‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 4)Chapitre 45 sur 64 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

De la Digestion et de ses Produits immédiats.

i86a. Lorsque les alimens se trouvent introduits dans la caTÎtd buccale de Thomme et de la plupart des animaux, ils y sont broyés , divisés par les dents , mêlés à la salive , auxmucosités abondamment sécrétées par les glandes muqueuses , à la sérosité que laissent exhaler les parois de la bouche, et ils sont portés ^ par FefTetde la déglutition, dans le pharynx ou arrière-bouche ^ du pharynx , ils arrivent dans Toesophage, et de Fœsophage danérestomac; parvenus dans ce viscère , ils s^y imprègnent , dit-on , de suc gastrique , et ils y s^oument plus ou moins longtemps , selon leur nature , Tàge , Tappétit , les forces , Fétat de santé de Tindividu , de ses dispositions physiques et morales : dans tou« les cas , ils s*y altik^nt , s^y dénaturent , et finissent par se convertir en une matière molle ou une sorte de bouillie que Ton appelle chyme.

Cette matière molle , cette sorte de bouillie , le chyme , en un mot , passe de l'estomac dans les intestins grêles , où arrivent sans cesse de la bile et du suc pancréatique^ il y subit de nouveaux changemens , et bientôt il est transformé en chyle et en substance excrémentitielle : cette transformation faite , la digestion est achevée. Le chyle €st absorbé par une multitude de vaisseaux capillaires qui recouvrent les intestins grêles , et la matière excrémeutitielle se rend par les gros intestins au dehors de ranimai.

i863. Comment le mucus', la salive , la bile , le suo j>ancréatique et le suc gastrique concourent -ils à la digestion?

5o6 DE LÀ DICESTI019 ET DB SES PILODUÎTS.

L\m des eflcts delà salive est de ramollir les alimens , de les dissoudre quelquefois , et de les rendre , par cela même , d'une plus facile digestion : cet effet peut être at* tribuë à Feau qu'elle contient 5 elle en exerce probablement un autre dû aux matières animales qui entrent dans sa composition.

L'on a beaucoup écrit sur l'action digestive du suc gastrique ^ l'on prétend qu'il a le pouvoir de dissoudre tes alimens , de quelque nature qu'ils soient ; mais les expé* riences faites à cet égard ne sont encore ni assez mnlti* pliées ni assez précises pour pouvoir admettre définitirement ces résultats : il en est môme qui tendent à prouver que le suc gastrique n'est pas un suc particulier (1906).

D'après M. Brodie , l'influence de la bile serait des plus remarquables : il a observé qu'en liant sur de jeunes chats le canal cholédoque , qui conduit ce liquide dans les intestins grêles , le chyme passait dans ceux-ci sans altération et qu'il ne s'y transformait point en chyle. {Journal de Physiologie expérimentale, t. m , pag. gî.)

On ignore complètement la manière d'agir du suc pancréatique.

Quant au mucus , son unique fonction parait être de lubrifier la membrane muqueuse du canal alimentaire , à la surface de laquelle il se forme sans cesse.

Quoique ces différens liquides soient les seuls corps au moyen desquels la digestion s'opère , il ne faut pas croire toutefois qu'il suffirait de mettre en contact les alimens , d'abord avec de la salive et du suc gastrique , et ensuite avec de la bile et du suc pancréatique , pour les convertir successivement en chyle et en cxcrémens \ il est une cause secrète qui préside à toutes ces transformations et qui réside dans les nerfs : aussi les affections morales l'afluentelles singulièrement sur la digestion.

L'on doit à M. Wilson Pliilîp des expériences înipor-

1)E LA BlGEÂTIOrï ET DE SES PRODUITS* 5oj

tantes à cet égard. Ce physiologiste ayant opéré la section des nerfs de la huitième paire dans le col d'un lapin , immédiatement après lui avoir donné des alimens ^ il a vu que la digestion s'elTectuait presqu'entièrement en quelques heui'es quand on laissait les extrémités des nerfs en contact Tune avec Tautre, mais qu^elle était suspendue quand on les éloignait , et qu^elle pouvait s'opérer si les parties inférieures qui se rendent à Testomac étaient alors mises en communication avec une pile voltaïque (^Ann. de Chim. et de Phys., t. xxii , p. ai6, )

i864- Toutes choses égales d'ailleurs, ce sont les matières animales qui sont les plus faciles à digérer , parce qu'elles se rapprochent le plus de notre nature \ et c'est pourquoi sans doute les carnivores ont un tube digestif beaucoup moins long que les herbivores \ ceux-ci ont même souvent plusieurs estomacs.

