‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 4)Chapitre 18 sur 64 · IV. II · texte numérisé non relu

IV. II

iCa DSS ÉTHER^.

Tacide minéral n'agit peut-être qu en condensant Talcool et le rapprochant de Tétat où ce corps peut s*unir avec Tacide végétal. , ' '

1598. Ether acétique. — L'éther acétique , découvert par le comte dçLauraguais en, 1759, .est devenu successivement Fobjet des recherches de Schéele , de Pelletier , de Schultze, de Lichtemberg, de Gehlen , deThenard,etc- {Mém. d!Arcueil , tom. i , p. i53. ) On en trouve assez souvent de petites quantités dans le vinaigre , et il s'en forme quelquefois en peu ^e temps lorsqu'on eicpose à l'air du marc de raisin. (M. Derosnes , Ann. de Chimie, t. Lxviii, p. 33 1 .) Les pharmacopées recommandent , pc^Ur l'ol)tenir y de mettre parties égales en poids d'acide acétique concentré et d'alcool \ deliistiller le mélange jusqu'à ce que la distillation soit aux deux tiers faite 9 de cohober , c'est-à-dire , de remettre dans la cornue ce qui est passé dans le récipient^ de continuer la distillation jusquau pohit où on l'avait laissée d'abord, de cohober de nouveau et de redistiUer de cette manière la liqueur cinq à six fois; enfin , de saturer le produit par la potasse , et d'en retirer l'éther pur par une nouvelle distillation. Mais ce procédé présente plusieurs inconvéniens : le premier , d'occasioner tme perte assez considérable d'éther , en raison du nombre de distillations qu'on est obligé de faire^ le second , de donner de l'éther contenant /le l'alcool , à moins qu'oiit n'ait cohobé un grand nombre de fois ^ le troi^âème , d'exiger une longue manutention et l'emploi d'une trop grande quantité d'acide. Le suivant est bien {préférable.

Prenez 100 parties d'alcool rectifié, 63 parties d'acido acétique concentré , 1 7 parties d'acide sulfui*ique du com^ merce ; après avoir i^êlé le tout , introduisez^le dans une* cornue de verre tnbulée , par la tubulure dont elle est sur— montée; placez cette cornue dans un fourneau muni de^ son laboi^atoire ; adaptez-y un balloaà long col , que you&

SES ÉTHERS DU TROISIÈME GBI7RE. l63

refroiJircx ayec des linges mouillés i, fermez la tubulure iu hallon avec un bouchon percé d'un petit trou 5 mettez <]uelqaes charbons incandescens sous la cornue : la liqueur De tardera pas à entrer en ébullition ; lorsqti^il y en aura <!Dviron laS grammes distillés, l'opération sera terminée/ Ces'iaS grammes seront de Téther presque pur ^ il ne faudra plus, pour le purifier, que le laisser en contact avec 10 à 12 grammes de pierre à cautère pendant environ ^i-heure dans un flacon , et agiter le tout de temps en tonps; il en ré3ultera deux couches : Tune , inférieure j irèHnince , de potasse et d'acétate de potasse en dissolution ^osTeaU-, et l'autre, supérieure , très-épaisse ^ d*éther pur, qu'on séparera par un entonnoir à long bec. Dans cette expérience , l'acide sulfurique peut être ^regardé comme agissant en concentrant Talcool et l'acide acétique : ce qu'il y a de certain j c^es^ qu'il n'entre pas dans la composition de l'éther acétique , et qu'il ne se produit pomt d'éther sulfurique* On peut encore faire avec économie un excellent éther ^dque , en prenant 3 parties d'acétate de potasse , Spar* fe d'alcool très-concentré, et a parties d'acide, sulfu- '^Qfi aussi très-concentré ^ on les introduit dans une cor-* '^ tabulée ; et on distille le mélange jusqu'à parfaite ficcité; ensuite on mêle le produit avec la 5^ partie de son p5ids d'acide sulfurique encore très-concentré , et ^ par ^distillation ménagée, on en retire autant d'éther qu'on a employé d'alcool. Tout autre acétate peut être substitué a Tacétate de potasse 5 mais alors il faut employer d^autres pfoporiions d'alcool et d'acide sulfurique que celles qu'on : ^ent d'indiquer. Par exemple , on peut en^loyer avec stfantage l'acétate de plomb , en le mêlant avec la moitié de son poids d'alcool ^ et un \>en plus de la moitTé de son poids d'acide sulfurique. « - ^^99* L'éther acétique est un liquide incolore ^ qui a

1^4 ■ ^" ÉTHEHS.

nneodear agréable d*ëther salfurique et diacide acétique; il ne rougit ni ]e papier ni la teinture de tournesol ; sasa- Yeur est toute particulière; sa pesanteur .spécifique est de 0,866 A 7^.

Sous la pression de o"',75 , fl entre en ébuUitionà 71*^. Mis en contact avec Tair et un corps enflammé , il prend feu et irùle avec une lumière d'un blanc jatinâlre : de Facide acétique se développe dans sa combustion. 11 ne s'altère point avec le temps. L'eau en dissout, & 17^, la 7* partie et demie de son poids. Ainsi dissous dans Teau, il est toujours sans action sur la teinture de tournesol , et il conserve l'odeur et la sareur qui le caractérisent.. Mais lorsqu'on le met , dans cet état , en contact avec la moitié de son |)oids de potasse caustique^ son odeur et sa saveur disparaissent; il se décompose complètement: aussi, en soumettant la liqueur à la«distillàtion , passe-t-il de l'alcool dans le récipient | et obtient-on de l'acé^^te de potasse pour résidu.

• L'étker acétique est ^ comme tous les autres étbers, trèssoluble dans Talcool , et séparé en grapde partie de sa dissolution alcoolique par l'eau ; il dissout comme ceux-ci la plupart des corps gras, et notamment les huiles grasse. Ses autres propriétés ne sont point encore connues.

On ne l'emploie qu'en médecine.

1600. Ether benzoïque. — L'étker benzoïque est inco^ lore, liquide à la température oïdinaire ; sa saveur est piquante ^ sa densité un peu plus grande que celle de l'eau ^ son aspect oléagineux , son odeur faible , et tout autre que celle de l'éther sulfurique.

Il est pri^qu'aussi volatil que Peau , presque insoluble dans l'eau froide , moins insoluble dans l'eau chaude , et li^-soluble dansj'alcool , dont on peut le précipiter par l'eau. Agité pendant long-temps avec uner dissolution d'hydrate de potasse , il disprait et se décompose complète—

DES ÉTHRii» nv T&oitifiME ùznvLr.. }65

ment. En eflet si , lorsqu il n'existe plus d'éther à la suiv face de la liqueur, elle est distillée, on en retire de Talcool qiii $e Ysporise^ et duLenzoate de jetasse qui reste diias le Tase disdllatoire» *

160 1» On ne saurait obtenir Téther Lenaoîque, soit en distillant ensemble de Falcool et de Tacide benzo|qae un grand nombre de fois •., soit en précipitant par Veau un(r dissolution diacide benzoïque dans Valcool , soft en con*^ centrant fortement cette dissolution et rabandonnant r dleinème. La présence d'un acide* minécal fort et concentré est absolument indispensable. La même obserratioD^ l'applique à la préparf^on de* tous les élhers dont il nous teste à parler.

Que Ton prenne ïogranunes. diacide beneolique , .60grammes d'alcool , x5 grammes d'acide bydro-chlorique liquide et concentré \ qu on les introduise dans une petite comoi^tubulée , dont le col se rendis dans un récipient miini^ si Ton veut, d'un tube propre a recueillir les gaz; que l'on place ensuîte-la cornue surtm fourneau, et qu'on lusse refroidir les rases lorsque la distiUatioi^ sera aux deox tiers faite , Toici ce qu'on obsèrrera. Dans tout le ' cous de l'opératFon , il ne ^ dégagera d'autres gaz que de' rdr^tmosphérique et des traces d'étherbydro-chlorique. les premières poiiions du produit distillé ne seront que** de 1 alcool ehargé d'ul>peu diacide ; mais4es dernières contiendront «ne certaine quantité d'étheobenzoïque, qu'onpourra fiicilement en séparer par Teau. Une plus grande - <ipantilé de cetréther restera dam la cornue ; il j sera re- ' couTert par ime couche assez épaisse d'alcool , d'eau ; d'aode lnydro-cblorique et d'acide benzoïque. ISn veriiant à plusieurs reprises de l'eau cl^aude dans la cornue, on finira par dissoudre cette couche. L'on pourra donc facilement- <e procurer ainsi de Féther benzojque.Toutefois cetéther, ^1 ^u« nous .venons de le prrparfw, neserag^oint pur; îl^

* t66 DES ÉTHKRS.

contiendra un petit excès diacide benzoXque , qui le rendra solide à la température ordinaire , et lui donnera la propriété de rougir le tournesol. Pour le purifier , il faudra Tagiter avec une petite quantité de dissolution alcaline , et le laver oonvenablement; En vain on recherchera la présence de Tacide' hydro-chlorique dans Téther Benzoïquc. ï6o^.' Ethers dxaliquey citrique^ etc. — Lorsqu'on fait une dissolution de 3o grammes d'acide oxalique dans 35 grammes d'alcool pur, et qu'après y avoir sg outé i o grammes d'acide sulfurique concenti^ , on la distille jusqu'à ce qu'il commence à se former un peu d'éther sulfurique , il ne passe que de l'alcool légèrement éthéré dans le récipient , etil reste dans la cornue une liqueur brune très-fortement acide ^ d'où , par le re&oidissement , il ne se dépose que des cristaux d'acide oxalique ; mais lorsqu'on étend cette liqueur d'eaù , il s'en sépare une matière semblable à celle que nous a donnée l'acide benzoïque , peu soluble dans l'eau , assez abondante, et qu'on obtient pure en la lavant à l'eau froide , et lui çnlevant par un peu d'alcali l'excès diacide qu'elle retient.

i6o3. Si l'on traite de la même manière les acides citrique et malique , vOn obtient les mêmes résultats. Les trois matières provenant de ces trois acides se ressemblent dans quelques-unes de leurs propriétés. Toutes sont «n peu jaunâtres , sans odeur , un peu plus pesantes que l'eau, sensiblement solubles dans ce liquide , et tfès-solubles dans l'alcool , dont l'eau les précipite ; elles diffèrent par leur saveur : celle qui dit faîte avec Tacide oxalique est faiblement astringente ; celle qui est faite avec l'acide cirque est tfès-amère. La première est la seule qui soit volatile ; elle se vaporise dans l'eau bouillante , et par ce moyen on l'ob^cnt facilement blanche.

