‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 4)Chapitre 41 sur 64 · DES SUBSTANCES ANIMALES ACIDES · texte numérisé non relu

DES SUBSTANCES ANIMALES ACIDES

1 acide hydro-cyanique doit être considéré comme un véri' table -hydracide.

Introduit avec du fer sous une éprouvette pleine de mercure , il ne change pas de nature et n'est pas absorbé; mais , en ajoutant de Teau au mélange » il se dégage peu à peu du gaz hydrogène > et il se produit du bleu de Prusse. (Yauquelin.)

Les oxides secs exercent sur lui une action variable et dépendante de leur affinité pour Toxigène. Lorsqu'ils sont secs , il y a toujours production d'eau et de cyanure métallique. A la vérité , ceux dans lesquels Toxigène est fortemei|t condensé , tels que la baijte , la potasse , b soude, etc. , n'agissent bien qu'à l'aide de la chaleur, par exemple , qu'en faisant passer de la Tapeur acide dans ud tube incandescent contenant de labai'yte^ ou mieux qu en chauffant à la lampe une cloche courbe où l'on a introduit de la vapeur acide et de l'hydrate dépotasse. Mais Faction de ceux qui sont faciles à réduire se manifeste à la température ordinaire : voilà ce que nous présentent suiout l'oxide de mercure , l'oxide d'argent ; et l'on observe même que , si l'opération se faisait à chaud sur ce dernier oxide , la température , au moment de Tacdon , ^ trouverait si élevée que le cyanogène deviendrait libre, et qu'il serait même dangereux d'opérer sur une trop grande quantité de matières à la fois : on ne pourrait employer alors la chaleur sans danger qu'autant qu'on afiMblirait l'acide eh l'unissant à l'eau , ou qu'en mêlant sa vapeur à de l'hydrogène , de l'azote.

Quand , au lieu de mettre l'acide hydro-cyanîque en contact avec les oxides secs, on fait intervenir l'eau comme intermède , il se comporte encore de la même manière avec les oxides faciles à réduire : seulement la réduction n'est point accompagnée de chaleur sensible 5 mais il se combine avec la plupart des autres , surtout avec les alcalis ,

DE L ACIDB HYDKO-CYAMIQt'B, 435

et forme des composés salins que nous examinerons plus bas.

On ne connaît point encore Faction qu'il est capable d'exercer sur les acides ; il décompose les sels de mercure protoxidë , en sépare l'acide , en réduit Foxide , et de là résultent du mercure libre et du deuto-cjanure mercurîeK Il précipite la dissolution de nitrate d'argent en blanc , celle de carbonate acide de fer en vert de mer qui devient bientôt bleu ; il trouble aussi les dissolutions des sulfures hydrogénés et de savon ; mais il parait qu'il n'agit point sur la plupart des autres combinaisons salines.

i8a5. Etat naturel y Préparation. —Jusqu'à présent cet acide n'a point été trouvé dans la nature , si ce n'est , du moins d'après quelques chimistes , dans les feuilles de laurier-cerise {prunus lauro-cerasus)^ les amandes amères { ^nyrgdalus communis ) y les amandes de cerises noires {prunus aifium ) ^ les amandes j les feuilles et les fleurs de pécher {anyrgelalus persica)^ et dans quelques écorces {Journal de Physique y pour i8o3). Cependant il se forme dans un grand nombre de nos opérations : on ne peut dis*< tiller aucune substance végétale du anitnale azotée sans en produire une certaine quantité ,* il* s'en produit beaucoup plus lorsque l'on calcine ces substances avec de la potasse ou de la soude , et qu'on mêle le résidu avec les acides et la plupart des dissolutions métalliques *, on en obtient également beaucoup en substituant, dans l'opération précédente , des cbarbons animaux aux substances animales ; c'est l'un des produits constans de l'action de l'acide nitrique sur les matières végétales et animales, et, suivant Clouet , de celle dm gaz ammoniacal sur le charbon incandescent.

On F-obtient en traitant le deuto-cjanure de mercure par les deux tiers de son poids d'acide bydro-chlorique liquide et I^érement fumant ^ ou jpar l1i}rdrogène sulfuré.

434 ^^^ SUBSTÀIIGES ANIMALES ACIDES.

Le premier procédé s'exécute dans un appareil qui se compose , i **. d'une cornue tubulée qu on place sur un fourneau ; a^. d'un long tube-, 3^. d'un petit flacon qu'on •ntoure de glace. Le long tube est presque courbé à angle droit à l'une de ses extrémités ; à partir de sa courbure , les fleux tiers de sa capacité sont pleins de fragmens de cUomre de calcium , et l'autre tiers de fragmens de marbre ; il communique d'une part ayec le flacon par la partie courbe , et 4e l'autre aTee la cornue : il est bon de l'entourer de glace dans presque toute sa longueur, de même que le flacon. L'appareil étant monté , on introduit successiTemeni le eblorure de mercure et l'acide par la tubulure de la cornue; on bouche cette tubulure et on fait un peu de feu dans le fourneau : bientôt il se produit une légère ébulli* 4ion due en partie à la vaporisation de l'acide hjdro^a- ^que 9 qui se rend et se condense dans le tube avee un peu d'acide kydco-chlorique et d'eau* Lorsque la quantité d'eau devient très-sensible , il faut suspendre l'opération jpour purifier le produit d^à obtenu : cette opération se /ait en enlevai^tla glace qui entomre le tube et le chaof- £mt doucement. Par ce moyen, l'acide hydro-cyanique «passe seul dans le petit flaccm , car l'eau et l'adde hjdro- .cblorique, qui s^étaient d'abord Tolatilisés avec lui, sont retenus \ spivoir ; l'eau par le chlorure de calcium, et l'acide hyAro-chlovique par la chaux r

Nous devons observer qu'il vaut mieux verser Taddie

bydro-chlorique par partie que tout à la fois \ que, pour

. avoir une quantité notable d'acide hydro-cyanique , il fatU

opérer au moins sur 300 grammes de cyanure de mer-

.eurç; que le tube doit avoir au moins six décimètres de

long et un centimètre et demi de diamètre intérieur.

' D'ailleurs , ce qui se passe dans cette préparation est

tfadle à concevoir : en effet , il se forme de l'hydro^cUonice

de deyitotidc de mercure ou du sublimé corroûf qiii restr

DB l'acide HYDRO-CYAKIQCE. 4^5

dans la cornue. Par conséquent, l'eau est décomposée; son hydrogène s^nnit an cyanogène , et donne lieu à de l'acide hydro-cyanique , tandis que son osigène se combine avec le meicure y et le fait passer à l'état de deutoxide qui se dissout dans Tacide hydro-chlorique. Suivant M. Vauque-» lin , il y a aussi , mais quelquefois seulement , production dliydrtHcyanate d'ammoniaque.

Lp deuxième procédé consiste k mettre en contact, à tme température un peU élevée , du gaz hydrogène sulfuré avec lé cyanure de mercure. Le gaz formé dans un ballon ^ par un mélange de sulfure de fer artificiel et d'acide sulfurique étendu d'eati , est conduit par un petit tube recourbé dans un autre tube horizontal ^ plus large » placé au-dessus d'un fourneau y et contenant le cyanure mercu^ riel , plus du carbonate de plomb et du chlorure de calcium* Ceux -ci doivent être introduits séparément k )â suite du cyanure 9 et occuper chacun £^- peu -près quatre centimètres de long. A peine l^hydrogène sulfuré louche-t-il le cyanure , qu'il en résulte du sulfure de mercure et de l'acide hydro-cya nique en vapeur* Cet acide arrivant bientôt à l'extrémité du grand tube ^ cède l'eau qu'il entraîne au chlorure de calcitun , et le peu d'hydrogène sulfuré qui pourrait ne pas être décomposé , au carbopate âe plomb : de là , par un tube ordinaire y il se rend et se condense dans Un flacon entouré d'un mé* lange de glace et de sel. Ce procédé , dûà M. Vauquelin , a l'avantage d*ètre d^une plus facile exécution que l'autre ^ et de donner beaucoup plus d'acide hydroH^yanique.

A la vérité , M. Proust s'en était servi , mais pour obtenir l'acide hydro-cyanique étendu d^eau , ou l'acide prussique de Schéele. Il décomposait une solution de cyanure de mercure par un courant d'hydrogène sulfuré , agitait ensuite la liqueur avec du carbonate de plomb ^ pour absorber l'excès de ce gaz , puis la filtrait*.

436 Dïà SUBSTANCES ÀNIHALES ACIDES.

1826. Usages. — Jusqtie dans ces derniers temps , IV cide hydro-cyaniqne était resté sans usages. M. Magendie, en 181 7, en a conseillé Femploi, à très-petite dose, contre plosienrs maladies de poitrine, {uénn, de Chim. et de Phys.y t. vi', p. 347. )

i8a6 his. Historique. — C'est à Schéele que non^ devons la découverte de Facide hydro-cyanique 5 il la fit en 1780 ; mais il ne le connut qu'uni à une grande quantité d'eau (^^ vol. de ses Mémoires) (a). M. Gray-Lussac est le premier qui soit parvenu à l'obtenir pur. Presqaetoot ce qui précède est tiré de son Mémoire. ( Annales i^ Chimie, t. Lxxvir , p. laS; et t. "xcv, p. i36.) Un grand nombre d'autres chimistes ont également fait des recherches sur l'acide hydro-cyanique. Les plus i^oentes sont celles de M. Proust (Annales dé Chim, , t. xx, p. ^^^)f celles de M. Porret ( Ann. de Chim. et de Phys. , t. f^ p. 120 ; et t. XII , p. 37a et 378 ) , celles de M. Vauqodît {Ann. de Chim. et de Phys., t. ix, p.ii3), cdlesde M. Robiquet (Ann. de Chim. et de Phj^., t. xvn),«t celles de M. Berzelius (Ann. de Chim. et de Pfys., t. XV ) : nous aurons occasion de les cit^r par la suite.

(a) Pour ae le procureTi il dÎMolvait ime partie du deato-cf anore ds mercord dans sept à huit parties d'eau; il versait la dissolntioii diDSiiii flacon, y ajoutait une partie et demie de limaille de fer, trois baàuaef de partie. d'adde aulfurique concentré , agitait bien le tout pendant qoel- ^pes minutes, le laissait reposer, décantait ensuite la liqueur et en retirait le quart par la distillation. Cette portion de liqueur distiOée était celle qu'il considérait comme l'acide hydro-cyanique 00 pmssiqoe. Da" CBtte opération , l'eau est encore décomposée comme dans la préoéikato : son ozigène se porte sur le fer et son hydrogène sur le cyanogène : de là résultent par conséquent de l'adde hydrQ4;yanique et du proto snlft^n de Sér qui se dissolvent tooA deuit.

DU CYÀlfOGÈirE.. 4^7

Du Cyanogène ou rcLdical hydro-cy unique*

1837, D^jà nous avons fait connaître (182) la natnre du cyanogène ou du radical hydro-cyanique, la manière de Tobtenir, ses propriétés physiques, les phénomènes qu^il nous présente quand on le met en contact avec l'air , la plupart des corps combustibles et divers dissolvans , tels que Teau , Talcool y Téther sulfurique et Tessence de térébenthine. Il nous reste maintenant à revenir sur plusieurs de ces phénomènes, afin de les approfondir ^ à étu-> dier Taclion de ce singulier radical sur les dissolutions alcalines^ sur les carbonates alcalins, sur plusieurs autres corps que nous avons examinés depuis , et à traiter avec détail de quelques-uns des composés dont il fait partie. Cette nouvelle étude , qui doit trouver place après^ celle de Vacide hydro-cyanique , est tout-à-fait indispensable pour concevoir Fhistoire des hydro-cyanates , et pat conséquent celle du bleu de Prusse.

