SECTION V
De V Action des gaz autres que Voxigène sur
r économie animale.
1888. Lorsque, au lieu de respirer le gaz origène , ou l'air , qui ne semble agir dans la respiration de Fhomme et des mammifères que par l'oxigène qu'il contient , un animal respire tout autre gaz ^ il périt plus ou moins promptement: tous les gaz, excepté l'oxigènc, sont donc contraires à la vie. Les ims produisent la mort seulement parce que , privant le sang veineux du contact du gaz oxigène , ils s'opposent à sa transformation en "sang artériel, et les autres la produisent non-seulement par «cette cause , mais surtout par l'action qu'ils exercent sur les organes de l'économie animale : les premiers ne sont réellement que l'occasion' de la mort, tandis que les seconds la donnent ; ils sont véritablement délétères.
1889. Gaz de la première classe. -^-^ A cette classe appartiennent l'azole, le protoxide d'azote, l'hydrogène , et sans doute quelques autres.
Lorsque l'on plonge un oiseau dans une cloche pleine de l'un de ces gaz , et qu'on la recouvre d'un obturateur , il tombe asphyxié en moins d'une minute ; en le retirant de la cloche presqu' aussitôt que l'asphyxie a lieu et l'expo-
SSa DE l'actïin des caz
saut à Tair , il reprend bientôt ses forces premières ^ il meart , au contraire ^ s'il reste expose trop long-temps i l'action du gaz méphitique : quelques centièmes d'oxigène suffisent pour prolonger son existence.
Plusieurs cMmistes ont osé respirer ime assez grande quantité de protoxide d'azote pur. Les premiers essais en ce genre furent faits en Angleterre par sir H. Da^y *, les effets qu'il en éprouva sont si extra<H*dinaires qu'ils méritent d'être rapportés. Ecoutons ce savant chimisle m. faire le récit :
ce Après avoir expiré l'air de mes poumons , dit-il , et » m'ètre bouché les narines , je respirai envjran 4 litKs » de gaz oxide nitreux : les premiers scntimens que j'é- » prouvai ftirent , comme dans la première expérience y % ceux du vertige et du tournoiement ; mais en moins )> d'une demi-minute, continuant toujours de respirer, li ils diminuèrent par degrés et furent remplacés par des yt sensations analogues'à une douce pression sur 109s les 1» muscles , accompagnée de frémissemens très-agréables , •» particulièrement dans la poitrine et les extrémités ^ les » ol^jets , autour de moi , devenaient éblouissans ,^t mon )» ouïe plus subtile. Vers les dernières inspirations , Tagi- » tation augmenta , la faculté du pouvoir musculaire den vint plus grande , et il acquit à la fin une propension » irrésistible au mouvement. Je ne me souviens qu'îodis- M tinctement de ce qui suivit ^ je sais seulement que mes )> mouvemens furent variés et violens. Ces effets cessèrent » dès que j'eus discontinué de respirer ce gaz , et dans dix » minutes je me retrouvai dans mon état naturel : la seu,^ » sation de frémissement dans les extrémités se prolongea » plus long-temps que les autres. »
Tels sont aussi les effets qu^e le protoxide d'azote produisit sur M. Tennant et M. Underwood. Cependauoous ceux h qui je l'ai vu respirer s'en sont trouvés mal ; je ci-
SUA l'écoiiomie animale. 5.>^
ieraiM. VanqucIIn , d^nx-jouncs-gcns charges dcpr^pnrcc mes leçons, et je me citerai moi-même. M. Vauqnelin fit Texpemenee-de la même manière que M. Davj : à peine avait-il inspiré ce gaz , qu'il tomba presque sans force •; son. pouls jétiit extrêmement agité *, un bourdonnement conaidérable avait lieu. dans ses oreilles ; ses yeux étaient hagardfl efriPoalaient dans leurs orbites ^ sa figure était décomposée ; sa voix ne pouvait se faire entendre , et sa souffrance était extrême : il resta dans cet état pendant environ deux minutes. Mesdeuxpcéparateurss'y prirentautrement: iU remplicent de protoxide d azote une vessie d^environ I S pintes*') ils enembcmchèrent le robinet , en la soutenant d'unemain et pressant le ne&de Tautre, de manière que le g«ik paasait alternativement de la vessie dans leomcspoumons, «t .4e IcArs poumons dans la vessie , mêlé avec la quantité dliMiT ique jkur poitrîue. pouvait contenir. Leur respiration devint bientôt très* précipitée, et leur figure blême et ^lèuatre.^.on les aurait cru pleins de force*, à ne consulter fifue l'espèce d'ardeur avec laquelle ila respiraient le gas ; €t cependant , aussitêtque la vessie leur fut arrachée , ils tombèrent. en défaillance, et restèrent quelques secondes sans mouvement , les bras pendans et la télé penchée sur
les,épwles.
