae très facile à comprendre en se rappelant -que le carbonate de potasse est insoluble dans l'alcool.
Ainsi, dans les occasions très nombreuses^où l'un des corps
pari atnaite des corps en présence que par la volatilité ou l'insolubilité de ce composé.
En e£Fet, rien de plus facile, toute affinité mise décote, que de prédire le résultat d'une réaction chimique, quand on sait qu'elle peut fournir un, corps volatil ou insoluble , selon les circonstances. Mais est-ce à dire que l'affinité n'intervienne ^n rien dans ces réactions? C'est ce que je n'ai jamais admis»
M. Gay-Lussac, ayant développé, il y a quelques années, les conséquences de la loi découverte par Bertholiet , a cru pouvoir établir que dans les phénomènes qui nous occupent l'affinité à fort peu de part. Parmi nombre de faits qu'il cite à Tappui de son opinion et qui ont été rappelés déjà, je me borne à reprendre ici comme caractéristique l'exemple de l'action de l'acide sulfuriq'je sur le borax. M. Gay-Lussac admettait qu'en versant de racide snlfuriaue dans une dissolution étendue de borax, tout demeurant dissous, la base devait se partager entre les deux acides proportionnellement au nombre de leurs atomes. Je peînsais au contraire, fondé sur la grande affinité de Tacide sulfurique pour les bases , et sur la faible affinité de racide borique pour elles , que la décomposition devait être totale.
** C'est précisément ce que M. Gay-Lussac lui-môme a démontré plus tard , quand il a proposé le procédé qui lui est dû pour l'essai du borax. Il consiste à colorer la dissolution de borax par la teinture de tournesol , et à y verser de Tacide sulfurique jusqti'à ce que la liqueur prenne la teinte pelure 4*ognon. L'exj)érience apprend que cet effet se manifeste dès qu^on ajoute la plus petite trace d acide sulfurique en su.) de la quantité nécessaire jjour produire- du sulfate de soude neutre avec la base du borate: jusque-là on a la réaction de l'acide- bo* rique pur, c'est-à-dire, lé rouge vineux. L'on peufe donc re* garder comme certain que l'acide sulfurique, versé dans une dissolutiou. de borax , s'unit tout entier à la soude , qu'il ne se fait aucaa partage de bafte^ ei c^e V^ac\Àt \»M\&i^«^ ^\. \sii\vv:&
liberté, comme je le pensais. H faut en dire autant des caibo^ nates et des sulmydrates.
M. Gay-Lussac persiste à croire cpe, dans ces expëriences, le partage de la base entre les deux acides s'est réellement opéré ; mais que les deux parts sont tellement inégales que celle de racîcle sulfurîque est incomparablement plus grande que celle de Pacîde borique.
Pour moi, je demeure convaincu qu'il convient d'établir qtje, si deux acides sont en présence d'une même base, et qu'ils aient une grande différence dans leur énergie , la base se combinera tout entière avec le plus fort, quoique tout reste dissous.
Considérons maintenant l'action réciproque des sels, et nous verrons que , si on mêle du sulfate de cuivre et du sel mairin dissous , il se fait subitement un cbangement de nuance. La liqueur passe du bleu au vert. Or, on sait que la dissolution de cblorure de cuivre est verte. A la vérité, ceci apprend bien qu'il se forme du chlorure de cuivre ^ mais on ne saurait en conclure que tout le cuivre passe à l'état de chlorure.
Si l'on examine les procédés de l'art du teinturier, on ne peut s'empêcher d'être frappé de l'emploi si fréquent des sulfates et de la crôme de tartre , mélange qui constitue la majeure partie des mordans. On y voit sans cesse associer l'alun, le sulfate de fer, le sulfate de cuivre au bi-tartrate de potasse, avec l'intention évidente de rendre la base de ces sels {)lus facile à fixer sur les étoffes. Comment s'expliquer que 'intervention d'un sel avec excès d'acide ail pour résultat de rendre une base plus libre? Nous admettons que les sulfates d'alumine, de fer ou de cuivre éprouvent une double décomposition, bien que tout demeure dissous:ce qui produit du sulfate de potasse et des tartrates acides d'alumine, de fer ou de cuivre , sur lesquels s'exerce réellement Taction des étoffes ou de la matière colorante.
