‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 4)Chapitre 55 sur 64 · SECTION VI · texte numérisé non relu

SECTION VI

Des Liqueurs des sécrétions.

1891. On entend , par le mot sécrétion, une fonction par laquelle un organe , en décomposant le sang , donne lieu à ohe liqueur particulière : c'est ainsi que se forment toutes les liqueurs animales , excepté le sang et le chyle. La plupart de cçs liqueurs restent en totalité ou en partie dans le corps , et y remplissent des fonctions qui imt pour objet la nutrition et l'accroissement de l'animal *, trois sen- Icment en sont rcyetées : l'urine , la sueur et le lait ; elles ne pourraient y être conservées long-temps sans danger.

DES LIQUBUHS DES SÉCEÉTIOlfS» S5g

Toutes 8<nit alcalines ou acides , ce qui a fait pçnser à plusieurs observateurs qu'il serait possible qu'elles fussent produites par quelque force analogue à ceUe qui se développe dans la pile. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'un seul élément formé d'une pièce d'argent et d'un fil de zinc y comme l'a observé M* WoUaston à ce svget , suffit pour rendre sensible , en deux ou trois minutes , la décomposition d'un peu de sel marin dissous dans deux cent quarante fois son poids d'eau. En effets que l'on prennio un petit tube de verre de 5o millimètres de long et de %o de diamètre ^ que l'on ferme l'une de ses extrémités avec un morceau de vessie; que l'on y verse ensuite la dissolution saline , et qu'après avoir mouillé la surface inférieure dn morceau de vessie , l'on place le tube debout'sur une pièce d'argent ^ enfin , que l'on mette en contact un fil de zinc avec cette pièce , et qu'on le fasse plonger par son antre extrémité dans la dissolution saline , l'on verra que le liquide dont est mouillé la vessie deviendra dans très-peu de temps capable de ramener au bleu le tournesol rougi par les acides. ( Annales de Chimie ^ Vaux* Lxxrv, pagagS.)

1893. Des Liqueurs alcalines. — Ces liqueurs doivent leurs propriétés alcalines à une petite quantité de sonde ; elles sont toutes composées d'eau , des mêmes matières salines que celles qui existent dans le sang , et de substances animales particulières. M, Berzelius les divise en deux espèces. Suivant lui, les premières contiendraient les mêmes quantités d'eau , de sels, et de matières animales que le sang ; les secondes contiendraient aussi les mêmes quantiié^. d'eau et de sels que ce fluide , mais moins de matière noimale^ d'où il s'ensuivi^ait que^ dans la séccétibn des liqueurs alcalines , les matières animales seraient les seules c]ui' éprouveraient des changemcns , soit dans leur nature, suit- dans-leur proportion. Par conséquent, dans la forma--

5Go DES LIQUEURS D£S SÉCRÉTIOSS.

lion des unes , l'influence nerveuse ne ferait que eombiner autrement les principes de la fibrine , de Talbumine et de 1a matière colorante dn sang , tandis que , dans la formation des autres 9 cette influence non-seulement les combiuerait autrement , mais les éliminerait en partie. U pense aussi que chacpie liqueur «ilcaline est caractérieëe par une matière animale particulière y et que les autres substances qu'elle renferme n'en font partie que parce qu'elles se trouvaient dans le sang qui a servi i la former, (^jdnn* de Chim. y tom. lxxxviii, pag ii3«)

1894* Nous nous permettrons quelques observ^ations à cet ëgard ;

1^. Il serait fort extraordinaire que certaines liqueurs alcalines renfermassent précisément la même quantité de matières animales que le sang , propriété que d'autres ne possèdent bien sûrement pas.

à^.' La bile , que M. Berzelius cite comme on fluide de la première espèce^ ne contient presque point de matière azotée : > il faut donc que , au moment de sa formation , Tazote ait été séparé du sang qui lui a donné naissance; il faut aussi qu'une certaine quantité d'hydrogène en ait âé élnnixiife,'car la -fibrine, Talbumine et la matière colorante^ privées seùt^nent d'azote , donneraient lien à une sorte de graisse : a la vérité , l'on trouve de la matière grasse dans la bile ^ mais en petite quantité.