M. Alagendie a fait il y a quelque temps des expériences très-curieuses s\ir les propriétés nutritives des substances qui ne contiennent point d'azote ; il a vu que les chiens qu'on ne nourrissait que de sucre , de gomme , d'huile d'olive et d'eau distillée commençaient à maigrir au bout de huit à dix jours ^ qu'à partir de cette époque ils maigrissaient de plus en plus^ et qu'ils mouraient tous dans l'espace de trente à trente-six jours. M. Chevreul , ayant alors analysé leurs urines et leurs biles , trouva que les premières étaient alcalines , et ne contenaient ni acide urique ni phosphate, de même que celles des animaux herbivores , et que les secondes étaient très-cliargées de picromel. N'esl-il pas probable , d'après cela , que les substances végétales , formées d'hydrogène , d'oxigène et de* carbone , ne peuvent être prises comme uniques alimens que pendant un certain temps , et que par conséquent il faut que c«ux*ci renferment une certaine quantité d'azote? N'est-il point également prxîbable que la majeure partie de Vazole, l'nii des

5o8 DV Li DiaESTIOV ET DE SEÀ PBODtriTS.

élëmens. dea matières atumales , provient des alimens ? car oa ne peut point admettre qu'il se forme dans Tacle de la dige8ti<m , et Ton sait qa*il ne provient point de Tair respiré. Que si quelques personnes croyaient que Texislence des herbivores est contraire à ces conséquences , il suffirait sans doute « pour les convaincre , de leur faire observer qu'il n est point de plante qui ne reaferme quelque matière azotée , et que c'est parce qu^elles n'en renfennent qu'une très^petite quantité qu'elles ne 8<»it que peu nutritives. ( Ann. de Chim. et de Phjs,, t. lit, p. 66.)

Du Chyme*

M. le docteur Marcet» médecin de l'hApital de Gnit, parait être le seul qui ait essayé de faire Tanalyse du chyme. Quoique ses expériences laissent , comme il l'avoue lui-même y beaucoup à désirer , nous en citerons les principaux résultats.

Le chyme qu'il a analysé provenait d'une poule dinde tiourric avec des végétaux. Il était sous forme d'une pulpe homogèue , opaque , brunâtre , et d'une odeur propre aux oiseaux de basse-cour. Il ne rougissait point le tournesol , ni ne verdissait le s^rop de violettes. Sa putréfaction avait lieu dans l'espace de. quelques jours.

Evaporé jusqu'à ^dté , il donnait un résidu égal k\de son poids. Le résidu^ calciné dans un creuset de platine « en laissait un formé , pour looo parties de chyme, de lo^ de charbon et de 6 de matière saline , dans lesquelles ou reconnaissait facilement la présence de la chaux et d'un chlorure alcalin. Lorsqu'on le metts^it en macéraliou avec l'eau , qu'on 61trait la liqueur , et qu'on y versait de i acîde nitrique, sulfuriquc, il se formait un précipité floconneux et abondant, la chaleur produisait le mémo effet.

DU CHTLB. 5o9

Mis en contact avec Tacide acétique , C9 chyme se dissolvait presque tout entier à la température ordinaire , et rhjdro-cyanate de potasse précipitait de cette solution de petits flocons blancs*

Il conclut de ses expériences :

i^. Que le chyme qui provient d^une nourriture v^étaie donne plus de matière animale solide que tout autre fluide animal ; il parait , au contraire , contenir une moins grande quantité de parties salines ;

2^. Que le chyme contient de Falbumine ;

3°. Qu*il donne quatre fois plus de charbon que le chyle végétal.

Il sgoute que le chyle et le ch3rme ne contiennent point de gélatine. (Annales de Chimie et de Physique, t. ii, p. 5o. )

Du Chjle.

i865. Il est impossible d^obtenir le chyle pur : en effet, on se le procure en ouvrant un animal quelques heures après lui avoir donné à manger , liant la partie supiérieure du canal thoracique , et faisant une ouverture à la partie infi^ieure ou aux branches sous-lombaires. Or , il y a sans cesse de la lymphe versée dans le canal thoracique par une multitude de vaisseaux qui la puisent dans les différentes cavités du corps : donc le chjle est mêlé de lymphe.

