‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 5)Chapitre 12 sur 182 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des Substances végétales.

Lois auxquelles leur composition est soumise ; classification , propriétés générales de ces substances .

1272. Quoique nous connaissions un grand nombre de substances végétales , il est probable que nous sommes bien loin encore de les connaître toutes : la cause en est évidente : c’est épi’ il suffit de faire varier la proportion de leurs principes pour en obtenir de nouvelles. Cependant la plupart ne sont formées que d’hydrogène , de carbone et d’oxigène *, quelques - unes seulement contiennent de l’azote.

127^. Probablement que toutes les substances végétales sont soumises, dans leur composition, à des lois générales. Ces lois ont déjà été l’objet d’un grand nombre de recherches; mais elles ne sont pas encore bien connues. On sait seulement :

i°. Que quand une substance végétale ne contient point d’azote, et que la quantité de son oxigène est à la quantité de son hydrogène dans un rapport plus grand que dans l’eau , elle est acide-, quelle que soit la quantité de carbone qui entre dans sa composition.

a0. Que , dans le cas contraire , la substance peut encore être acide 5 que, parfois aussi, elle doit être assimilée aux bases salifiables; mais qu’en général elle est huileuse, résineuse j alcoolique ou étbérée (a),

3°. Que quand la quantité d’oxigène est à la quantité d’hydrogène dans le même rapport que dans l’eau , la substance est analogue au sucre , à la gomme , à la fibre ligneuse , etc. ; elle est, en quelque sorte , neutre.

4°. Que quand une substance3 végétale contient beau- ♦ coup d’hydrogène, elle contient en même temps beaucoup de carbone , et réciproquement.

5°. Que plusieurs substances végétales peuvent être représentées , dans leur composition , par un certain nombre de volumes de vapeur de carbone, de gaz hydrogène et de gaz oxigène , ou par un certain nombre de volumes de quelques-uns des composés binaires que Ton peut produire avec l’hydrogène , l’ oxigène et le carbone : tel est , par exemple, l’alcool , qui peut être considéré comme formé d’un volume de vapeur d’eau et d’un volume de gaz hydrogène per-carboné, ou sensiblement en poids de 63,58 d’eau et de ioo d’hydrogène per-carboné.

6°. Qu’aucune substance végétale ne contient toutefois assez d’oxigène pour transformer son hydrogène et son carbone en eau et en acide carbonique.

Quoi qu’il en soit, de la propriété qu’ont les substances végétales d’être, les unes acides , d’autres bases salifiables, d’autres neutres, d’autres huileuses, ou résineuses, ou al -

(a) Il est certain que les bases salifiables végétales ne sont formées que d’hydrogène, de carbone et d’oxigène. Contiennent - elles un excès d’hydrogène par rapport à l’oxigène? l’expérience ne l’a point démontré jnsqu’ici : si nous le supposons, c’est parce qu’il existe une grande analogie entre toutes ces matières, et que la morphine, l’une d’elles, est très-fusible et très-inflammable ; propriété qui ne se rencontre ordinairement que dans Je? substances très-hydrogénées.

cooliques , ou éthérées , résultent quatre sections dans lesquelles ces substances se partagent naturellement. Nous y en joindrons néanmoins trois autres : la première de celles-ci comprendra les matières colorantes , parce que l’on n’est encore parvenu qu’à en isoler quelques-unes ; dans la seconde , nous placerons les substances dont l’existence est douteuse , et celles qui n’ont encore été l’objet que d’un petit nombre d’expériences. Nous réunirons dans la dernière quelques substances qui contiennent de l’azote, quoique tirées des végétaux : elles formeront le passage de la chimie végétale à la chimie animale.

1274* Propriétés. — Toutes les substances végétales sont solides ou liquides à la température ordinaire 5 leurs autres propriétés physiques varient.

1275. Action düjea. — Plusieurs sont volatiles par ellesmêmes' et capables d’entrer en ébullition : tels sont l’alcool, l’éther, les huiles essentielles. D’autres se vaporisent facilement dans les différens gaz : nous citerons pour exemple le camphre , l’acide benzoïque , l’acide oxalique. D autres sont fixes.