3^- lia plupart du temps , il est vrai, les liqueurs animales alcalines ne contiennent qu'une substance caractérisdqae ; mais il eu est qui en contiennent plusieurs : nous citerons encore pour exemple la bile. 1

. 4^. Lea.matières salines font quelquefois une partie fiel- i lementmlégrante des liqueurs animales , que, suis leur pi^sence., ee» liqueurs auraient iin tout autre caractte« : telle est la, sbude.< Dans la bile , que nous citerons de nouveau , il en existe une plus grande quantité quedans la sa-

DBS LIQUEUES DES SÉCRÉTIONS.' i6t

live, Vearn des yentricnles , etc. ^ elle est destinée à favoriser la dissolution de la matière résineuse et du muous ; la bile de porc n'est même qu'une combinaison de soude et de matière grasse.

Ces diverses observations nous empêchent de partager Topiniondu savant chimiste suédois \ nous admettrons seu« lement avec lui que la plupart des sels paraissent étrangers aux liqueurs alcalines , et que les fonctions de Féconomie animale ne s'exécuteraient pas moins bien sans leur eustence dans ces liqueurs : encore peut-être sont -ils destinés à stimuler les parties avec lesquelles ils sont en contact.

1895. Des Liqueurs acides. — Ces liqueurs , au nombre de trois dans l'homme , l'urine , la sueur et le lait f sont légèrement acides : les deux premières le sont plus que la dernière. M. Berselius en attribue l'acidité à l'acide lactique. Pour moi , je la crois due à l'acide acétique , du moins en partie^ surtout dans la sueur. £xiste-t-il du phosphate acide de chaux dans l'urine ? Il est difficile de le dé' montrer. Le lait est destiné à la nourriture des jeunes animaux : quant à la sueur et à l'urine , elles sont destinées à porter au dehors les matières qui pourraient être nuisibles à l'économie animale. La sueur n'est que de Teau légèrement acide , tenant en dissolution une très]- petite quantité de matières animales et de sels. Le lait renferme, outre un acide , des sels et de l'eau , trois substances particulières , de la matière caséeuse , du sucre de lait et du l>eurre. L'urine est le liquide dont la composition est la plus compliquée : on y trouve diiférens acides , de l'urée , et un grand nombre de sels , dont plusieurs n'existent pat dans le sang.

56^ DIS LIQUBUES SES SÉCHÉTIOHS.

Des Liquides proî^enant des membranes séreuses,

1896. La surface des membranes séreuses est toujoms humectée d'un liquide qui est connu sous le nom de sérosité. Ce liquide , dans Fétat de santé , est en si petite quantité , qu'il est impossible de s'en procurer assez pour en faire Vanalyse. Il n'en est pas de même dans rafiection morbifique connue sous le nom à^hjdropisie : alors il s'épanche k travers le tissu cellulaire , ou remplit, en partie du moins , les cavités tapissées par les membranes dont il s'e3(hale. Quelques-unes de ces cavités, savoir, le bas ventre et la poitrine , en contiennent souvent plusieurs litres. Dans tous les cas , il ne diflere du sérum du sang qu'en ce qu'il est moins albumineux : celui qui existe dans les ventricules du cerveau Test ordinairement trèspeu.

Telle est encore exactement la nature de l'humeur de la brûlure et de celle des vésicatoires.

De la Lymphe.