Cette explication repose du reste sur des faits observés par M. Gay-Lussac pour des cas analogues. Cet illustre chimiste a vu que si l'on mêle du sulfate de fer et de Tacctale de potasse, par exemple , il y a formation manifeste de sulfate de portasse et d'acétate de fer, tout demeurant néanmoins dissous. En effet , l'acide sulfhydrique ne précipite pas le sulfate de fer,, et précipite, au contraire, à l'état de sulfure, tout le fer de ce mélange, comme si on le faisait agir directement sur de l'acétate de fer pur.
De même , si on dissout du nhosçhate de fer et du phospbMte de cbam dans Vac\à« dMLOtV^iLrvajj» ^ ^v. oj^wi. vv^^^ox^
DE L'ACTION CmaiIQUE. BOIT.
r Je Tacëtate ^e potasse au mélange , le premier se précipite tout entier, tandis que le second demeure dissous. C'est un ^ bon procédé analytique ; mais il y a de plus dans cette réaction . un résultat digne d attention, en ce qui concerne l'action réciproque des corps. En eflfet, elle prouve clairement que Tacide chlorhydrique décompose entièrement Tacétate de potasse : car^ si une portion d'acide chlorhydrique demeurait libre, elle retiendrait du phosphate de fer en dissolution*
Il paratt résulter des faits qui précèdent qu'aux lois connues de Berthoilet, il faudrait ajouter la proposition suivante :
Quand deux sels dissous sont en présence et ne peuvent donner que des produits solubles , l'acide le plus fort s^empare de la base la plus forte et laisse la base faible à l'acide faible.
n est du moins certain que , dans tous les cas , les réactions semblent indiquer que le partage s*est opéré de la sorte. Mais on peut objecter que ces réactions font naître le partage, aa lieu d'accuser seulement un état moléculaire déjà établi. Quoi qu'il en soit au fond, on pourra changer totalement les propriétés dune dissolution, et prévoir la nature du changement, si l'on fait intervenir un sel soluble qui n'en précipite riend'ail-^ leurs, pourvu qu'on le choisisse de manière à satisfaire à la proposition qui précède.
J'admets donc que les corps se combinent en vertu d'une force, dont je ne définis pas la nature, et que je nomme affinité. Cette force peut , à mon avis , produire des réactions absolues , même au sein des liquides. Sans nier les cas de partage , je demeure convaincu qu'une base ne se partage point entre deux acides de force très inégale , par exemple. Dèslors il deviendrait nécessaire de modifier l'exposition des lois de Berthoilet , puisqu'on les a développées dans ce qui précède, comme une conséquence de ce partage supposé.
Mais on me permettra de laisser cette difficulté sans réponse- Je me contente de la poser nettement telle qu'elle s'offre à mon esprit» Les lois de Berthoilet supposent un partage entre les corps en présence. On ne les conçoit bien qu'en admettant que^ dans un mélange quelconque, toutes les combinaisons possibles se produisent d'abord 5 ce qui fait naître un équilibre stable , quand tout est soluble ou fixe , et uu équilibre instable, qui entraîne peu-à-peu une décomposition complète, quand l'un des produits formés est insoluble ou volatil.
Mais d'un autre cô(é,si Ton verse dans une dissolution d'acide borique un peu de teinture de tournesol, elle prend une teinte rouge vineux qui ne se modifie nullement, en ajoutant au liquide du sulfate de potasset Ainsi Vadàe\>ox\^'^\xfc\«vJ^Jt»2«^ -
soft PffiLOSOPHtE CHIMIQUlS.
équilibre k la moindre trace d'acide sulfurique; ainsi, AmaêU mélaDge , il n'y a pas à-la-fois les quatre eovps stairanB :
Sulfate de potasse^ Borate de potasse^ Acide sulfurique.
Acide borique,
comme l'exigerait la théorie par laquelle on se rend compte des lois de BerthoUet.