Soumises à la distillation, les premières n’éprouvent aucune altération \ les deuxièmes se décomposent et se volatilisent en partie *, les troisièmes se décomposent complètement : del’eau, du gaz carbonique , de l’acide acétique , du gaz oxide de carbone, de l’huile plus ou moins colorée et plus ou moins épaisse , du gaz hydrogène carboné , du charbon , tels sont tous les produits que fournissent celles qui ne contiennent point d’azote : celles qui en contiennent donnent en outre de l’acide hydro-cyanique ,, de l’ammoniaque, et du gaz azote même.

Aucune ne résiste , qu’elle soit volatile ou non , à une très-haute température 5 toutes alors se transforment principalement en gaz oxide de carbone, en gaz hydrogène carboné et en charbon. Nous avons dit comment 011 devait

faire cette dernière expérience (ia/ju)*, disons comment il faut procéder à la première : on introduit la substance végétale dans une cornue de grès ; cette cornue est placée dans un fourneau à réverbère ; son col pénètre dans un© allonge qui se rend dans un récipient tubulé , et de ce ré» cipient part un tube qui s’engage sous des flacons pleins d’eau. Les tubulures étant bien lutées , on met du feu dans le fourneau, de manière à porter peu à peu la panse de la cornue jusqu’au rouge : bientôt la décomposition se produit ; elle commence à avoir lieu même bien au-dessous de la chaleur rouge 5 elle s’annonce par des vapeurs blanches et par un dégagement de gaz : l’on juge qu’elle est achevée lorsqu’il ne se dégage plus ni gaz ni vapeurs, malgré la violence du feu. Les gaz se rassemblent dans les flacons *, l’eau, l’acide acétique et l’huile se condensent dans le récipient ; le charbon reste dans la cornue. L’huile est ordinairement épaisse et d’un brun noirâtre 5 elle ressemble à du goudron ; une petite portion se dissout dans l’acide acétique , et une autre passe avec les gaz dans les récipiens : c’est à cette huile que les gaz doivent l’odeur empyreumatique qu’ils ont toujours.

1276. Toutes les substances ne donnent point ces produits en quantités égales. De celles qui contiennent beaucoup d’oxîgène, on retire beaucoup d’eau, de gaz carbonique, d’acide acétique; et de celles qui sont très-hydrogénées , beaucoup d’huile et de gaz hydrogène carboné. Dans tous les cas , on obtient pour résidu le charbon que n’ont pu dissoudre, soit isolément, soit réunis, l’hydrogène et Toxigène faisant partie de la substance végétale soumise à la distillation. L’eau et l’acide carbonique , qui sont très-oxigénés , se forment les premiers ; le gaz oxide de carbone et l’acide acétique, qui le sont moins, ne se forment qu’en second lieu ; l’huile , qui ne l’est que peu , et le gaz hydrogène carboné qui ne l’est pas , ne se forment

qu’en dernier lieu. Il est évident , en effet , que tant que la substance végétale contient beaucoup d’oxigène, il ne peut point se former de matière huileuse , puisque l’oxigène convertit cette matière en eau et en gaz carbonique } et si, dans le cours de l’expérience, tous ces produits se dégagent à la fois , c’est parce que la substance qui est au centre de la cornue est moins chaude que celle qui touche ses parois, et que, quand l’une achève de se décomposer, la décomposition de l’autre commence à s’opérer. Du reste, il est trop facile de concevoir la formation de chacun de ces produits pour devoir nous y arrêter. Que si , lorsque la température est très-élevée, l’on n’obtient point d’huile, point d’acide acétique, etc., la raison en est simple : ces corps ne peuvent exister à cette température : donc ils ne peuvent point se former.

1 277. Décomposition spontanée . — Il est des substances végétales qui , lorsqu’elles sont humides , ont la propriété de se décomposer spontanément à la température ordinaire; un grand nombre même sont dans ce cas; leurs principes se dissocient, se combinent dans d’autres proportions , et donnent naissance à des produits nouveaux : ces produits sont ou très-oxigénés , ou très*- hydrogénés, ou très - carbonés ; ils se rapprochent donc beaucoup , par leur nature, de ceux qu’on obtient par la distillation. L’air favorise singulièrement cette sorte de décomposition, que nous ne faisons qu’annoncer, et que nous examinerons avec beaucoup de soins par la suite (1^46 et 2009).