Dissolution du cyanogène. -— La dissolution du cyanogène dans Teau , récemment préparée , est tout4,-fait sans couleur ; mais , au bout de quelques jours , elle se 4:olore en Jaune léger , puis en brun , et enfin laisse dé^ poser une matière d'un brun très-foncé. En distillant alors 43«tte dissolution , on en retire de Veau chargée d'hydrocyamLle et de carbonate d'ammoniaque , et l'on obtient pour résidu une liqueur qui , séparée de la matière brune par le repos et la décantation , fournit par une douce ^vapofalion des cristaux dont quelques-uns sont jaunâtres. Ocs cristaux , qui n'ont aucune odeur par eux-mêmes ^ en prennent une tràs - forte d'alcali volatil avec la potasse. Suivant M. Vauquelin , a qui ces observations sont dues , l^acide qu'ils contiennent est probablement nouveau : il poité à croire que c'est de V acide cyanique.

438 DES SUBSTÀBGIfS ÂKiUALES A.ClDp;S.

Ces di0iSrens produits ne peuvent évidemment se former que par la décomposition de Teau. La prodncûonde Tacide hydro-cyaniqne, de Tacide carbonique et de rammo< niaqne , se conçoit aisément ( mais , pour se rendre compte de celle du nouvel acide et de la matière bnme, il fini* drait connaître la nature de ces corps , et nous ne sayom rien de positif à cet égard, {jinn, de Chim^ etdePhjs», tom. ix^ p9g. ii3. )

Depuis ces observations , M. Vauquelin , enconserviBt dans un flacon, pendant un bi ver tout entier, une disio- Itttion très-cbargée de cyanogène , y a trouvé des cristtin jaunes-orangés qu^il regarde comme devant être un sm-^ cyanogène, ou du cyanogène uni au cbarbon, (Ànn* ^ Chim' et de Phys^j t. xxxi, p. i3a.)

C^umogène et alcalis^ — Ije cyanogène estCstcilemen) absorSë par les solutions alcalines : ces solutions se colorent peu tant que les bases sont en grand exois*, wk elles deviennent très«»promptement brunes et comme charbonnées lorsque le cyanogène est prédominant* M. Vaih qnelin pense que , dans ce cas , il se forme les mêmes produits que s'il n*y avait que du cyanogène et de ïeiQ \ que Falcali n a d'autre effet que d'en déterminer de soi» la formation , de s'emparer des acides , et de dissoudre b matière brune.

Cependant M. Gay<*Lussac a exprimé une autre ojriwon dans son Mémoire. D'après les expériences qa'il cite, le cyanogène aurait la faculté de s'unii* aux alcalis , et de former des cyanures alcalins , qui se dissoudraient dani l'eau y et ne la décomposeraient que par la présence d'un acide. De cette décomposition résulterait un grand d^* gement de gaz carbonique , de l'acide hydroHcyarnî»* r®* connaissable à son odeur , de l'ammoniaque qni se combinerait avec l'acide employé , et qu'on rendiiit ^euSb\t 9U moyen de la chaux vive. M. Gay-Lussac a mtoie ic-

DU CYANOGENE. 4^9

terminé dans quelles proportions ces trois corps doivent ce former. (^Ann^de Chîm., tom* xgy*)

« J ai fait deux petites mesures de Terre , dit-il ; Tune destinée 'à contenir une dissolution de potasse , et Tautre à contenir une dissolution diacide hjdro<hlorique ; de manière qu'en mêlant la mesure d'acide avec la mesure d'alcali , tout Tacide ne fût pas neutralisé. Après cette disposition , j'ai mis dans un tube gradué i4g parties d« gaz carbonique que j'ai absorbées par une mesure de po-' tasse; puis j'ai introduit dans le tube une mesure d'acide bydro-cUorique. Il s'est dégagé seulement i4o parties do gas , et il en est resté par conséquent 9 en dissolution dans rbydro-cUorate de potasse.

» J'ai alors pris 147 parties de cyanogène; je les ai absorbées par une mesure de potasse j et j'ai sgouté ensuite une mesure d'acide hydro-chlorique. J'ai obtenu i4i p^r-' lies de gaz carbonique; mais comme je savais qu'il con-' tenait un peu de vapeur hydro-cyanique , je l'ai mis en contact avec l'oxide rouge de mercure, et les i4i parties ont été réduites à 187. Ce nombre diffère si peu de i38 que j'aurais dû obtenir , d'après la première expérience , qu'on peut admettre avec certitude , que lorsque le cya^ nure de potasse se décompose par le concours d'un acide , il se produit un volume de gaz carbonique justement égal a celui du cyanogène employé. Il reste donc à déterminer ce que devient l'autre volume de vapeur de carbone ; car le cyanogène en contient deux , et de plus un volume d'azote (a).

9 Puisqu'il s*est produit aux dépens de Toxigèna de l'eau un volume de gaz carbonique qui représente un

(a) On doit se rappeler que le gaz carbonH|ae , d^^prù M. Gay-Lusjac, confient im Tolimie é^al an sien tle vapeur cle carbone, {f^oye^ paj;. iqc^ dUi premier volume.)

44o DES SUBSTAHCES ANIMALES ACIDES.

volume 4'oxigèite , il doit aussi s'être pi'oduit deux volumes d*hydrogèue. Ainsi, en ne faisant plus alteotion i Tacide carbonique , il nous reste :

i> Un volume de vapeur de carbone \

» Un volume de gaz azote y

» Deux volumes de gaz hydrogène.

» Et il faut remplir cette condition , que ces trois élémens se combinent en totalité de manière à ne produire que de Tacide bydro- panique et de rammoniaque.

» Or ^ le volume de vapeur de carbone , avec un demi- T^olume d^azote et un demi-volume d'hydrogène , produit exactement un volume de vapeur hydro-cyanique , et le volume et demi d'hydrogène , plus le demi- volume d'aiote qui restent, produisent un volume de gaz ammoniacal*, car on se rappelle que ce dernier résulte de là combinai- 6on de 3 parties d'hydrogène et i d'azote condensées de moiiië;.

» En résumant, un volume donné de cyanogène, combiné d'abord avec un alcali et traité ensuite par un acide, produit exactement :

» Un volume de gaz carbonique ;

» Un volume de vapeur hydro-cyanique 5

» Un volume de gaz ammouiacal. »

M. F. Wochler, d'Heidelbeig , a fait aussi des expériences sur l'action réciproque du cyanogène et des dissolutions alcalines : il en résulte que le cyanogène se comporterait alors comme le chlore avec la potasse; que Veau serait décomposée et qu'il se formerait un hydro*cyanatc ex un cyanate ; mais ses observations , qui se trouvent pnbliées annales de Chimie et de Ph/sique ^ t.xx,p.353, laissent beaucoup à désirer. De nouvelles recherches sur ce point sont donc encore nécessaires pour côimailrc la f érité .

DU CYÀKOCÈKE. ' 44^

Cyanogène et autres oxides. — L'aciîon des oxides terreux et des oxides des quatre dernières sections* sur la dissolution de cyanogène dans Feau est analogue , en général , à celle des alcalis : seulement elle est bien moins acuve. ( Voyez , pour plus de détails y le Mémoire de M. Vauquelin, Aimales de Chimie et de Physique , tom. IX, pag. iiy.)

Qranogène et carbonates, hydrogène sulfuré^ etc. — Le cyanogène décompose rapidement les carbonates alcalins à une cbaleur obscure.

Il se combipe avec le gaz hydrogène sulfuré, dans le rapport de i À i,5 en volume, et forme une substance jaune qui cristallise en aiguilles fines , qui se dissout dans Teau , et qui ne noircit pas la dissolution de nitrate de plomb. La combinaison ne s'effectue que très-lentement » rhunûdité la favorise. \

Cest aussi dans le rapport de i à i ,5 en volume que le cyanogène s'unit avec le gaz ammoniac : Faction est presqu'aussi lente que la précédente ; elle n'est complète qu'après plusieurs bem*es \ la diminution de volume est considérable , et les parois du tube de verre où se fait le mélange deviennent opaques en se couvrant d'une matière hrune et solide.

1829. Cyanure de mercure. — Ce cyanure, parfaitement neutre , est incolore et cristallise en longs prismes quadrangnlaires , coupés obliquement. Sa saveur est trèsstyptique et très-désagréable. Il excite fortement la salivation. Son action vénéneuse est telle qu'il serait dangejrenx de le prendra à la dose de quelq^ies grains . Sa pesanteur spécifique est très-grande. Il est sans odeur et sans action sur le tournesol.

Lorsque le cyanure mercuriel est bien de^aérfié ,et qu'on le chauffe oonvenablemei^t dans une cojm)[ieloi^'âans**un iube de verre fermé par une de ses exuémités , il com-

44'-* SES SUBSTAKCBS AHIMÀL£S ACIDES.

mence bieutôt à noircir ; il parait se fondre comme fine matière animale, et se transforme alors en cyanogène qui se dégatgfi abondamment, et en mercure ijoi^se Tola-^ tilise.

On observe , en outre , qu'il se sublime un peu de cyanure , qu'il se décompose une petite quantité de cyanogène, et que dé cette décomposition , produite par Taflinilé du mercure pour le carbone , résultent de l'azote qui altère le produit gazeux , et un carbure mercuriel qu'une tempe* rature plus élevée résout en mercure qui se dégage , et en noir de fîimée très-léger. •

Mais lorsque le cyanure est humide , au lieu de cya* nogène , on obtient de l'acide carbonique , de l'ammo* niaque , et beaucoup de vapeur bydro-cyanique : d'où il suit que , dans ce cas , l'eau est décomposée.

Le soufre favorise beaucoup la décomposition du cya* nure mercuriel. Que l'on mêle , comme l'a fait M. Berzelius 9 ce cyanure avec le tiers de son poids de soufre , que l'on cbauâe, et l'on observera, au moment de la fusion de ce dernier corps , une réaction très-vive ] il se dégagera du gaz azote , du sulfure de carbone et beaucoup de cyanogène mêlés ensemble , et il restera dans la cornue un proto-sulfo-cyanure de mercure ( composé de soufre , de cyanogène et de mercure ) très-boursoufflé qui , refroidi , pulvérisé , et chauffé de nouveau , se réduira en cyanc^ne et en cinnabre. {Annales de Chimie et de Pkjrsiqwie, tom. XVI , pag. 4o ; d'ailleurs , voyez plus loin le Sulfo^ c)ranure de mercure. )

Le cyanure de mercure se dissout bien dans l'eau ; il y est plus soluble à chaud qu'a froid : aussi l'eau bouillante qui en est saturée en laisse-t-elle déposer , par le refroi-« dissement , sous forme de cristaux.

La dissolution concentrée de potasse ne décompose point le cyanure de mercure*, elle le dissout seulement

BU CYAMOGfeMC. 44*^

k Taîdede la chaleur, elle laisse cristalliser par le refroi^ 4is8emeiit.

