DE L’ACIDE URIQUE
tous les calculs et toutes les couches de calculs urinaires de l’homme , qui sont jaunâtres et dont la poussière ressemble à la sciure de bois ; c’est également lui qui forme toute la partie blanche qu'on distingue dans les excrémens des oiseaux ( classe d’animaux dans lesquels les urines sont rendues avec les excrémens ). M. Brugnateîli l’a rencontré uni à l’ammoniaque dans les matières excrémentitielles de la falène du veçre à soie , et dans la dragée ou le blanc du même insecte ; M. Robiquet l’a découvert dans les cantharides ; enfin , il paraît que c’est ce même acide qui , uni à la soude , compose les calculs arthritiques.
1810. Préparation. — Le meilleur moyen d’obtenir l’acide urique pur est de se procurer des dépôts d’urines non putréfiées ou des calculs urinaires jaunâtres , de les broyer } de les traiter à chaud par un excès de dissolution de potasse ou de soude caustique, de filtrer la liqueur, et d y verser de l’acide hydro-chlorique : à l’instant , l’acide urique , qui est peu soluble , se précipite en flocons blancs qui perdent peu à peu de leur volume et se transforment en petites paillettes brillantes; aussitôt qu’il est précipité, on le rassemble sur un filtre et on le lave jusqu’à ce que l’eau qui passe à travers ne trouble plus la dissolution de nitrate d’argent : dans cet état , il est pur; il ne reste plus qu’à le dessécher à une douce chaleur.
1811. Propriétés. — L’acide urique ainsi préparé est solide , d’un blanc jaunâtre , en poudre lamelleuse , sans odeur , sans saveur , spécifiquement plus pesant que l’eau et sans action , bien sensible du moins , sur la teinture de tournesol.
Soumis à l’action du feu dans une cornue de verre , il sc décompose, et donne d’abord de l’hydro-cyanate et du carbonate d’ammoniaque cristallisés , et en même temps de l’acide hydro-cyanique , puis une liqueur épaisse, em-
pyreumalique , qui contient beaucoup de pyro-urate acide d’ammoniaque , et qui se solidifie à mesure qu’elle se refroidit ; bientôt après il se sublime des lames blanches et brillantes qui ne sont formées, pour ainsi dire, que d’acide pyro-urique , ou du moins qui contiennent à peine du pyro-urate d’ammoniaque; vient enfin une huile empyreumatique très-colorée : du reste ? il se dégage des gaz et il se produit un résidu charbonneux comme dans toutes les distillations de matières animales. ( MM. Chevalier et Lassaigne, Annales de Chimie et de Physique , t. xm , pag. 1 55. )
L’air n’exerce aucune action sur l’acide urique à la température ordinaire. L’eau, à celle de 1 5 à 160 , n’en dissout que la 152.0e partie de son poids ; bouillante, elle en dissout la 1 i5oe partie, et en laisse déposer, par le refroidissem uii , sous forme de petites lames : il est absolument insoluble dans l’alcool.
Les sels qu’il est capable de former avec les bases salifiables ne sont solubles, d’une manière très-sensible, qu’autant que ces bases le sont elles- mêmes , et qu’elles sont en excès. Presque tous les acides ont la propriété de les décomposer. En effet , si l’on verse un excès d’acide qui ak tant soit peu de force dans une dissolution de sousurate alcalin , dissolution que l’on peut toujours obtenir à froid , et à plus forte raison à chaud , l’acide urique en sera précipité tout-à-coup , comme nous l’avons dit précédemment.
Lorsqu’on traite l’acide urique par l’acide nitrique bouillant , ces deux acides se décomposent réciproquement, et de cette décomposition résultent de l’eau , du gaz carbonique, de l’azote et de l’oxide d’azote, de l’acide prussique ou hydro-cyanique , de l’acide purpurique , de l”ammoniaque , et peut-être des acides acétique , malique et oxalique. A tme certaine époque, la liqueur devient très-
de l’acide p y u o -u ni q u e. 555
rose et comme carminée : cette couleur est due, suivant le docteur Prout , à la présence de l’acide purpurique.