Je pose la dii&culté , et je le répète , je ne la résous poiot^ laissant cette tache à nos jeunes chimistes, dont je désire sinr cèrement avoir excité l'<«ltention par celte discussion, cou* vaincu que je suis qu'il iiVxiste pas dans la science une questita plus digne de leur intérêt, (i)
La tendance qu'ont les corps à se combiner ou à réagir chimiquement les uns sur les autres, peut se modifier à un très haut degré par l'effet de la chaleur. Une foule de faits fe démontrent : sans être en mesure d'expliquer cette action, q]|peut faire voir tout au moins qu'elle ne dépend pas d*una ' simple modification dans la cohésion des corps mis en présence. Il suffit, pour en être convaincu , de voir combien est. lente Taclion réciproque du soufre et du mercure si on les met en présence au point de fusion du soufre , et combien cette même action devient rapide an contraire, dès que Ton arrive à un certain degré au dessus de cette fusion. Admettons donc, sans prétendre l'expliquer, que la chaleur exalte l'action chimique.
La lumière , comme la chaleur, exalte les réactions chimiques , surtout à 1 égard des corps colorés*, mais son action sur le chlorure d'argent démontre que la coloration des corps n'est pas une condition indispensable. Du reste , comme la chaleur, la lumière agit sans que nous en puissions expliquer la cause.
Laissant de côté cette action chimique obscure que l'on croit .avoir observre dans le magnétisme, arrêtons-nous un moment sur celle qui appartient si incontestablement à Pélec* tricité.
Il faut distinguer : car l'effet évident de l'étincelle électrique consiste dans 1 élévation de température qu'elle produit dans
(i)Toyez à ce au jet une noie de ÎVI. Gay-Lussac dans les Annales de chîm. et phys,, ALIX, 35 '5, el la ibè^e de M. Dubail, dans le Journal de pliarmacie^ xYin,
BB L'ACTION CUIMIQOt. BOT
Iç^corpfi quelle traverse. L'éiiocelle électrique agit donc comme une chaleur rouge , et il est facile de a'eo convaincre en eia-* minant Teifet qu elle produit sur les g^z ou les mélanges ex« ^osifs de gaz.
U nVu est plus de même de Télectricité voltaïque ; celle-ci
3ui se propage d'une molécule à l'autre leur communique évilemmeot, en lesélectrinant elles-mêmes, dt^s propriétés répnl* sirea ou attractives qu'on peut mettre à profit, soit pour opérer leur st'paration^ soit pour efft'ctuer Ic-ur combinaison. C est ainsi qiie^ maniée convenablement, la pile voltaïque est deve- DMA un instrument si puissant d'analyse entre les mains de Davy ^ c'est ainsi que les actions électro-motrices faibles sont dsrenues à L ur tour d'inépuisables moyens de synthèse entre leii mains de IVl. Becquerel.
■ R est facile de comprendre comment Davy , voyant tous les cerpe de la nature obéir à la puissance électrique, a pu regar* dbr celle- ci comme n'étant autre choseque l'afïiuité elle-même. Les opinions qu'il a émises à cet égard, modifiées par MM, Berzèlius, Ampère ,Becquerul , Faraday , ont pris par degrés une teM'e importance, qu'aujourd'hui Ton ne pourrait en négliger l'examen , quoiqu'il soit difficile peut-être de les adopter d'une manière ab£>ohie.
' On peut distinguer les faits relatifs à l'action chimique eu tvois séries: i*» Ceux qu^on observe dans les corps avant leur cembinaison *, 2^ Ceux (pron observe |)cudant la combinaison^ 3" Ceux qu'on observe après la combinaison.
Il faut, pour être admissilde , que la théorie par laquelle oa prétend expli(|uer l'actiou chimique , en vertu de mouvcmens électriques , soit capable de satisfaire à ces trois ordres de faits*. Je dis pour êlre admissible el non pour être atlmise , car notre ignorance sur toutes ces questions me rend très circonspect dans le jugement que j'en porte , et je me défie toujours des théories qui sont destinées à expliquer des faits qu'on s'est contenté d'observer d'une manière générale, sans le secours d'aucun de ces moyens de mesure , dont l'exactitude peut être eonlrôiée, et doui les résultats doivent être repr'sentés parla théorie avec ime rigueur qui ne se contente plus d'un à-peuprès commode.