Db tous les acides dont on ait éprouvé Faction sur le cyanure de mercure p il n'y a que Tacide hydro-chlorique ,' Facide faydro-sulfurique , et Facide hydriodique qui puis-^ sent faire passer facilement le cyanogtae de ce composé i- Fétat diacide hydro^anique. Dans le premier cas , il se produit un bydro-chlorate de deutoxide , et dans le se-' cond un sulfure et un iodure. L'acide nitrique , par Fébulv lition , ne fait que le dissoudre \ il en est de même de Facide sulfurique faible. L'acide snlfurique concentré agit, à la vérité , sur lui , mais en se décomposant , et de là résultent probablement du gaz sulfureux , du sulfate d^ mercure et du cyanogène.

La plupart des sels sont sans action spr le cyanure de mercure; il n'y a guère que Fhydro-chlorate de protoxide d'étain qui le décompose : ^lors Fo5(igène de l'eau fait pas-* ser le protoxide d'étain à l'état de deuto)(ide, tandis que Fbydrogènes'unissantan cyanogène le transforme en acide bydro-cyanique. C'est encore un phénomène de ce genre qui a lieu dans Je procédé que Scbéele a em^ployé le premier , et dont on s'est servi jusque dans ces derniers temps pour obtenir Facide hydro-cyanique (page ^36 de ce vol.) Enfin , lorsqu'on verse de l'hydro*sulfurede potasse dans le cyanure de mercure , il en résulte un précipité noir d& sulfure et un hydro-cyanate alcalin.

Uni à Feau , le cyanure de mercure a la propriété do dissoudre a chaud une quantité considérable de deutoxide de mercure : de neutre qu*il est, il devient très-alcalin , plus soluble , et cristallise non plus en prismes , mais eu très-petites houpes. Evaporé jusqu'à siccité , ilsecharbonne ti^ès-aisément ; aussi , pour le dessécher sans le décomposer, est-on obligé de n'employer que la chaleur dubain-marie. Jluinide , il donne, dans sa décomposition par le feu , de

444 ^^^ SUBSTÀKCCS ANIMALES ACIDES.

Tacide carbonique, de rammoniaque , de la vapeur hydrocyanique, de l'azote , et un liquide brun qui n est point buileuz ; tandis que y privé d'eau , on n'en retire que da cyanogène , du gaz carbonique et du gaz azote.

L'oxide de mercure , en se dissolvant dan^ le cyanure de mercure , ne constitue pas un sous-cyanure^ et Foxide n'est point réduit; il fait partie du nouveau composé qu'oa obtient , et c'est à sa présence qu'il faut attribuer le gas carbonique qui provient de la calcination du composé parfaitement sec.

Enfin , lorsqu'on verse dans une solution de cyanure de mereurç de l'iodure de potassium lui-même en solution, il se produit tout de suite une foule de cristaux blancs nacrés , que M. Caillot a observés , et qu*il regarde comme un composé d'iodure et de cyanure mercuriels. {Ann* de Chim. et de Phjrs. , tom. xrx , pag. 220. )

1829 bis. Etat naturel. Préparation « etc. —Le cyanure de mercure ne se trouve point dans la nature. On l'obtient en faisant bouillir dans un matras 8 parties d'eau, a parties de bon bleu de Prusse en poudre fine (hydioferro-cyanate de peroxide de fer) , et i partie de deutoxide de mercure. Lorsque le mélange , de bleu qu'il est d'abord) est devenu jaune , on filtre la liqueur , et le cyanure s'en dépose , par le refroidissement , sous forme de cristaux. Ensuite on réunit les eaux-mères et les eaux de lavage , et l'on retire tout le cyanure qui s'y trouve par des évaporations et refroidissemens successifs. Maiscomme, dans cet état , le cyanure contient une certaine quantité d'oxide de fer , il faut , pour le séparer de celui-ci , suivant M. Proust , le redissoudre dans l'eau , le faire bouillir avec un excès de deutoxide de mercure , et filtrer h ^"^ queur. Il en résulte, à la vérité, que le cyanure se charge d'oxide de mercure^ mais rien de plus facile qde de i& convertir lui-même en cyanure : c'est d'y jyouter de lacide

DU CTAnOGENE. 44^

hydro-cyanique : à Tînstaiit même Foxigène de Toxide s^onît i l'hydrogène de Tacide , et le cyanogène au mer-* cure. Enfin , Ton fait cristalliser de nouveau le cyanure , et on lé dessèche complètement lorsqu'il s'agit d'en extraire le cyanogène. Au reste , sa formation , telle que nous Tenons de la décrire , par la réaction de l'oxide de mercure et du bleu de Prusse ou de l'hydro-ferro-cyanate de per-* oxide de fer, se comprendra sans peine d'après ce qui a été dit précédemment. Pour peu que l'on réfléchisse , l'on verra que l'oxide de fer de Thydro-ferro-cyanale doit être mis en liberté, et qile Tacide hydro'-cyanique et ledeutoxide de mercure étant en présence l'un de l'autre doivent se décomposer réciproquement , de manière à former de l'eaa et du cyanure de mercure. Ajoutons cependant que si l'a* eide hydro-ferro-cyanique était , comme nous le croyoûs j un composé d'acide hydroncyaniqtie et de cyanure de fér , il serait possible que ce cyanure concourût à la formation de celui de mercure , puisqu'il ne faudrait pour cda qu'un échange de priiicipes entre le cyanure ferrugineux et l'oxide mercuriél.

i83o. Composition. —-Puisque l'acide hydroK^anique et l'oxide de mercure, en se décomposant réciproquement , produisent de l'eau et du cyanure de mercure ^ que l'acide hydroM^anique est formé de parties égales ^i volume de cyanogène et d'hydrogène , et que loo de mercure en poids aLsorbent 7,90 d'oxigène pour passer à l'état de deutoxide , il est évident que le cyanure de mercure doit être composé en poids de 100 de mercure et de 26,089 de cya« nogène.

i83o bis. Usages , Historique. — Quelques médecins emploient le cyanure de mercure dans lé trailemenl des maladies syphilitiques; les. chimistes s'en servent unique^ ment pour se procurer l'acide hydro-eyanique et le cyaïïkogène*

44^ 1>KS SrfiSTANCES ANfUALES ACIIJES.

de potasse, qui, comme nous l'ayons dit précédemment f est toujours alcalin , et qu'on le met en contact avec dti cyanure d'argent récemment préparé et bien lavé , la dissolution se charge d'une certaine quantité de cyanure et reste aussi alcaline qu'elle était d'abord } maïs si Ton y ^oute de l'acide hydro-cyahique, elle prend une nouvelle quantité de cyanure , deyîent parfaitement neutre , îadé* eomposable par les acides faibles, et donne , par uneooBcentration convenable et le refroidissement , des lames hexagonales groupées confusément ; d'où l'on voit qoe le cyanure donne beaucoup de stabilité à l'hydro-cyanatc, et fait , en quelque sorte , de l'acide hydfo-cyanîque , qtn est trj^-faible par lui-même , un acide puissant. (Gty- Lussac , jdnn. de Chim. , t. xcv , p* 928. )

Mis en contact avec l'oxide noir de fer, Thydro-cyanate de potasse en dissout aussi une portion , devientjaone, et acquiert, comme par le cyanure d'argent, la proprito de devenir neati*e par: une addition d'une nouvelle quantité d'acide hydro-cyanique , de cristalliser facilement et de résister à l'action d'un certain nombre d'acides. Nous reviendrons plus bas sut la nature de ce sel. Plusîenrs autres hydro-cyanates, et partieulièrement celui de soude, se comportent avec le cyanure d'argent et l'oxide de fer de même que l'hydro-cyanate de potasse.

5®. Tous les oxides ne se combinent pas avec l'acide hydro^cyanique ; plusieurs en effet , aussitôt qae le contact a lieu , sont décomposés par cet acide , de telle manière qu'il se forme de l'eau et des cyanures : nous citerons comme exei^ple le deutoxide de mercure , Voxide d'argent, l'oxide d'or: peut-être tous les oxides feciles a réduire sont-ils dans ce cas. D'autres, quoique noniédmts par l'acide hydroK^yanique , ne peuvent pas l'absorber ; leur cohésion est trop forte ; telles sont l'aluBiiue > la W" cène et la silice.

DB l'acide HYDaO-FERIlO-CYÀNIQUE. 449

G^. Leshydro-cyanates alcalins et terreux sont tous plus ou moins solubles dans Feau; les autres y sont , au contraire y insolubles.

7®. On ne trouve aucun hydro-cyanate dans la nature. Ceux qui sont solubles s'obtiennent directement , c^estâ-dire en combinant les bases salifiables avec Tacide hydro-cyanique ; ceux qui sont insolubles se font par la voie des doubles décompositions : ces derniers ne sont peutêtre que des cyanures.

8^. Lorsqu'on dissout le. cyanure de po.tassium dans Teau , eelie-ci est décomposée ; sou oxigène se porte sur le. métal, et son hydrogène sur le cyanogène; de là de Tacide hydro-cyanique et du protoxide de potassium , qui , se combinant ensemble , forment de Thydro-cyanate de potasse dans un état constant de saturation : or, comme l'eau est formée de i volume d'oxigène et de a volumes d'hydrogène , et que Tacide hydro-cyanique Fest de parties égales en volume d'hydrogène et de cyanogène , il est facile de voir que , dans cet hydro-cyanate et dans tous ceux qui lui correspondent, la quantité d* oxigène de Toxide est à la quantité d'acide comme i à 3,4^6.

De l^ Acide hydtXhfèrrO'Cyanique {Acide hjrdro • cyanique Jerruré , Acide hydro - cyano -Jerrique de quelques chi» nusles.)

i83a bis. Nous venons dédire (pag.précéd.) queFoxîdc de fer, en se dissolvant dans Fhydro-cyanate de potasse, rendait ce sel bien plus stable , et lui donnait la propriété de cristalliser facilement, et de résister à Faction d'un certain nombre d'acides , propriété sur laquelle M. Proust a présenté des considérations fort importantes (^n/i. de Chim. , t. ix) : or , comme le cyanure d'argent produit le même effet , et que le cyajiogène a de Fafiinité pour les métaux ,

J^Ho DES SITBSTAKCES ANIMALES ACIDES.

u'est-il pas possible que , dans la réaction de Thydro-cjanate de potasse et de Toxide de fer , une portion de Tacide hydro-cyanique décompose Foxide de fer , et que de là résulte un composé de cyanure de ce métal , diacide hydro-cyanique et de potasse? Cette opinion , émise par M. Gay-Lussac , doit paraître préférable à toute autre , surtout lorsqu'on considère que les bydro-sulfates , et Tinfusion de noix de galle ne fout éprouver aucun changement à la dissolution de Fhydro-cyanate de potasse ferrugineux*

Mais tmenouTelle question se présente : comment, dans ces sortes d'hydro-cyanates , les élémens sont- ils unis? M. Porrett est prvenu à extraire de ces sels un acide tout autre que lacide bydro-cyanique , et capable de les reproduire tout-^>coup par sa combinaison avec les bases» M. Robiquet, quelque temps après j est aussi {»nrena an même résultat. Par conséquent , le cyanure métallique devrait être combiné , non pas avec Thydro-cyanate, mais avec Tacide hydro-cyanique , et produire le nouvel acide si différent de Tacide hydro-cyanique proprement dit» Telle est , en effet , la conséquence que M, Robiquet a tirée d'un grand nombre d'expériences y conséquence qui , quoique ne s'accordant pas avec les idées que M. Bei*zelias s'est faites de Facide hydro-ferro-cyanique {Annales de Chim. et de Phys. , tom. xv , pag. 241 ), nous parait devoir être admise , surtout d'après les considératiœis que M « Gay- Lussac a exposées {Annales de Chimie et de Physique , t. XXXI, p. 3a i).

