DES TEINTURES ROUGES. U
Cebois est fréquemment employé en teinture. On sVmi sert pout* donner à la laine un rouge très-vif, et faire de faux cramoisis sur la soie, c^est -à-dire des cramoisis imi- Unt ceux qu^on obtient avec la cochenille. Pour le rouga sur laine , Ton prend i partie de bois de Fernambouc bien divisé, i5 à ao parties d^eau et 6 panieâ de laine ; Ton» fait bouillir Veau sur le bois pendant trois quarts d^bcurc ^ et Von plonge la laine dans le bain bouillant pendant àpea-près le même temps ; puis on la lave et on la fait sécher.
Pour le faux cramoisi sur soie, Ton emploie lea mèmes^ doses de bois , dViuet de soie que pour le rouge sur laine;. Ton prépare aussi le bain de la même manière -, mais Ton y plonge la soie seulement, à la température de 3o à 60^ > pendant une heure et demie ; alors on la passe dans une dissolution alcaline pour donner la teinte cramoisie.
M. Diugler conseille d^ épurer le bain , lorsque lé bois
est de qiialité inférieure , en y ajoutant du lait écrémé : il
parait que la matière caséeuse en se coagulant entraine lai
couleur fauve.
Les couleurs dç b(Hs de Brésil ne sont pas solides.
1637. Cochenille. — La cochenille est un petit insecte*
qui vit sur plusieurs espèces de cactus. On en dîstingue^
deux variétés , la cochenille sjlvestre et la cochenillejine-
ou mestèque. Toutes deux nous viennent du Mexique Ha
première se trouve encore à Saint-Domingue , dans W
Caroline méridionale ,.dan$.Ia Géorgie , k la Jamajique et
%u Brésil^ cette variété est plus petite que la coehenille-
fiûe, et est revêtue d^un duvet cotonneux qoi augmente
inutilement son poids ^ mais ces désavantages ^ qui d^ail-'
leurs sont compensés par ht facilité avec laquelle onl'e*
l^e, disparaissent en grande partie à force de soins..
i638. La cochenille se récolte facilement; i^ ne d^aj^it fucde r^ever de dessus les cactus., k une certaine égo^
aOO DE LA TEIHTURE.
que , de la faire mourîr dans l'eau bouillante , de la desséclier au soleil , et de passer celle qui est fine à travers un crible pour la séparer des bourres du coton des larves des mâles : alors elle est semblable à ime petite graine Jrrëgulière , d'une couleur grise pourprée,
1639. MM. Pelletier et Cavçntou ont trouvé que la cocbenilîe mestèque était composée de carminé , d'une matière animale particulière , d'une matière grasse et d'un peu de sels de nature diverse.
Dqà nous avons examiné les propriétés de la carminé (161 7 ter) : il faut actuellement dire quelques mots delà matière animale , afin de concevoir sans peine les phénoijiènes que présente la dissolution de cochenille dans son contact avec différens corps.
Lorsque la cochenille a été traitée un grand nombre de fois par de Téther et par de l'alcool , comme nous l'avons TU ( 161 7 ter) y si on la traite ensuile à plusieurs reprises par l'eau , dans le digesteur , on finit bien-tôt par en dissoudre toute la matière colorante 5 on dissout en intTcne temps les dernières portions de matière grctsse, et un peu de matière animale ; le résidu est la ïnalîèrc animale pure. Cette matière est blanche ou brunâtre , translucide , insolulile par elle - même dans l'alcool , Télher, les huiles, peu soluble dans l'eau , beaucoup plus soluble dans 1 ammoniaque, et très- soluble dans la potasse et la soude en liqueur,
, Malgré spn peu de solubilité dans l'eau , ellô en est précipitée par tous les acides , sous forme de flocons blanchâtres ^ elle l'est également par touç les sels avec excès 4'âcîde \ elle l'est même quelquefois par les sels neutres] xuafs alors elle s'empare tout a la fois cl de l*acide et de l'oxide': ç est ainsi qu'elle agît sur lés sels* 'djb 'plonib', |J'étain , 3!e ciiîvrê .,* d'ârgentl^ . r .
