‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 4)Chapitre 57 sur 64 · DE LÀ BILE · texte numérisé non relu

DE LÀ BILE

tutne; et Cadet, guidé par les recherches de ces divers savans « a été conduit , en 1767, à la regarder comme un $slvùn à base de soude , mêlé avec du sucre de lait.

Dix ans s'écoulèrent ensuite sans qu'il parut rien de remarquable sur la bile : ce n'est même qu en 1778 que, dans sa dissertation , Van-Bochante y annonça une matière fibrineuse qui , depuis , a été prise pour de l'albumine. Mais, malgré ses efforts , il n'a pu réussir à isoler le corps sucré, et cependant il conclut de ses expéniences que ce corps entre dans la composition de la bile.

Quoique le travail de Poulletier de la Salle n'ait point eu pour oI\jet la bile même , il n'a pas moins contribué à en éclairer l'histoire ; il a jeté le plus grand jour sur les concrétions qui se forment dans celle de l'homme surtout ^ et ce travail, repris ensuite par Fourcroj , a bientôt reçu un nouveau degré de précision.

L'opinion de Cadet a prévalu jusqu'en t8o5. A cette époque, ayant eu occasion de faire des expériences sur la Jiile d'un grand nombre d'animaux, je crois avoir démon^ tré que ce liquide ne doit point être considéré comme un savon; que sa composition, dans les différens animaux^ n'est point toujours la même ; que , le plus souvent , il ren<« feruGie toutefois une grande quantité de picrOMel uni à un corps gras et à de la soude.

1909. Bile de bœuf. —La bile de bœuf, toujours déposée en quantité considérable dans une sorte de poche ou sac, est ordinairement d'un jaune verdàtre, rarement d'un vert foncé. Elle agit , principalement par sa couleur, sur le bleu de tournesol et de violette qu'elle change en jaune rougeâtre. Très-amèreet légèrement sucrée tout à la fois , on n'en supporte la saveur qu'avec répugnance. Son odeur, quoique faible , est facile à distinguer^ et s'il est permis de la comparer à quelqu'autre , ce ne sera qu'à l'odeur nauséabonde que nous offrent certaines matières grasses

58o DES LlQIJEUmS DES SÉCaÉTiONS.

lorsqu'elles sont chaudes. Sa pesanteur spécifique varie peu , et est , en général , de i ,026 à 6^. Sa consistance est plus variable : tantôt elle coule à la manière d*un léget mucilage,' tantôt comme la synovie ; quelquefois elle est d'une limpidité parfaite *, quelquefois aussi eHe est troublée par une matière jaune dont il est facile de la séparer par Feau (a).

1910. Huit cents parties de eelte bUc sont composées à-peu-près de ;

Eau • • • . joo

Maliére résineuse i5

Picromel 69

Matière jaune ( l"*"'''^ r"}'^,''^

l supposée égale a 4*

Soude 4

Phosphate de soude 2

Hydro-chlorates de soude et dépotasse. 3,5

Sulfate de soude 0,8

Phosphate de chaux et peut-être de)

mannésie j '

Oxide de fer, quelques traces.

(a) Il existe dans la bile de presque tons les anîmaïuL une matière que ron peut considérer, jusqu^à un certain point , comme diflcrenle de celles qui sont connues jusqu^ici. Cette matière constitue entièrement les calculs de la yéâcule du boeuf. Elle entre dans la composition de preaqne tous ceux de la vésicule de Thomme. On la tronye aussi déposée dans cette Tésicule f ainsi que dans la précédente et beaucoup d^autrea , soos fonae de magma. Dans quelques circonstances même elle obstrue les canaiiT biliaires : nous citerons pour exemple un éléphant mort au Jardin des Plantes il y a environ vingt ans : Ton a retiré des canaux hépati^ies plai de 5oo grammes de cette matière.

La matière jaune est solide , pulvérulente lorsqu'elle est sèche , ÎDSîpîcle« inodore , plus pesante que l^eau. Décomposée par le feu , elle donne àa sons-carbonate d'ammoninque , du charbon , etc. Elle est insoluble dans l'eau, dans Polcool , les huiles ; elle est an contraire soluble dans ks alcalis» dont elle est pi-écipitée en flocons bruns-verdâtres par les addea. Li'actcle hydro-chlorique ne Tattaque qu'avec peine ; il ne la dissout point ou ea dissout très-peu , mais il la rend d'un beau vert. Elle parait proveoir d'une aUértition du mucus.