« M. Berzelius , dit M. Gay-Lussac , a trouvé qne le » précipité obj^u en versant une dissolution de plomb » dans le pruss^ate triple de potasse (a) est formé de :

' (a) Nous regardons ce prussîate triple coDme nn composa «Tacid» hydKHsjaniqiiç , de cyanure de fer , et de potaue.

DE L^ ACIDE HTDRO-FEimO-CTÀlIIQUB. 4^^

3 atomes de cyanogène ; j ou bien de :

d atomes de plomb; 12 atomes de cyanure de plomb j

I atome de kvk 1 1 atome de cyanure de fer.

{potasse et de fer ^ baryte et de fer ^ chaux et de f^r ,

n ont tme composition analogue ^ c^est-à-dijre qtlHls coti^ 9 tiennent chacun :

1 atome de cyanure de fer ;

2 atomes de cyanure de Pautre métal*

1» Or , puisque Thydrogène contenu dans l^acidé des ][>rus-* » siates a disparu en totalité , et qu^on ne trouve plus 31 d^oxigëne dans les pnlssiates triples , et particulière-» » mentdans celui de plomb , que je prendrai potkr exemple^ » il faut que ces deux corps se isoient combinés pour for-^ » merde Teau^ et par conséquent que l^acide des pru»^ n siates triples contienne une quantité d^hydrogène suffi-» y> santé pour neutraliser les deux proportions d^oxigènè 31 contenues dans les deu^ proportions d'oxide de plomb* p» n doit donc être composé de :

a atomes d'hydrogène;

1 atome de fer;

3 atomes de cyanogène.

ou bien de t a atom.d'àcîdehydro-cyanique; t atome de cyanure de fer.

1» Je considère cet acide comme Un véritable hydracid« j^ dont le radical serait formé de :

I atome de fer ;

3 atomes de cyanogène.

» Lorsqu^on le combine avec un oxide , son hydrogène 19 forme de Teau avec Foxîgène de Toxide, et son radical

4^2 DEl^SUBSTÀSrCES ÀHIMALES ACIDES.

» se réunit au métal de ce dernier. Le composé n^est plus » alors un prussiate : c'est im cyanO'ferrure» Récipro- » qùement, lorsqu'on décompose un cyano-ferrure par ]» un hydracîde , Tacide bydro-sulfurique^ par exemple, » rhydrogène de Thydracide se combine avec le cycma" » yèrre, et produit Tacide hydro^ano-ferrique. Aureste, » la théorie à.esrcyano-ferrurcs et des hjdrfycyanO'fer- » rates serait exactement la même que celle des sulfures » et des hydi*o-sulfates , des chlorures et des hydro-cUo* » rates , etc.

» Il est sans doute prématuré de donner un nom , celui » de cyano-ferre ^ à un être encore hypothétique , ou au » moins qu'on n'a pas obtenu isolé; mais y d'une part^ )) je regarde son existence comme très-probable, et de » l'autre , la dénomination que j'ai employée exprime net- » tement la manière dont je conçois la natui^des prussiates )» triples. »

On voit donc , d'après ce qui précède , que le nouvel acide peut être représenté dans sa composition par deux atomes d'acide hydro-cyauique et un atome de cyanure de fer. Reste à savoir maintenant dans quel ordre les élémens sont combinés : il est possible qu'ils le soie^t conune le suppose M. Gay-Lussac \ mais il est possible aussi qu'ils le soient autrement. Dans cet état d'incertitude , nous croyons devoir conserver le nom qui a été adopté par plusieurs chimistes , celui d'acide hydro-^ferro - cyanique , d'autant plus que dans cet acide le fer peut être remplacé par le soufre , l'argent , l'or. Si l'on disait hydro-cyanoferrique, il faudrait dire aussi hydro^ano-suljurujuc D'une part, cette terminaison sulfurique pourrait faire croire que le composé contient de l'acide suif urique pro-^ prement dit , et d'autre part , il nous semble que la terminaison cyanique fait mieux sentir la différ^iGC qui existe entre ces divers acides.

DE LUCIDE HYDRO-FERKO-CYAMIQUE. 4^)3

L'acide hydro-ferro^cyanique se dépose^ par l'évaporaiion spontanée de sa dissolatîon , en petits cristaux grenus inodores. Ces cristaux sont blancs naturellement \ mais par le contact de Tair, ils prennent une légère teinte bleuâtre. Leur saveur est franchement acide et bien marquée ; elle n'a rien de commun avec celle de l'acide bjdro-cyanique ordinaire. Us se dissolvent facilement dans l'eau et dans l'alcool , sans leur communiquer la moindre ^ couleur. La solution aqueuse , versée sur le tritoxide de fer , ou mêlée autrito-sulfatede ce métal, donne tout de suite du bleu de Prusse , lequel n'est qu'une combinaison de peroxide de fer et d'acide hydro-ferro-cyanique ; elle neutralise complètement la potasse, la soude, la chaux, la baryte, etc. , et forme avec toutes ces bases des sels très-stables , et avec la première un sel en tout semblable k celui qu'on obtient en faisant agir l'oxide noir de fer sur l'hydro-cyanate dépotasse. {^Voy. page précédente 44^»)

Lorsqu'on mêle cet acide avec un grand excès de deutoxide de cuivre et qu'on distille le mélange , on obtient un Tolume de gaz carbonique qui est précisément ledoi^ble de celui de l'azote : par conséquent , dans cet acide , le carbone et l'azote sont dans le même rapport que dans l'acide hydrocjanique et dans le cyanogène. Enfin , lorsqu'on le calcine seul, il se transforme en acide hydro-cyanique, en gaz azote, gaz hydrogène, en charbon et en fer métallique (peut-être carbure de fer) , pour-u qu'on opère comme il suit : l'acide est introduit dans un petit tube très -étroit et fermé par Vune de ses extrémités. Ce tube est recourbé de manière à recueillir les gaz sur le mercure , et porte un renflement dans son milieu pour condenser les produits liquides au moyen d'un mélange réfrigérant. L'appareil étant disposé convenablement , on chauffe l'acide peu à peu , en faisant plonger la partie du tube qui le contient daus un petit bain de mercure qu'on élève jusqu'à l'ébullilion. Bientôt la

454 t>CS SUBSTANCES ANIMALES ACIDES.

décomposition commence à s'effectuer; aucun gaz ne se dégage , si ce n'est uq peu d'air ; il ne se vaporise absolujEnent que de Facide hydro-cyanique parfaitement pur et Ècc y qu'on trouve tout entier dans le renflement. Si alors on chauffe la matière restante à feu nu , il s'en dégage en-> core une petite quantité d'acide hydro-cyanique ; on en retire en même temps de l'hydrogène et de l'azote dans le

•rapport de i à a en volume , et le résidu , après ce dégagement , n'est plus composé que de fer métallique et de charbon , dpnt l'acide sulfurique faible fait aisément le départ. Â aucune époque de l'opération , il ne se forme de gaz oxide de carbone , ou de gaz carbonique , ou d'eau. L'hydrogène qui fait partie des gaz provient sans doute d'une certaine quantité d'acide hydro-cyanique décomposé. Mais , dans l'acide hydro-cyanique , le volume de l'hydrogène est égal au volume de l'azote. Or , nous obtenons ici deux volumes d'azote pour un volume d'hydrogène ; il y a donc un volume d'azote qui appartient à un autre corps que l'acide hydro-cyanique , et ce corps , selon toute apparence , est le cyanogène , puisque nous avons vu pré-

^ cédemment que l'acide hydro-ferro-cyanique produisait avec Toxide de cuivre , à une haute température , du gaz acide carbonique et du gaz azote dans le même rapport que l'acide hydro-cyanique , ou le cyanogène , qui est de l'acide hydro-cyanique, moins Thydrogène. Ces résultats sont extraits du Mémoire de M. Robiquet ( Annales 4e Chimie et de Physique, tom. xii , pag. 277 ) 5 ils établissent directement que l'acide hydro-ferro-cyanique est composé d'acide hydro-cyanique , de cyanogène et de fer.

Préparation. — Pour obtenir cet acide, M. Porrettdîs-r sont 5o grains d'hydro-ferro-cyanate de potasse dans a ou 3 drachmes d'eau chaude , et y verse ensuite 58 grains d'acide tartrique en dissolution dans l'espril-jde-vin ; par ce

DE LUCIDE HYDHO-FEURO-CTASIQUE» 4^^

moyen , tout Tacide tartrique se combine avec la potasse , et la précipite à Fétatde sur-tartrate; la liqueur filtrée ne contient plus que Tacide hydro-ferro-cyanique : en la soumettant à une évaporation spontanée , elle le laisse bientôt déposer sous forme de cristaux, (annales de Chimie et de Physique, tom. xii , pag. 378. )

M. Robiquet emploie un autre procédé. Sur du bleu de Prusse pur et réduit en poudre , il verse un grand excès d'acide hydro-cblorique liquide et concentré ] la couleur du bleu passe d*abord au vert , et peu de temps après au jaunâtre. Alors il abandonne le mélange au repos dans un vase très-étroit. Lorsque la liqueur, qui devient rougebrun et où se trouve Toxide de fer du sel , est totalement ëclaircie , il la décante , la remplace par une nouvelle dose d'acide , la décante de nouveau , et ainsi de suite , jusqu'à ce que Vacide ne se charge plus de fer. Ensuite il laisse tasser la matière par un repos de plusieurs jours , enlève le plus possible de liqueur au moyen d'ime pipette ; puis il met dans une capsule tout ce qui reste , et place cette capsule , avec des fragmens de chaux , sous une cloche dans laquelle il fait le vide. Enfin , lorsque le résidu est sec , il le retire de la eloche , le délaie dans de Talcool concentré, filtre la dissolution alcoolique etrabandonne, comme M. Porrett , à ime évaporation spontanée. A me^ sure que l'alcool se vaporise , il s'en sépare de petits cris« taux grenus : c'est l'acide hydro-ferro-cyanique. Dans cette opération , l'acide hydro-chlorique s'empare de l'oxide de fer du bleu de Prusse (hydro«ferro*cyanate de tritr* oxidede fer), et laisse r«eide hydro*ferro-cyaoique sous forme solide. On n'empkrie point d'eau eu lavage par la raison toute simple qu'elle dissoudrait ce dernier acide, et qu'il régénérerait tout de suite du bleu , en s'unissaot nu tritoxide de fer de l'hydro-chlorate ferrugineux^

he même procédé permet de retirer également Vacid»

45G DES SLBSTA5CE5 AniHÀLES ICIDES.

de rhydro-ferro-cjanaie de potasse. ( Robiqaet , Ann. de Chim. et de Phjs. , t. xii , p. a85. )

Enfin , c'est en traitant par Thydrogène sulfaré le double cyanure de fer et de plomb , provenant d^une solution d^hydro-ferro-cyanate de potasse versée dans une solution, de plomb , que M. Berzelius prépare Tacide hydro-ferrocyanique : il lave le cyanure avec soin , le met encore hu* mide dans de Teau et Fexpose à un courant de gaz hydrogène sulfuré ^ il enlève ensuite Texcès d'hydrogène sulfuré par l'addition d'une quantité convenable de cyanure , filtre la dissolution et Tévapore dans le vide : dans cette opération , le soufre se combine au plomb , Thydrogène au cyanogène du cyanure de plomb , et Tacide hydro-cyauique qui en résulte au cyanure de fer faisant partie du double cyanure. Ce procédé est beaucoup plus simple que les deux autres et mérite la préférence.