Enfin, mclée à la carminé, elle est encore précipitée
DES TEIIfTUIlES ROUCBS. SOI
par les acides , et par un grand nombre de sek ; et ce qui est digne de remarque , c*est que tous les précipités se trouvent contenir beaucoup de carminé , quoique celle-ci soit très-soluble dans Teau : aussi sont-ils irès-colorés. Le carmin parfaitement pur n'est même qu'un composé triple de matière animale , de carminé et d'un acide.
Les propriétés de la matière animale et de la carminé étaut connues , il est facile de prévoir celles de la dé« coction de cochenille , décoction qui contient beaucoup de carminé , plus ou moins de matière animale et un peu de matière grasse (a).
On concevra tout de suite , i^. pourquoi les acides rendent ronge la décoction de cochenille et y déterminent un précipité de cette couleur 5 pourquoi le précipité est d'autant plus abondant que la décoction contient plus de matière animale et a été faite par conséquent avec une eau plus alcaline; 2*'. par quelle raison , au contraire, la potasse , la soude , etc. , font virer la couleur de la cochenille au cramoisi et redissolvent les précipités formés par les acides 5 3°. comment il se fait que les sels de zinc , les sels de plomb , le sulfate de cuivre, l' hydro-chlorate deprotoxîde d'étaiu, forment, dans la décoction de cochenille, des précipités violets , tandis que les sels d'étain au fnaximum d'oxidation y produisent des précipités rouges, etc., etc.
1640, La cochenille est principalement employée pour ïfiîûdre la laine et la soie en écarlate , en cramoisi , et en
(4) La jcarminci favorise aaDB doute la colutioii do la matière animale et ooeaooiie celle de la matière grasse j «estroii» substanoifs semblent «voir une assez i;rande affiDÎté récipi'QquQ; c'est pour oela probablement que leur séparation est difficile. Cepoudant JVIM. Pelieticr et Ci^veptou rapportent qu'en agitant la décoctiou de cocheDille avec do Talumiue eu gelée, toute la carmiue se prccipitu, et (|uil reste dau;i lu liqueur de la «ffalière animale et de la malicre giasse.
202 Dr. LA TÊlWTrtlF.
couleurs qui se rapproclicnt plus ou moins de celles-ci : c'est aussi avec la cochenille qu ou prépare le carmin et la laque carminée.
j64i • La teinture écarlate s'exécute en deux opérations : la première s'appelle bouillon ^ et la seconde rougîe- Supposons qu'il ç'agisse de teindre 5o kilogrammes de drap , on versera 800 à 900 kilogrammes d'eau et 6 kilogrammes et demi de crème de tartre dans une chaudière d'étain on de cuivre étamé. Lorsque la liqueur sera parvenue à la température de 5o^ , on l'agitera pour dissoudre la crème de tartre ; on y ajoutera 2 hectogrammes et demi de cochenille en poudre , et , un moment après , 6 kilogrammes et demi de dissolution d'étain très-limpide. Alors il faudra y plonger le drap , le faire circuler rapidement pendant deux ou trois tours , ralentir le mouvement , laisser le drap dans la teinture bouillante pendant deux heures , le retirer du bain , l'éventer , le laver à la rivière , et procéder h la seconde opération.
Cette opération se fait en prenant à-peu«près antani d'eau que pour l'opération précédente , la versant dans la chaudière, la chauffant jusqu'à ébullltion, y projetant T^'^y'jS de cochenille pulvérisée et tamisée, agitant fortement le bain, y ajoutant, au bout d'une demi-heure , 3 kilogrammes de solution d'étain (a) , le rafraîchissant an point seulement de l'empôcher de bouillir , puis y plongeant le drap , y faisant circuler celui-ci comme la première fois , le laissant dans le bain non bouillant pendant nne
{a) Pour préparer la dissolution d^ëtaia, il faut prendre , par exemple , 8 grammes d'acide nitrique à 3o degrés, i gramme de sél «Bumooiac et 1 gramme d^étain d'Angleterre tw de Malaca , faire d'abord dissoudre le sel dans Pacide, y ajouter Tétaîn on grenaille, et en étettdre la dissolution d^on quart de son poids d'eau. Il existe encore plusieurs mcffisas de 'se procurer Thydro-chlorate d'étain; maïs comme ils tke sont p«jB «nssi surs que celui-ci , nous les passerons sous silence.