Voyons d'abord si la théorie électro-chimique satisfait à la première condition, c'est-à-dîre si elle est actuellement admissible et à quelles couditions on [>eut l'admettre.
A\ant la combinaison, les corps qui peuvent s'unir n'offrent aucun, indice d'électricité libre. Il uut donc que l'électricité qu'on y suppose soit disâimulée^»
508 PHILOSOPHIE CHnOQITE.
Pendant la combinaison il se produit qaelqnefoia dé la hi^ mière^ toujours de la cbaleur, toujours de Fëlectricitë; da moins nous Tadmettons, d'après M. Becquerel.
Âpres la combinaison tout indice d'électricité s'évanouit ^ les élémens demeurant unis juscju'à ce qu'une force nouTdle -vienne les séparer.
Dayy ayant soumis à un examen attentif les corps les dos aptes à se combiner , s'aperçut «ju'en général ils développaient au contact une quantité d'électricité d'autant plus grande qoe Jeur puissance chimique était plus grande aussi. Mis en contact avec un métal, le soutre devient négatif et le métal positif; mis en contact avec une base, les acides deviennent négatifs et la base positive. Il admit en conséquence qu'au contact, ces corps se constituaient en des états électrique^ opposés; que la coor binaîson s'effectuant, les électricités se réunissaient de nouveau; que leur réunion produisait la chaleur et la lumière que l'on observe si souvent dans les actions chimiques éner- . giques.
A l'état de repos , les corps ne possédaient pas d'électricité libre, mais celle-ci se développait instantanément parle con-^ tact qui précède la combinaison.
La quantité d'électricité développée était proportionnelle à l'antagonisme des corps. Bientôt, les molécules en présence se trouvaient chargées d'électricité contraire, au degré convenable poui détruire leur équilibre primitif, et l'attraction produite par cet c-tat électrique pa sager déterminait la combinaison ^ qui faisait disparaître elle-môme toute électricité libre.
Uavy admettait donc, comme on peut voir, que les corps en contact développaient de l'électricité, et il trouvait de plus qu'au moment d'une combinaison chimique il ne s* en dégageait pas. Ces deux principes admis par le créateur de la théorie qui fait intervenir l'électricité dans l'explication des actions chimiques, sont rejetés de la façon la plus formelle par les physiciens , qui veulent que non-seulement l'électricité ex-
Î)Iique les actions chimiques, mais que l'action chimique soit a principale, sinon la seule source d'électricité que nous possédions. Ils assurent que les corps ne donnent pas d'électricité Î)ar le contact , mais que par leur combinaison il s'en déveoppe beaucoup.
Davy n'explique en rien l'état des corps avant ou après la combinaison; il ne s'occupe que des phénomènes qui ont lieu pendant que celle-ci s'elFeclue.
M. Ampère a cherché, par une modification de cette théorie, pénétrer un peu plus avant dans l'explication de ces phénomènes. Il a supposé les moVècuXes Ôl^^ c«t^% ^Qvxfe.^%4I>a^^^fec*
DS L*ÀCTION CHIMIQUE. 809
tricité permanente et essentielle à leur existence , d'une ëlectricité intérieure. Il a admis en outre que cette électricité déterminait la condensation autour de la molécule d'une quantité équivalente d'électricité du nom contraire qui lui formait une espèce d'atmosphère. La bouteille de Leyde offre l'image d'une telle molécule.
tive
n'en sont pas moins en apparence
tricités intérieures n'ont condensé les électricités extérieures
que jusqu'à concurrence de l'état d'équilibre qui représente la
neutralité»
Mais au moment où les corps mis en présence vont se com» biner 9 les atmosphères des molécules se réunissant produisent la chaleur et la lumière, et les molécules demeurent unies par l'attraction de leurs électricités intérieures. Pour les séparer, il faut leur restituer leur atmosphère, et c'est là ce que fait la pile; c'est aussi ce qui la rend un instrument de décomposition si universel.