DE LA BILB. 58x

i()ii. Distillée jusqu'à sicci té, elle se (k^ouble d^abord légèrement^ il s^y forme ensuite une écume considérable par le mouvement que produit FébuUilion^ et bientôt après 9 il passe dans le récipient une liqueur incolore , précipitant légèrement en blanc l'acétate de plomb , d'une saveur fade , d'une odeur toute particulière , analogue à celle de la bile y et qui , distillée de nouveau , conserve encore toutes ses propriétés 9 qu'elle doit sans doute à une portion de résine qu'elle entraine. Le résidu solide et bien sec qui tapisse le fond de la cornue forme depuis | jusqu'à ^ de la bile employée. Toi\jours d'un vert jaunâtre , très-amer , légèrement déliquescent , ce résidu se dissout presqu'entièrement dans Teau et dans l'alcool ^ il se fond à une basse température et se décompose par une forte chaleur , en donnant tous les produits des matières animales, plus d'huile , très-peu de carbonate d'ammoniaque , et un charbon très -volumineux , renfermant diverses espèces de sels^ particulièrement de la soude. Pour ne rien perdre dans cette décomposition , il est quelques précautions à prendre : il faut prcyeter la matière par fragmens du poids de quelques grammes , dans un creuset de platine ou d'argent , porté à peine au rouge-cerise : autrement la calcination serait longue et inexacte. Un coup de feu plus fort opérerait la sublimation d'une partie du résidu ^ un coup de feu moindre volatiliserait une partie de la matière même sans la décomposer; et, dans l'un et l'autre ^as , si cette matière.était trop abondante , le boursoufileuient considérable qui a toujours lieu la porterait promptement hors du creuset. Dans le premier mode d'opéra- ^OBi 9 au contraire , tous ces incouvéniens disparaissent , et de 100 grammes d'extrait on retire 2a grammes de résidu charbonneux et de matières salines.

-abandonnée à elle-même «dans un vase ouvert , la bile ^ corrompt peu à peu y et laisse déposer ime petite quan-^

58a DE5 LIQUEURS DES SÉCaÉTIOBS.

tité de matière jaunâtre ; le mucus seul qu*elle contient se décompose alors en partie : aussi la fermentation quelle ëprouye n'est • elle point active , et Fodenr «jumelle exhale n*est-^lle point insupportable : on prétend mèmeqoe cette odeur finit par se rapprocher beaucoup de oSie du musc.

L'eau et Talcool se combinent en toutes propordons avec la bile.

Pour peu qu'on verse d'acide dans la bile , elle se trouble légèrement et rougit le papier de tournesol ; si l'on en sgoute davantage , le précipité augmente , mais beau* coup plus par l'acide sulfurique que par Facide nitrique ou tout autre. Dans tous les cas , il est toujours fanné d'une matière animale jaune et de très-peu de résine , et ne correspond jamais, à beaucoup près, aux ({nantîtes réunies qu'on trouve de ces deux matières dans la bile : aussi la liqueur filtrée a-t<elle une saveur amère très-forte, et donne-t-elle par l'évaporation un résidu à - peu «près égal au fl de celui que donnerait la bile elle-même.

La potasse et la soude , loin de troubler la bile , cm augmentent la transparence et en diminuent la yîsco* site.

La dissolution d'acétate de plomb précipite la matière jaune , la matière résineuse , et les acides sulfuriqse et phosphorique de la bile; la dissolution de sous -acétate précipite non-seulement ces différens corps , mais encore le pricromel et l'acide hydro-chlorîque. L'acide aeélique reste toujours , dans la liqueur , uni à la soude. I)aiis tous les cas , l'oxide de plomb fait partie des précipités.

La plupart des matières grasses ont la propriété de se dissoudre dans la bile : cette propriété n'a pas pen contribué à la faire regarder comme un savon; die la doifà la soude et au composé ternaire de soude , de résine ei de pricromel qu'elle coniient. Les dégraisseurs s'en seiTCut

DIS LÀ bile; 583

même de préféi*ence au savoa pour dégraisser les .éloflcs de laine.