DES TSINTUUES ftOUCES. •>o!^
dcmi-hcurc, ou plutôt jusqu'à ce que Ton ait obteuu 1a teinte que Ton désire , le retirant , Téveutaut et le faisaut stcher.
Pour donner plus de feu et de vivacité à Técarlate, on lui communique une teinte jaunâtre en sgoutant une cer^ laine quantité de fus le t ou de curcuma au premier bain.
1642. Le second hain ou rougi qui a servi à teindre n est pas épuisé de matière colorante lorsqu^on en retire le drap. On peut s'en servir pour obtenir les nuances capucine, cassis , orangé^ jonquille, couleur d'or, de cerise, de chair, de chamois , etc. , en y sgoutant des quantités variables de fustet , d'hydro-chlorate d'étain ou de crème de tartre,
1643. L'écarbite parait être une combinaison de laine, de matièi^ colorante , d'acide tartrique , d'acide hydroclilorique et de peroxide d'étain* Ce n'est pas inutilement que Ton a divisé en deux parties l'opération par laquelle on la prépare : si l'on faisait bouillir ensemble tous les corps qui entrent dans la composition de cette teinture , on n'obtiendrait qu'une nuance peu foncée.
i644- Lorsque l'on traite à plusieurs reprises du drap ccatlaie par l'eau bouillante , il prend d'abord une couleur cramoisie , et finit par devenir couleur de cliair. La combinaison qui constitue l'écarlate est donc altérable par Tean : elle l'est aussi par les alcalis et le savon : ces substances la font passer sur-le-champ au cramoisi , même à la température ordinaire \ mais on peut la ramener au rouge cala mettant en contact avec les acides faibles.
On voit, d'après cela, qu'on peut teindre en cramoisi les draps d^à teints en écarlate , et qu'à cet effet il suffit d€ les traiter par un alcali : l'ammoniaque est celui qui réossit le mieux. On parvient encore aux mêmes résultats en se servant d'une dissolution bouillante d'alun. Toutefois Ton n'emploie guère ces procédés que dans le cas où
ao4 I>E LA YEIlfTrrRE.
la couleur écarlate n^est pas belle. Dans toute autre cir« constance , on teint directement en cramoisi , en faisant I^ouillir le drap dans le bain de teinture, et composant ce bain pour chaque partie de drap , par exemple , de i5 à ao (>arties d'eau , de } de partie d'alufi , de ^j de crème de tartre , de — <1® cochenille , et d'une très-petite (juaniité de dissolution d'étain.
1645. La laque carminée , dont la teinte est toujours plus ou moins violette , peut s'obtenir comme toutes les autres laques ( 1609) ; mieux vaudrait cependant en faire la préparation en agitant de l'alumine en gelée avec une décoction de cochenille : la laque aurait une teinte rouge beaucoup plus belle.
Quant au carmin , les uns le préparent en versant une certaine quantité de solution d'alun dans une décoction de cochenille \ d'antres veulent qu'au lieu d'alun on emploie de l'oxalate acide de potasse ; quelques-uns conseillent d »jouter à la décoction un peu d'écorce d'aMfouretdegraîne de chouan , afin de jaunir légèrement le carmin et de lui donner plus de feu. Dans tous les cas , le carmin qui se précipite est un composé triple de l'acide du sel que 1 on emploie , de carminé et de matière animale : aussi, pour en faire , su£St-il d'ajouter un acide quelconque à la décoction de cochenille , et en obtient- on une assez grande quantité quand la décoction est faite avec de Teau alcaline.
MM. Pelletier et Caveniou on trouvé celui du commerce falsifié ; il contient ordinairement du cinnabi^e. (Journal de Pharmacie, t. iv, p. igS.)