^ Lorsqu'on les chauffe avec une dissolution de potasse caustique, on les décompose toutes trois. Dans cette décompo-*

DES ÉTRBaS DIT TROISIÈME OESTRE, 167

fildon , toutes donnent de Talcool ; et la première de Tacide oxaUque , la deuxième de Tacide citrique , la troisième de l'acide malique ; aucune ne contient diacide sulfurique.

1604. I/acidc tartrique est aussi susceptible de combi* naisoo avec Talcool , de même que les acides précédens ; mais il nous oiTre , en se combinant avec ce liquide , des pliéuomènes particuliers que nous croyons devoir rapporter. L'expérience doit être faite de même qu'avec l'acide oxalique. Il faut donc employer 3o grammes d'acide tarfriqae, 35 grammes d'alcool , lo grammes d'acide sulfu-' rique, et distiller la liqueur jusqu'à ce qu'il commence à se former un peu d'éther. Si , à cette époque , l'oa retire le feu du fourneau , la liqueur se prendra en sirop épais par le refroidissement. En vain l'on y versera de Tcau dans l'espérance d'en séparer^ comme dans les expériences précédentes , une combinaison particulière d'acide et d'alcooK Que l'on y ajoute alors peu à peu de la potasse , on en précipitera beaucoup de tarlrate acide ; puis , après l'avolç atnrée sans dépasser le point de saturation , qu^on l'évaporé et qu'on la traite à froid par l'alcool. très-concentré , ou obiieadra , par l'évaporation de la dissolution alcoolique, uue substance qui , par le refroidissement , se pren* draea sirop épais , plus facilement encore qu^avant d'avoir été traitée par la potasse et l'alcool.

Cette substance , dont il est facile de préparer une grande (jnantité, a une couleur brune et est amère, légèrement nauséabonde^ inodore, nullement acide , très-solublc dans fean et dans l'alcool -, elle ne précipite poii\t l'iiydro-chlonite de chaux \ elle précipite abondamment l' hydro-chlorate de baryte. Quand on la calcine , elle répaud d' épaisses famées qui ont une odeur d'ail , et en même temps elle )^e un résidu charbonneux non alcalin qui contient l^eancoup de sulfate de potasse : en un mot , lorsqu'on la distille avec la potasse > on en retire de l'alcool très-fox;t

l68 DES MlTlÈnBS CÔLORAICTES.

et beaucoup de tartn^te de potasse. Il est donc évident qne cette substance est encore une combinaison analogue auic précédentes ; mais ce qu'elle nous offre de remarquable , cest son état sirupeu:^ , et la propriété qu^elle a de rendre très-(Soluble , dans Talcool le plus concentré , le sulfate de potasse , qui , par lui-même , est insoluble dans Talcool £iible. Peut-^tre est-ce au sulfate de potasse qu'elle doit la propriété qu'elle a de ne point ayoir l'aspect buileux qu'ont toutes les autres combinaisons de ce genre. ( Voyez ^ pour plus de détails sur les composés d'aciJdes végétaux et dVlcool y les Mémoire^ JCArcueilj tom. ii , p. 5.)

SECTI09 V.

. Des Matières colorantes.

i6o5. Les matière» colorantes sont très-multipKées : on les trouve dans toutes les parties des plantes , tantôt dans les racines , tantôt dans les tiges , tantôt dans les graines, etc. n en existe de toutes les nuances ; les plus communes sont les rouges, les jaunes et les vertes.

La nature ne nous offre jamais les matières colorantes que combinées les unes avec les autres , et souvent même avec plusieurs des matériaux immédiats des végétaux. Par exemple , celles qui sont jaunes accompagnent presque constamment celles qui sont rouges. Voilà ce qui rend la préparation de ces matières si difficile. Jusqu'à présent l'indigo , Thématine , le rose du carthame , la carminé et peut-être le jaune du safran , sont les seules qu'on ait pa se procurer. Il serait à désirer qu'on parvint à les isoler toutes : alors on pourrait savoir quel est le principe qui prédomine en elles , les soumettre à l'analyse , et les élu- , dier d'une manière spéciale (a). Toutefois l'on connaît un

(a) Il est probable qae les matières colorantes conticoneot beaacoup de carbone r plusieurs renferment de Tasote.

DES IflTlÈ&BS COLORÀ«TC8« l6 )

certain nombre de leurs propriétés : ce sont oes propriétés qaenons allons exposer. d*abord.

1606. Toutes les matières colorantes semblekit être solides , insipides et inodores. Comme les autres substances T^étales, elles sont décomposées par le feu. Toutes s^altèrent et se ternissent par le contact de Tair humide et des rajons solaires ; plusieurs même perdent entièrement leur teinte : tel est surtout le rose du cartbame. On pro- .dût en elles de semblables cbangemens en subAîtuant azii rajons solaires une tempék*ature de 1 5a à 200^ ; chau* gemens faciles à constateV au moyen d*un tube doi^t li^ extuémités sont droites et le milieu courbé en arc. Après aToir introduit un peu de matière colorante dans la partie arquée , on fait plonger cette partie dans un mortier de fer rempli de mercure. Le tuba étant solidement fixé , on adapte à Tune de ses extrémités une grande vessie pldne d'air humide : alors oix élève le mercure à la tem* pératnre de i5o à 200^', et Ton comprime légèrement la tessie; lorsqu'elle est vide, an la remplit d'air humide comme la première fois , et Ton continue l'expérience. Los résultats ne sont sensibles qu'au bout 4e quelques heures. (MM. Gaj-Lussac et Thenard , Recherches physico-chi^ nijues , 1. 11.)

' 1607. ^ plupart des matières colorantes sont sblubles dans l'eau ; quelques-unes seulement le sont dans l'alcool , les huiles , l'éther. Ces dissolvans étant faibles , prennent tOQJpurs la teinte des lïiatières dissoutes : ainsi l'eau est <^Iorée en jaune par la gaude , en rouge par le boi» de Brésil. Mais il en est tout autrement lorsque le dissolvant est un acide ou un alcali , même très-étendu : alors , & moins que la matière colorante ne soit très-solide , c'est-àdire, peu altérable, elle éprouve dans sa teinte diff^rens chaugèmens d'autant plus manifestes que l'acide ou l'alcali ^i plus puissant.

1^0 , DB^ UÀTikRES COLORAHTl^.

Ces divers changemens sont dus en gënëral k de Tëri-

tablcs combinaisons entre les matières colorantes, les acides

on les alcalis •, car Ton peut faire reparaître par un alcali

r les couleurs altérées par les acides , et par un acide les

couleurs altérées par les alcalis (a) I

1608. Le chlore détruit toutes les matières colorantes, même à la température ordinaire , et les transforme eu un jaune d'unenatureparticulière. Nous citerons pour exemple le touhiesol , qui est l'une des plus fugaces ; et l'indigo, qui est au contraire l'une dès plus solides. Que l'on verse une dissolution de chlore sur l'une ou l'autre de ces couleurs , elle passera sur-le-champ au jaune fauve. (Voyezen la cause, 1279.)

1609. Presque tous les oxides et les sous-sels insolubles ont la propriété d'enlever les matières colorantes à l'eau, et de former avec elles des composés qui sont eux-mêmes insolubles. C'est à ces composés qu'on donne le nom de laques. On les obtient ordinairement en dissolvant la matière colorante dans l'eau , y versant une dissolution d'alun, et quelquefois d'hydro-chlorate de deutoxide d'étain,'et sgoutant ensuite ud^ suffisante quantité de soude , de potasse , d'ammoniaque , ou bien encore des sous-carbonates de ces bases en liqueur. Toute la matière colorante pourra être précipitée si lie sel est en excès.

1609 bis. Nous nous étions proposés d'abord de parler ici de l'action décolorante du charbon ; mais nous avons pensé depuis qu'il ^lait plus convenable de >ie traiter ce sujet qu'après avoir fait connaître le noir d'os ou le charbon animal dont on se sert habituellement dans les fa-* briques ( 1986 et 1987 ).