1278. Action du gaz oxigene et de V air. — Tout le monde sait qu’à l’aide de la chaleur, la plupart des substances végétales prennent feu dans l’air. Les plus combustibles sont les huiles, les résines, etc., où l’hydrogène prédomine; et les moins combustibles sont les acides, où l’oxigène est presque toujours au contraire prédominant ;

DES SUBSÏA1NCES VÉGÉTALES. 4'7

aussi plusieurs de ceux ci brulent-ils sans lumière : nous citerons comme exemple l’acide oxalique.

L’air n’agit évidemment que par son oxigène; il tend donc à convertir la substance végétale en eau et en acide carbonique : tel serait , en effet , le résultat de son action , s’il était en assez grande quantité, et si la température était assez élevée; mais c’est ce qui n’arrive jamais, même dans les meilleures cheminées et les meilleurs poêles : voilà pourquoi il s’amasse de la suie dans leurs tuyaux, 1279. Action des corps combustibles. — L’hydrogène, l’azote, le bore, le carbone, sont sans action sur les substances végétales.

Le soufre , le phosphore ne s’unissent qu’à la plupart de celles où l’hydrogène prédomine ; ils se dissolvent dans les huiles , dans l’alcool , et forment des composés solides avec les résines.

L’iode , à la température capable de décomposer les substances végétales, forme avec toutes de lacide hydriodique en s’emparant de leur hydrogène. Au-dessous de cette température, il est sans action sur celles de la première section; il agit par l’intermède de l’eau sur celles de la seconde, qui sont toutes alcalines, comme sur la potasse et la soude, c’est-à-dire que l’eau est décomposée, et que de là résultent des hydrates et des iodates; il s’unit à plusieurs de celles qui appartiennent à la troisième , et particulièrement à l’amidon ; enfin il forme toujours de l’acide hydriodique avec celles de la quatrième, même à froid, du moins lorsqu’il est humide.

Le chlore attaque presque toutes les substances végétales ; il n’y a guère que celles qui sont alcalines et quelques acides sur lesquels il n’agisse pas. L’action a lieu à la température ordinaire; c’est toujours en s’emparant d’une partie de leur hydrogène qu’il décompose ces substances : il passe ainsi à l’état d’acide hydro-chlorique , et

]es transforme en d’autres matières qui n’ont point encore été examinées. Peut-être au nombre de ces matières doiton placer l’acide carbonique l’acide acétique; peut-être aussi sont-elles nouvelles.

Que l’on verse de la teinture de tournesol dans une dissolution de chlore , la couleur bleue disparaîtra , et deviendra jaune aussitôt que le contact aura lieu : en vain l’on versera de l’ammoniaque pour la faire reparaître ; l’on obtiendra tout au plus une teinte d’un jaune rougeâtre.

Que l’on fasse cette expérience sur une couleur végétale quelconque, il en résultera de semblables phénomènes ; qu’on la répète sur l’encre , corps composé d’acide gallique, de tannin et d’oxide de fer, il se formera en outre de l’hydro-chlorate de fer.

Il est facile de concevoir, d’après cela, pourquoi l’on emploie le chlore avec tant de succès pour blanchir les estampes, les gravures, le papier, les fils de lin et de chanvre , et pour décomposer les miasmes putrides qui se répandent quelquefois dans l’air (1628 et 2010).

Le potassium et le sodium, à une température peu élevée, décomposent toutes les substances végétales de la 1 re et de la 3e section; ils s’unissent à leur oxigène et les charhonncnt en donnant lieu à un dégagement de lumière, et probablement de gaz hydrogène carboné. Leur action sur celles de la quatrième section (et peut-être bien de la 2e), où l’hydrogène prédomine, est beaucoup moins marquée : aussi plonge-t-on ces métaux dans l’huile pour les conserver (a).

Le barium , le strontium et le calcium , en vertu de leur grande affinité pour l’oxigène, se comporteraient sans doute

(a) Cependant, aussitôt que l’on met du potassium ou du sodium dans l’alcool et l’éther, on ape.coit une vive effervescence; mais comme le gaz qui se dégage n'est que de l’hydrogène, il est probable qu’il provient d’une certaine quantité d’eau testée dans ces substances, et qui se trouve décomposée.

