‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 4)Chapitre 58 sur 64 · DE LA BILE · texte numérisé non relu

DE LA BILE

résine ; que celles de carpe et d'anguille sont très-vertes , trés-amères , peu ou point albumineuscs , et qu'on en peut retirer de la soude, de la résine , et une matière sucrée et acre semblable à celle qui forme la bile de raie et de saumon. Cette matière acre et sucrée est probablement du picromel.

191 7. Bile humaine. <-— La bile humaine varie en couleur : tantôt elle est verte , presque toujours d'un brun jaunâtre , quelquefois presque sans couleur ^ la saveur n'eu est pas très-amère. Il est rare que , dans la vésicule , clic soit d'une limpidité parfaite*, elle contient souvent, comme celle du bœuf, une certaine quantité de matière jaune en suspension ; parfois cette matière est en assez grande quantité pour rendre la bile comme grumeleuse. Filtrée et sou-^ mise à l'ébullition , elle se trouble fortement et répand l'odeur de. blanc d'oeuf. Si on l'évaporé jusqu'à siccité , il en résulte uu extrait brun , égal en poids à la onzième partie de la bile employée. En calcinant loo parties de cet extrait , on en retire tous les sels qu'on trouve dans la bile de bœuf; savoir : de la soude, de l' hydro-chlorate, du sulfate > du phosphate de soude , du phosphate de chaux et de l'oxidc de fer.

Tons les acides décomposent la bile humaine et y déterminent un précipité abondant d'albumine et de ré* sine , qu'on sépare l'une de l'autre par l'alcool. Il ne faut qu'un gramme d'adde nitiûque à sS^ pour eu saturer loo de bile.

Enfin , lorsqu'on y verse de l'acétate de plomb du commerce , on la transforme en une liqueur légèrement jaune, qui ne contient que de l'acétate de soude et quelques traces de matière animale, et dans laquelle on ne trouve poiut de picromel. De là j'avais conclu que cette dernière substance jie faisait pas partie de la bile humaine : ccpéhdaiit il paraîtrait, d'après les recherches de M. Chevallier, que

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cette oonséquence ne serait pas exacte , et que , pour obtenir le picromel de cette bile , il faudrait seulement , avant de la traiter comme celle de bœuf (1912) ) en précipiter Talbumine par l'alcool , et chasser celui-^îi, par distiUa-v tion y de la liqueur filtrée.

1918. La bile humaine^ â part le picromel , parait formée d'eau, d'une petite quantité de matière jaune, d^albumine , d'une sorte de résine , et des mêmes sek que ceux qui entrent dans la composition de la bile de bœuf.

1919. Ce n'est que dans certaines maladies dn foie qn*elle change de nature : quand cet organe passe an gras, la bile qu'il sécrète est moins résineuse que dans Tétat sain; et quand l'affection est tellement avancée que le foie contient les I de son poids de graisse ^ alors elle n'est réellement qu'albumineuse : tel est au moins le résultat de six analyses de bile de foie presqu'entièrement gras : l'une de ces biles contenait seulement un peu de résine , et par conséquent était très-sensiblement amère.

De la Nature et de la Formation des Calculs de la «en*

cule du bœuf et de rhomme.

1920. Il se forme quelquefois des concrétions an sein de la bile : ces concrétions prennent le nom de càtculs biliaires , et plus souvent celui de calculs de la vésicule, parce qu'on les rencontre bien plus souvent dans <:etle sorte de réservoir que dans les canaux avec lesquels elle conimimique.

i9aii« Calculs de bœuf. —-Les calculs delà vésicule de bœuf sont rares ; ils sont assez gros , et on n'en trouve ordinairement qu'un seul dans la même vésicule.

Lorsqu'on examine intérieurement les calculs de la résicule du bœuf, on voit, avec un peu d'attention, qn*ils ne sont composés que de grumeaux légà^menl agglutinés.