(ji^ Il ifest pas bespiu de faire remarquer que si Tacide ou l^alcali que Fou a primiliveroeqt uni à la Doatiëre colorante était trèç • couoentré > celliS'Ci pourrait être détruite.

De VHémaline.

1610. L*hématine {à) est cristalline , dVn blanc rAse, très-brillante quand on Texamine à la loupe , d'une saveur légèrement astringente , amère et acre. M. Chevrcul, à qui nous devons la découverte de cette substance. Va trouvée dans le bois dç campèche, auquel elle donne toutes ses propriétés caractéristiques.

Ce bois est le tronc de V liœmatoxylum campechianum (b) ; il nous vient de plusieurs colonies d'Amérique , sous la forme de bûches plus ou moins volumineuses \ il est pesant, rouge, dur, compacte, susceptible d\m beau poli, presqu'incorruptible. Sa saveur est douce , amère et «.fcuiDgcDte; son odeur aromatique.

Pour se procurer Thématine , M. Chevreul commence par faire digérer le campêcbe en poudre avec de Tcau , à la température de 5o à 55°. Quelques liem^es après , il filtre la liqueur , VéVapore jusqu'à siccité , et met le résida dans de Talcool à 36*^ pendant un jour. Au bout de ce temps , il filtre la nouvelle liqueur , la concenti'e jusqu'au point de l'épaissir , y verse une petite quantité d'eau , la *oumei de nouveau à une douce évaporation et l'abandonne « dfe-même : par ce moyen , il obtient une assez grande Tïântité de cristaux d'hématine qui , pour devenir purs , uont besoin que d^ètre lavés à l'alcool et séchés.

Soumise à l'action du feu dana»une cornue , rhémqline doane tous les produits des substances végétales , ot de pW une petite quantité d'ammoniaque , ce qui prouvé qu'elle contient de l'azote. , .

W Nom tiré dVf]uA , sang , qui est la raciae du mot hœmatoxyliun , P^T lequel on désiene le genre auquel le bols de campi^che appartient.

{h) Cet arbre s^élèv^ k une grande hauteur daus les bous terrains, ^n écorce est lisse , son tronc droit et gurui d^épines ; ses semences ont U saveur des doux de giruilo \ les Anglais leur d^nnçut le nom de polurif i^'la Jamaïque,

2 71 DES lUTIÊHES COLOEÀVTfiS.

L'eau Bouillame la dissout facilement et se colore en un rongé orange qui passe au jaune par le refroidissement , , ma» qu'on peut faire reparaître en chauffant de nouveau la dissolution. Si Ton évapore cette dissolution , il s'y forme des cristaux d'hémaline : en y syoutant peu à peu de l'acide , elle passe au jaune , puis au rouge. L'action de Taoîde sulfureux est un peu différente : il donne d'abord une teinte.jaune à la dissolution, et finit par détruire le principe colorant si lé contact est prolongé. '

La potasse ,et l'ammoniaque font prendre une couleur d'un roiige pourpre à la dissolution d'hématine \ si l'on igoute un grand excès dç ces alcalis , die devient d'un bleu violet ,' puis d'un rouge brim , et enfin d'un jaune brun : dans cetétat , l'hématine est décomposée \ on ne peut point la faire reparaître par les acides. Les eaux de baiyte, de strontiane et de chaux ont la même action sur cette substance : seulement elles finissent par la précipiter de sa dissolution.

Si l'on fait passer un courant de gaz hydrogène sulfuré dans de l'eau chargée d'hématine , elle prend une couleur jaune qui se détruit dans l'espace de quelques jours. L'hy« drogène sulfuré parait agir.en se combinant avec l'hématine, et non en la désoxigenant : c'-est ce qu'il est facile de vérifier en introduisant dans une petite cloche remplie de mercure une certaine quantité delà dissolution décolorée , et ep y portant ensuite \m morceau de potasse pure : celleci se fond, se combine avec l'hydrogène sulfuré, et la coupleur reparait aussitôt.

Le protoxide de plomb, le protoxide d'étaitt, l'hydrate de tritoxide de fer , l'hydrate de cuivre , l'hydrate de nickel , l'oxide de zinc et* son hydrate, les fleui*s d'antimoine, . l'oxide de.bismuth , s'unissentr à rhématine , et la colorent en un bleu plus ou moins violet. Le dcutoxide d'étain agit sur elle à la manière des aeides minéraux. Elle précipite

COULBUR nOUGB PU ClRTHÀMB. 17}

la colté forte de sa dissolution , sous forme de flocons rongeitres.

L'hëmatine n*e^t pas employée à Tétat de pureté ; mais comme elle existe dans le bois de campèche , elle entre dans toutes les couleurs ^Iq Ton prépare avec ce bois. Ces éouleurs sont principalement le violet et le noir. M. Chevreul la propose comme un très-bon réactif pour iécouYrir la présence des acides, (y oyez son Mémoire^ Am, de Chimie y t. lxxxi, p. 128. )

Couleur rouge du Càrtltame.

161 1. Les propriétés de cette matière colorante^ sont très-peu connues : on sait seulement qu'elle est très-fugace , d^un rouge très-foncé ; qu'elle est insoluble dans Fean et aans Talcool \ que les acides l'avivent sans la djssoadre, et que la potasse, la soude et les sous-^arbonates de ces bases lui donnent une teinte jaunâtre en la dissolvant; teinte qu'on peut ramener au rose par un acide quelconque, mais surtout parles acides végétaux.

Cette couleur s'extrait de la fleur du carthamus tinO' tonu5 de Linnée , plante annuelle que l'on cultive en Espagne, en Egypte, et dans quelques contrées du Lewni (a). On lave d'abord la fleur à grande eau (A). Ce lavage a pour objet de dissoudre toute la matière colorante jaune qui accompagne la matière colorante rouge, et qui

parait être combinée avec elle. Lorsque la fleur ne colore

(d) En EgjTpte , ceux qui récoltent les fleurs de carthame les compri- ■nt entre deux pierres pour en exprimer le suc , les lavent avec de Teaii chargée de sel marin » les pressent ensuite entre les maios et les ^cuèckent k Pombre. Ppur empêcher que la dessiccation ne soit très- P'^te, ils les exposent à la rosée pendant la nuit.

(5} Pour faire'ce lavage, les teinturiers miettent le carthame dans un •sac de toile serrée, le laissent tremper d&ns Çeau pendant quelque tcapi, et le foulent ensuite à la ririère jusqu^à oe qu*il ne donne plus de «oalew jaune.

1^4 ^^^ MATlkllES COLOEAIÏ^ES.

plus sensiblement Teau , on la met e:i contact , à la température ordinaire , avec environ son poids de sous-carbonate de soude dissous dans 5 à lo parties dWu. Au bout ' d*une Lîure, on passe la liqueur à travers une toile serrée, on y verse du jus de citron en«quanti té plus que suffisante * pour saturer Talcali , et on y plonge ensuite les écheveaux de coton. L'acide citrique contenu dans ce jus décompose* le sous-carbonate de soude , et en précipite la matière co-* lorante, qui se combine promptement avec le coton. Alors^ après avoir lavé ce coton , on le traite par une nouvelle dissolution de sous-carbonate de soude , qui redissout k matière colorante , et on la précipite de nouveau par le jus de citron : elle se rassemble peu à peu au fond du vase. En la séparant de Ia liqueur surnageante et la faisant sécher, elle prend Taspect cuivré et peut étre«onservée indéfiniment : il n'en, faut qil'une parcelle pour donner à l'eau une couleur rose très-foncée (a).

La matière colorante rouge , seule ou combinée avec différentes substances , et fixée sur la soie , le fil et le coton , leur donne une multitude de nuances qui varient depuis le rose couleur de chair jusqu'au cerise. Toutes ces nuances sont en général peu solides , surtout le rose. Cependant , comme elles sont très-éclatantes , les' teinturiers • font un grand usage du carlhame.

C'est encore avec le carthame qu*^on prépare le rouget dont les femmes se servent pour la toilette. Il suffit pour cela de se procurer la matière colorante rouge , comme nous venons de le dire , mais sans la recevoir sur le coton , de la dessécher sur des assiettes , et de la broyer exacte-

(«) Si , dans celte opération , on précipite d^abord la matière colorante rouge sur le coton pour la redissoudre ensuite , c'est afin de » «4'parer dVne petite quantité du principe colotant jaune qui se trouve ^ combiné avec elle , mais qui , une foi» fixé sur le coton ^ n'est plu* «*7 taqué par les alcalis.

DE L^IlfDICO*. 1^5

ment avec du talc réduit en poudre fine et passé au tamis de soie.

De rindigo.

1612. Propiiétés. — L'indigo, apporté de Tlnde en Europe vers le milieu du seizième siècle, est un corps solide , sans sapeur , sans odeur , pourpre , et susceptible de cristallisation en aiguilles.

Soumis à Faction du feu dans une cornue , il se sépare en deux parties : l'une se volatilise sous forme de vapeurs violettes qui se condensent dans le col du vase , tandis que 1 autre est décomposée et donne tous les produits des substances animales, En le chauflantà l'air libre, on en vaporise beaucoup plus qu'en vases clos , pourvu toutefois qne la température ne soit pas très-élevée : en effet , si elle était portée jusqu'au rouge , l'indigo se gonflerait , s enflammerait, brûlerait avec une flamme blanche , et se transformerait en un cliarbon volumineux qui finirait par s incinérer , etc.

i6i3. Uindigo est inaltérable à l'air , insoluble dans Iciuet dans Féther , mais sensiblement soluble dans l'al- ^llwuillant , qu'il colore en bleu , et dont il se précipite en partie par le refroidissement.