«le même que le potassium et Je sodium ; mais, parmi les autres métaux connus jusqu’à présent, il n’en est aucun

qui agisse d’une manière quelconque sur ces diverses substances.

i °.8o« Action de l ecui. — L eau n’agit jamais que comme dissolvant sur les substances végétales 5 elle n’est décomposée par elles et ne les décompose dans aucune circonstance. On observe que toutes celles où l’oxigène prédomine sont solubles dans ce liquide, et que toutes celles où l’hydrogène est très-prédominant y sont , au contraire, insolubles ou peu solubles (a).

Quant à celles où 1 hydrogène et Poxigène sont dans les proportions nécessaires pour faire l’eau, il en est qui s y dissolvent et d autres qui ne s’v dissolvent pas.

1281. Action des bases s ali fiable s. —La plupart des bases salifiables s’unissent aux substances végétales acides , et forment des sels que nous examinerons par la suite. Leur action sur toutes les autres substances n’a point eneoïc été bien eludiee : on sait seulement, en général , que les dissolutions alcalines, concentrées et bouillantes, finissent par altérer celles de ces subtances qui ne sont point volatiles.

1283. Action des acides. — Les acides forment des sels , pour la plupart, avec les substances végétales salifiables’ c’est-à-dire, avec celles de la deuxième section. Ceux qui sont faibles, tels que les acides carbonique, borique, *no« lybdique, tungstique , colombique, sont sans action sur les autres. Ceux qui sont forts , à part quelques-uns , n’ont eux-mêmes aucune action sur les substances de la première section;, mais ils agissent sur presque toutes celles des troisième et quatrième sections : tantôt ils s’y unissent , et

{a) L’alcool et le principe doux des huiles, à la vente, sont solubles en toutes proportions: aussi contiennent -ils une assez grande quantité d’oxi- Çène, et très-peu d’hydrogène en excès,

5o DES substances végétales.

tantôt ils les décomposent. Cette décomposition provient toujours ou de ce que l’acide ayant beaucoup d’affinité pour l’eau , détermine la formation d’une certaine quantité de ce liquide aux dépens de l’oxigène et de l’hydrogène de la substance végétale , ou de ce que cet acide est lui-même décomposé , et de ce qu’il brûle par son oxigène une portion de l'hydrogène et du carbone de cette substance. Entrons dans quelques détails à cet égard.

1283. L’acide nitrique attaque presque toutes les substances végétales non salifiables, si ce n’est à froid , du moins à chaud. Son action sur celles de la troisième section , et surtout sur celles de la quatrième , a même lieu avec violence. Jamais il ne détermine la formation d’eau aux dépens des principes de la substance végétale avec laquelle il est en contact; rarement il s’unit à elle; presque toujours il la décompose, et toujours il en opère la décomposition en brûlant par son oxigène une portion de l’hydrogène et du carbone qu’elle contient : il la rapproche ainsi de l’état acide, et finit même souvent par l’y faire passer, en donnant naissance à beaucoup de produits divers. Que l’on introduise une partie de sucre, avec 4 parties d’acide nitrique à 20°, dans une cornue de verre d’une capacité double du volume du mélange qu’elle doit contenir; que cette cornue soit placée dans un fourneau muni de son laboratoire; que son col se rende dans un récipient tubulé, et que celui-ci porte un tube qui s’engage sous des flacons pleins d’eau : l’appareil étant ainsi disposé, que l’on mette quelques charbons incandescens sous la cornue, et qu’on soutienne le feu de manière à faire toujours bouillir légèrement la liqueur, voici ce que l’on observera : bientôt la liqueur entrera en ébullition ; l’acide et le sucre se décomposeront réciproquement; il en résultera de l’eau , du gaz carbonique , du gaz azote, ou de l’oxide d’azote, onde 1 acide nitreux, une très-petite quantité d'acide prussique,

DES SUBSTANCES VÉGÉTALES. 5ï

une certaine quantité d’acide acétique et beaucoup d’acide malique, acides qui sont formés, le premier, d’oxigène et de carbone 5 le deuxième, d’oxigène et d’azote- le troisième, d’hydrogène, d’azote et de carbone, et les deux derniers, d’oxigène, de carbone et d’hydrogène.