Pour moi , je fis Texpérience , tantôt comme mes prér parateurs , et tantôt en chassant une portion de Tair de ma poitrine , inspirant alors le gaz et 1- expirant dans Tatmo* sphère i puis en inspirant de nouveau, le rejetant comme le premier , et ainsi de suite , jusqu'à ce que j'en eusse consommé à-pcu-près j5 litres : je devins successivement pâle et légèrement violet ; j'étais presque sans forces; jo ne voyais plus qu'à travers un nuage les objets qui m'en^ vironnaient •, tous me semblaient être en mouvement , et je suis persuadé que si j'avais respiré un peu plus de gaz , je serais tombé en défaillance comme, mes préparateurs :
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yea fus quitte pour un mal de tèle qai se dissipa en qnd* ques heures (a).
1890. Des Gaz de la deuxième classe. -^Dmns cette classe se trouvent tous les gaz acides , moins Facide caiiiO' nique peut-être j et plus le gaz ammo^iiac , le gaz hjckogène sulfuré, le gaz hydrogène arséniqué, le deutonde d'azote, et probahlement ^usieurs autres- sur lesquels rexpërience n^a point prononcé* Lorsqu^on plonge un animal dans une atmosphère de Tun de ces gaz 9 il y périt toutr«-ooup; il y périt nlème encore lorsque le gaz est m^ a une grande quantité d^air atmosphérique. Le plus délétère est le gaz hydrogène sulfuré : son actioii est si grande qu'on a peine à la conoeY<rfr* L'air contenant ^hz de son volume d'hydrogène sulfuré donne prompteiimt la mort à un verdier ^ celui qui en contient j^ la doue à un chien de moyenne taille, et un cheval finit par soccomher^dans un air où on en a ^uté '^.
Ces expériences , qui datent de dix-huit ans et ^e j'ai faites avec M. Dupuytren , ont été^précédées de celles du docteur Chaussier ; qui prouvent qu'il suffit même de faire agir le gaz hydrogène sulfuré sur la surface ^c^tanée pour faire périr les ainimaux , parce qu'alors il est ab80tl>é par les houches inhalantes du derme. Que l'on f renne une vessie munie d'un robinet, au fond de laquelle <m aura pratiqué une ouverture ; que l'on y introduise uo jeune lapin jusqu'au cou^ que l'on colle hermétiquement, avec un emplâtre de poix et de térébenthine , les bords de la vessie sur le cou épilé du. lapin ; que l'on fasse alors le vide dans la vessie par la succion, et qu'on la remj^isse «isuite de gaz ^ l'animal périra en quinze à vingt minnses.
(a) M. Davy, à qui j^ai communiqué oos observations , pense qœ si nous n^avons point obtenu Jes m^mes eJQcts que lui, c*cst parce que nous nV TOUS point respiré assti de gaz.
SUR L^ÉCONOUIE ANIMALE.' 555
En général , 'tous les jeunes animaux succombent assez promptement à cette épreuve \ les adultes résistent beaucoup plus long-temps. (Nysten.)
1891. Nysten a fait, sur les gaz injectés dans Féconomie animale , des observations intéressantes qui se rattachent immédiatement à ce qui précède.
Les gaz dont il a examiné les effets sont : Tair atmosphérique, Toxigène, Tazote, Thydrogène, Thydrogène carboné , Thydrogène phosphore , Tacide carbonique , Foxide de carbone , le protoxide d'azote , Fhydrogène sulfuré , le deutoxide d'azote , le chlore et Fammoniaque : les quatre derniers sont les seuls qu'il regarde comme dé-' létères (a).
Il résulte de ses expériences , i^. que Fon peut injecter dans le système veineux d'un chien de moyenne taille , sans le faire périr , une assez grande quantité de gaz non délétère , pourvu qu'oh n'en introduise que peu a la fois , par exemple , i5 à ao centimètres cubes, et qu'on mette un. certain intervalle entre deux injections consécutives.
7?, Que ceux dont on peut introduire le plus sont : Facîde carbonique, le protoxide d'azote , sans doute en raison de leur solubilité.
3^. Que tous , injectés en grande quantité à la fois , distendent fortement l'oreillette et le ventricule droits , s'opposent à leur contractilité , arrêtent tout- à- coup l.i circulation et donnent promptement la mort. Leur action est donc entièrement mécanique : aussi quand ^ après avoir
(a) Ccpeudant , plusieurs des gaz que Nysten regarde comme non délétères n^agîssent point bous de la même manière dans la respiration. Le i;az oxide de carbone fait périr tes animaux bien plus vite cjuc le-protoxidc «î'azole et Tazotc ; ils périssent aussi plus promptement dans le gaz hydro' i;èDc prolo -phosphore, et je crois môme dans le gaz carbonique; d^où il suit qu^ils doivent être au moins un peu dclctcrcâ.
a5(j DE L*ACTIOrf DES GAZ
injecté successivement une assez grande quantké d'air pour mettre Tanimal dans un état de mort apparente, on onm la veine sous-clavière et qu'on comprime le thorax , Tanimal est rappelé peu à peu à )a vie, parce que Taircst chassé des cavités pulmonaires du cœur et que la circulation se rétablit.
4^* Qu'aucun d'eux , injecté dans la plèvre , ne prodnit d'effet nuisible 9 excepté le gaz hydrogène phosphore, qn^ en s'enflammant , occasione une phlegmasîe de cette membrane.
