CHAPITRE VIT
Classification des corps.
Dans les premiers temps de IVtude d'une science, îl peut sembler inutile de classer U pelît nombre de faits ou dl^éés '
2ue l'observation fait d'abord connaître. Bienlôl cependam, •s faitfi et les idées, devenus plus nombreux , rendent indispensable une classification qui puisse en rendre l'exposition pb^s facile et plus claire. Maïs , pour démêler les rapports véritables des corps entre eux , pour saisir la connexion réelle des faits et des idées , il faut que la science ait atteint le plqs liant degré de perfection auquel elle puisse parvenir. Entre Fépoque à laquelle les" classifications sont inutiles et celle où lV>n parvient è coordonner les corps de la manière la plus natnirene et la plus vraie, il doit donc exister une époque de transition qui se prolonge plus ou moins pour cbaque science* C'est celle qui voit éclore les classifications qu^on nomme artificielles, et qui, en effet, ne reposant ordinairement que sur un seul caractère, exposent si souvent à réunir des corps disparates. Ces classifications artificielles sont pourtant fort utiles. Elles apprennent à reconnaître promptement les corps, et elles rappellent aisément à l'écrit des ressemblances ou des différences d'un certain ' ordre. Par exemple , en classant les élémens , d'après leur affinité pour l'oxîgène , on initie tout de suite les élèves à la connaissance d'une foule de faits ou d'idées d'une application journalièfe.
Mais à côté de ces avantages certains, on trouve que la classification des corps , quand elle est artificielle, c'est-à-dire quand elle repose sur un seul caractère, conduit à rapprocher des êtres, très différens, et à séparer des corps fort analogues. Cest ainsi, par exemple, que, dans la classincation artificielle des élémens, on est conduit à séparer Fétain et le titane, qui ont tant d'analogie, parce que le premier est bien plus oxidable que le second. C'est encore ainsi que, dans ce système de classification, on est conduit à réunir le magnésium etraluminium qui se ressemblent si peu, pairce que leur affinité pour Toxigène est à-peu-près la même.
Une classification artificielle est toujours facile à saisir, puisqu'elle ne reposa que sur un seul caractère ; mais elle donne une vue incomplète et quelquefois fausse des faits. Une clas^
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sification naturelle est bien plus compliquée, puisqu'elle sW puie sur l'ensemble des caraclères des corps; mais aussi place» t-elle chaque fait à son véritable point de vue.
Parmi les questions qui doivent être agitées dans cet essai, la classiGcation naturelle des corps simples , quelque impur-
mëno^ chimiques. On entend ici, comme on vient de le voir^ ppr classification naturelle celle qui a pour objet de réunir les elémens par groupes, en se fondant sur Tensemble de leon caractères et non sur un seul d'entre eux. Cette définition permet de comprendre immédiatement qu'une classificatioa naturelle ne peut pas s'obtenir complète du premier oonp; qu'elle marche et se perfectionne avec la science \ qu*elle est exposée à faire aveu a impuissance en beaucoup d'occasions, tout au contraire des classifications artificielles qui sont toujours complètes et immuables.
Rien de plus aisé sans doute que de classer les élémens d*apris leur densité, oud'après leur couleur, ou selon leurs degrés divers de fusibilité ou de volatilité. Les caractères de ce genre sont si absolus qu'on en tire une classification aussi facile et aussi nette que si on se basait tout simplement sur les noms mêmes des élémens, et qu'on les disposât par ordre alphabétique. Mais on ne craint pas d'ajouter que l'utilité du premier système de classification ne dépasse guèrt* celle du second.
Ainsi quoiqu'une classiucatiou artificielle*, fondée sur des
3ualités d'un ordre secondai re, comme celles qu'on vient d'iniquer, puisse séduire un moment par sa netteté, elle scratou* jours repoussée par les esprits sérieux. Il est clair que si l'on adopte une propriété plus essentielle comme base d'une classification artificielle, celle-ci pourra faire plus long-temps illusion, et jouera dans renseignement un rôle plus utile. Mais elle devra pourtant faire place à son tour, à un système pins large et plus complet. C'est ainsi qu'en classant les élémens d'après leur afiini té pour l'oxigène, on s'appuyait sur une considération qui embrassait tant de faits importans, qu'elle a pu convenir à l'enseignement et satisfaire même aux besoins de la science. Mais néanmoins , ce caractère, tout important quil est, ne peut plus guère suffire maintenant pour fournir une clas-* sification qui peigne à l'esprit l'état actuel de nos connaissances. Elle doit faire place à une autre plus parfaite , qui , prenant en considération plusieurs caractères , sera , par cela môme , plus naturelle et plus progressive. Voyons aonc sur quelles pases celle-ci pourrait s'appuyer.