Composition. — M. Porrett a analysé Tacide hydroferro-cyanique ; mais les résultats auxquels il a été conduit nous paraissent trop éloignés de la vérité pour les rapporter. La proportion des principes constituans de cet acide nous parait parfaitement établie par M. Gay-Lussac. {f^cj. ce qui a été dit plus haut , pag. ^Si.)

De quelques Acides analogues à l'acide hydco-^erro'

cyaniquc.

Quelle que soit l'opinion qu'on adopte sur la nature de l'acide hydro-ferro-cyanique, on sera forcé de reçonnattre que plusieurs substances sont capables de donner de la fixité et de l'énergie à l'acide hydrohcyanique ordinaire. Les propriétés qu'acquièrent l'hydro-cyanale dépotasse dans son contact avec l'okide noir d£ fer et le cyanure d'ai^ent , ne doiveùf laisser auctm doute a cet .égard (i832 bis)'^ et lii l'on admet que dans le premier de ces

DES HYDnnO-FEURO-CYAWATES.' 4^7

sels ainsi modifiés , Tacide est composé d'acide hydro^ cyanique et de cyanure de fer, il faudra admettre par cela même et à plus forte raison que dans le second il est for* mé d'acide hydro-cyanique et de cyanure d'argent. M. Porrett , qui , le premier , a fixé particulièrement l'attention des chimistes sur la pluralité de ces acides ou sur les difierens états de Tacide hydro-cyanique, reconnaît non-seule 'ment ceux que nous venons de nommer, mais encore Tacide hydro-sulfo-cyanique et plusieurs autres : et , en effet, il se pourrait que la plupart des cyanures métalliques fussent dans le cas de s'unir à l'acide hydro-cyanique comme le cyanure de fer et celui d'argent , et de produire un grand nombre d'acides différens.

Nous n*examinerons point en particulier l'acide hydro-* sulfo-cyanique , etc. Ceux qui voudront connaître ce qui a été fait à cet égard devront lire les Mémoires de M. Porrett {j4nn. de Chim. et de Phys. ^ 1. 1 , p. lao^ et t. xii, p. 372 et 378) , mémoires dans lesquels il a cru devoir désigner ces acides par les noms diacide chyazique sulfuré ^ A^ acide chyazique argenture, diacide chyazique ferrure : ils devront aussi consulter les observations de Bucholz , de.Rink , de Grotthuss , de Vogel et de Berzelius. {Ann. tte Chim, et de Phys. , t. xvi , p. a3. )

Des Hydroferro-cyanates,

i833. Nous appelons ainsi les sels qui résultent de la combinaison des bases salifiables avec l'acide kydro-ferrocyanique , acide dans lequel on peut admettre 2 atomes d'acâde hydro*cyanique et i atome de cyanure de fer , ou bien % atomes d'hydrogène , i atome de fer et 3 atomes

de cyanogène.

JjSl composition de ces sels est telle que, lorsqu'on eliatifire jusqu'à *gp®, par exemple , Thydro-ferro-cyanate

458 DES SDBSTlirCES ASIICÀLES ACIDES.

de potasse , etc. , etc. , il produit de Teau et un double cyanure de fer et de potassium , formé de 2 atomes de cyanure de potassium et de i atome de cyanure de fer ^ et que, lorsqu'on dissout dans Veau ce double cyanure, Teau , en se décomposant , reproduit Thydro-feiTO-cyaiiate dépotasse. Les hydro-ferro-cyanates offrent donc une composition et des phâiomènes analogues aux hydroH^Uorates et aux chlorures • Ceux-ci sont représentés par les doubles cyanures , et Tacide hydro-cUorique par Facide hydro-ferro-eyanique. Ce sont ces doubles cyanures qœ M. Gay-Lussac considère comme des cyano-ferrures, parce qu'il suppose que le cyanogène et le fer sont le radical de celui-ci, radical pour lequel il a proposé le nom de cjranoferre, encore bien qu'il n'ait pas pu l'isokr.

De l'Hydro-ferro-cyatiate de potasse.

i833 bù. Préparation. — C'est en traitant confenabl^ ment le bleu de Prusse du commerce, qui est un mélange d'hydro-ferro^anate de peroxide de fer , d'alumine., et d'autres corps , qu'on obtient l'hydro-ferro-cyanate dépotasse dans les laboratoires*

Après avoir broyé ce bleu, on en dissout l'alomineet les autres matières éti'angères , en le faisant chanffer avee son poids d'acide sulfurique étendu de 5 à 6 parties d eau. Au bout de demi-beure , le tout est mis sur un filtre et lavé à grande eau. Lorsque celle-ci ne précipite pins le nitrate ou l'hydro-cUorate de baryte , on verse le résidu par partie dans une dissolution d'hydrate de potasse boQulante et suffisamment étendue , et on en agonte jusqu'à ce qu'il cesse d'être décoloré , ou de pi^sser du bleu an brun jaunâtre : alors on filtre la liqueur , on la concentre, <w 1^ laisse refroidir , et peu à peu l'hydro-cyanate s'en déposa sous forme de prismes quadrangnlaires : on le porifi^^ le dissolvant et le faisant cristalliser ^ nouveau.

DE l'hYDEO-FERBO-CYAWATE DE POTASSE. 4^9

Quelques fabriques le préparent en grand pour les besoins du commerce. Le pix>cédé qu'elles emploient consiste probablement à calciner le sang avec la potasse et le fer ou son oxide. Ce qu'il y a de certain , c'est que ce procédé doit être simple et peu dispendieux , puisque ce sel cristallisé ne vaut pas plus de huit à neuf francs le kilogram. dans le commerce.

i834- Propriétés. — L'hydro-ferro-cyanate de potasse est transparent, de couleur citrine , sapide^ inodore ^ suivant Thomson , sa densité est de i,833.

Exposé à une température de 60^, il perd 12,7 centièmes de son poids , devient blanc , et se trouve alors transformé en double cyanure de fer et de poussium. Si, dans cet état , on le chauffe graduellement dans une cornue de verre munie d'un tube, on observe i^. qu'il n'entre en fusion que près de la chaleur rouge ; 2^. que jusque là il ne laisse dégager rien de gazéiforme ou de volatil ; 3^. qu'en élevant la température au point de le bien faire rougir , il se remplit de petites bulles qui apparaissent à de longs intervalles , et qu'il conserve cette apparence même lorsque le feu est assez fort pour ramollir le verre; 4^* T^^ ^^ S^^ d^g^g^ n'est que de l'azote^ 5^. que la masse restante est un mélange de cyanure de potassium et de quadri-carbure de fer : aussi , mise en contact avec l'eau, donne-t-elle d'une part une solution qui sent l'acide bydro - cyanique et qui réagit comme un alcali , et d'autre part un petit résidu en flocons noirs y qui a tous les caractères du quadri-carbure ferrugineux. Tons ces phénomènes sont faciles à expliquer : il est évident que c'est le cyanogène du cyanure de fer qui commence à se décomposer \ son azote devient libre , tandis que son oarbone reste uni au fer. (Berzelius. )Ce ne serait qu'autant qu'on soutiendrait long-temps le feu que la décomposition serait totale.

4Co DES SUD.'îTiKCCS ANIMALES ACIDES*

L'air est sans action sur l'hydro-ferro-cyanate de po« tasse*

loo parues d'eau en dissolvent a7'"*',8 à 12^921 ; et 90»,6, à 93^3.

Il n^éprouve aucun cliangement , ni par Thydrogène sulfuré , ni par les hydro-sulfures , ni par Tinfusion de noix de galle.

Il parait que Facide hydro-cbloriquc liquide fumant s'empai^e de la potasse de ce sel à la température ordinaire y et met Tacide hydro-ferro-cyanique en liberté. {Voy* ce qui a été dit à ce sujet , page précédente , 4^5. )

L'acide sulfurique concentré s'imit à ce sel et le dissout très-bien , en produisant beaucoup de chaleur. La dissolution n'éprouve aucune altération à 100^ \ ce n^est que bien au-dessus qu'elle commence à s'altérer \ alors il s'en dégage beaucoup de gaz sulfureux , d'acide carbonique et d'azote \ et U reste des sulfates acides de potasse , de fer et d'ammoniaque. Abandonnée à elle-même dans un vaisseau ouvert , pendant quelques jours , oette même dissolution devient pulpeuse , attire l'humidité et laisse déposer des cristaux qui sont un composé d'acide et de cyanure de fer et de potassium. Tous les cyanures doubles présentent , suivant M. Berzelius , à qui ces observations sont dues , la propriété de s'unir intimement à l'acide sulfurique. (^oye^ ces composés , ^/tn. de Chim. et da Phys.y t. XV , p. 253.)

Chauffé avec deux fois son poids d'acide nitrique, l'hydroferro-cyanate de potasse donne d'abord du cyanogène, puis de l'azote , de l'acide carbonique et du deutoxide d'azote ; il reste dans le vase distillatoire du nitrate dépotasse et de fer. (Thomson, Ann. de Chim. etde Phjs., t. viii , p.43o.)

Ce n'est plus comme nous venons de le dire que les acides sulfurique et hydro-chlorique se comportent lorsqu'ils sont étendus d'eau : à froid , point d'action , si ce

DE L^HTDKO-FERIIO-CYAIÏÀTE DE POTASSE. 4^1

n^est qu'ils dissolvent une portion du sel \ à chaud , Vacide sulfurique , Facide hydro-chlorique , et même Facide acétique, rendent libre une certaine quantité d'acide hydrocyanique ordinaire , et occasionent un précipité blanc dont la nature n'est pas bien connue : sans doute qu'ils s'approprient une partie de la base.

L'oxide rouge de mercure décompose facilement Thy* dro-ferro-cyanate de potasse à l'aide de l'eau et de la chaleur \ de cette décomposition facile à concevoir résulte du cyaRure^e mercure , de l'alcali libre et un précipité jaune-rougeàire qui est du peroxide de fer retenant un peu d'acide (Yauquelin). Le peroxide de fer provient évidemment de l'action réciproque du cyanure de fer et de l'oxide de mercure : cependant , quelque chose qu'on fasse , il reste une portion de cyanure de fer dans la liseur, et lorsqu'on l'évaporé , on obtient un sel qui contient tout à la fois de Tacide hydro-cyanique , du cyanure de fer, du cyanure de mercure et de la potasse. Ce dernier cyanure remplace donc en grande partie celui de fer, et donne , comme lui , plus de stabilité à l'hydro-cyanate de potasse.

Lorsqu'après avoir transformé Thydro-ferro-cyanate de potasse, par la dessiccation ^ eu un double cyanure de fer et de potassitun, on chauffe celui-ci dans une fiole avec la moitié de son poids de soufre, jusqu'au point de faire rougir le mélange , le cyanure de potassium s'unit au soufre et forme avec lui un nouveau corps que noua appellerons sulfo - cyanure. Quant au cyanure de fer, il est décomposé , et de là résultent du sulfure de fer ,' du sulfure de carbone et un dégagement de gaz azote. Les doubles cyanures de fer et de baryum , de fer et de strondum, etc. , se comportent d'une manière analogue. Mis en contact avec l'eau , le sulfo-cyanure de potassium se dissout promptement 5 l'eau est décomposée et

464 nCS SUBSTlKCES ÀHtMÂLes ACIDES*

Mais puisque celte eau s*en dégage avec tant de facilité, ne peut-on pas croire qu elle était toute formée , et que le sA n'est qu*un cyanure contenant de Ueau de cristallisadon? Cette opinion est la plus probable ; mais en TadmetUnti le sel en dissolution dans Teau pourrait être considéré toujours comme un hjdro-ferro-cyanate. Ici se reproduit, par conséquent , la question que nous avons dé^k discutée lors des chlorui*es et des hydro-chlorates. Nous ne Texaxninerons pas de nouveau. Nous ferons seulement remarquer que la quantité d'eau que le sel cristallisé donne pRr la chaleur est précisément égale à celle qui proviendrait de la décomposition d'un hydro-cjanate double de protoxide de potassium et de protoxide de fer, et de la transformation de cet Uydro-cyanaté en cyanure. Or, comme il parait que le fer n'est point oxidé , il faudra donc , dans tous les cas , reconnaître que le sel contient une certaine quantité d'eau de cristallisation.