• 161 3 bis. Le chlore le détruit presque tout-à-coup.

1614. Lorsqu'on met en contact une partie d'indigo en poudre avec.9 ^ ^^ parties d'acide sulfurique concentré > il se dissout dans l'espace de quelques heures ^ surtout à ^^ température de 3o à 4o^. La dissolution est toujours d un beau bleu. Il est probable que , dans cette opération , ijudigo est altéré , car il acquiert la propriété de se dis- Mudredans plusieurs réactifs qui, auparavant, n'avaient auame action sur lui^ et il perd au contraire celle dé se ▼aporiser. (Chevreul , u4nn. de Chim., t. lxvi , p. 29. )

C'est avec la dissolutiou d'indigo dans l'acide sulfurique

I^ D£8 ICATIÈ&ES GQLORÀIITES.

qn^on teint en bleu de Saxe , et qu*on ëprouye h force décolorante da chlore ou du cUorure de chaux, {jiim. de Chim et de Phys,, t. vir, p. 383,)

L*acide nitrique concentré exerce une très-vire action 5ur Tindigo. Son action sur cette substance est encore trèsgrande lûrs même qu'il est étendu d'eau , et les- produits qui se forment sont très-nombreux. M. Che?reul ayant traité à une douce chaleur. 2 parties d'indigo impur (de Guatimala) par un mélange de ^i^rûes d'acide à 3a^, et de 4 parties d'eau, obtint bientôt une vive effervescence, et recueillit, outre tous les produits qui proviennent delà décomposition des matières végétales par l'acide nitrique, de l'ammoniaque , une matière résineuse et de l'amer | c'està-dire un composé d'acide hypo-nitreux et d'une«ubstance végétale grasse. (Voy. Ann. de Chim.j t. lxxti, p. 1 13 ; ou l'action de l'acidenitriquesurles substances animales,i77a.)

L'acide hydro-chlorique liquide »'agit point sur Tin-» digo'à la température ordinaire; par la chaleur, il prend luie couleur jaunâtre qui est due à un peu d'indigo décom* posé. L'action des alcalis est sensiblement la même.

161 5. Quoique Iqs phénomènes dont nous venons de parle* soient très-importans , ceux qui nous restent à étudier le .sont bien plus encore. Lorsqu'on traite l'indigo réduit en poudre fine par diverses matières désoxigénantes , il passe au jaune , devient soluble dans l'eau , surtout an moyen des alcalis ; et si , dans cet état , on le met encon* tact avec l'air , il absorbe le gaz oxigène , redevient bleu et insoluble ; d'où l'on doit conclure que ces matières n'a-* gissent sur lui qu'en le désoxigénant en .partie. C'est ce que produisent, par l'intermède de l'eau, l'hydrog^e sulfuré , r hydro-sulfure d'çunmoniaqtte , le proto-stdfete de fer et un alcali , l'orpiment et la .potasse , la potasse et le proioxîde d'étain , et plusieurs autres nfélanges dont nous ué paricrocs point.

DK L INDIGO. l'JJ

Tacdon de Thydrogène sulfuré a lieu à 1^ température ordinaire : il en résulte , outre Tindigo au minimum d'oxi* dadoD, de Feau , et probablement un léger (^pôtde soufre. L expérieuGe doit être faite en vase clps \ elle n^est terminée qu au bout de quelques jours. Il faut s^y prendre de la même manière pour faire agir Thydro-sulfure d^ammo- BÎaqae ] il donne lieu aux mêmes phénomènes que Thydrogène sulfuré : seulement le soufre, au lieu de se déposer^ reste uni à l'excès d' hydro-sulfure. Cest encore k froid ,' comme nous venons de le dire , qu on désoxigène Tindigo par la dissolution de protoxide d'étaindans la potasse (dis* sohdon qu'on se procure en versant un excès de potasse en liqueur dans l'hydro-chlorate de ce protoxide) : d'une part, le protoxide passe à l'état de deutoxide , et de l'autre,^ la potasse s'unit à l'iiidigo désoxigéné. Enfin l'on pourrait aussi opérer à froid la désoxigénation de l'indigo par le sulfate de fer et la chaux , ou par l'orpiment et la potasse -, mais il vaut mieux favoriser la réaction par la chaleur. Dans le premier cas, l'on prend 2 parties en poudre de sulfate de fer du commerce , a de chaux qu'on éteint,

i îindigo bien pulvérisé , i5o d'eau 5 l'on met toutes ces

nuâères dans un matras que l'on expose à une températoc de 4© à 5o^ pendant quelques heures 5 la chaux s'empw de l'acide sulfurique du sulfate , et le protoxide de fer mis en liberté désoxigène l'indigo. d'autant plus facilement qne, ram&é à un moindre degré d'oxidation, il tend à se combiner avec la matière calcaire. On opère de même dans le deuxième ca'; : les proportions qu'on doit «nplojer sont : 8 parties d'orpiment, 6 d'alcali , 8 d'indigo et 100 d'eau. Il se forme sans doute du sulfite et de 1 arsénite de potasse , tandis que l'indigo désoxigéné se combine avec une portion d'alcali , comme dans les expériences précédentes.

Enfin , pour désoxigéner l'indigo dissous dans l'acide

IT. it

1*^8 DKS MATIERES COLORANTES.

sulfuriqius , il suffit d'y ajouter de la limaille de fer et de zinc : c'est rKydrogène à Tétat de gaz naissant qui produit cet effet. La dissolution ne devient pas jaune ; elle picend une couleur d\in gris très-pâle , et cependant elle repasse au bleu par le contact de Tàir. {jinm de Chim. et de ' Phjs., tom. VIII, pag. 44^' )

i6i6. Etat naturel, — L'indigo n'a été trouvé jusqu'ici que dans un très- petit nombre de plantes appartenant aux geni*es indigofera , isatis et nerium. .

C'est surtout du genre indigofera qu'on l'extrait: ce genre fait partie de la famille des légumineuses \ il renferme plusieurs espèces qui , probablement , pourraient toutes fournir de l'indigo. Celles d'où on le retire sont cultivées à la Chine , au Japon , aux Indes , à Madagascar, .en Egypte et dans les colonies de l'Amérique ; on en distingue trois principales : i^. l'indigo franc , indigofera tinctoria : c'est la plus petite , la plus riche en principe colorant ^ mais l'indigo qu'elle fournit est le moins estimé; !2^. V indigofera disperma : elle est plus élevée et plus ligneuse que la précédente, et donne un meilleur indigo; on la cultive à Guatimala; 3®. V indigofera argentea : c'est de cette dernière qu'on relire le' plus bel/indîgo; elle n'en contient qu'une très-petite quantité.' M. Chevreol, qui à fait l'analyse des tiges de V indigofera anil , a trouvé, 1^. que le suc de ces tiges contenait de l'indigo au minimum d'oxidation , de la matière végéto-aniînale coagulable par la chaleur , une certaine quantité d'une matière verte et d'une matière jaune extractive , toutes deux solubles dans l'alcool ) du mucilage , un sel calcaire , des sels alcalins ; a°. que la fécule verte , c'est-à-dire , la substance tenue en suspension dans le suc non filtré, renfermait de l'indigo , de la cire , de Li résine verte , de la matière animale , et une matière rouge particulière ; î^. que le marc exprimé était formé, t>our la plus grande partie ^ des débris

DE L^IKDIGO.

ligneax de la plante. Ces résultats sont sensiblement analogues à ceux que ce chimiste avait obtenus en analysant d'abord les feuilles dUsatis tinctoria* {Ann. de Chim., t. Lxviii, p. a84. ) . t

1617. Préparation. —Lorsque la plante est parvenue isondegréconvenable de maturité, on en coupe les feuilles , qu on lave d'abord , que l'on met ensuite dans une cuve avec une quantité d'eau assez grande pour les recouvrir d'environ un décimètre de ce liquide , et que ^on maiudent dans cette position, par des planches chargées de poids* Bientôt la fermentation s^établit ; la liqi^ur devient verte , l^èrement acide , se couvre de bulles et présente un grand nombre de pellicules irisées ; alors on la fait écouler dans une antre cuve placée au-dessous de la première \ on l'agitd et on y ^goute une certaine quantité d'eau de change qui facilite la séparation de l'indigo. Le dépôt étant fait , on décante la liqueur , on lave Tindigo par décantation , puis on le fait égoutler et sécher à l'ombre.

On peut, par un procédé semblable, extraire Tindigo du pastel ou isatis tinctoria : seulement, au lieu de se contotter de laver le précipité qu*occasione la chaux , il faut

le Irriter ensuite par l'acide hydro-chlorique faible , et le

«omeitre à de nouveaux lavages (a).