L’opération sera terminée lorsqu’il ne se dégagera plus ou presque plus de gaz. L’acide carbonique , l’azote et l’oxide d’azote passeront dans les flacons qui terminent l’appareil. L’acide malique restera tout entier dans la cornue. Une partie de l’acide acétique, de l’eau et de l’acide nitrique échappés à l’action du sucre, y restera aussi ; l’autre se condensera dans le récipient. Quant aux acides nitreux et prussique, ils se volatiliseront entièrement et se condenseront dans les récipiens ou les flacons. Si l’acide malique étant formé , on verse dans la cornue 4 autres parties d’acide nitrique , et qu’on continue de faire bouillir la liqueur , il se produira de nouveau de l’eau , du gaz carbonique , de l’acide nitreux ou de l’oxide d’azote , de l'acide prussique \ mais il ne se produira plus d’acide acétique. L’acide malique disparaîtra , et se trouvera changé en un acide beaucoup plus oxigéné, facilement cristallisabie, qui est l’acide oxalique. Enfin, si l’on traite l’acide oxalique par l’acide nitrique, de même que l’acide malique, il sera décomposé comme lui. Toutefois un nouvel acide ne prendra plus naissance } on n’obtiendra que de l’eau , du gaz carbonique , de l’acide nitreux ou de l’oxide d’azote, et peut-être un peu d’acide prussique.

Ajoutons h tout ce que nous venons de dire, i°. que la quantité d’acide acétique et d’acide malique est bien moindre que celle du sucre ; 2°. que celle d’acide oxalique est bien plus petite encore -, et la formation de tous les produits de l’expérience deviendra évidente. On verra que Teau et le gaz carbonique ne proviennent que de la combinaison de l’hydrogène et du carbone du sucre avec l’oxi-

gène de l’acide nitrique ; que l’acide nitreux , l’oxide d’azote et l’azote sont une suite de cette combinaison ; que , privé d’une partie de son carbone et de son hydrogène , le sucre se trouve transformé en acides malique et acétique; que, privé d’une plus grande quantité de ces deux principes , il passe à l’état d’acide oxalique ; et enfin que , par une soustraction plus grande encore de l’un et de l’autre, il se change en eau et en acide carbonique. On concevra aussi que la très-petite quantité d’acide prussique qui parait se former dans tout le cours de l’opération provient sans doute de l’union d’une certaine quantité d’hydrogène et de carbone du sucre avec une quantité convenable d’azote de l’acide nitrique.

ia85. De tous les acides, c’est Pacide sulfurique dont l’action sur les substances végétales est la plus variée. Quelquefois il se combine avec elles ; souvent il les décompose en occasionant Ja formation d’une certaine quantité d’eau aux dépens de leurs principes ; et souvent aussi , tout en les décomposant, il est lui-même décomposé. Par exemple , met-on en contact à froid une petite quantité d’acide avec une grande quantité d’huile grasse , il en résulte un composé particulier. Broie-t-on de la sciure de bois ou des chiffons avec de l’acide sulfurique , à la température ordinaire , il se produit une matière gommeuse qui ne diffère du bois ou des chiffons qu’en ce qu’elle contient moins d’hydrogène et d’oxigène qu’eux dans les proportions nécessaires pour faire l’eau : probablement qu’il se forme en même temps une certaine quantité de ceile-ci. Fait-on cette expérience à la température de ioo à i5o°, la substance végétale se charbonne ; une partie de ses principes combustibles s’empare de l’oxigène de Pacide; et de là , du gaz sulfureux , de Pacide carbonique , etc.

Enfin chauffe-t-on avec de Pacide sulfurique convenablement étendu , la matière gommeuse provenant de l’ac-

U on de l’acide concentré, un autre ordre de phénomènes a lieu : la matière gommeuse disparaît* elie se transforme en un sucre analogue à celui du raisin; l’acide est en partie décomposé, et passe à l’état d’acide hypo-sulfurique , qui, lorsque l’opération est terminée , se trouve en combinaison intime avec une nouvelle matière dont il reçoit des propriétés particulières. ( Voyez , pour la théorie, l’article Ligneux, )

1286. Toutes les fois que les acides fîuorique , fîuo-bcrique, phosphorique , phosphoreux, agissent sur quelques substances végétales non salifiables, ce n’est jamais en cédant une portion de leur oxigène ; ils le retiennent trop fortement ; c’est toujours en s’unissant à elles ou en occasionant la formation d’une4 certaine quantité d’eau aux dépens de l’oxigène et de l’hydrogène qu’elles contiennent : telle est également la manière d’agir des acides hydrochlorique et hydriodique.