1897. La lymphe est un liquide incolore et transparent qui circule dans un ordre de vaisseaux qui semblent pardr des extrémités artérielles , et dont les.troncs viennent se rendre dans le canal thoracique. Cette humeur est Fane des plus abondantes , Fune de celles qui jouent le plus grand rôle dans Féconomie animale , et cependant elle n'a encore été que très-peu examinée \ car M. Brande est àpeu-près le seul chimiste qui s'en soit occupé avec queU ques soins. Il Fa retirée du canal thoracique vingt-quatre heures après avoir donné des alimens à un animal. H a trouvé :

1®. Qu'elle se mêlait en toutes proportions avec Feau j

BB LÀ êTBOVIE. 563

a^. Qa'elle n^altërait point les couleurs végétales ;

3^. Qu'elle ne se coagulait ni par la chaleur ni par les acides^

4^. Que Talcool la rendait légèrement trouble ;

5^. Qu'en la soumettant au courant d'une batterie de 3o paires de plaques de zinc et de cuivre de quatre poucesV il se rassemblait au pôle négatif de l'alcali , et au pôle positif un acide qui paraissait être de l'acide hiydro-cUo* rique ; qu'en même temps il se faisait un dépôt de quelques flocons d'albUmine.

6^. Que , par l'évaporation , elle laissait un très-petit résidu qui verdissait le sirop de violettes; que ce résida contenait un peu de ôel marin, et ne renfermait aucune trace de fer.

Il paraîtrait donc , d'après ces observations, que la lymphe ne serait , pour ainsi dire , que de l'eau chargée d'un peu d'albumine et de quelques matières salines. (Annales, de Chimie , tom. xczv , p. 4^* )

De la Sjnovie.

1898. Des capsules synoviales des articulations et des coulisses des tendons, il suinte un liquide visqueux destiné à lubrifier ces parties , et qile l'on désigne sous le nom de synosfie.

La synovie de bœuf et la synovie d'éléphant sont les seules qui aient été examinées; la première par M. Margueron , en 179!» {Ann* de Chim. , tom. xiv , p. i23))et la seconde, il y a quelques années,par M.Vauquelin(/our7Z. de Pliarmacie, tom, m, pag. aSg).

Au sortir des articulations , la synovie de bœuf a une demi - transparence , une couleur d'un .blanc verdfttre , une fluidité visqueuse , une odeur animale , telle que celle du frai de grenouille , iine saveur salée ) bientôt elle

564 ^'* LIQUEURS DES SÉCRÉTIOVS.

prend nne consistance gélatineuse , reprend ensnite son premier état , perd de sa viscosité , et dépose une matiire filandreuse.

M. Maipieron la regarde comme formée de 80^4^ d^eau, 4»^^ ^'^U>umine , 11,86 de matière filireusey 1,75 de sel marin .y 0,70 de carbonate de soude , 0,70 de pliospbate de chaux. Elle contient sans doute , en outre , les autres sels qui entrent dans la composition du sérum du sang.

Pour séparer la ^latière fibreuse, il faut, suivant M. Margueron , verser un acide faible dans la synovie , par exemple , du vinaigre : à Tinstant cette matièrè-se dépose en une masse filandreuse qail est facile d'enlever avec un tube : r acide agit probablement alors en s^unissant à TaP bumine, la rendant plus liquide , et la dégageant du réseau fibreux qui Tenveloppait. D'ailleurs , on procide à l'analyse de la liqueur restante comme à celle du aérum du sang (iSyS).

M. Margueron pense que la matière filandreuse est de Talbumine dans un état particulier, parce qu'elle se dissout par l'agitation dans l'eau froide , que cette dissolution mousse en la remuant , que les acides et l'alcool y forment un précipité floconneux , et que l'ébullition y produit une écume très-blancbe. Ne serait-elle point la m&oie que celle qui se dépose en petite quantité du blanc d'oeuf traité par reau?