191a. D après ce que nous venons dédire , il sera facile de concevoir le procédé par lequel on parvient à déterminer la proportion des différentes substances qui entrent. dans la composition de la bile.

1°. La quantité d'eau se détermine en évaporant une certaine quantité de bile jusqu'à siccité , pesant le résidu et le retranchant du poids de la bile soumis k Févaporation.

a^. Par Tacide nitrique, Ton en précipite toute la matière jaune et une très-petite quantité de résine que Fou redissent par Talcool. ,

3^« Dans la liqueur filtrée et réunie aux eaux de lavage y Ton verse un petit excès d!acétate de plomb fait avec 8 par* ties d'acétate de plomb du commerce et i partie de litharge ; Ton recueille sur un filtre le précipité y qui est formé â& résine et d'oxide de plomb , et lorsqu'il est bien lavé j^ on le traite à froid par de l'acide nitrique faible. L'oxide de plomb se dissout, et la résine reste sous forme de glèbes molles et vertes (a).

4^. La matière jaune et la matière résineuse étant séparées , on procède k la séparation du picromel. On l'opère par tine dissolution de sous-acétate de plomb , comme nous l'avons dit précédemment (1802).

5^. C'est en calcinant l'extrait de bile avec les précautions que nous avons indiquées (191 1) qu'on obtient les sels : on les sépare , d'ailleurs , par les méthodes ordinaires (£). .

Ça) Il paraît aUBsi qtCvub portion de rénnc m dissout dans Tean à la fayeurde l'acide.

(jb) Suivant M. BeneUns , la bile est formée de 907,4 d'eau , de 60,0 d^une mtière analogue au picoMBiel , de 3 de mucus de la Tessie du fiel» de 9,6 dMcali et sels communs à tous les fluides des sécrétions. Il n^jr ad-

584 ^^^ LIQUEUnS DES SÉCRÉTIONS.

igi3. Biles de chien, de mouton , de chat, de 'veau.'^ Les biles de ces divers animaux , soumises à Tanalyse, donnent les mêmes résultats «pie celle du bœuf ^ dont nous Tenons de faire Thistoire.

1914* Bile de porc, '^ Celte sorte de bile n^est véricablement qu'un savon \ on n y trouve ni matière albumîneose y ni matière animale , ni picromel ^ elle ne contient que de la matière grasse en très-grande quantité, de la soude, et quelques sels dont je n'ai point cru devoir reckercher la nature : aussi est--elle subitement et entièrement décomposée par les acides , et même par le vinaigre.

191 5. Bile des oiseaux, — - Quoique la bile des oiseaux ait une grande analogie avec la bile des quadrupèdes , elle endifière essentiellement sous les rapports suivans : i^. elle contient une grande quantité de matière albumineuse; a^. le picromel qu'on en retire n'est pas sensiblement sucré ; il est, au contraire , très-acre et amer ; 3^. on n'y trouve que des traces de soude ^ 4^* Tacétate de plomb du commerce n*en précipite point la résine : du moins telles sont les propriétés que nous ofiï^ent les biles de poulet , de chapon, de dindon et de canard.

1916. Bile de quelques espèces de poissons. — Les biles de raie , de saumon , de carpe et d^ânguille sont les seules qui aient été examinées , et encore n'en a-t-on pas fait va examen approfondi. On sait seulement que la bile de laie et celle de saumon sont d'un blanc jaunàt<«; qu'elles donnent , par l'évaporation , une matière très-sucrée , l^irement acre, et qu'elles ne paraissent point conleoir de

met point de résine , et regarde le corps d*apparèAC6 TéBiiieasc qa' Uent CQmmo aid conpoaé idk'acide et de U matière parliciilière qu'elle renferme. Je n'ai point répété les expériences de ce célèbre yhifpitfe : voîr» potwqUoi je me contente de rapporter. sas résiiitaUet ceux que fsà U*t^ua il yit dis^rsept « dix«fauit au. {Ajmakt de CAtmieYtoiiie uuPkvut » pa«c 119.) .• . ....

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