Ifydro-FerrO'Cyc^ie de Baryte»

Ce sel s'obtient comme Thydro-ferro-cyanate dépotasse, en faisant chauffer avec de l'hydrate de baryte et de Teau le bleu de Prusse purifié. Pendant l'évaporation de la liqueur , il cristallise irrégulièrement \ redissous dans l'ean bouillante, il s'en sépare en petits cristaux jaunâtres par refroidissement .

Il ne s'altère point à l'air à la température ordinaire î mais à -+■ 4o degrés , il laisse dégager 1 4> 7^^ d'eau pour loo, et se trouve converti en un double cyanure de fer et de baryum (a). Calciné jus^'au rouge dans une cornue, ce cyanure se décompose complètement ; et de là résultent un grand dégagement de gaz azote et un résidu de cyanure de baryum et de quadri-carbure de fer.

• (a) OiMeryoas cependant quVmc température plus élevée peat «ndé- %^^cv encore f d'eau pour loo.

DES HYDftO-^ERftO^YAlTATES DE CHAUX , etC. 4^^

De l'HjrdtxhFtrroXyanatc dt Chaux,

C*e$t aussi comme Thydro-ferro-K^yanate de potasse que <«laî de chaux se prépare. Il est si soluble que sa dissolution ne cristallise que dans Fespace de quelques jours «l qu^autant qu elle est en consistance sirupeuse. Les cristaux «ont d'une couleur jaune pâle.

Exposés à la chaleur du bain de sable , ils pei^dent 39,61 d^eau pour loo , et se trouvent alors convertis en double cyanure , de même que les hydro-ferro-cyanates qui précèdent. Ce cyanure donne un résidu d'oxide de fer , de chaux et de carbonate de chaux , lorsqu'on le calcine avec le contact de l'air \ il en donne un de cyanure de calcium et de carbure de fer lorsqu'on le chauiTe dans des vaisseaux fermés ; et comme le cyanure , quoiqu exposé à la chaleur du bain de sable , retient environ 2,07 d'eau pour 100 y il laisse dégager quelques gouttelettes de ce liquide, et donne naissance à un peu de carbonate et d'hydrocyanate d'ammoniaque.

Bydro-FtnxhCjranatt d* Ammoniaque.

Cest encore comme pour Thydro-ferro-cyanate de potasse qu^on procède à la préparation de T hydro-ferro-cyanate d'ammoniaque. Ce sel ne saurait être converti en cyanure par la dessiccation. Soumis à la distillation ^ il laisse dégager deVhydro-cyanate d'ammoniaque qui cristallise, de Veau qui se condense , et il passe à l'état de cyanure ferrugineux. Ce cyanure se décompose ensuite, et se transforme engaL azote , et en carbure de fer formé de quatre atomes de carbone, et d'un atome de fer. On observe 'que le carbure ainsi produit prçnd feu quand on le chauffe au rouge , et parait brûler comme dan» le gaz oxilY. 3o

466 DES SUBSTAlfCES AlflMALBS ACIDBS.

gène , quoiqu'il ne soit entouré que d'azote , et qu'il n'éprouve aucune altération. Ce phénomène , qui dépend d'un plus grand rapprochement entre les élémens, est analogue à celui que nous offrent l'oxide de chrome, l'oxide de rhodium , l'oxide de fer, l'hydrate de zircène , la gadolinite, quelques antimoniates métalliques, placés dans les mêmes circonstances ; il se remarque également dans le résidu de la distillation de presque tous les h3rdrocyanates ferrugineux métalliques. {Ann. de Chim. et de Phys. , t. XV , p. aaS.)

Des Hydro-Ferro-Çyanates de Plomb, de Cuivre^ de Cobalt,

de Mercure , etc.

Tous sont insolubles et s'obtiennent par la voie des doubles décompositions , c'est-à-dire en versant une dissolution d'hydrô-ferro^anate de potasse dans une dissolution d'un sel à base de plomb ou de cuivre , etc. , et lavant le précipité à grande eau.

IFydro'FerrO'Cyanate de Plomb, —Il est blanc, pulvérulent ; une température peu élevée le convertit en un double cyantire de fer et de plomb : il perd alors autant d'eau qu'il s'en formerait par l'union de l'hydrogène avec la quantité d'oxigène nécessaire potir porter le fer et le plomb à l'état de protoxide , en sorte que , sous ce rapport , l'hydro-ferro-cyanate de plomb ressemble à celui de fer et de potasse. v

Le double cyanure de fer et de plomb donne , lorsqu^on le calcine en vase clos , de l'azote et un carbure double formé d'un atome de quadri-carbure de fer et de deux atomes de quadri-carbure de plomb. Quelques traces d'humidité dans le cyanure occasioneraient la production d'un peu d'hydro-cyanate et de carbonate d'ammoniaque, aux dépens des élémens de l'eau et du carbone du carbure

DKS HtDnO^FEBBO-CTAVATBS DR FLOUB , etC. 4^^

de plomb. Du reste, ce double carbure, porté à une certaine température , devient incandescent , comme nous venons de le dire en parlant de rbydro*ferro*€yanated^ammoQiaque ; il prend feu avec facilité : aussi , quand on casse la cornue avant qu il ne soit refroidi , il s^embrase et brûle comme un pyrophore.

Hydro^Ferro'Cyanate de Cuivre. —Il est d* un pourpre Tiolet fimcé. Par la distillation , il donne beaucoup d'eau » du carbonate et de Thydro-cyanate d^ammoniaque , de Fasote, et pour résidu, im double carbure de fer et de cuivre qui s^embrase par le contact de Tair à une tempe* rature peu élevée.

HYàrO'FerrO'CyanaXe de Cobalt* — Il est d*un vert foncé. En le desséchant , sa couleur devient d'un vert plua clair ^ distillé alors , il ne donne que peu d'eau , de carbonate et d'hydroHTjranate d'ammoniaque ; & ime température plus élevée , il laisse dégager de Tazote et devient incandescent.

Hydro-FerrO'Cyanate de Mercofe* — Il parait que ce sel, quijcst insoluble, se produit <ni versant l'hydro-ferrocyanate de potasse dans une dissolution de sublimé corrosif. Il se décompose, soit par Teau bouillante , qui se charge de cyimure de mercure , soit par le contact de l'air ^ qui occasionela formation d'une certaine quantité de bleu de Prusse.

Cyanure double de Fer et d^ Argent* — Ce cyanure , qu'on obtient comme les cyanures ou hydro-ferro-cyanates précédais, devient bleuâtre par la dessiccation. Si , quand il est bien desséehé, on vient à' le distiller , le^ cyanure d'argent abandonne toa cyanogène ; celui de fer se décompose ensuite en azote et quadri-carbure de fer ; le résidu doit donc être un mélange de ce quadri-carbure et d'argent : il devient très-facilement incandescent.

468 DES 8CBST4IICBS AHIMiLES àCIDXS.

Du Bleu de Prusse.

i835. Historique* -—La découreite du bien de Pmsse date de 1 704 : elle est due à Diesbach et à Dîppel , le premier, fabricant de couleurs , et le second, pbarmaciea , à Berlin. Le procédé par lequel on le prépare resta caché jusqu^en 1724* A cette époque , Woodward en donna une description dans les Transactions philosophiques. Un grand nombre de chimistes s^occupèrent ensuite d*en rechercber la nature. Mais , pendant long- temps , toutes ces recherches furent vaines. Ce n^est qu'en 175a qu'il parut un Mémoire remarquable de Macquer sur ce siget , Mé-; moire dans lequel il annonça que le bleu de Prusse était une combinaison d'oxide de fer et d'un principe colorant qu'il ne put isoler , et que , par cette raison , sans doute , il crut être le phlogistique (78) ( Voyez son Dictionnaire de Chimie). Celte opinion fut adoptée et soutenue exclusivement jusqu'en 1772* Alors M. Guyton et, bientAt après lui , Bergmann , soupçonnèrent que ce prînâpe pouvait être un acide. Ce soupçon fut changé en certitude par Schéele , dans le beau Mémoire qu'il publia sur le bleu de Prusse en 1782 ( a^ partie de ses Mémoires, page i4i ). Enfin M. Proust , M. BerthoUet, et , dans ces derniers temps , MM. Porrett , Vauquelin , Robiqoet , Berzelius , soumirent ce corps i de nouvelles recherches. Celles de M. Proust sont très-étendues , et ne permettent pas de douter que l'acide du bleu de Pmsse ne soittout autre que l'acide hjdro-cyanique ordinaire. (Voyez Annaies de Chimie, t. l% , pag. i85 ; et Statique chimique, a^ vol.) Celles de M. Porrett et de M. Robiquet ont pour olyet de faire voir que ce bleu doit être regardé comme un composé de peroxide de fer avec l'acide que nous avons appelé aiùda hjrdro-femxyanique. {Annales de Chim, et de Fhys. , tom. X et x^. ) Telle est aussi l'idée que nous nous en for»

W BLE0 DK PllXTSSr; 4^

motis y soit d'après lés expériences que nous avons déjà citées , soit diaprés celles que nous allons rappo rter; quant A M. Berzelius , il le regarde comme un hydi^o-cyanate de protoxide et de peroxide de fer.

i836. Propriétés, — Le bleu de Prusse obtenu par le mélange de Thydro-clilorate neutre de peroxide de fer avec Thydro-ferro-cyanate neutre de potasse, est neutre lui-même , insipide , inodore , beaucoup plus pesant que Teau , et d'un bleu extrêmement foncé \ il retient Teau hygrométrique avec tant de force , que , suivant M. Berzelius , elle ne se dégage pas dans le vide sec.

Le bleu de Prusse n'éprouve aucune altération à la température de i35^. Il résiste même à celle de i5o^4 Si après avoir été porté à ce degré de chaleur , on le distille dans une cornue de verre , il donne d'abord de Veau pure dont la production a lieu pendant toute la durée delà distillation , puis un peu d'hydro-cyanate d'ammoniaque ^ et ensuite beaucoup de carbonate d'ammoniaque ; enfin lorsque la sublimation des substances volatiles a eu lieu j en plongeant le vase au milieu des charbons brûlans , le résidu y qui parait être un tri-carbure de fer, devient tout-i-coup incandescent.

Le bleu de Prusse ^ desséché autant cpe possible ^ prend aisément feu ; il suffit d'^en 'placer dans une capsule , et de le toucher avec un corps en combustion ; il «^allume > continue à brûler , et de loo parties » on retire 60, i4 parties d^oxide rouge de fer non alcalin.

Exposé à l'air, à la température ordinaire, il s'altère peu â peu et passe au vert.