5**, Que lorsque l'animal résiste aux injections de «s gaz, une petite partie de ceux-ci se dégage du sang par ks voies de la respiration (a) , tandis qu'une autre reste ca dissolution pendant un certain temps dans le sang artériel, dont elle diminue toujours plus ou moins la teinte vermeille , pourvu toutefois que le gaz soit tout autre <pe le protoxide d'azote ou l'oxigène. -
6°. Qu'on peut aussi injecter de très-petites quanùife de gaz délétères dans le système veineux des animaux »Df occasioner la mort {bj\ qu'ils la produisent prompiemeot lorsque ces quantités sont trop fortes 5 qu introduits àî^^
(a) Et probablement par la sueur , la transpiratioii , les urioes; or lorsqu^on injecte dans le système yeîneuz toute autre matière que ^ gaz , et que ranimai ne périt point , c^est par la transpiration paloooiffr et cutanée , par les urines , que la nature s'en débaiTasse. M. Jii»ff^ a fait k ce sujet des expériences fort intéressantes.
(b) Nysten a fait trois injections d'hydrogène sutfurc de 10 centifflcli" cubes chacune , . dans le système veineoz. d'un chien-loup de wojf^^ taille et du poids de 8 kilogrammes et demi, sans que ce chiea mooni* Après la première , l'auimal s'est agite un peu et a fait de granatf ni^' rations; la deuxième lui a donné des mouvemens convulsi6 9^ ''.. . calmés peu à peu ; la troisième l'a jeté dans une mort appif*^ \^ resté long-temps faible et chancelant ; le lendemain, il ^^ """^iT portant qu'auparavant. Il n'aurait pas résisté k cette dose d'hy^lr^^î*^ . * furé porté dans les organes de la respiration et disséminé dans âoq^* cents fois son volume d'air^
SUR l'économie animale. 557
la plèvre , mais à une pliis haute dose que dans le sysièoie veineux , ils la causent également ^ que le deutoxide d'azote et r hydrogène sulfuré la causent encore lorsqu'on les porte dans le tissu cellulaire sous-cutané , mais que le premier ne possède point , comme le second , la propriété de la déterminer par son seul contact avec la peau ; que ces différens gaz ne la produisent point de la même manière ^ qu'ils la produisent tous en raison de leur nature et jamais mécaniquement , savoir : le gaz ammoniac et le chlore gazeux en irritant violemment les organes avec lesquels ils sont en contact -, le gaz hydrogène sulfuré, en portant atteinte à la vie de tous les organes par sa puissance dâ)ilitante \ et le deutoxide d'azote , en s'imissaut au sang ^ le rendant noir , et le mettant hors d'état de pouvoir se transformer en sangaitériel. En efl'et, 1^. lorsqu'on iujecte du chlore et de l'ammoniaque dans le système veineux , le sang reste liquide \ on n'aperçoit aucune lésion dans le cœur , et on n'y trouve point de gaz. Si l'injection a lieu dans la plèvre , celle-ci se recouvre de fausses. membranes qui contiennent beaucoup de sérosité , et les autres orgaues n'offrent rien de remarquable *, d'où Nysten conclut que c'est probablement en irritant vivement les fibres du ccBur qu'ils occasionent la mort après leur introduction dans le système veineux. 2^. Lorsqu'on ingecte du deutoxide d'azote dans les veines , dans la plèvre ou dans le tissu cellulaire cutané 9 la mort a lieu sans qu'on observe de lésion dans les organes , ou qu'on trouve de gaz dans le. cœur (a) -, le sang seul devient noir ; il conserve cette teinte dans les artères. Par conséquent , dans tous les cas^ la cause morbifique doit être la même : c'est donc le gaz qui arrive , par voie d'absorption , du tissu cutané pu de
(a) Ou du moins le cœur est sediemeat marbré de rouge Kvidc par les injections d|uas le système veiiieux.
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la plèvre dans le sang ^ il se combine avec celui-ci et s^oppose à sa tranformation en sang artériel. Elst-ce en s^emparant de Toxigène qu'il produit cet e£kt ? On est tenté de le croire d'abord ; mais cette opinion devient peu probable en considérant que , si Ton injecte i5 centimètres cubes de dentoxide d'azote dans le système veineux d'un chien, il ne périt souvent que plus d'un jour après , et qaCi pendant tout ce temps , il y a circulation sans qne le sang devienne vermeille. 3^. Lorsqu'on iigecte du gaz hydrogène sulfuré dans les veines , dans la plèvre , dans le tissa cutané, l'animal éprouve bientôt une grande prostration de forces qui le fait succomber , et dans laquelle le système nerveux est profondément atteint : après la mort , l'on ne trouve point de gaz dans les cavités pulmonaires , et a , pendant que l'animal est vivant , on retire du sang de ses artères , on le trouve vermeil. Ce gaz arrive donc par voie d'absorption , de même que le deutoxide d'azote, du tissu cutané , de la plèvre et de la peau , dans le cours dç la circulation , et son action débilitante se porte sur les principaux organes.