DE LA FORMATIOlf DES CALCULS, etC. 587

OU adhérens à peine les uns aux autres. Mais comme ces grumeaux ne sont formés que par le seul principe de la bile , que nous avons désigné sous le ^^ de matière jaune, il faut en conclure, i^. qnH est oes circonstances dans lesquelles cette matière jaune peut se précipiter de la bile; 2^. quHl n^en est point dans lesquelles la bile puisse en abandonner d^auires. En effet, on sait que la matière jaune est insoluble par elle-même « et que , dans la bile , elle est tenue en dissolution par la soude, pour laquelle elle n*a pas une grande afibiité. Or , si Ton fait attention que la bile ne contient que très-peu de soude, dont lam^ûeurc partie est même unie avec le picromel et la résine; si , de plus , on remarque qu'elle contient ime quantité variable de matière jaune , on concevra aisément que celle-ci pourra quelquefois , par rapport à son dissolvant , s'y trouver en excès et s'en déposer. Enfin , si Ton observe que dans la bile , outre la matière jaune , il n'y a que la résine qui soit insoluble dans l'eau, et qui , partant, puisse conlri^ buer à la foimation des calculs; mais que, d'une part, cette résine y est tellement combinée avec le picromel et la soude , que les acides mêmes les plus forts ne peuvent l'en séparer; et que, de l'autre , ces deux derniers corps s'y trouvent dans de tels rapports qu'ils sont loin d'en être saturés, il ne restera plus aucune espèce de doute sur l'exactitude des conséquences précédentes : la formation des calculs biliaires de bœuf est donc facile à expliquer.

193!2. Calculs de la ^vésicule de F homme, —Les calculs biliaires de l'homme sont beaucoup moins rares qtio les calculs biliaires du boeuf; ils sont plus petits et plus nombreux. On en trouve quelquefois un très-grand nombre dans la même vésicule : alors ils s'usent les uns contro les autres et présentent ordinairement plusieurs faces. M. EHipuytren en ayant mis à ma disposition plus de trois

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cents , j'ai eu occasion de faire sur ces calculs un traTail assez complet.

Panni ces ^^ cents , dont les uns ont eu pour sî^e la vésicule , d autres les canaux chargés de verser la Inte dans le duodénum , et d'autres dans le foie , un petit nombre était formé de lames blanches , brillantes et crislallines de cholestérine ^ beaucoup , formés de lames jaunes, contenaient depuis 88 jusqu'à 94 centièmes de cette substance , et de 12 à 6 de la matière qui les colorait; quelques-uns, verdis extérieurement par un peu de bile, étaient du reste jaunes dans l'intérieur et semblables aux précédens; plusieurs , recouverts , en grande partie au moins , d'une croûte brune-noiràtre dans laquelle on ne trouvait que peu de cholestérine , étaient intérieurement encore dans le même cas que ceux-ci; quelquefois c'était la matière noire qui était au centre , et la matière jaune lamelleuse à la partie supérieure ; deux ou trois enfin élaieni , depuis le centre jusqu'à la circonférence , bruns - noirs , sans aucun point brillant ou cristallin, et presque sans cholestérine. Il faut ajouter que dans tous , excepté dans ceux qui étaient blancs , il y avait quelques traces de lùle qu'on pouvait en séparer par l'eau.

Les calculs qu'on trouve quelquefois dans les intestins de l'homme sont encore semblables à ceux de la vésicoJe : du moins j'en ai analysé deux qui n'en différaient en rien : tous deux contenaient beaucoup de cholestérine en lames grises et jaunes.

Depuis que ces recherches ont été faites , M. Orfila ayant eu occasion d'examiner différens calculs biliaires , en a trouvé un qui ne contenait point de cholestérine, et qui éuit formé d'une grande quantité de matière jaune et d'une petite quantité de picromel et de matière grasse de la bile. (jinn. de Chim. , t. Lxxxiv, p. ^4* ) M. Caventoa vient aussi de rencontrer le picromel dans un calcul du

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de 12 à i3 décigrammes. (Journ. dePharm., t. m, p. 36gf«) Ces résultats tendent à prouver que ce corps fait réelle- . ment partie de la bile humaine.