Mis en contact avec le chlore , il prend également cette teinte. En effet , le bleu de Prusse récemment précipité devient vert presque tout-i-coup en le versant dans un flacon plein de chlore gazeux ou liquide ^ mais devenu ainsi vert ^ Û repasse tout de suite au bleu par des corps dés-

470 DBS substauces animales acides.

oxigénans , tels que les sulfites et les hypo-nitrites alcalins ,' Tacide sulfureux , le proto-sulfate de fer, etThydro-cUo- FRtede protoxided'étainr

. L^eau et Talcool sont absolument sans action sur loi. Lorsqu^on le traite par des dissolutions bouillantes de potasse , de soude, il est décomposé , et il en résulte , d'une part , un bydro-ferro<yanate alcalin soluble , et d'une aatie part , un résidu de tritoxide de fer qui est d'un brun mar« ron.

L^ammoniaque, la barjte , la strontiane , la chaux , la magnésie , ont aussi la propriété de décomposer le blende Prusse par l'intermède de l'eau ^ et par conséquent de le décolorer. Lorsque le bleu de Prusse a été seulement transformé en sous-hydro-cyanate , état sous lequel il est d'un brun jaunâtre, les acides sulfurique , nitrique , bydrochlorique , etc. , dissolvent l'excès d'oxide qu'il contient , et le font redevenir bleu.

Le deutoxide de mercure décompose également le bJea de Prusse \ mais alors c'est un cyanure de mercure qui se forme (x829)«

Les acides étendus d'eau sont , en général > sans action sur le bleu de Prusse. Plusieurs acides concentrés l'altèrent. L'acide hydro- chlorique liquide en isole l'aeide hydro-ferro-cyanique, a la température ordinaire( 1 83a bis)* L'acide sulfurique, à cette même température, le rend parfaitement blanc , sans se charger d'aucun principe et sans dégager aucun gaz ; en étendant l'acide d'eau , la couleur bleue reparait (Robiquet) ; elle reparait également dans l'eau purgée d'air : alors le bleu ne devient blanc que parce qu'il contracte une combinaison intime avec l'acide concentré , et le blanc ne redevient bleu qu'en raison de ce que l'acide affaibli ne possède pas cette propriété. (BerzeUus).

L aofde hydro-sulfurique , des lames 4 etaln et de fer , le

DU BLEU DE FRt7SIE. /^'Jl

font aussi passer filcilement dn bleu au blanc quand il es( récemment précipite et en suspension dans Teau , mais par une cause toute autre ; car, dans ce ca« , il se transforme en bydro-cyanate de protoxide : ayec l'hydrogène sulfuré ^ il V a de plus de l'eau formée aux dépens de l'hydrogène de elui-ci et de l'oxigèiy du peroxide de fer , du soufre et de l'acide hydro-ferro-cjanique qui deviennent libres j tandis qu'avec le fer et l'étain , il se forme sans doute des hydro-ferro-cyanates de ces métaux.

U parait qu'il n'y a que quelques sels qui aient de l'action sur lui : de ce nombre dont l'hydro-cfalorate de protoxide d'étain et le proto-sulfate de fer : ils rendent sa couleur moins iïitepse.

1837. Etat naturel. Préparation. — Le bleu de Prusse n'existe point dans la nature.

Pour se le procurer pur , il faut verser une dissolution d'hydro-ferro-cyanate de potasse dans une dissolution acide de sulfate oud'hydro-chlorate de tritoxidede fer. A l'instant même le bleu se précipite sous forme de flocons : on le lave k grande eau par décantation , puis on le rassemble sur un filtre et on le sèche.

Dans les arts , voici le procédé que l'on suit : après avoir fait un mélange de parties égales de potasse dit commerce â d'une matière duimale , qui est ordinairement du sang desséché ou des rognures de corne , l'on calcine le mélange jusqu'à ce qu'il devienne pâteux^ ce qui n'a lieu qu'à la température rouge , (a) : alors on le projette par

(a) Cette caloination t^opère dans un fourneau à révwbère ou dans un grand crenaet de fonte : oe creuset est placé dans un fourneau surmonté (l'un ùUài dont la partie antérieure est munie d^une porte par laqueJJs on introduit le combustible et la matière; la partie supérieure est surmontée d'un long luyau qui se rend dans une cheminée : de cette manière ou évite toute mauvaise odeur dans Tatetier.

£n (letit, U caldnation se fait dans un creuset ordinaire.

47^ 1>BS SUBSTANCES AVIMALES ACIDES,

parties dans douze à quinze fois son poids d'eau , on Yj délaie , et on le laisse en contact avec elle pendant environ demi- heure, en 1 c remuant de temps en temps ] aprèsqooi Ton filtre sur une toile la liqueur, qui contient de Thydrocyanate de potasse , du sous-carbonate de potasse , un peu d'hydro«- sulfate et d'hydro- chlorate de pousse. La liqueur étant filtrée , on Tagite avec un bâton y et Ton j verse en même temps de Teau dans laquelle on a fait dissoudre !i parties d'alun (a) et i partie de sulfate de fer du commerce. Il se fait aussitôt , d'une part y une eflervescence due à du gaz carbonique et à un peu de gaz hydrogène sulfuré; et, d'autre part, un précipité très - abondant , formé de beaucoup d'alumine , de beaucoup d'hydro-ferrocyanate de proioxide de fer et de potasse , et en6n d'une petite quantité d'hydro-sulfure de fer qui colore le tout ea brun noirâtre (&)» Ce n'est que quand la liqueur ne peut plus être troublée par l'alun et le sulfate de fer qu^on doit cesser d'y sgouter de ces sels (c). Ce précipité est ensuite lavé par décantation avec une grande quantité d'eau limpide qu'on renouvelle toutes les douze heures. Parce moyen , il passe successivement du brun noirâtre au bran verdâire , du brun verdâtre au brun bleuâtre , de cette couleur a un bleu plus prononcé , et de celle - ci â un

(a) Au lîeu de a parties d^aliin , on en emploie souvent 4- (h) Wncîdt hjrdro-fcrro-cyaniqae provient de ce qu^one partie et lucide Lydro-cjaniqiie réduit une partie du protoxîde de fer : il en résulte de Peau vi du cyanure de fer. GVst ce cyanure qui transforme Tacid* liydrr-cyaiiique non décomposé en acide hydro-ferro-cyaniqiu!. Si To» ajoutait de k Umaillo de fer ou de Voxlée de fer au mélange de sang et de potasse , il se produirait du cyanure de fer pendant la calcnatkn même, et dès-tors» en lessivant la masse calcinée , on oltttienjrait une U^ qiieur qui renfermerait non de Thydr o-cyanatc , mais de Pliydro-ferrocyanate de potasse.

(«) Pour se préserver du gai hydrogène sulfuré , toujours très-îneotnmode et Lrès^ngereujk k respirar, il £uit faire Topératioa en timcIo».

BU BLEU DE riltJSSV. 4?^

Mcu très -fonce. Lorsqu'au bout de vingt à vîngt-cînq jours de lavage, îl est devenu aussi bleu que possible, on le rassemble sur une toile , on le laisse égoutter ; enfin on le partage en masses cubiques que Ton fait sécher, et on le verse dans le commerce. Que se passe-t*il dans cette opération? G^est ce que nous allons examiner. ^

i^. Par la calcination, la matière animale est décomposée; il s^en dégage de Teau, du gaz carbonique, de Tammoniaque, du gaz oxide de carbone, de Thuile, du gaz hydrogène carboné , enfin tous les produits de la décomposition des matières animales par le feu ; Ton obtient pour résidu un mélange de charbon , de potasse plus ou moins carbonatée, de cyanure de potassium , de sulfure et de cUorure de potassium. Celui-ci provient de Thydrochlorate que renferme Talcali -, le sulfure , du sulfate que toutes les potasses du commerce contiennent toujours ; et le cyanure , de la combinaison du métal de la potasse avec Tazote et le carbone de la matière animale , dans les proportions nécessaires pour faire le cyanogène*

iK^. Lorsqu^on projette le résidu dans Teau , la potasse carbonatée , le cyanure, le sulfure et le chlorure de potassium se dissolvent ; savoir : la première sans éprouver d'altération , et les troi^ autres en passant , le cyanure k Tétat d'hydro - cyanate , le sulfure à Tétat d*hydro-

Od peat employer k cet elTct , avec succès , ^appareil qui a été décrit pair M. d^Arcet dans les Annales deCftimie, tom. lixxii, pag. i65. Cet appareil consiste dans one tonne ferm^ par les deux bouts , et présentant 9 d'one pari, à sa partie inférieure et latérale, un robinet servant 2t retirer la liqueur et le précipité ; d^autre part , à la partie supérieure, i«. un entonnoir muni d^un robinet par lequel ou verse la liqueur | a*, tm Lfiton qui plonge dans la tonne, et dont Pextrémité supérieure est mpe dans un petit sac de peau servant à boucher le trou par leqnel œ bâton passe : c'est avec ce bâton qu'on agite les liqueurs; 3«. an tube de fer-blanc , dont l'extrémité inférieure va se rendre audessous de la grille du founeau de calcination.

474 ^^^ SVBSTiirCES ÂlfflMALEft iCIDES.

sulfate, el le chlorure à Fétat d'hydro- chlorate de potasse.

Quelquefois eu outre il se forme de rauunûniaqae ani dépens du cyanogène , etc* : c^est lorsque le résidu est incaudesoeut ou même chaud , au moment de sou oonuct avec Teau ; il est donc important de le laisser refroidir, et il faut pour cela le soustjaire à un courant d'air , car il aérait possible qu il s'embrasât comme un pyr(^ie< (M. Gay-Lussac , Ann. de Chim. et de Phjs., t. wi,

3^. L*oQ concevra aisément la plupart des autres phénomènes qui se présentent , en se rappelant qoe Is po" tasse décompose Talun , s'empare de son aciue et e& pticipite la base ; qu'il en est de même du sous-carbonate et de l'hydro-sulfate de potasse , si ce u^est que , dans ce cas t il y a de plus un dégagement de gaz carbonique et de pi hydrogène sulfuré ; que l'bydro-cyaaate de potasse fonae avec le proto-sulfate de fer un précipité bUuc insohitk d'hydro-ferro^yanate de protoxide de Épr, lequel cntraïae de la potasse ou plutôt de rhydro-ferro-^^anate de potasse; enfin , qu'avec ce même sulfate , l'hydro-sul&te de potasse en forme un noir 9 composé d'hydrogène soltoé et de protoxide.

4^. Keste donc à expliquer VeSkt des lavages. Us ont pour olyet non-seulement de dissoudi*e les sels solnb\& étrangers au bleu de Prusse , tels que le sulfate dépotasse , mais surtout de faire passer , au moyen de î'îâp cantcnu dans l'eau , le protoxide de fer à l'état de tritoxide 9 degré d'oxidatioQ nécessaire pour que ce métal puisse wt" mer un bleu foncé avec l'acide hydi'o-ferro-cyanîque.

Il est probable aussi que , par ce moyen , on parvient à détruire la petite quantité d'hydro-sulfufe de fer q\us^ forme au moment où l'on mêle les liqueurs , et à la transfoimer en sulfate de fer.

ou BLEtr OV PRUSSE. 4;^

On pent supposer enfin que , comme le précîpilé retient de la potasse , elle s^y trouve uuie à une certaine quantité diacide , que Teau enlève Talcali , et que lacide est absorbé par Tostide de fer A mesure qu'il s'oxigène davantage.