Lmdigo ainsi obtenu est celui qu'on tfouve dans la commerce. On en distingue trois sortes : i^. l'indigo floro ou gnatimala : il est moins impur, et par conséqueJl d'un pins grand prix que les deux autres 5 2°. Ti^digo cuivré, ainsi nommé à cause de la teinte cuivreuse qu'il acquiert

M Le précipité est vert ; il doit cette cooleur k un mélange de jaune ctdeblea. £n Le traitant par l^adde hydro-chlorique, on enlève nonleuleaieat la chaax , mais encore on rend la matière jaune plus solublc dans Teau. Toutefois, après avoir été ainsi ti-aité , il contient encore Lien plus de matière élran^jère que d'indigo ordinaire « (Voyez Traité de ^•Puymaurio.)

iSo 1>BS UÀÏlkftES COLORÀSTES.

quand on le frolic arec un corps dur 5 3®; enfin Tindigo de troisième qualité , tel que celui qu'on nous envoie do la Caroline. Le premier est plus léger que Teau^ les deux autres sont , au cqntra^e , spécifiquement plus pesant.

On parvient à les purifier presque complètement en les

traitant d'abord par l'eau , puis par l'alcool , et enfin par i'adde hydro-chlorîque.

L'indiy) gualimala ainsi traité a fourni à M. Chevreul ( Afin, de Chim. , tom. ixvi , p. 20) :

! ammoniaque malière verle un peb d^indigo désoiidé W2 exiractif,...: ' ^ gomme. • -^

T^ ,. 1 .. (maliére verle •

En d.8.0 uiion j ^^^j^^

dans 1 alcool. J^,, ^^^ j,j»„jig^ ......;.

En dissolution Trésine rouge 6

dans Tacide I carbonate de chaui^ a

hydro - chlo- 1 oxide rouge de fer )

rique ^alumine ..../

Un résidu for- /silice • 5

mé d^.'. , . . Xindigo pur 4^

On pourrait donc se servir de ce procédé dans les laboratoires pour se procurer de l'indigo presque pur ^ mais lorsqu^on veftt avoir cette matière .colorante exempte de toutes matières étrangères , il vaut mieux employer le suivant. Celui-ci , que nous devons à M. Chevreul, consiste à mettre , par exemple , 5 décigrammes d'indigo ordinaire réduit en poudre, dans un creuset de platine ou d'argent, à fermer exactement ce creuset , et à le placer sur quelques charbons incaudescens. L'indigo se sublime et s'attache en cristaux à la nariie moyenne du creuset.

nv yniKciPE coioniLirT pv siniÀTcr i8i

On poTurait encore s'en prpcurer qui serait sensible* mcot pur, en dissolvant Findigo du commerce dans le sulfate de fer et les alcalis , décantant la dissolution bien claire et Fagitant dans Fair : bientôt ,*en effet y Findigo absori)erait Foxigène , deviendrait insoluble , et formerait une sorte diécume qu'il suffirait de laver d'abord avec de- Vacide bydro-chlorique faible , et ensuite avec de Feau. M. Roard s'est même servi de ce procédé pour purifier en grand des indigos très - impurs- qui provenaient du pastel.

CompOntion. *^ L'indigo purifié par. la sublimation est composé, diaprés MM.. Le Royer et Dumas, de 78,26 de carbone, de i3,8i d'azote, de io,43 d'oxigène, et de &,So d'hydrogène. (Joum. de Pkarm^, t. viii. p. 383»}^

Du Principe colorant du Safran^

1617 Ji5. Suivsifat MM. Bouillop-Lagrange et Vogel\ on parvient à obtenir ee principe en faisant chauffer Finfulion aqueuse des stigmates de safran jusqu'à ce qu'elle soir réduite en consistance d'extrait, traitant cet extrait par l'alcool concentré , filtrant la liqueur et l'évaporant à siccité : leiéàdu , d'après ces chimistes , est le principe colorant par. Mais, comme ce principe n'est pas c'ristallisé , il nous •cfflble cpi'on ne saurait répondre de sa pureté, et iqu'il «t probaUement mêlé avec quelques substances éltangères. L'on peut en dire autant de toutes les autres matières colorantes que l'on a cherché à isoler (lôg-î, 1698 bis et ^7^5). Quoi qu'il eu soit f voici les propriétés que pré- *€ntelepfccipe colorant du safran.

Son odeur est suave , sa saveur est piquante, et amèro. Soianis à Faction du feu , il se décompose , jet donne de 1 iuninoniaque , indépendamment des produits qui pro viennent de la distillation des. matières végétaleis. Sa disso^ lution aqueuse , exposée pendant quelque temps , dans ua

l8a BES MATIERES COLOllAKTES.

flacon bien bouche , aux rayons solaires , se décolore cn-f tièrement. Mise en contact , à la température ordinaire , avec les acides sulfuri<{ue et nitrique , elle offre des phé^ nomènes remarquables : le premier lui communique une couleur d'bn beau bleu d'indigo qui passe ensuite au lilas, et le second une couleur verte. Le chlore la blanchk et la détruit sur-le-champ. Le sulfate de fer y forme un précipité d'un brun foncé ; mais l'acétate de plomb avec excès d'acide ne la trouble point.

Le principe colorant du safran n^est aucunement soluble dans les huiles fixes ni dans les huiles essentielles ; il se dissout en très-petite quantité dans l'éther, se dissout, au contraire, en assez grande quatitité, dans Feaa et dans l'alcool^ et se combine avec la chaux , la potasse et la baryte.

Les diverses nuances de couleur que ce corps présente fivec les réactifs ont décidé MM. Bouillon-Lagrange etVogcl à lui donner le nom de potychroïte, de deux mots grecs « ffoXùç, plusieurs i çt xpoa, couleur. {Ann. de Chim. , t. Lxxx,p. i88.)

M. Henri, chef de la Pharmacie centrale , qui a repris le travail de MM. BouiUourLagrange et Vogél , pense qfie le principe colorant dd safran , dans Tétat où Tout obtean ces deux chimistes , renferme toigours de l'huile volatile,ct que cette, huile a ime grande influence sur les propriétés de la matière colorante. ( Journ. de Pharm. j, t.vn,p. 397.)

De la Carminé.

1617 l^^' ^^ connaît sous ce nom la matière colorante de -la cochenille et du carmin. Ce sont MM. Pelletier e% Caventou qui sont parvenus les premiers h l'isoler. Nous en tracerons l'histoire d'après les expériences dont ils ont ])i^blié les résultats. {Journ^ de Phami.^ t. iv, p^ ig3-^

I>£ LA CAHMINE-. l83 «

Propriétés, "^hik carminé est d'un rouge pourpre celatant , grenue et comme cristalline , inaltérable à Tair , fusible i 5o^ , destructible très-'promptemenl par Tiode et • presque instantanément par le eblore ^ décomposable eu pea de temps par Tacide nitrique , et par les acides sulfuriqae et hydro-chlorique concentrés, très-soluble dans Teau, peu soluble dan» lalcool rectifié , insoluble dans/ réiher , les builes fixes et volatiles.

Sa solution aqueuse nous présente nombre de phéno*. mènes remarquables : elle prend par évaporation Tapparence de sirop ^ et ne laissa jamais déposer de cristaux ; les acides en font passer la Couleur du rouge légèrement cramoisi au rouge vif , puis au rouge jaunâtre , et enfin au jaane. Les alcalis , au contraire , la font virer au violet ;. et la ebaux est le seul de ces corps qui la précipite. Dans ions les cas , Tefifet des acides peut étrïe neutralisé par les alcalis , et celui des alcalis par les acides y. en sorte que la tante primitive peut être rétablie par Taddition d^unequantité convenable de ces agens. L'on vemarque cepen- ^nt que la couleur s^altère profondément par le contacte ftroloDgé de la potasse et de la soude , etc. : elle devient ^t et de là jaune : alors plus de moyen de la faire^ f^fànAîie telle qu'elle était d^àbord. L'élévation de tem-^ % pàature produit aussi en peu de temps la même altération .

L alumine en gelée décolore tout de suite la solution de carminé ; elle forme une laque qui est d'un très-beau rouge à la tonpérature ordinaire ^ et qui devient violette à la cUa- ^de l'ébuilition..

Parmi les sels , il n'y a guère que l'acétate de plomb y, l'hjfdro-clilorate de protoxide d'étain , le proio-nîirate ei le dento-nitrate de mercure qui troublent cette solution , qiuukdelle ne contient aucune matière étrangère. Les trois, premiers y forment un précipité violet ^ et le dccnicc mL çrécipiié rouge écarlaie,.

l84 CES MATIÈRES C0LO11.411TE5.

Le nitrate de plomb , les sels de cuivré , les sels de baryte , de strontiane , de chaux , la font virer seulement au violet ; et les sels de potasse , de soude , d'ammoniaque , d'alumine , au cramoisi. . .

Uhjdro'clilorate de deutoxide d'étain la rend d'un rouge ^ vif. -^ • ■

Le iiiti:afe d'argent et l'hydro-cblDrate de dçutoxide de mercure sont sans aucune action sur elle. ' - Nous ne parlons icji que des sels neutres. Composition, —.Chauffée dans une cornue , la carminé se b'oursouffle et' se décompose en produisant du gaz hy* drogène carboné , beaucoup tL'huile et une pelile quantité d'eau très-légèrement acide , sans aucune trace d'ammoniaque. Lorsqu'on la brûle convenablement par l'oxigène, elle donne un gaz qui ne contient point d^azote ; par conséquent , elle n'est donc formée que de carbone, d'hydrogène et d'oxigène : probablement ijue l'hydrogène est en grand excès par rapport à l'oxigène.

