E L’ALBUMINE
C’est aussi comme la fibrine , suivant M. Berzelius , qu elle se comporte avec les acides, les alcalis , l’alcool ? l’éther et l’eau : seulement elle se dissout moins facilement que celle-ci dans l’acide acétique et dans l’ammoniaque , et beaucoup mieux dans la potasse et la soude. Toutefois il est très-facile de les distinguer l’une de l’autre, par l’eau chargée d’une petite quantité de deutoxide d’hydrogène. L’albumine est sans action sur ce liquide, tandis que la fibrine en dégage tout de suite du gaz oxigène. (vol. i, pag. 5g6.)
1 784» Albumine liquide, — L’albumine liquide, que nous ne pouvons nous procurer en traitant par l’eau celle qui est solide, nous est offerte en grande quantité 4ans l’économie animale. A la vérité, elle y est mêlée aune certaine quantité de sels ; mais ces sels n’ont aucune influence sur les résultats , du moins dans presque tous les cas : elle est transparente , insipide , inodore , plus pesante que l’eau, plus ou moins visqueuse 5 elle mousse par l’agitation, et verdit le sirop de violettes en raison du peu de sous-carbonate de soude qu’elle contient.
Placée dans le courant de la pile voltaïque, elle se coagule sur-le-champ tout autour du pôle négatif. M. Brande, à qui cette observation est due, pense qu’on pourrait se servir avec succès de ce moyen pour rendre sensible de petites quantités d’albumine que beaucoup de fluides animaux contiennent.
Soumise à l’action de la chaleur , elle ne tarde point à répandre une odeur particulière et caractéristique, et à se prendre, lorsqu’elle n’est unie qu’à une petite quantité d’eau, en une masse dure , opaque et blanche : nous citerons pour exemple le blanc d’oeuf.
Plusieurs chimistes, et notamment Fourcroy , ont attribué cette sorte de coagulation à une oxigénatîon de l’albumine 5 mais il est facile de démontrer que l’oxigène n’y
BlG UES SUBSTANCES ANIMALES NEUTRES.
entre pour rien. En effet, i°. l’albumme se coagule tout aussi bien sans le contact qu’avec le contact de l’air; 2°. l’alcool la coagule sur-le-champ de meme que le feu • 3°. une fois coagulée , si on la traite par une faible dissolution de potasse ou de soude, elle se redissout, et ne se précipite pas en saturant peu à peu l’alcali par un acide faible. Par conséquent, la cohésion est réellement la seule cause du phénomène ; à mesure que la température s’élève les molécules d’eau et d’albumine s'éloignent les nues des autres , l’affinité diminue , et bientôt l’albumine se précipite : déjà nous avons but la meme observation sur l’acétate d’alumine (iBao). Toutefois, en unissant l’albumine à une plus grande quantité d’eau, on diminue la propriété qu’elle a de se coaguler, à tel point qu’alors la liqueur ne fait que se troubler et devenir laiteuse : voilà pourquoi les œufs frais, qui sont toujours pleins, cuisent moins facilement que les œufs de quinze, vingt , trente jours , qui offrent un petit vide dû à l’immidité qu’ils ont laissé dégager à travers leur coquille.
Conservée , surtout en vase clos , l’albumine éprouve, au bout d’un certain temps , la décomposition putride, et répand une odeur analogue à celle de l’hydrogène sulfuré.
La potasse et la soude s’opposent à sa coagulation par le feu.
Le chlore et l’iode la troublent tout-à-coup.
Tous les acides d’un certain degré de force peuvent se combiner avec elle , et. presque tous sont capables de former des composés blancs, acides, peu solubles. Il parait, même que celui qu’elle forme avec 1 acide nitrique est tout-à-fait insoluble; car cet acide rend trouble une liqueur qui ne contient que des atomes d’albumine. L’acide phosphorique et l’acide acétique sont du très petit nombre de ceux qui s’y unissent sans la troubler.