Le chyle varie par son aspect : tantôt il est opaque et Uane comme le lait ] tantôt il est d*un blanc rosé » et tantôt demi-transparent ; plusieurs physiologistes prétendent qu'il est u>i\jours blanc quand il provient d'une nourriture animale , et demi-transparent quand il est fourni par une nourriture végétale. D'autres assurent qu'il n'est opaque et blanc , quelle que soit la nourriture 9 qu'autant qu'elle est grasse : ainsi l'huile donnerait un chyle blanc^

5 10 DB LÀ DlGESTIOn ET DE SES PRODUITS.

et le sucre un chyle transparent. D'autres enfin croient qu'il n'est demi-transparent que dans le cas où il est mêlé à une gi*ande quantité de lymphe. Plusieurs physiologistes ont avancé aussi que toutes les fois qu'on mêlait de Imdigo ou du jus de betterave aux alimens , le chyle éail bleu ou rouge ^ mais M. Halle n'a rien observé de semblable dans les expériences qu'il a faites à ce siyet.

Nous ne parlerons d'abord que de celui qui est blanc.

Le chyle est presque sans odeur , et n'a qu'une saveur à peine salée ; il verdit sensiblement le sirop de violettes; sa pesanteur spécifique est plus grande que celle de l'eau et moins grande que celle du sang.

Abandonné à lui-même , le chyle ne tarde point à se coaguler à la manière du sang , et à se transformer en deux parties , dont l'une est solide et l'autre liquide. Assez souvent aussi il s'en sépare une petite quantité d'huile qui se rassemble à la surface.

La partie liquide n'est que du sérum semblable à celui du sang , tenant en suspension une certaine quantité d'un corps gras soluble dans l'alcool et insoluble dans les alcalis : aussi est-elle opaque et coagulée par la chaleur , les acidps et l'alcool lui-même. Lorsqu'on traite le coagulum par la potasse , l'albumine est dissoute , et la matière grasse ne l'est point ; le contraire a lieu quand on le traite par l'alcool bouillant. M. Yauquelin pense que celte matière grasse est semblable à celle qu'il a ti*ouvée dans la matière cérébrale.

La partie solide , ou le caillot , est uu mélange de fibrine , de matièi*e grasse et de sérum : si l'on enlève celuici par l'eau , et si l'on traite ensuite le résidu par l'alcool^ la matière grasse se dissoudra et la fibrine restera pore.

Cette fibrine est un peu différente de la fibrine proprement dite 9 elle n'en a ni la contexture fibreuse y ni la force , ni l'élasticité i elle est dissoute plus promptcmcnt

DU GIiyLE. 5l f

et plus complètement par la potasse et la soucie , et ne laisse point de parties insolubles dans ces alcalis ^ il semble enfin que ce soit de Talbumine qui commence à prendre le caractère de fibrine.

Le chjle contient d^ailleurs les mêmes sels que ceux qui entrent dans la composition du sang (187 1).

Tels sont les résultats que nous ofire Fanalyse du cbyle , ou du moins tels sont ceux que M. Yauquelin a obtenus en analysant le chyle de cheval. D^à ces résultats avaient été en partie observés par M. Dupuytren sur le chyle des chiens, et par M. Emmert sur le chyle des chevaux. {Thèse soutenue àrÉcoledeMédecine^etjénn. <fc Chim., t. lxxx,' p. 8 1 .) Us prouvent que le chyle peut être considéré, jusqu*à un certain point , comme du sang , moins de la matière colorante , et plus de la graisse.

Il paraît aussi qu'en même temps que M. Yauquelin faisait à Paris Fanalyse du chyle, M. Brande s'en occupait à Londres. Ses observations diffèrent de celles de M. Yauquelin , en ce que , selon lui , la matière grasse est analogue au spermacéti ou blanc de baleine ; que la matière solide du caillot est plutôt analogue à la matière caséeuse qu à la fibrine *, enfin , que le chyle contient probablement une petite quantité de sucre de lait : du moins si ,' après avoir chaufTé le sérum du chyle et l'avoir filtré pour en séparer les flocons albumineux qui se déposent ,• on l'évaporé à la moitié de son volume , il se sépare , par le refroidissement , de petits cristaux dont la saveur est douce , qui sont difficilement solubles dans l'alcool , et que l'acide nitrique convertit en partie en acide mucique. '^ u4nn, de Chim., tom. xciv , pag. 34.)