État natureU — La carmin^ n'a encore été trouvée ïfue dans la cochenille , insecte du genre coccus ( 1637)- C'est de la cochenille mestèque ( coccus cacti ) qi»c JMM. Pelletier et Caventou l'ont retirée, et qui, selon ces chimistes, est composée, 1°. de carminé; 2°. d'une matière animale particulière 5 3*^. d'une matière grasse qui contient de la stéarine , de l'élaïne , un acide odorant -, 4^. d'un peu de phosphate et de carbonate de chaux , de phosphate et d' hydro-chlorate dépotasse, et d'un autre sel résultant de l'union de Jà potasse avec un acide organique. ^^

MM. Pelletier et Caventou traitent d'abord la cochenille par de l'éther sulfur^que parfaitement rectiBé; w température est élevée peu à peu jusqu'au degré d'ébuHilîon du liquide ; celui-ci se colore en jaune doré , et est renouvelé jusqu'à ce qu'il ne prezme plus de teinte sen-

DE l.i* TEIHTURE. l8>

sible : par ce moyen , une grande t>arlîe de la matière grasse est dissoute; quelque peu de carminé Test aussi ^ mais seulement {>ar Tintermède du corps gras. '

La cochenille f étant épuisée par Téth^r ^ 6st mise en contact avec de Talcool dans le digesteur de M. Chevreul (voirez la description de ce' digesteur y dernier volunïe); plusieurs décoctions sont faites successivement , puis réunies et aban(ioni)ées à une évaporation spontanée : elles conûennent la carminé , un peu de matière grasse et un pea de matière animale ; bient6t etles les laissent déposer en petits grains d*une irès-belle couleur f ouge. En traitant ces petits grains à froid par de Talcool très-concentré, on ne dissout que la carminé et la matière grasse; et siToa :goute à la dissolution autant d'éther qu'elle contient d'alcool , le mélange se trouble peu à peu , et forme en quelques jours un dépôt qui n'est composé que de carminé pute. Tome h matière grasse reste avec un peu de matière colorante dans Talcool éthéré*

JUsages. — C'est à la carminé que l'écarlate et le cartnin 'doivent leur couleur; pure, elle est sans usages. [Veyez 1637 — 1646 , les articles Cochenille, EcarlcUe^

Canni/2.)

' De la Teinture. •

1616. La teinture est un art qui a pour objet de 6xer les matières colorantes sur certaines substances^ » *♦

Les principales substances que l'on teint sont les fils et les tissus de coton , de chanvre , de lin , de laine et de soie; Pour les teindre , il faut en général les soumettre à trois opérations : la première consiste à. les tlanchir plus ou ïûoius parfaitement; la seconde, à les unir a des corps qui augmentent leur affinité pour les matières colorantes , et Çïte Von désigne par le nom de mordons ; la troisième , à «issoudre ces matières et à plonger le corps à teindre dans

l86 * DE LA TEIKTUKE.

le bain qui en résulte. Néanmoins , dans quelques circon* stances , l'on fait *une quatrième opériflion : Ton aère la couleur, afin de Taviver. Dans. quelques autres « au contraire , on supprime la seconde ; c'est lorsque la matière colorante est insoluble dans Teau.

Les fils et les tissus destinés à la. teinture devant être blanchis plus ou moins parfaitement , Ton distingue deux sortes de blanchiment. Lar première , moins parfaite que la seconde, ne peut suffire que dans le cas où Ton yeut obtenir des teintes foncées : elle s'appelle décreusage lorsqu'on opéré sur le lin , le chanvre , le coton et la soie , e% désuintagi^ lorsqu'on opère sur la laine. La seconde n'est d'usage que pour les fils ou les tissus qui doivent recevoir une teinte légère ou partielle , comme dans les toile&peintes : elle conserve le noni de blanchiment proprement dit.

Nous allons traiter de chactmedeees çpératicnscn paiy ticulier*.

Du Décreusage*

l6i9.;Le décreusage est une opération par laquelle onse propose d'enlever aux fils et aux tissus de coton , de lin , de chanvre et de soie , les corps étrangers qui les recouvrent , qui en altèi^ent plus ou moins la blancheur y en. diminuent la flexibilité , et s'opposent à l'action des ma* tièrês colorantes.

Le lin , le chanvre et le coton se décreusent de la même manière. Quant à la. soie , elle se décreuse d'une manière particulière.

I&20. Décreusage du lin , du chanvre et du coton. — ^ Supposons que l'on veuille âécreuser loo kilogrammes de^ fils ou de tissus de coton , de chanvre ou de lin , on les fera bouillir dans l'eau pendant deux heures \ puis , après les avoir laissé égouttef ^ on les remettra sur le feu avec l5

DU DÉÇUE VSAGI?. 187

icaax d eau et i kilogramme et demi de soude du commerce si l^opération se fait sur le colon , et ^ kilogrammes si elle a lieu sur le fil ; dans tous les cas , Talcali devra a?oir élé rendu caustique par la cliaux. L'ébullition àera sputenne de nouveau pendant deux heures ; après quoi les fils ou les tissus seront lavés à gt*ande eau, et ensuite exposés à Tair » Quelquefois , cepefed^nt , Ton se contente, par écoaomie^ de décreuser les fils de lin et de chanvre en lesfiiisant tremper dans une lessive ordinaire , à la tem* péraiore de Tatmospiière , pendant vingt-quatre heures.

i6ai. Décreusage de la soie. — ^ On distingue deux espèces de soies : la soie écru blanc , et la soie écru jaune. Celle-ci, d'après les expériences de M. Roard , est formée d^ o,a3 à o,îi4 d'une matière gommeuse; de — o-ày^ d'une matière grasse analogue -A la cire^ de ^ à -^ de ntadène colorante; d^une quantité presque inappréciable dW matière huileuse odorante , et de 0,72 ^ c^73 de soie pure. L'autre ne parait en di£féi*er qu^ence qu'elle ne canticnt point de matière colorante , et qu'elle est un peu ^oins gommeuse.

Le décreusage de la soie doit être fait de manière qu'elle

^jaie rien de sa solidité : on y parvient en la traitant , à

^ température de l'ébullition , par des quantités variables

ilesaroii et d'eau ^ Celui delà soie jaune , pour les couleurs

^Dcées, s'opère à Lyon, en employant i partie de savon

^ 4 <}e soie', et maintenant l'ébullition pendant quàtro

neures. Celui qu'on pratique pour les couleurs claires ou

P^ le blanc n'est pas tout-à-fait le même : on le partage

® deax parties : la première'prend le nom de dégommagey

^ la seconde de rebouillage ou de cuite. Dans le dégom-

®^, on emploie 3o parties de savon pour 100 de soie,

et Ton fait bouillir la dissolution pendant qbinze minutes.

Dans la cuite, on emploie la même quantité de savon que

^s ledcgommagc; mais^ au lieu de tenir la soie peu-

l88 DE Ll TEIKTCIIÏ.'

dant. qiiînze miiiutes dans la dissolution bouillante, oaVj tient pendant quatre heures. Une'ébuUition aussi longtemps soutenue altère toujours la soie sans contribuer à son décreusage : c'est ce que M. Roard Si parfaitement constaté : aussi décreuse-t-il toutes les soies , ècm blanc ou jaune , en les faisant bouillir pendant une heure avec quinze fois 'leuir poid& «d'eau et plus ou moins de savon ^ selon les couleurs qu'il veut obtenir : seulement *il a le soin de plonger les soies dans lé bain une demi-henre avant qu'il ne bouille, et de les retourner souvent. (Voy* j^nn. de Chim. , t. i*xv, p. 44- )

Du Dhuinùige* .

, 1622. La laine est naturellement enduite d'une matière brune à laquelle on donne le nom de suint, e^ que M. Vau- 'quelin a trouvé foi;pée : i^. d'un savon- à base de potasse qui en faiw la plus grande partie ; &^* d'un peu de carbonate^ d'a«étate et d'hydro-chlorate de potasse; 3^. de chanx^ dont il ignore l'état de combinaison; 4^. d'une matière animale à laquelle le suint doit son jodeur par-* ticulière.. Plus une laine est fine, plus elle contient de suidt. Celle des mérinos en contient les deux tiers de sonpoids , tandis que les laines communes n'en contiennent que le quart du leur : aussi les premières sont-elles plus colorées que les secondes. Dans tous les cas , on les dékuiatc par l'un des deux procédés suivons.

Le premier consiste à faire tremper \ei laines que l'on veut désuîht^ dans de l'eau mêlée avec le quart de son poids d'urine putréfiée, c'est-à-dire d'urine ammoniacale, et à les remuer de temps en temps,, en ayant. soin d'entre-, tenir- l'eau à une température assez *élevée pour qu'on puisse a peine y^lenir la main.- Au bout d'un quart d'heure, on les retire de la chaudière , on les fait égoutter et on les porte à la rivière , où elles sont Uvées idans de grands pa-

su BLÀNCHIMEKT. 189

niers jusqu'à ce que Teau en sorte limpide : alors ou les fait ^OQlter de nouveau ^ et on les fait sécher au soleil. L'eau restée dans la chaudière sert à de nouvelles opérations. Il paraît que le suint qu elle contient agit à la manière d'un savon.

Le second procédé ne diffère du premier qu'eix ce que FoQ n'emploie pas d'urine : du reste la dissolution de suint qd en résulte sert également à dès opérations sub-* séquentes.

Quelquefois on igoute une \rès-petite quantité de savon

ankin.