Si l’on projette de l’acide urique dans un flacon plein de chlore gazeux, il se forme en peu de temps de l’iiydrochlorale d’ammoniaque , de l’oxalate d’ammoniaque, de l’acide purpurique, de l’acide carbonique, de l’acide hydrochlorique etde l’acide malique : on obtient le même résultat en faisant passer ce gaz à travers de l’eau , tenant l’acide urique en suspension. L’iode produirait sans doute des effets analogues.
Enfui , quand on fait chauffer un mélange cl’acide urique et d’un excès de chlorate de potasse , il se dégage du gaz azote, et il se produit non-seulement de l’eau, du gaz acide carbonique, mais encore du gaz acide nitreux : la combustion a peu d activité.
1812. Composition. — L’acide urique est formé en poids , suivant M. Berard , de :
Azote . 39,16
Carbone . 83,6 1
Oxigène . 18,89
Hydrogène . . 8,54
( Thèse présentée à la Faculté de Médecine de Montpel -* lier, le 9 juillet 1817.)
Si l’oirtransforme ces poids en volume, l’on trouve que la vapeur de carbone est au gaz azote comme 2 à i , résultat qui est le même que celui que M. Gay-Lussac avait publié auparavant dans le xcvie volume des Ann. de Chirn ., p. 53.
De l’Acide py ro-urique.
L acide pyro-urique , découvert par M. Williams Henry, n’a été examiné avec quelques soins que tout récemment , par MM. Chevalier et Lassaigne. C’est l’un des produits de la distillation de l’acide urique : le moyen le plus sûr
de l’obtenir pur est de l’extraire du sublime blanc et lame! leux qui se forme en troisième lieu dans cette distillation. A cet effet , on commencera par dissoudre ce sublimé dans l’eau chaude ; la dissolution sera filtrée si elle n’est pas bien claire, puis mêlée à un excès de sousacétate de plomb. ïl en résultera du sous-pyro-urate insoluble dont il sera facile de séparer l’acide par le gaz li ydrogène sulfuré , en s’y prenant comme nous avons dit au sujet de la décomposition de l’oxalate de plomb par ce même gaz (i346).
Cet acide est blanc , cristallise en petites aiguilles qui croquent un peu sous la dent , rougit le tournesol, exige environ quarante fois son poids d’eau froide pour se dissoudre, se dissout aussi dans l’alcool bouillant à 36 degrés de l’aréomètre de Baumé , et se précipite de cette solution alcoolique, sous forme de petits grains blancs, par le refroidissement. Exposé à l’action de la chaleur , il fond j et se sublime entièrement en aiguilles blanches. Lorsqu’on le fait passer à travers un tube incandescent , il se transforme en tous les produits que donnent ordinairement les matières animales.
Il parait que l’acide nitrique concentré ne l’altère pas, même à chaud , et qu’il ne fait qu’en opérer la dissolution : du moins, eu évaporant la liqueur jusqu’à siccité , on retrouve l’acide pyro-urique possédant toutes les propriétés qui le caractérisent.
Les sels qu’il produit avec la potasse, la soude, l’ammoniaque , la chaux, sont très-solubles ; la plupart de ses autres sels sont probablement aussi plus ou moins solubles -, car, parmi toutes les dissolutions métalliques appartenant aux quatre dernières sections, il n’y a que celles de tritoxide de fer , de deutoxide de cuivre , d’argent ,
de mercure , et de sous-acétate de plomb, qui soient trouidées par le pyro-urate de potasse.
DE l’âCIDE PURPURIQUE. 5jy
Presque tous les acides décomposent les pyro-urates , et en précipitent l’acide pyro-urique sous forme de poudre blanche; d’où il suit que cet acide est très-faible.