1287. Action des sels. — Les substances végétales contenant toutes plus d’hydrogène et de carbone qu’il n’en faut pour convertir leur oxigène en eau et en gaz oxide de carbone ou gaz carbonique, les sels doivent agir sur elles , à une haute température , comme sur ces deux corps combustibles : aussi a-t-on observé, i°. que , dans ce cas , les sulfates étaient ramenés à l’état d’oxides , d’oxides sulfurés ou de sulfures; 20. qu’en projetant un mélange de nitrate ou de chlorate et de matière végétale de la deuxième, ou de latroisième, ou de la quatrième section dans un creuset rouge , il en résultait une vive combustion ; 3°. qug le chlorate de potasse détonnait avec elles par un choc fort et subit, etc. ( Voyez l’action du carbone et de l’hydrogène sur les sels, 474 bis~/\rjrj. )

Ces effets ne sont jamais produits à la température ordinaire. A cette température, il n’y a guère que les substances végétales acides et salifiables, l’alcool, le tannin y

les matières colorantes , qui aient de l’action sur les sels; les substances acides ne peuvent que s’emparer de leurs bases, et les substances salifiables que de leurs acides. Le tannin agit comme les acides proprement dits ; l’alcool , comme dissolvant ; quant aux matières colorantes, elles tendent à s’unir aux sels mêmes, en les décomposant quelquefois , du moins en partie.

SECTION PREMIÈRE

Des Acides végétaux .

1288. Nous mettons au rang des acides végétaux tous les corps qui sont formés d’oxigène , d’hydrogène et de carbone , et qui , extraits des matières végétales , ou faits avec ces matières , rougissent le tournesol et neutralisent plus ou moins les bases salifiables. Les acides végétaux connus aujourd’hui sont très-nombreux. Quelques chi~ mistes en admettent jusqu’à 29; savoir : les acides

Acétique; Benzoïque ; Citrique ; Camphorïque; Ellagique ; Fungique ; Gallique ; igasurique :

ILinique ; Laccique 5

Margarique 3 Maîique 3 Méconique3 Melli tique 3 Ménispermique 3 Morique 3 Mucique 3 Nancéique 3 Oléique; Oxalique 3

Pyro - malique , au nombre de. deux 3 Pyro mucique 3 Pyro- tar trique 3 Rheumique 3 Subérique 3 Succinique 3 Tartrique ;

I/acide produit par la lampe sans flamme.

Plusieurs de ces acides ne sont réellement point nouveaux : tel est surtout l’acide rheumique , ou l’acide que M. Henderson a extrait des tiges du rheum païmaturn : il ne se distingue en rien de l’acide oxalique ( Ann, de Chim. et de

Phys., t. ni, p. 4o6 ; et t. viii , p. 402). Beaucoup d’autres u’ont point été assez examinés , en sorte que leur existence est loin d’être bien constatée. ( Voyez ; à ce sujet , chacun de ces acides en particulier. )

Les noms que reçoivent les acides végétaux sont tirés, en général , des substances végétales dont on se sert le plus souvent pour obtenir ces acides : c’est ainsi qu’on appelle acide citrique celui qu’on extrait du citron , quoiqu’il se trouve d’ailleurs dans d’autres fruits.

1289. Propriétés. — Tous les acides végétaux sont incolores ; tous sont solides par eux-mêmes , excepté l’acide olcique ,qui est liquide au-dessus de 6° (ci). Tous aussi, à part ce même acide et l’acide margarique , sont spécifiquement plus pesans que l’eau. Un seul est odorant: c’est l’acide acétique. Les uns , tels que les acides oxalique , tartrique , citrique, rougissent fortement le tournesol; d’autres, tels que l’acide mucique, l’acide subérique, etc., ne possèdent cette propriété qu’à un faible degré. Presque tous peuvent être obtenus en cristaux.