Par conséquent, selon M. Ampère, ce n'est plus au contact que les corps s'électrisent : ils le sont déjà. Les électricités qui existent dans les molécules en font partie , pour ainsi dire, et constituent l'affinité. Les électricités extérieures, qui seules sont mobiles, produisent tous les phénomènes apparens qui accompagnent l'action chimique, la chaleur, la lumière et les mouvemens électriques eux-mêmes.
M. Berzelius envisage l'intervention de l'électricité dans l'explication de l'action chimique sous un autre point de vue. Ayant remarqué que la chaleur exalte si souvent l'action chimique, il a vu dans cette circonstance quelque raison pouc se représenter l'état des molécules des corps comme analogue k celui des cristaux de tourmaline. Il a donc admis des pôles électriques dans les molécules. Si le pôle négatif domine dans une molécule, elle est négative; si le contraire a lieu, elle est positive. Suivant le degré de développement de ces pôles , les corps prennent des caractères plus ou moins négatifs, plus ou moins positifs.
Ajoutons que si l'on admettait avec M. Berzelius l'existence d'atomes pourvus de pôles électriques, et qu'avec M. Ampère on entourât les pôles d'électricité dissimulée , cette manière de se représenter l'état des corps expliquerait beaucoup de faits , et satisferait aux principales conditions de la question.
En effet, on oppose aujourd'hui à la théorie de Davy ime objection qui serait sans réplique, puisqu'on assure que le contact dès corps ne développe point d'électricité. La théorie de
810 PHaOSOPIUE CHIMIQTIB.'
M. Ampère ne peut suffire sans de grandes modifieations,'pù>-
qu'une foule âe corps en font autant.
Il faut donc tpie l'clat électrique des corps soil indépendant duxx>ntact, qu'il soit variable, {M)Ur qu'on puitee prétendre h expliquer les phénomènes ^.himiques par rëlectricilc seule; et pour en revenir aux termes d'où nous sommes partis, k th^rîc deDavy, celle de M, Ampère semblent inadmissibles; celle de M. Berselius, modifiée parcelle de M. Ampère^ wor semblent constituer une hypothèse admissible. Mais je me hâte d ajouter qu'elle obligé à supposer, dans les molécules des corps, un état de polarité, qui s'éloigne beaucoup de l'idée qu'on est conduit à s'on former par l'ensemble des phéno* mènes de la nature.
Certes , si Ton se rappelle que les substances qui ont quel* que tendance à se combmer^ prennent des électricités opposétis au moment du contact , ou tout au moins an moment de k combinaison ; qu Viles sont attirées et séparées pa|: les pôles de la pile auxquels s'accumulent les électricités contraires à celles qu elles manifestent; qu'elles s'unissent en produisant de l'élet^ tricité, de la chaleur, de la lumière; qu'elles se séparent en absorbant une énorme quantité d'électricité; si l'on se rappelle
disposé
que l'électricité joue un très grand rôle dans les phénomènes cnimiqucs , et que l'action chimique en joue un non moins grand dans la pix^ductiou de l'électricité.
Mais il y a si loin de ers aperçus, quelque remarquables, quelqui^ briilans qu'ils puissent paraître, à une véritable théorie de l'action chimique , que tout en les mettant sous les yeux du lecteur, comme une source de rapprochements pleins d'intérêt, nous persisterons à admettre qu'une force attractive particulière, qu'il est nécessaire de distinguer de toute autre , que l'affinité, en un mot, doit conserver sa place dans l'étude, de la chimie. Nous répéterons que, si l'affinité n'était qu'une modification de l'électricité, c'en serait une modification si particulière qu'on serait probablement bien long-temps à Saisir les lois de sa distribution dans les molécules des corps,
au'on serait long-temps avant d'avoir mis cette identité horse doute.
Ne perdons pas de vue ces idées ^ mais ne les appliquons pas d'une manière prématurée à des explications de détail^
GLASSIflCÂTION DES GOBFS. |^|1
aaxqttelles on ne peut les plier sans tomber dans le domaine de l^imagination pare.