Du Blanchiment,

1623. On sait depuis long-temps que les fils et les tissuf de chanvre , de lin , de cotorï , peuvent acquérir un grand degré de blancheur par le contact successif et long- temps prolongé de Tair , de l'eau et de la lumière^ mais ce pro-i cédé, que l'on a suivi exclusivement jusques il y a en^ viron trente ans , a non-seulement l'inconvénient d'être long, mais de nuire toujours k la solidité des matières 71e Ton blanchit. M. BerlhoUet nous en a fait cou« iiaitre un bien plus prompt , et qui altère bien moins les fils et les tissus j lorsque son application est dirigée arec prudence («)•■

I^ fils et les tissus de chanvre * déclin et de soie • doi- Tcnt être regardés comme des composés de fibres blanches onies à une certaine quantité de matière colorante. Celte DMûère est insoluble dans l'eau , dans les acides , et peu solnLle dans les alcalis ; mais le chlore la détruit en s'empsnint d'mie portion de son hydrogène \ il la transforme ^ une nouvelle substance toujours insoluble dans l'eau

(«) L^afieien procédé, qu^on pratique encore dans on grand nombre de ■i^uâctares, consiste à lessiver les toiles de temps en temps, à les éten- ^t sur le pré , et à les arroser deux ou trois fois le jour.

It)0 DK LA TEtl^TUTlE.

et dans les acides , mais très-solubiedans les alcalis. C^cst sur ces faits qu^est établie la théorie da procédé deM. BcrthoUet.

Suivant ce célèbre cbimiste , les fils et les tissas de chanvre, de lin , de coton, se blanchissent en les fai* sant tremper dans Teau pendant cjuelqties jours , les lessivant à plusieurs reprises , les plongeant après cliaqiic lessive dans le- chlore liquide , les traitant par Tacide suif urique très-faible , les lavant k grande eau après chaque opération , les azurant , les toitlant , et enfin tes laissant sécher.

L'eau dans laquelle on les plonge d'abord établit tin commencement de fermentation qui , selon M. Bcrthollet, . favorise la séparation de la matière colorante , et surtout du parou, dont les tisserands enduisent la chaîne dans le tissage des toiles. Le' chlore et la potasse agissent comme nous venons de le dire* Une seule immersion dans le chlore ne sufiit point , parce que la nouvelle matière qui se produit s'oj^ose à l'action du chlore sur les cobches in-* térieures de matière 'colorante ; et de là , par conséquent ^ la nécessité de faire plusieurs lessives ainsi^e plusieurs immersions. L'acide sulfiirique sert à dissoudre une certaine quantité d^oxide de fer qui , dans le cours de l'opération , se dépose sur lé coton , et lui donne une l^ère teinte jaunâtre ^ enfin par les lavages on se propose de se-* parer le liquide dont le coton est imprégné. "

Il est nécessaire de ne faire usage que d'eau très-limpide. Il faut aussi , i^. que la dissolution de chlore ne soit pas trop concentrée; 2®. que les lessives ne soient pas trop fortes ; 3®. que l'acide sulfurique soit étendu de soixantedix fois son poids d'eau 5 4°. enfin que l'action de ces agcns soit prolongée. pendant un certiin temps. On juge de la conccnlralioa du chlore par son action sur l'indigo ; il est au point de force convenable lorsqu'il peut dé-

truire la couleur dVne fois et demie à deux fois soa vo^ lame d'une dissolution faite d'abord avec une partie d'in* digo et 7 parties d'acide sulfurique , et étendue ensuite de neuf cent quatre-vingt-dou^e fbis son poids d^eau. Quant aax lessives, il faut, pour les obtenir* melti*e dans un ' cttvier une certaine quantité de cbaux vive , l'éteindre , jeter dessus deux fois son poids de potasse du commerce ou de sous-carbonate de soude , puis sgouter une certaine quanUté d'eau plus ou moins grande selon la force qu'on ?eat donner à la lessive. On brasse le- tout, et on abandonne l'opération à elle-même. Bientôt un dépôt abondant se rassemble au fond du cuvier : alors on décante le liquide surnageant ; on lave une ou deUx fois le précipité. L'eau qui sert à ces lavages est réunie à la première lessire , et si le mélange n'est point au degré convenable , on, l'y porte par d'autre lessive très-concentrée. ( V<yf. , pour plas de détails , les Elémensde Teinture, parBerthollet.)

L'emploi du chlore n'eftt pas sans inconvénient , à cause de son action sur l'économie animale ( io5) : aussi plusieurs fabricans , et particulièrement M. Decroizilles , nrseat-ils une certaine quantitéde craie dans l'eau où ils ^icçoi?ent'. Par ce moyen, ils en font absorber par l'eau ^eiien plus grande quantité, et en neutralisent presque oitiéremént l'odeur sans affaiblir soni action sur les ma- ^^^ Goloratates. Mieux vaudrait encore , comme on le fait ^î^^wmmément en Angleterre , employer le chlorure d'hy- ^te de chaux (6oî)..

Les estampes, les gravures, les livres dont les feuillets 9ont devenus jaunes , se blanchissent aussi par là dissolution de chlore : il suffit même four cela de les plonger dans celle dissolution , de les laver ensuite et de les faire ^ier, en ayant soin, toutefois^ lorsque l'opération se fait sur un livre, d'en isoler les feuillets , afin que le blanchiment soit uniforme et complet.

ig« ' DK LÀ TCIWVHï.

Du BlanckùnMni de la Sàie cl de la Laine.

•^1623 bis. La soie n-atteint point par. le décreusnge le dernier, degré de«blanckeur : pour le lui donner , il suffit de l'exposer à la vapeur du gaz sulfureux : c'est ce que l'on. . iait en la plaçant sur des cordes tendues dans une chambre où Ton fai^ brûler du soufre, et qae l'on tient exactenient fermée.

C'est aifssi de la même manière qu'on riend la laine extrêmement blanche : seulement il faut , après l'avoir désuîntée , la traiter par une dissolution tiède et très-faible de savon , afin de dissoudre le suînt qu'elle poui'rait retenir, •

puis la laver et la faire sécher. . ,

Des Mordans. *

i624* Nous désignons par le nom de mordans tous les corps qui ont la propriété de s'unir avec ceux que l'on veufc teindre , et d'aujgmenter leur affinité pour les matières colorantes. •

Comme il n'est presque point de corps qui ne possède cette propriété , u existe donc un grand nombre de mordans. Mais les uns ne la possèdent qu'à un faible degré ; d'autres sont d'un prix très-élevé 5 d'autres allèrent les couleurs qu'il s'agit de combiner , ou en modifient les nuances : d'où il suit qu'il n'y en a qu'un très-petit nombre qui puisse être employé. Ceux dont on fait usage sont l'alun 9 l'acétate d'alumine , V hydro-chlorate d'étain , la noix de galle 5 et encore n'emploie-t-on , pour ainsi dire , comme tels l'acétate d'alumine que dans les toiles peintes, l'hydro-cfalorate d'étain que dans la teinture écarlate , et la noix de galle que dans le rouge d' Andrinople.

C'est lovgours à l'eut de dissolution dans l'eau que Ton combine le^ mordans avec les corps que l'on veut teindre.

Des MOROÀNS.' Iq3

f t après que ceux-ci sont décreuscs , bu désuinu5s, ou quelquefois même blanchis. Nous citerons comme exemple le procédé que Ton suit pour unir Talun avec les fils ou les lîssu* : cette opération s'appelle alunage.

1625. Alunage de la soie. — Cet alunage se fait en plongeant la soie, à la température ordinaire, dans de Teau qui contient la soixantième partie de son poids d'alun, la reûranl du bain au bout de vingt-quatre heures , la tordant et la lavant. On ne doit jamais le faire à chaud , parce qu'alors la soie absorbe une moindre quantité de mordant, qu'elle se combine par suite avec moins de matière colorante , et que d'ailleurs elle perd son brillant et fi'alière,

1626. Alunage de la laine. — Lorsqu^on veut aluner de la laine, il faut en prendre, par exemple, xooo parties, les ùàre bouillir pendant une heure dans de l'eau de son, afin de les dégraisser , les passer ensuite à l'eau froide puis les plonger pendant deux heures dans une dissolution bouillante composée de 8000 à 9000 parties d'eau, îSo parties d'alun -, et enfin les retirer, lés faire égoutter ei les laver. Assez souvent on sgoute un peu de crème de *ar\re, qui , se trouvant absorbée comme l'alun , agît par son excès d'acide sur les couleurs que l'on veut fixer.

1627. Alunage du coton , du chanvre et du lin. — Cette opération se fait en plongeant le corps à teindre dans deVeau légèrement chaude et qui contient le quart de son poids d'alun , puis le laissant dans le bain pendant vingt-^. quatre heures , à la température ordinaire , le lavant et le faisant sécher. Le coton serait également bien aluné en le tenant dans le bain seulement sept à huit minutes , l'exprimant un peu sans le tordre, et ne le teignant que douze à quinze heures après. Son affinité pour le mordant est même telle , qu'il serait possible de faire l'alunage a^ lM)ailIon , comme celui de la laine.

Iq4 »* LÀ TEISTURB.