1290. Soumis dans une cornue à l’action du feu , ils se comportent diversement. L’acide acétique se volatilise sans

' se décomposer ; il en est de même clel’acideméconique, d’après M. Robiquet, et de l’acide pyro-mucique , d’après M. Labillardière. Les acides benzoïque , ellagique, galîique, margarique, oléique , oxalique, pyro-malique , pyro-tartrique, succinique, se partagent en deux parties : la première se décompose , et donne lieu à des gaz dans lesquels la deuxième se vaporise ; les autres se décomposent* complètement , et se transforment en eau , en acide carbonique, en acide acétique, en charbon , etc. (i2^5.)

1291. Parmi les acides végétaux , il n’y a que les acides

( a ) La liquidité de l’acide acétique et de quelques autres dépend sa«s doute de l’eau que ces acides retiennent.

oléique, margarique et eîlagique qui ne soient pas solubles dans l’eau. Plusieurs , à la vérité, ne s’y dissolvent qu’en petite quantité : tels sont les acides mucique, subérique et camphorique, et voilà pourquoi, sans doute, ils n’ont que peu d’action sur les couleurs bleues végétales.

La plupart se dissolvent aussi dans l’alcool; ils y sont, comme dans l’eau , plus solubles à chaud qu’à froid , de sorte qu’ils cristallisent par refroidissement.

1292. Les acides, selon qu’ils sont secs ou en dissolution dans l’eau , se comportent différemment avec les substances métalliques. Dans le premier cas , ils n’agissent que sur les métaux de la deuxième section , et encore faut-il que la température soit élevée; ils leur cèdent une portion d’oxigène , les enflamment , les font passer à l’état de protoxide en donnant naissance à de l’eau , à de l’acide carbonique qui se trouve en grande partie retenu par l’oxide formé , à de l’hydrogène carboné , et à un dépôt de charbon. Dans le deuxième cas , non-seulement ils ont de f action sur les métaux de la deuxième section , mais encore , js’ils ont un certain degré de force , ils agissent sur le fer, le zinc et le manganèse. Ce n’est point alors par l’acide que les métaux s’oxident ; c’est par l’eau : elle est décomposée ; il y a dégagement d’hydrogène et formation d’un seî végétal.

1293. Il paraît que tous les acides végétaux , excepté quelques-uns , particulièrement l’acide benzoïque et l’acide subérique , peuvent être décomposés par l’acide nitrique concentré et bouillant , et être transformés en eau et en acide carbonique : ce qu’il y a de certain, c’est que l'acide nitrique, en attaquant les acides, s’empare d’une portion de leur hydrogène et de leur carbone , rend la quantité d’oxigène qu’ils contiennent de plus en plus prépondérante, elles rapproche d’un état d’acidité où cette transformation devient très-prochaine.

bis . Les acides citrique, tartrique , acétique réduisent peu à peu Foxide d’or par l’intermède de l’eau 5 mais cet effet cesse d’avoir lieu lorsque l’oxide est uni à l’acide hydro-chlorique \ il ne se reproduit alors qu’autant qu’on sature l’acide végétal par la potasse , ou la soude , etc. : ces bases agissent sans doute en s’emparant de l’acide hydro-chlorique , et en mettant l’oxide d’or et l’acide végétal en présence l’un de l’autre.

Probablement que le plus grand nombre des acides végétaux se comporteraient de même. Il en est un toutefois qui se distingue par les produits qu’il forme : c’est l’acide oxalique : il opère la réduction de Foxide et de Hiydrochlorate ; et tandis qu’avec les autres acides il ne se dégage aucun gaz , avec celui-ci , il y a dégagement de gaz carbonique , ce qui s’explique en observant que l’acide oxalique peut être considéré comme un composé de ce gaz acide et d’hydrogène , et que cette composition ne saurait être attribuée ni à l’acide citrique , ni à l’acide lartrique, etc. ( Mémoire inédit de M. Pelletier sur les chlorures d’or. )

129^ Il n’est aucun acide végétal qui ne s’unisse aux bases salifiables minérales , et qui 11e forme avec elles des sels particuliers. Ces sels possèdent des propriétés générales qu’il est nécessaire d’exposer.