La formation des calculs de la vésicule de l'hommç présente quelques incertitudes , parce qu'on y 'rencontre le plus souvent deux matières : la matière jaune et la cbolestérine. Or , on conçoit très-bien , à la vérité , le dépôt de la matière jaune dans la bile humaine , puisque cette matière s'y trouve placée dans les mêmes circonstances, et seulement en moindre quantité que dans la bile de bœuf ; mais comment concevoir le dépôt de choTestérine? Si la cholestérine était un des principes constituans de la bile de Fhomme , toute espèce de difficulté serait levée ; mais on n'y en trouve point , pas même dans celle où se sont formés beaucoup de calculs. Il faut donc admettre , ou que la cholestérine se forme dans le fûe, et qu'elle se dépose aussitôt, ou presque aussitôt après sa formation, ou bien que la résine de la bile humaine peut passer , dans quelques circonstances , à l'état de cholestérine. Dans l'un et l'autre de ces cas également possibles , on ne saurait douter que le noyau de tous les calculs ne prenne naissance dans les canaux biliaires, et ne soit ensuite entraîné par la bile, quelquefois dans les intestins , et le plus souvent dans la vésicule , où les calculs continuent à s'accroître : c'est ce qu'atteste le grand nombre qu'en contient celle-ci , et ceux qu'on rencontre dans les canaux du foie.

Un de mes grands désirs était aussi de soumettre à l'analyse les calculs biliaires de quelques autres animaux , et je regrette bien , faute d'en avoir pu trouver , de ne pouvoir présenter que des conjectures sur leur nature. Toutefois ces coi\jectures acquerront un grand degré de probabilité , si l'on observe qu'elles reposent sur la connaissance exacte des principes constituans de la bile au sein de laq[uelle ces calculs peuvent prendre naissance. Je dirai

5gO DB LA FOnMÀTIOir BE8 CALCULS, CtC.

donc que s*îl existe des calculs biliaires dans le chien, dans le chat , dans le mouton , ainsi que dans la plupart des quadrupèdes , il est probable qu'ils sont tous de la nature des calculs du bœuf , puisque la bile de tous ces animaux se ressemble ; que pourtant celle du cochon doit faire ex** ception; et j'ajouterai que, dans tous les cas, les calculs qui peuvent se former dans la bile des divers animaux ne doivent point ressembler aux calculs gras de rhomme, si ce n'est peut-être ceux des oiseaux , à cause de la petite quantité de soude qu'on rencontre dans leur bile.

Qu'on réfléchisse maintenant sur ce qu'on a dit de la

dissolution des calculs dans la vésicule , et Ton avouera, je

pense, qu'on regarde comme bien positif ce qui n' est qu'iin-

certaÎB* Comment crdire, en effet, que les calculs de la

vésicule du boeuf disparaissent au printemps , lorsque ces

animaux se nourrissent d'herbes fraîches? Ou pouvait ad*

mettre cette opinion lorsqu'on supposait que ces calculs

n'étaient que de la bile épaissie , et encore ne voit-on pas

pourquoi ils ne seraient pas dissous en hivei' par l'eau de

-la bile ; mais maintenant qu'on sait qu'ils sont formés

d'une matière insoluble dans l'eau , et qui résiste pendant

loi^g*tcmps à l'action des réactifs les plus forts , si cm ne

la rejette point , du moins est-^il bien permis de la mettre

au nombre de celles qui sont peu fondées ; car on ne pent

la soutenir qu'en l'appuyant de l'observation faîte par les

bouchers , savoir : de l'absence en été , et de la présence en

hiver, de calculs dans la vésicule du bœuf. Or, doît-oo

avoir une grande confiance dans cette observation ? J*en

fais plus que douter , i^. parce que les bouchers , pour la

plupart au moins , ont l'habitude de ne jamais tâler les

vésicules des bœufs en été; 2°. parce que, de leur aveu,

ces calculs sont très-rares en hiver; et enfin , parce qu'il

m'est arrivé d'en trouver deux en été dans deux Yésîculcs

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