‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 5)Chapitre 114 sur 182 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des Substances animales .

i-63. Parmi les substances animales , il en est qui sont acides, d’autres qui sont grasses sans être acides, et d’autres qui ne possèdent ni les propriétés des acides ni celles des graisses. De là résultent trois sections , comparables , chacune dans leur genre, à trois des sections dans lesquelles nous avons partagé les substances végétales. Nous y en joindrons une quatrième pour comprendre les matières salines ou terreuses qu’on trouve dans les différentes parties des animaux , parce que plusieurs de ces matières sont évidemment nécessaires à l’existence de quelques organes, par exemple , à celle des os.

Les substances acides naturelles son! assez rares , et n’ont point encore été assez étudiées pour qu’on puisse en faire l’histoire d’une manière générale.

Les substances grasses sont plus communes ; elles sont analogues , dans leur nature et leurs propriétés , aux huiles et aux résines.

Les substances les plus abondantes sont celles qui ne sont ni grasses ni acides, et qui sont en quelque sorte neutres. Leur histoire, constituant, pour ainsi dire, celle

5 i 6 ©ES substances animales neutres.

de la chimie animale, doit être faite la première ; nous les considérerons d'abord en général , et ensuite en particulier.

SECTION PREMIÈRE

Des Substances qui ne sont ni acides ni grasses , ou des substances neutres .

1764. Cette section comprend la fibrine , l’albumine , la gélatine, la matière caséeuse, Purée, la matière colorante du sang , le picromel , le sucre de lait , le sucre de diabètes , et plusieurs autres substances qui n’ont point encore été bien étudiées , et dont nous ne parlerons , par cette raison , qu’en traitant des solides et fluides animaux. Les six premières contiennent beaucoup d’azote-, la septième n’en contient que très-peu -, la huitième et la neuvième n’en contiennent point. La plupart des autres en contiennent au contraire une grande quantité comme les premières. Ce que nous allons dire 11e s’appliquera qu’à celles qui sont trèsazotées.

. 1^65. Soumises à la distillation, ces substances donnent de l’eau , du gaz carbonique, du sous-carbonate d’ammoniaque dont une partie cristallise dans les vases, de l’acétate d’ammoniaque, du prussiate ou de l’hydro-cyanate d’ammoniaque en très-petite quantité , du gaz oxide de carbone , une huile épaisse, noire, lourde et très-fétide , du gaz hydrogène carboné , du gaz azote et un charbon volumineux, la plupart du temps brillant, difficile à incinérer. Ce charbon , lorsqu’il est très-divisé , est bien plus propre que le charbon végétal à la décoloration et la désinfection des liquides. ( Voyez le icr vol., pag. 179 5 et le Mémoire de Figuier, Ann, de Chim. , tom. lxxix.)

1766. Mises en contact avec l’eau et abandonnées à ellesmêmes à la température ordinaire , dans des vaisseaux ouverts ou fermes , elles éprouvent peu à peu la décompo-

DES SUBSTANCES ANIMALES NEUTRES. 5l^

si lion putride , sur laquelle nous reviendrons dans la suite (à la fin de la chimie animale).

1767. Projetées dans un creuset ronge ou sur des charbons incandescens , elles se boursouflent, s’enflamment et brûlent à la manière des corps combustibles. Si la combustion était complète, il n’en résulterait que de l’eau, du gaz carbonique et du gaz azote 5 mais comme elle ne l’est jamais , il se forme en outre une plus ou mois grande quantité des produits qu’on obtient envases clos , produits toujours faciles à reconnaître par leur fétidité.

1768. Le gaz hydrogène , le bore , le carbone , le phosphore , le soufre , l’azote , sont sans action sur elles.

Elles se comportent avec le chlore , l’iode et les métaux, de meme que les substances végétales de la troisième section ( 1 27 9).

1 76 g. L’eau n’agit jamais sur elles que comme dissolvant -, il en est presque toujours de même de l’alcool.

1770. Lorsqu’on les calcine avec la potasse ou la soude, et qu’on lessive le résidu , on obtient une liqueur propre à faire du prussiate ou de l’hydro-cyanate de fer (1887).

Les dissolutions alcalines , concentrées et bouillantes , les décomposent et les transforment en ammoniaque qui se dégage, et en acide carbonique, en acide acétique, et en une autre matière de nature animale, qui restent unis à l’alcali.

L’action des oxides insolubles ne présente rien de général.

1771. Les acides faibles, tels que les acides carbonique, borique, tungstique , colombique,molybdique, etc. , n’attaquent pas les substances animales. Ceux cpii sont forts s’y unissent ou en opèrent la décomposition. Nous ne parlerons que de l’action de l’acide nitrique : c’est la seule qui soit assez bien connue pour pouvoir être exposée dans ces généralités.