1295. Propriétés des sels. — Tous les sels contenant des acides végétaux sont décomposés par une chaleur ronge, et donnent lieu à des produits divers. En effet, lorsque îe sel appartient aux deux premières sections, les principes de l’acide agissent les uns sur les autres 5 il en résulte de l’eau , de Faeide carbonique, de l’hydrogène carboné, du gaz oxide de carbone etc. (<2). Mais lorsque le sel appartient aux

(a) Cependant l’acetate d’alumine laisse dégager son acide sans rjpte celui-ci se décomposé.

quatre dernières sections , non-seulement l’acide est décomposé , mais Foxide est réduit lui-même en totalité ou en partie. Cependant il arrive quelquefois que , dans ce cas , Facide n’éprouve qu’une décomposition partielle : c’est ce qui a lieu quand il est volatil , et que l’oxide est facilement réductible. Alors l’oxide est réduit par une portion de Facide , tandis que l’autre se dégage : voilà ce que nous offre particulièrement l’acétate de deutoxide de cuivre ou le verdet cristallisé (1809).

1 29 6. Les sels contenant des acides végétaux se comportent avec la pile de même que les sels minéraux. L’acide se rend au pôle positif, et l’oxide pur ou réduit au pôle négatif (718).

1297. L’eau dissout tous les sels qui sont à bases de potasse, de soude, d’ammoniaque. Parmi ceux dont les bases sont différentes , il en est un grand nombre sur lesquels elle n’a point d’action.

Tout ce que nous avons dit de l’action hygrométrique de l’air sur les sels minéraux s’applique aux sels contenant des acides végétaux (70).

1298. Les bases salifiabies qui ont le plus de tendance à s’unir aux acides par l’intermède de l’eau , sont : la baryte, la strontiane, la chaux, la lithine, la potasse et la soude; viennent ensuite l’ammoniaque et la magnésie. On ne sait rien de positif sur le rang qu’occupent les autres entre elles. On ne sait presque rien non plus sur l’ordre que suivent les acides végétaux dans leur union avec les diverses bases. Cependant il parait que les acides oxalique, tartrique, citrique, occupent le premier rang, et que les acides mucique, subérique, ellagique, oléique, margarique, occupent le dernier : Facide oxalique enlève meme la chaux à Facide sulfurique.

1299. Les sels végétaux dissous dans l’eau se comportent avec les métaux, et surtout avec l’hydrogène sulfuré , l’hy-

des acides végétaux. 5g

drogène sélénié , de même que les sels minéraux. C’est encore comme ceux-ci qu’ils agissent les uns sur les autres ou bien sur les sels minéraux mêmes. Enfin , leur composition est analogue à celle des sels minéraux, c’est-àdire , que la quantité d’acide qu’ils contiennent est toujours proportionnelle à la quantité d’oxigène qui entre dans la composition de leur base (704, 716, 71701721).-

1300. Etat naturel et Préparation. — Les acides végétaux sont naturels ou artificiels. Cinq sont produits par la nature et l’art: l’acétique, le malique, le margarique , l’oléique , et l’oxalique. Treize le sont seulement par la nature : le benzoïque , le citrique , le fungique, le gallique , l’igasurique, le kinique, le lactique, le mécanique, le inellitique , le ménispermique , le morique , le succinique , le tarlrique. Dix ne le sont que par l’art :1e camphorique, l’ellagique, l’acide de la lampe sans flamme, le mucique, le nancéique , le pyro - malique , le pyro-mucique, le pyro-tartrique , le subérique.

Les acides naturels se rencontrent libres ou unis le plus souvent à des bases salifiables. Ce ne sera qu’en parlant de chacun d’eux en particulier que nous en ferons 1 histoire naturelle, et que nous exposerons la manière de les préparer.

1301. Composition. — U paraît que presque tous les acides végétaux sont formés de carbone , d’hvdrogène et d’oxigène dans les proportions nécessaires pour faire l’eau, et d’une certaine quantité d’oxigène, qui toutefois n’est jamais assez grande pour convertir le carbone en oxide , et à plus forte raison en acide. Quelques-uns seulement contiennent, comme nous l’avons dit précédemment, un excès d’hydrogène par rapport à l’oxigène , et se rapprochent sous ce rapport des corps gras. Ceux-ci sont aux autres ce que les hydracides sont aux oxacides dans le règne minéral.

1302. Usages. — ]I n’y a que très-peu d’acides végétaux qui soient employés dans les arts , en médecine ,

ou

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