Depuis les travaux que nous venons de citer. M. le docteur Marcet , médecin de l'hôpital de Guit , a également soumis le chyle à l'analyse^ il s'est proposé surtout d'examiner comparativement celui d'animaux nouixis , tantôt

Si a DE LA DIGESTION ET DE SK8 PHODUITS.

de matières animales et tantôt de matières v^étales. Ses expëriences ont él6 faites sur des chiens : voici les conséquences qn*il en a tirées. {Annales de Chimie et de Physique y tom. ii , pag. 52.)

« i^. La pesanteur spécifique de la portion sércnse du cLyle parait être de i,oia à i,oqi , qu^elle soit le résultat d'une nourriture animale ou d'une alimentadon v^étale.

» 2^. La quantité de résidu solide qui renferme les sels et la substance animale , et qu'on a obtenue par une évaporation à la température de Teau bouillante , varie entre 5o à 90 parties s^r 1000.

» 3^. Les substances salines sont environ dans la pro* portion de 9 parties sur 1000. Les sels qui renfennent les autres fluides animaux suivent aussi celte proportion.

I» 4^- ^ chyle végétal , soumis à l'analyse , paraît fournir trois fois plus de charbon que le chyle animal*

» 5^. Celui-ci est très-disposé â passer à la putrefiiction I et en général cette décomposition commeoce à avoir lieu au bout de trois ou quatre jours, tandis que Ton peut conserver du chyle végétal pendant plusieurs semaines , quelquefois même pendant plusieurs mois , sans qu'il se putréfie (a).

» 6^. La putréfaction s'empare plutôt du coagulnm du chyle que de la partie séreuse.

3» 7^. Le chyle animal est toujours laiteux ; par le repos , il s'en sépare une matière onctueuse , semblable k de la crème , et qui vient nager à la surface. Son coagulnm est opaque et a une teinte rosée.

» 8^. Le chyle végétal est presque toi]gours transparent ou a-peu*près, comme le sérum ordinaire. Son coagalaxït

(a) Cette difiSirenoe de temps entre ia potréfoctioa de l'ua et «Ile do TaiUre noua parait bien extraordinaire.

DE LA ItâTrku^ FÉCA.LE. Sl3 '

«SI presque iicolore ^t ressemble à- une huître-, enfin, sa «orfAce né se recouvre pAs d'tuie substance analogue à la erème«

» 9®. L'élément principal de la matière animale du chyle est Falbumitie ;^ mais le cliyle animal contient en outre des globules d'une dubstatice huileuse qui ressemble par^ faiiement à de la crème.

' » 10®. Efi distillant le chyle à feu nu, on obtient d'abord tmeliqpieur cdifftenantdu carbonate d'ammoniaque, ensuite une buiie fixe et pesante. Le chyle animal fournit ces deux produits en plus grande proportion; mais le résidu, quel que soit le mode d'analyse , donne moins de charbon que le chyle végétal . On reconnaît très bien l'existence du fer dans ces résidus ] il y est mêlé aux substances salines et au charbon. »

De la Matière fécale. ,

t866. Les matières fécales doivent varier dans leur com- {>osition , en raison de la nature des allmens , de leur quantité , de la manière dont se fait la digestion, etc., etc.; toutes renferment encore une certaine quantité de matière llutrîtive , mais d'autant moins sous le même poids, toutes choses égales d'ailleurs , qu'elles sont prises en moindre quantité. Par exemple, lorsque les chiens ne se noumssenC qtie d'os, leurs cxcrémcns sont blancs^ et ne sont^ pour ftînsi dire , formés que dé la partie terreuse contenue dans C5e« organes. ^ ' . .

ï 8&J . Matière fécale humaiîfy:. — M. Beraelius a retiré de loo parties de ces matières \Ann, de Chim. , t. lxi, png. 3^ t) : eau , 73,3 ; débris de végétaux et animaux, 7,0 y bîVc 0,9; a]bumine,o,9-, ma tièreextractive particulière, 2,7 ^ matière visqueuse, composée de résine, débile un peu alti^-ée , de matière animale particulière et de résidu insoluble , l4î0 5 sels, \y1.

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