Mais nous devons dire que Oette opinion ^ admise dans notre précédente édition, n'est point d'accord avec les dernières expériences de M. Berzelius , expériences que nous allons faire connaître dans l'article suivant.

Composition* •— Le bleu de Prusse est un véritable hjdro-ferro-cyanate ; les produits qu'on en retire ne laissent aucun doute à cet égard ; mais estril toujours au même état de saturation ? Voilà ce qu'il s'agit d'examiner.

Il est certain, que celui dont nous venons de décrire les propriétés, et que l'on obtient en mêlant Thydro-ferrocyanate de potasse neutre avec l'hydro-chlcMrate neutre de peroxide de fer est neutre aussi ; car les eaux-mères sont neutres elles-mêmes ou dans le même état de saturation que les sels employés *, et d'ailleurs sa coxùposition correspond à celle de l'hydro-ferro-cyanate de potasse , etc. , etc.

Suivant M. Berzeliùs , il ù'eu est pas de même du bleu que l'on prépare en versant une solution d'hydro*ferrocyanate de potasse dans mie solution de sulfate de protoxide de fer , et lavant ou exposant au contact de l'air la masse blancbe qui se pré<;ipite.

Il appuie son opinion sur les observations qui suivent : 1^. si , dans l'expérience qui précède , on met rbydro-ferro-cyanate en excès , et que l'on conservé les liqueursau contact de l'air jusqu'à ce que le bleu soit bien foncé, elles restent compléiement neutres. Or, comme le protoxide passe à l'état de triloxide , et que sa capacité de saturation augmente en raison de l'oxidation , on ne peut expliquer ce résultat qu'en admettant que le bleu iormé estun sous'sel.

47^ 1>B8 SUBSTUffOES AlfTXALES UlDli.

!i^. Le bleu ainsi produit possède des propriétés {ttrlh cnliëres : il est solable dans Teaa pure, et insoluble dam une eau qui contient une certaine quantité d*an sel quelconque. C'est pourquoi de Tean qui en est saturée, et dont la teinte est bleue, perd tout de suite sa transparence par Fadditjon du sulfate de potasse , du sel marin , du tA ammcMiiac , etc. , etc. L'acide hydro-chlorique la trouble également ; mais Talcool la laisse transparente. Dans toQsles cas , le précipité conserve la propriété de se redissoodie dans Teau ; il la conserve même lorsqu'on évapore la so- Intion aqueuse jusqu'à siccité. Cependant il arrive q1lel([^^ fois que le précipité blanc, deventk bleu par l'oxidatiofl dans l'air ^ ne se dissout qu'en partie dans Tean, tandis que d'autres fois il y est soluble entièrement

3^. L'hydrogène sulfuré décompose assez facilement le bleu de Prusse neutre , récemment préparé et en suspension dans l'eau : il en résulte , comme nous l'ayons d^ dit , de l'hydro-ferro-cyanate de protoxide de fer qw «' blanc , du soufre et de l'acide hydro-ferro-cpnîque. Si, après avoir enlevé le liquide, on expose la masse blancbe i l'air , elle redevient bleue et acquiert la propriété de se dissoudre dans l'eau ; mais cette masse blanche , passée an bleu, ne se comporte plus avec l'hj'drogène sutfiiré comme le bleu de Prusse neutre ; elle devient noire et ne hisse point d'acide hydro-ferro-cyanique libre»

De ces expériences , M. Berzelius conclut qn'îly ■ ^^ différence essentielle entre ces deux sortes de bleu de Prusse , et que le premier étant regardé comme neutre, l'autre doit être regardé comme im sel avec excès d'oxidc.

Quoi qu'il en soit , le bleu de Prusse da eommcrcc, qu'on prépare en calcinant la potasse avec le saoj^) lessi* vaut la masse et versant la dissolution dans db proto^^' fatc de fer mélangé d'alun , doit être nécessairenn^iit ^ h même nature que celui que M. Berzefius conadère eomme

DB LÀCIDB CHLORO-CTAlflQUB. 477

un soQ8-$el ; et c'est sans cloute en raison de Talamine qu'il contient que Teau ne le dissout pas sensiblement.

i838. ITsuges. — Les usages du bleu de Prusse sont assez nombreux : les fabricans de papiers peintsjeu emploient une grande quantité j il en est de même des peintres en bâtimens ', on en fait aussi usage dans la peinture à rhuile , mais à tort , parce qu'il devient peu à peu vei^ ditre -, uni à la soie , il lui donne la belle teinte connue sous le nom de bleu Raymond, bleu que Ton prépare ai^jourd'hui en grand à Lyon dans plusieurs ateliers (i658); on commence également à l'unir à la laine ^ enfin^ dans les laboratoires , l'on s'en sert pour préparer l'acide hjdro» cjaniqueet les hydro-cyanates.

De r Acide chloro'-cyaniqueé

iSig. Désigné, il n'y a que peu d'années encore , par le nom à^ acide prussique oxigéné , l'acide cUoro-cyanique est un composé de chlore et de cyanogène. La découverte de cet acide est due à M. BertboUet , I^ connais^ sance de sa nature à M. Gay-Lussac , et l'étUde de ses propriétés a l'un et à l'autre.

On peut le préparer en faisant pa^er un courant de cUote dans une dissolution d'acide hydro-cyanique jusqu'à ce qu'elle décolore l'indigo dissous dans l'acide sulfurique, la privant de l'excès de chlore qu'elle contient par le mercure 9 et la soumettant ensuite à unie chaleur modérée. Ou obtient ainsi un fluide élastique qui possède toutes.les propriétés attribuées a Valide prussique oxigéné. Cependant ce fluide n'est point de l'acide chloro-cyanique pur \ car celui-ci ne peut exister que liquide sous la pression de Tatuiosphèi^e , à la température de \S à ao degrés : c'est un mélange d'acide carbonique et d'acide chloro-cyanique dans des proportions variables qu'il est difficile de délerr mmer.

480 DES SUBSTAKCU ÀIUMALES ACIDES.

il s'agit de déterminer quelle en est la proportion* Il n^est pas facile de résoudre directement cette question ; c est par une considération particulière que j'y parviens.

» Lorsqu'on traite Tacide chloro-cyanique par la potasse , puis par Tacide hydro * chlorique , on obtient un Tolume de gaz carbonique ^al à celui de Facide'dilonH cjanique employé. Ce résultat est évîdenunent indépendant de la quantité de gaz carbonique mêlé primitiTemeot avec Tacide chloro-cyanique; et comme l'analyse dans Feudiomètre nous a appris que ce dernier ne produit dans sa combustion qu'un volume égal de gaz carbonique , il faut qu'il ne se produise point d'acide hydro - cyaniqae lorsque l'acide chloro-cyanique est décomposé par l'action successive d'un alcali et d'un acide ^ c'est aussi œ qui est confirmé par Teipérience , et M. Berthollet l'a reconiut depuis long-temps. Enfin , le chlore , en se séparant de l'azote et ^u carbone , produit , en se combinant avec l'alcali, ou un hydro-chlorate ou un chlorure métallique , . ce qui est absolument indifférent \ mais je supposerai vd que c'est un hydro-chlorate. Si donc on n'obtient que de l'acide carbonique^ de l'ammpniaque et de l'acide hydrochlorique , je dis que l'acide chloro-cyanique contient k moitié de son volume de chlore. En efiet , puisqu'en décomposant l'eau par l'action successive d\un alcali et d'un acide , il se produit un volume d'acide carbonique , il se dégagerait deux volumes d'hydrogène. Nous venons de voir qu'il contient f volume d'azote , qui , en se changeant en ammoniaque , prend | volume d'hydrogène : il restera donc 7 volume de ce dernier , qui exige , pour former l'acide liydro-chlorique , un égal volume de chlore* L'a* cide chloro-cyanique est donc composé de ;

X volume de vapeur de carbone \

7 volume d'azote ;

\ volume de chlore.

DB l'âGIUE CHLORO-CYANIQUB. 4^'

» Et en se décemposant par Tactioa sucoeesive d'un alcali et d^un acide , il produit : -

I volume de gaz hydro-chlorique ;

I volume de gaz carbonique \

I volume de gaz ammoniacal.

)> Il reste à savoir encore quelle est la condensation qu'éprouvent ses trois élémens en se combinant , et je vais faire voir , par un autre mode d'analyse , qu'elle est de la moitié de la somme de leur volume.

» En chaufTaut Tacide chloro-cyanique avec l'antimoine dans une petite cloche de verre , au moyen de la lampe à esprit-de-vin, le gaz diminue peu à peu, de volume ; il se produit en même temps des vapeurs de chlorure d'antimoine qui cristftllisent en se condensant. Lorsque l'action est terminée , le gaz restant est , comme il l'était avant , entièrement absorbable par les alcalis ; son odeur et ses propriétés. ,sont celles du cyanogène. L'acide chloco-cyanique que j'ai employé ^ diminué de 0)344 P^^ l'^tion de l'antimoine^ il contenait de l'acide «carboxiiqueT, comme je Tai dqjà dit ^ de sorte que la diminution e^t été plus con^ sidérable s'il eût été pur , et se serait sans doute élevée k la moitié de son volume. En admettant cette supposition , il est facile de connaître la quantité réelle d'acide^ chloro-* cyanique mélangé avec le gaz carbonique : elle serait alors évidemment double de la.diminution observée , c'est-à-diro de 0,688 , et celle du gaz carbonique de o,3 12. Or , en calculant d'après ce résultat la quantité de l'acide chlorocyanîque dans son analyse , par le moyen de l'oxigènc , et celle du. cyanogène dans l'analyse du ré&idu obtenu, en traitant l'apide chloro-cyanique par l'antunoine , on trouva ixne quantité d'azote égale à celle q^ie donne Vexpéripnce \ j>aT conséquent, la supposition que cet acide se rédujt de moitié lorsqu'on lui enlève §on chlore est fondée. JVovis Admettrons donc qu'il est composé de : .

lY. 3i

i|8a D£S COTIFS GTlAS 7I0N ACIDES.

I volume de vapeur de caibouc ;

7 volume d^azote ;

{ volume de chlore ^ et que la condensation qu'éprouvent ces trois ëlémens est de la moitié de leur volume total ; ou autrement , qu'on volume de chlore et un volume de cyanogène produisent, en se combinant , deux volumes d'acide chloro-cyaniqae. Ce résultat est le même que pour l'acide hydro-cyaniqne, qui résulte aussi de la combinaison à volume égal de Thydrogène avec le cyanogène , sans qu'il y ait condensation , de sorte que le chlore , dans l'acide chloro-cyanique , remplace l'hydrogène de l'acide hydro-cyanique. Il est bien remarquable que deux corps dont les propriétés sont si différentes jouent cependant le même rôle en se combinant avec le cyanogène.

» Puisqu'un volume de chlore et un volume de cyanogène produisent deux voluiùes d'acide chloro-cyanique, h densité de ce dernier doit être égale à la moitié de la somme de celle des deux premiers.

Densité du chlore a,4^''

du cyanogène.... i,8or.

dont la demi- somme est 2,111, comme je l'ai déjà indiqué. » (Gay-Lussac, Annale^ de Chimie , tom xcf, p. 3to5;)

SECTION m.

Des Corps gras non acides.

i84i« I^eff corps gras sont si remarquables, qu'ils ne peuvent être confondus avec les autres. Ils ont pour caractères de se fondre à une basse température , d'être ia.^ sipides , très - inflammables , insolubles dans l'eau ; donner beaucoup d'huile féûde et seulement un peDt sidu charbonneux lorsqu'on les distille; de laisser,

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