M. Yauquelin a retiré de la synovie de l'éléphant , de l'eau , de l'albumine , quelques traces de filamens blancs ayant l'apparence de la fibrine , des carbonates de soude et de cbaux , et des hydro-cblorates de soude et de potasse. Il n'y a point trouvé de phosphate ; mais il pense qu'elle contient , outre tous ces principes ^ une matière animale particulière qui n'est pas susceptible de coagulation par l'alcool et par les acides y et qui est tout-à-cpup précipitée

BU CHOmON, DE l'àLLÂNTOÏDE ET DE L^AMUIOS. 565

par le tannin. Cette matière est toutefois^ bien moins abondante que Talbumine : aussi la synovie délayée dans Teau présente-t-elle avec les réactifs à-peu-près les mêmes phénomènes que le sérum du sang.

Des Liqueurs contenues 4ons • les membranes qui

enveloppent le fœtus.

1899. Ces membranes sont au nombre de trois : la première ou rextérieure est appelée chorion^ l'intermédiaire , allantoïde ; Finteme , amnios.

Diaprés MM. Vauquelin et Buni va, la liqueur contenue dans Tamnios de la femme est composée d*une très-petite quantité d^albimiine, de soude, de sel marin, de phosphate de chaux , de carbonate de chaux , et de matière caséiforme qui lui donne un aspect laiteux : Talbumine et les sels ne forment que les o,ooi«j de Feau : c'est cette liqueur dans laquelle nage le fœtus.

CeUe qu*on trouve dans Tamnios de la vache est toute différente , suivant les mêmes chimistes : loin d'être alcaline , elle rougit le tournesol , et contient un acide particulier : nous en avons donné la composition (i8i6).

MM. Dulong et Labiliardière ont été conduits à d^autres résultats. Ayant eu occasion d'analyser les eaux de Famnios et de Fallantoïde , provenant d'une vache arrivjée au septième mois de la gestation, ils ont trouvé que les eaux de Fallantoïde étaient de la même nature que Furîne de vache , et que les eaux de Famnios se rapprochaient de la bile de vache , non-seulement par leur couleur et leur viscosité, mais encore par leur composition. L^eau du chorion n'a pas été soumise à l'analyse; elle a été peidue par accident. ( Procès-verbal de la séance publique de rEcoled'AlJort, iSi^.)

£nfin M. Lassaigne a trouvé :

1®. Que l'eau de Fallantoïde de la vache contient de

566 DES LIQUEURS DES SÉC&ÉTIOSS.'

ralbumine j de rosmazàme en assez grande quantité , une matière mncilagineuse azotée, racidedésignépar MM.Vanqnelin et Buniva sous le nom X amniotique , de Facide lactique et du lactate de soude , du sel ammoniac,. du sel marin ^ du sulfate de sonde en grande quantité , des phosphates de soude , de chaux et de magnésie.

2^. Que Teau de Tamnios de la vache renferme de Valbumîne , du mucus , une matière jaune analogue à celle de la bile , des hydro-chlorates de potasse et de soude , du sous-carbonate de soude , du phosphate de chaux.

Il conclut de ces résultats obtenus plusieurs fois sur les eaux de fœtus de vache de dnq, six et huit mois, que Tacide appelé amniotique n'existe que dans Teau de de l'allantoïde ; que MM. Vauquelin et Buniva auront sans doute opéré sur cette sorte d'eau ou sur son mélange avec Teau de Tamnios \ que Facide amniotique doit prendre le nom d'acide allantoïque.

M. Lassaignea aussi analysé les eaux de ValUmtolde et de Vajnnios delà jumaoït : elles ne sont point semblables à celles de la vache : par exemple , Feau de Fallantoide ne contient ni acide amniotique ni sulfate de soude : celui-ci est remplacé par le sulfate de potasse. {Ann» de Chim. et de Phjs. , t. xvn , p. agS. )

Comment se fait-il que les chimistes que nous venons âe citer soient si peu d'accord entr'eux ? M. Lassaigne explique assez bien pourquoi ses observations diiSèrent de celles de M, Vauquelin \ mais on ne voit pas la cause de la dififérence qui existe entre les siennes et celles de MM, Dulong et Labillardière.

' De la Saliy^e»

igoo. La salive est un fluide inodore , sans saveur « limpide , visqueux , dont la pesanteur spécifique est un

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