1 772. Ces substances sont toutes décomposées par l’acide nitrique , de meme que les substances végétales, si ce n’est à froid, du moins à chaud. Toutes , excepté l’urée peutêtre , paraissent donner lieu , par des quantités convenables

Qm se fo rmerU et qui se dégagent

d’acide :

A de l’eau et du gaz carbo-1

nique . . . j

A un peu d’acide prussique }

ou hydro-cyanique . f

A du gaz azote . j*

À de l’oxide d’azote . )

A de l’acide nitreux . j

A de l’ammoniaque .

A de l’acide acétique, de (

l’acide malique . .

A de l’acide oxalique .

A un composé jaune, amer et détonnant . . .

Dans tout le cours de l’ opération.

Idem.

u4u commencement.

Quelque temps après c/ye V opération est commencée.

Peut-être.

J^ers le milieu.

Prescjid à la fin.

Ce composé est formé d’acide nitreux et de matière animale altérée, dont la nature n’est pas bien connue • il reste dans la cornue 5 011 l’obtient en évaporant la liqueur à siccité , pourvu que celle-ci contienne un assez grand excès d’acide.

L’expérience se fait absolument de la même manière que celle que nous avons décrite , au sujet de l’action de l’acide nitrique sur les substances végétales 5 les produits sont aussi les mêmes , si ce n’est qu’ici l’on obtient de plus un peu d’ammoniaque peut-être, et un composé détonnant \ d’où l’on peut conclure que la théorie de leur formation doit être analogue. Par conséquent , il faut concevoir que l’eau, le gaz carbonique résultent de la combinaison d’une plus ou moins grande quantité d’oxigène de l’acide nitrique , avec une certaine quantité d’hydrogène et de carbone de la substance animale *, que le gaz azote , l'oxide d’azote et l’acide nitreux proviennent de la décom-

position de l’acide nitrique ; que les acides acétique , malique et oxalique ne sont que la substance animale ellemême désazotêe et convenablement déshydrog énëe et décarbonée ; que l’ammoniaque , s’il s’en lorme , n’est due qu’aux principes de celte substance 5 que l’acide prussique ou hydro-cyanique, dont la quantité est très-petite, a la même origine que celui qu’on recueille dans lé traitement des substances végétales ; qu’il se forme une matière particulière qui s’unit intimement à l’acide nitrique, ou plutôt à l’acide nitreux , et donne naissance à un composé qui s’enflamme facilement et avec une sorte d’explosion.

Dans tout ce que nous venons de dire, on ne voit pas ce que devient tout l’azote de la substance animale. A la vérité , une portion peut être employée pour faire de l’ammoniaque , et l’on peut supposer qu’une autre entre dans la composition de l’acide prussique ou hydro-cyanique (a). Mais la quantité d’azote qui appartient à ccs deux produits est loin de représenter celle que contient toute la substance :

il faut donc le chercher ailleurs. Peut-être est-ce l’un des

principes constituans de la matière inconnue qui fait partie du composé détonnant. Ce qu’il y a de certain , c’est que les substances végétales qui ne contiennent pas d’azote ne donnent jamais lieu à ce composé. Il est probable aussi qu’il se dégage, soit à l’état d’oxide d’azote en s’emparant d une portion de l’oxigène de l’acide nitrique, soit à l’état de gaz azote : cette dernière opinion est généralement reçue , et l’on pense même que le dégagement de l’azote a lieu au commencement de l’opération , par l’affinité qu’a , dit-on, la matière animale désazotée pour l’acide nitrique. Il est vrai que les premiers gaz qu’on recueille , lorsque l’acide nitriqne est très-faible, contiennent beaucoup de

(a) Hypothèse que nous n’admettons pas , parce que les substances végétales donnent autant <T acide prussique que les substances animales.

azote , et ne renferment point d’oxide d’azote ; maïs doit- on en conclure pour cela que cet azote provient entièrement de la substance animale? Non, sans doute : il peut provenir de l’acide nitrique , et ce qui prouve qu’il en provient, du moins en partie , c’est qu’il est toujours mêlé de gaz carbonique. D’ailleurs , il est facile de concevoir pourquoi l’acide nitrique est complètement décomposé d'abord ; c’est que la substance animale étant riche en hydrogène et en carbone , les cède plus facilement que quand elle est transformée , par exemple , en acides acétique et malique.

1774* Les substances animales n’ont aucune action sur les sels à froid sans l’intermède de l’eau : à chaud , elles agissent sur eux de même que les substances végétales , c'est-à-dire , par l’hydrogène et le carbone qu’elles contiennent (1287). 1

1775. Composition 3 Etat naturel , Préparation , etc. — Nous ne parlerons de leur composition , de leur état naturel , de leur préparation et de leurs usages , que dans T histoire particulière de chacune d’elles , histoire dont nous allons actuellement nous occuper.