1628. Dans toutes les teintures sur laine, on peut employer tous les aluns du commerce ; mais dans les teintures sur soie et sur coton ^ surtout dans les couleurs claires , il ne faut se servir que d*alun au moins aussi pur que celui de Rome , c'est-à-dire , contenant à peine un demi-millième de son poids de sulfate de fer : sans cela , il y aurait une assez grande quantité d^oxide de fer fixe par le coton et la soie pour altéi^r la nuance qu^on chercherait à obtenir. C'est ainsi que les jaunes de gaude deviennent d'un jaune verdatre avec les aluns de Liège ordinaires, quoique dans ceux-ci on ne trouve qu'un millième de sulfate de fer. (MM. Roard et Thenard , Ann. de Chim, , 4om. Lix, p. 58.)

De la Fixation des Couleurs sur les tissus.

1629. Les matières colorantes qu'on se propose de fixer sbr les 01s ou sur les tissus sont solubles ou insolubles dans Teau.

' Lorsqu'elles y sont solubles , ce qui arrive le plus souvent , on les dissout dans ce liquide , à la clialeur de l*ébuUition , et l'on plonge le corps à teindre dans le bain à une certaine température et pendant un certain temps, après avoir décreusé , dégraissé ou blanchi ce corps , et Tavoir imprégné de mordant.

Lorsque , au contraire , les matières colorantes sont insolubles dans l'eau , il faut les rendre solubles par un corps intermédiaire , mettre le fil ou le tissu décreusé , désuinté ou blanchi et sans être imprégné de mordant , en contact avec la dissolution ] puis , au moyen d'un troisième coi^s , précipiter ces matières.

Les soies se teignent à une température qu'on porte sucressivcmént de 3o à ^5^. Si le Jbain était plus chaud d'abord , il leur enlèverait une partie de leur mordant, etl^ou. obtiendrait des nuances moins foncées qu'on ne le désire^

DB LA FIXATION DES COULEURS SUR LES TISSUS. I(j5

niu Par la même raison y il ne faut pas que le bain ait plus de 3o à 35^ pour teindre le cliauTre et le lin : Topération se fait dans un baquet. Quant aux laines , elles se teignent presque toujours au bouillon. On pourrait teindre aussi , souvent du moins , le coton de cette manière : cependant , c'est ce qu'on ne fait pas : on le teint comme la soie ou comme le chanvre.

Il est nécessaire que toutes les parties du corps à teindre soient plongées également et pendant le même temps dans le hain de teinture. Â cet effet y lorsqu'on opère sur des fils , on passe des bâtons dans les écheveaux : ceux-ci sont ensuite plongés dans le bain , puis retournés de temps eu temps. Veut-on teindre des étoffes , Ton se sert d'un tour dont les deux extrémités sont posées sur deux fourches de fer, fixées elles-mêmes sur les boixls de la chaudière. Après avoir placé sur le tour l'extrémité de la pièce dont le reste plonge dans la teinture, on le met en mouvement, et bientôt tonte la pièce passe successivement du bain sur le tour, cl du tour dans le bain ; alors on imprime au tour uvt mouvement contraire, pour que la partie plongée la première le soit la dernière à la seconde immersion. Quant & la laine en toison , on la met sur une espèce d'échelle trèslarge dont les échelons sont très-rapproqhés.

Dans tous les cas , lorsque le corps est teint , on le lave a grande eau pour le priver de la matière colorante qui n'est que superposée.

i63o. Après les considérations que nous venons de présumer sur la teinture , il ne nous reste plus , pour terminer ce que nous avons à dire à cet égard , qu'à faire conmitre les substances d'où l'on extrait les principales couleurs rouges , jaunes et bleues -, qu'à indiquer celles de ces maueresqui sont solides et celles qui sont fugaces, et qu'à <^nsidérer en particulier quelques-uns des procédés que on emploie de préférence dans les arts.

ig6 xrs LÀ tkhvtuke.

Dei Teintures rouges*

i63i. Les principales substances dont on se sert ponr obtenir les ronges sont : la garance, la cocbenille, le bois de Brésil et le carthame^ (Voyez Rouge de carthame^ 1611.)

i63a. Garance {rubia tinctorum).—- Cette plante, qoî a donné son nom à la famille des rubiacées , appartient à la tétrandrie digjnie deLinnée. Elle est cultivée à Srayme, à Chypre , en Barbarie, dans la Zélande, en Alsace et dans plusieurs de nos départemens du midi. Les racines sont les seules parties de la plante qui soient employées ; on le» arrache lorsqu'elles ont atteint leur troisième année , e\ on leur fait subir ensuite différentes manipulations qui ont pour objet de les trier , de les sécher, de les débarras* ser de leur épiderme et de la terre qui les enveloppent, et de les réduire en poudre plus ou moins fine. Cette poudre est d'un rouge jaunâtre \ elle est renfermée dans des tonneaux bien secs où elle finit par s'agglutiner si fortement , qu'on est obligé de la couper à coups de hache quand on Teut s'en servir. On trouve cependant, dans le commerce , des racines de garance entières. Les teinturiers donnent la préférence à celles qui offrent une cassure d'im jaune rougeatre très-vif, et dont le diamètre est égal à celui d'^iin tuyau de plume.

i633. La garance contient une matière colorante d^nn jaune fauve, très«soluble dans l'eau , et une matière colorante d'un ronge vif, qui ne s'y dissout en partie qu'à la &veur de la première.

Elle est principalement employée pour teindre le lin et le coton en rouge. Le rouge que l'on obtient est de deux sortes : l'un est appelé simplement rouge de garance ^ et l'autre rouge d^Andrinople. Celui-ci est le plus vif : oik

tirait autrefois du Levant les ëtoifes qui en élafeut teintes \ mais i présent on en teint à Rouen et à Montpellier qui ne laissent rien à désirer. Le procédé que Ton suit étant trèscompliqué, nous ne le décrirons point : on peut consulter i cet égard le Traite de M. Chaptal sur la teinture en rouge des Indes et Fourrage de M. Vitalis.

Lorsque le mordant alumineux que Ton combine avec le coton contient une certaine quantité de sulfate ou d*acétate de fer , les teintes deviennent violettes : or , comme le violet foncé parait noir , Ton conçoit qu'il est possible d'obtenir avec la garance, les sels alumiueux et les sels de fer, tontes les nuances qui se trouvent comprises d'une part entre le rouge clair et le rouge foncé , et de Fautre entre le violet clair et le noir. Cest en effet de cette ma* nière qu'on se les procure dans les manufactures de toiles peintes.

1634. On se sert aussi de la garance pour teindre la laine. Que Fon fasse chauffer une partie de garance avec 26 ou 3o parties d'eau , et qu'on y plonge une partie do laine alunée , on obtiendra des couleurs d'un rouge plus ou moins fauve , qui varieront en raison de l'espèce de g^tance , de la température à laquelle on teindra , du temps qocTon mettra à teindre, etc. (^F'oyez le Mémoire de M. Roard dans le Moniteur ^ novembre 1809.)

Toutefois , jusque dans ces derniers temps , on avait vainement cherché un procédé au moyen duquel on pût obtenir sur la laine des couleurs vives avec la garance. MM. Gonin ont enfin résolu ce problème •, ils sont parvenus à faire avec cette racine une couleur aussi belle que l'Aiarlate de cochenille , mais qui malheureusement ne tésiste pas bien au soleil. Leur procédé est secret.

le tiens de M. Roard qu'en traitant la "garance d'abord par de l'eau chargée de sous-carbonate de soude pour eu f^rer la matière tx>lorante fauve , et ensuite par une dl»*

jq8 de la TEIÎiTUBE.

solution d'Lydro-^ chlorate d'étain et de crème de tartre ^ on obtient un bain qui donne de très-beau rouge , non* seulement avec la laine , mais encore avec la soie , Tune et Tautre alunées préalablement.

i635. La garance peut encore être employée , ainsi que Ta fait M. Mérimé , à préparer une laque qui peut remplacer la laque catminée. Pour préparer cette laque , il faut commencer par laver la garance à Teau froide, jusqu^à ce qu^ellene teigne plus l'eau \ ensuite on la met en contact, à la température ordinaire, avec une dissolution d'alun pendant vingt-quatre heures. Cette dissolution prend une teinte rouge foncée. Alors on en précipite la laque par une dissolution faible de sous-carbonate de potasse ou de soude. Les premières portions que l'on obtient sont en général plus belles que les dernières , de sorte qu'il est bonde fractionner les produits. Il faut se garder de mettre un excès de carbonate , car la laque deviendrait légèrement violette. Du reste , après l'avoir lavée à grande eau , on la recueille sur un filtre , et on la dessèche k une douce chaleur.

Les couleurs de garance sont solides en général ; ce sont les rouges les moins altérables que l'on connaisse*

i636. Bois de Brésil.'^ Ce bois, ainsi nommé du lieu d'où il nous est d'abord venu , prend encore le nom de bois de Sapan ou de Japon, de Femamhouc et de Bré^ sillet. Il nous est fourni par le cœsatpina crista de Linnée» Le femambouc est le plus estimé.

Le bois de Brésil est très-dur , pesant , compacte , rouge à sa surface, pMe à l'intérieur lorsqu'il est nouvellem^it fendu \ sa saveur est sucrée , et son odeur légèrement aro* matique^ sa décoction est d'un très-beau rouge ^ les alcalis la font tourner au violet et les acides agissent sur elle di* versement : M. BansdorfTa fait à cet égard des observations.. {Ann^ de Ckim. et de Pfys., t. -^ix , p. a83.)

Page 1