1645 bis. Depuis quelque temps , l'on a tenté de remplacer la cochenille par le lac-lake et le lac-dye ; il pï^rait que les résultats qae Ton a obtenus sont avantageux. Nous avons déjà parlé de ces deux substances , d'après M. 1*«" treille; mais nous devons igoutcr ici, d'après M, Edwm
DB LÀ TEISTURE VIT JAUNE. Slo5
Branckroft , que le lac-lakes^obtient en pulvérisant la laque en bâton (i553), la traitant i plusieurs reprises par d'assez grandes quantités d^eau bouillante chargée de soude > et mêlant ensuite de Falun avec les diflerentes liqueurs réunies. Celles-ci contenant non^seulement le principe colo-' nnt y mais encore de la résine , il s^ensuit que le précipité qae produit Talun , et qui est le lac-Iake même , est composé de matière colorante , de matière résineuse et d^alumine. La matière résineuse en forme i-peu-près le tiers , et Falamine le sixième. L'on y troUve en outre de la matière y^étale provenant de Técorce mucilagineuse d'un arbre de TLide connu dans le pays sous le nom de lodu^ et de plus du sable et d'autres matières terreuses tpe les manufacturiers y tgoutent pour en augmenter le poids.
Quoique le lac-dye ressemble beaucoup au lac-lake , sa préparation n'est pas bien connue. Ceux qui voudront connaître la manière d'employer ces deux matières colorantes en teinture, n'auront qu'à consulter le Mémoire de M. Bancy<roh {jinnales de Chimie et de Physique y tom. m, p. aaS. )
De la Teinture en jaune,
i&(6. La gaude , le quercitron et le bois jaune senties trois substances dont on se sert le plus souvent pour teindre en jaune.
1646 bis. Gaude (reseda luteola),-'^LsL gaude est une plante qoi croit spontanément dans nos pays , ainsi que dans presque toutes les contrées de l'Europe.
Parvenue à sa maturité , on l'arracbe , on la fait sécher et on la met en bottes : c'est sous cet état qu'elle est employée. LesL teinturiers préfèrent celle qui est cultivée et doDt les tiges sont très-fines : elle est plus riche en matière colorante que l'autre. Toutes les parties de la plante ne
2o6 DK LÀ TEIKTURE.
sont point également abondantes en cette matîére. D'après M. Roard , les capsules en contiennent plus que les tiges , et la racine en contient à peine.
La matière colorante de la gaude est très-soluble dans Feau. Une décoction de gaude bien cbargée a une couleur tirant sur le brun ^ en Tétendant d^eau , elle s'éclaircit et tire un peu sur le vert \ les acides en afiaiblissent la teinte ; les alcalis la foncent au contraire; F hydro-chlorate d'élain y produit un précipité abondant d'un jaune clair.
La gaude est employée pour teindre en j.iune franc et solide la soie , la laine et le coton ; on en fixe la matière colorante par Talun , ou du moins ce n'est que dans les manufactures de toiles peintes qu'on la fixe par Tacétate d'alumine. Que l'on fasse bouillir 2 parties de gaude pendant dix minutes dans 3o à ^o parties d'eau ', qu'on passe lé bain à travers une toile serrée , et qu'ensuite oa y plonge pendant un quart d'heure , à la température de 3o à 75 degrés , une partie de soie alunée avec de l'alun bien pur 9 on obtiendra un jaune très-beau et très-intense. En substituant à la soie du coton décreusé et a luné , et prolongeant davantage l'immersion , l'on obtiendra également un très-beau jaune ; maïs , pour peu qu'on ajoute de sulfate de fer au bain , la soie et le coton prendront une couleur olive. On s'y prendrait de la même manière pour teindre la laine, si ce n'est que le bain de teinture pourrait être presque bouillant. .
Les couleurs de gaude sont très-solides.
1647. Qiiercitron. — Le quercitron estrécorcedu^M^/*cus nigra. C'est à Banckroft que nous en devons la connaissance. Avant de le réduire en poudre , on doit toiyours séparer l'épiderpie brunâtre qui le recouvre. Il est bien plus riche en matière colorante que la gaude. Cette matière est de deux sortes , l'une fauve, l'autre jaune ; celle-ci est la plus soliiLle dans l'eau : de là la nécessité de teindi'e