Quoi qu’il en soit , si , après avoir précipité l’albumine
du sang par un acide, l’on verse dans la liqueur de l’ammoniaque , ou de la potasse , ou de la soude , en quantité capable de saturer cet acide , le précipité disparaîtra : ce ne serait qu’autant qu’il se serait produit au moment de la combinaison un assez grand degré de chaleur , que ce précipité ne disparaîtrait pas : c’est ce qui a lieu avec les acides sulfurique et nitrique peu étendus d’eau , et à plus forte raison concentrés , surtout lorsque l’albumine est elle-même dans un grand état de concentration. Au reste , il suffira de faire quelques essais sur le degré le plus convenable de concentration des acides et de l’albumine, poux: donner lieu à tous les phénomènes que nous venons de rapporter.
L’on concevra facilement , d’après ce qui précède, pourquoi l’albumine mêlée à une dissolution de potasse caustique se trouve coagulée, lorsqu’on sature tout-à-coup la base par l’acide hydro-clilorique , tandis qu’elle ne l’est point quand on remplace la potasse par un carbonate alcalin : c’est que , dans le premier cas , il se produit beaucoup de chaleur , et que , dans le second , il s’en produit à peine.
Il n’est presque point de dissolutions de sels appartenant aux quatre dernières sections qui ne soient décomposées et troublées par l’albumine liquide et même très-étendue d’eau. Les précipités varient par leur nuance; mais ils sont toujours floconneux, et composés en général d’albumine , de l’oxide métallique et d’une certaine quantité d’acide, à moins que celui-ci ne soit de l’acide hydro-chlorique ou de l’acide hydriodique : alors le précipité pourrait n’être quejquefois formé que d’albumine , de chlorure ou d’iodure métallique. Or, comme les composés insolubles n’ont presque point d’action sùr l’économie animale , il s’ensuit que l’on pourrait se servir de l’albumine contre la plupart des empoisonnemens par les sels métalliques : aussi M. Ojv
fila F a-t-il proposé comme le meilleur antidote du sublimé corrosif et des sels mercuriels , et Fa-t-il administré avec succès dans un cas d’empoisonnement par la liqueur mercurielle de Van-Swieten. ( Voyez sa Toxicologie.*) Cependant il 11e faudrait point, autant que possible , la donner en trop grand excès , car une portion du précipité pourrait être redissoute.
Parmi les substances végétales , celles qui agissent sur l’albumine sont les acides , l’alcool et le tannin : les acides et Falcooi y agissent comme nous l’avons dit précédemment; le tannin s’unit à elle et la précipite.
1785. Composition. — Cent parties d’albumine sont formées de 52,883 de carbone, 28,872 d’oxigène, 7,540 d’hydrogène, i5,7o5 d’azote. ( Gay-Lussac et Thénard, Recherches physico-chimiques , tom. ir. )
Cependant, outre ces principes , il semble qu’elle contient une petite quantité de soufre , car elle noircit les vases d’argent clans lesquels on la fait cuire, et elle finit par exhaler du gaz hydrogène sulfuré lorsqu’on l’abandonne à elle-même.
1786. Usages. — Lorsqu’on contient de l’albumine , bientôt celle-ci , comme nous l’avons dit précédemment , se coagule et entraîne tous les corps tenus en suspension, même les plus divisés : de là l’usage qu’on en fait pour clarifier les sirops. On l’emploie aussi , mais à la température ordinaire, pour clarifier les vins , la bière ; elle s’unit alors au tannin, et forme un composé insoluble qui agit comme l’albumine coagulée. Elle entre dans la composition du cirage. On s’en sert quelquefois dans les laboratoires pour composer, par son mélange avec la chaux, un lut très-siccatif. Enfin elle doit être considérée comme substance nutritive , puisqu’elle fait partie des oeufs, du sang , de la chair musculaire.
fait bouillir une liqueur qu