De la Fibrine .

1777. Etat naturel , Préparation. — La fibrine existe dans le chyle; elle entre dans la composition du sang; c’est elle qui forme en grande partie la chair musculaire : on peut donc la regarder comme la substance animale la plus abondante.

Pour l’obtenir, il suffit de battre le sang, à sa sortie de la veine, avec une poignée de bouleau : bientôt elle s’attache à chaque tige sous forme de longs filamens rougeâtres qu’on décolore ou qu’on purifie par des lavages à l’eau froide.

1778. Propriétés . — La fibrine est solide, blanche,

1)ELÀ FIBRINE. 5a I

insipide, inodore, plus pesante que l’eau , sans action sur le tournesol et le sirop de violettes. Humide , elle est douée d’une espèce d’élasticité*, par la dessiccation , elle la perd , devient jaunâtre , dure et cassante.

On en retire par la distillation beaucoup de sous-carbonate d’ammoniaque, etc., et un charbon très-volumineux, très-brillant , très-difficile à incinérer , qui laisse un résidu contenant beaucoup de phosphate de chaux , et un peu de phosphate de magnésie , de carbonate de chaux , de carbonate de soude (1^65).

Mise en contact dans un vase ouvert, avec de l’eau qu’on renouvelle de temps en temps, elle se corrompt, et finit par disparaître toute entière , à très-peu de chose près , tandis que de la fibre qui est imprégnée de graisse donne un résidu gras , d’autant plus abondant que la graisse est en plus grande quantité 5 d’où l’on peut conclure que le gras des cadavres ne provient que de la graisse que contiennent ceux-ci (2009). L’expérience est facile à faire de manière à ne rien perdre , en plaçant la fibre sur un filtre dans un entonnoir, bouchant le bec de celui-ci et le débouchant pour faire écouler l’eau et la remplacer par d’autre. ( Gay-Lussaç , Annales de Chimie el de Physique , tom. iv, p. ’-ji. )

L’eau froide est sans action sur elle. Traitée par l’eau bouillante, elle finit par s’altérer tellement, qu’elle perd îa propriété de se ramollir et de se dissoudre dans l’acide acétique, et que la liqueur filtrée précipite par l’infusion de noix de galle, et donne un résidu blanc, sec, dur, d’une saveur agréable. C’est à M. Berzelius que nous devons ces observations, ainsi que les suivantes. ( Ann . de Chimie , tom. Lxxxvm, pag. 28. )

Conservée dans de l’alcool d’une pesanteur spécifique de 0,81 , elle donne lieu, au bout d’un certain temps , à une matière adipocireuse , d’une odeur forte et (désagréable.

Celte matière reste en dissolution dans l’alcool, et en peut être précipitée par l’eau.

Mise en contact avec l’éther, elle éprouve une altération analogue , mais moins lente et plus complète que dans l’alcool.

Tenue en digestion dans de l’acide hydro - chlorique faible , elle laisse dégager un peu d’azote , et il se forme un composé dur, racorni, qui, lavé à plusieurs reprises avec de l’eau, se transforme en un autre composé gélatineux. Celui-ci est un hydro-chlorate neutre , soluble dans l’eau tiède, tandis que le premier est un hydro-chlorate acide, insoluble même dans l’eau bouillante.

L’acide sulfurique , étendu de six fois son poids d’eau, se comporte avec elle à-peu-près de la même manière que l’acide hydro -chlorique. Celui qui est concentré se comporte tout autrement : il produit une substance nouvelle pour laquelle on a proposé le nom de Lucine (1976).

L’action de l’acide nitrique est plus compliquée. Lorsque la densité de cet acide est de 1,2.5, il en résulte d’abord un dégagement de gaz azote ; en même temps la fibrine se couvre de graisse et la ligueur devient jaune (a). En prolongeant le contact pendant vingt-quatre heures, toute la fibrine est aitaquée et convertie en une masse pulvérulente , d’un jaune citron , qui paraît être composée d’un mélange de graisse, et de fibrine altérée et combinée intimement avec l’acide malique et l’acide nitrique ou nitreux. En effet, si l’on met cette masse sur un filtre, et qu’on la lave à grande eau, elle cédera à celle-ci une portion de son acide, conservera la propriété de rougir le papier de tournesol , et

( a ) Cette formation de graisse s'explique bien en considérant que si l’on sépare l’azote de la fibrine, de l’albumine, de la gélatine, de la matière caséeuse, les autres principes se trouveront dans les proportions nécessaires pour faire un corps gras. Par exemple , loo parties de matière caséeuse privée d’azote seront formées de 76 de carbone , i4>5 d’oxigène, 9, 5 d’b ydi ogèn#*.

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