L’analyse fait voir qu’il est composé en poids de 44?^2 d’oxigène, de 28,29 de carbone, de iG,84 d’azote, de 10,00 d’hydrogène 5 et que le volume de l’azote est précisément au volume de la vapeur de carbone comme 1 à 4; conséquemment, le rapport du carbone à l’azote, dans l’acide pyro-urique, est le double de ce qu’il est dans l’acide urique.
Enfin, si l’on reconnaît avec MM. Chevalier et Lassaigne, que le pyro-urate de chaux contient, sur 100 parties, 91^,4 d’acide et 8part',6 de chaux , il s’ensuivra que dans ces sels la quantité d’oxigène de l’oxide devra être à la quantité d’acide comme 1 à 33,63. (Ann. de Chim. et de Phys., t. xm , p. i55.)
De V Acide purpurique.
L'acide purpurique , entrevu par Gaspard Brugnatelli (Ann. de Chim. et de Phys., t. vin, p. 201), 11’a été réellement découvert que par le docteur Prout (Ann. de Chim . et de Phys. , t. xr, p. 48.) Il ne se rencontre jamais tout formé ; toujours il est le produit de l’action de l’acide nitrique, ou du ch lore, ou de l’iode sur l’acide urique. Ce qu’il y a de mieux à faire pour l’obtenir, c’est de dissoudre, a l’aide d’une douce chaleur , de l’acide urique pur dans de l’acide nitrique étendu •, la dissolution se fait avec dégagement de gaz ; lorsqu’elle est complète, on neutralise l’excès d’acide par l'ammoniaque , et on soumet le tout à une évaporation lente : la liqueur , qui , par la saturation , était devenue pourpre , se colore de plus en plus à mesure qu’elle se concentre , et finit par laisser déposer en abondance des cristaux grenus et d’un rouge obscur. Ces cristaux , que
Fauteur regarde comme du purpurate d’ammoniaque impur, doivent être chauffés avec une solution de potasse caustique jusqu’à ce que la couleur rouge disparaisse. Alors on Verse peu à peu le purpurate de potasse qüi en provient dans de l’acide sulfurique étendu d’eau , et tout-à-coup l’acide purpurique se précipite à l’état de pureté*
Cet'acide est pulvérulent, un peu jaunâtre , insipide , inodore , sans action bien sensible sur le tournesol ; sa densité est beaucoup plus grande que celle de l’eau , quoiqu’à raison de son extrême ténuité , il reste longtemps à la surface de ce liquide.
Il est insoluble dans l’alcool , dans l’éther , et même dans l’eau bouillante. Soumis à l’action du feu , il se décompose et donne beaucoup de carbonate d’ammoniaque, de l’acide hydro-cyanique , un peu de liquide d’une apparence huileuse , un charbon pulvérulent , etc. Exposé à l’air, il prend peu à peu une couleur pourpre. Il se dissout dans les acides minéraux concentrés, mais non point, en général , dans les acides délayés. L’acide nitrique , à chaud , le décompose en partie , et forme du purpurate d’ammoniaque. Il dégage , à l’aide de la chaleur , l’acide carbonique des carbonates alcalins , et s’unit avec les alcalis, la plupart des terres et des oxides métalliques. Beaucoup de sels dont il fait partie ont une couleur qui tire plus ou moins sur le pourpre : de là le nom qu’on lui a donné : cependant le purpurate d’étain est blanc, et le purpurate de zinc d’une belle couleur jaune d’or. Les purpura tes de potasse, de soude, d’ammoniaque, de magnésie, de plomb, de cuivre , de nickel , de fer, sont assez solubl es ; ceux de chaux, de strontiane , de baryte, le sont beaucoup moins * ceux d’argent, de mercure, do zinc, sont insolubles. Enfin , M. Prout admet que l’acide purpurique est composé, en poids, de 4^4 d hydrogène , 27,27 de carbone, 36, 3b d’oxigène, 3i,8i d’azote.
DE l’acide ROSACIQUE. 559
pour plus de détailles Annales de Chimie et de Physique, déjà citées.)
De l1 Acide rosaeique.
1 8 1 3. Historique , Propriétés. — L’acide rosaeique , qui tire son nom de sa couleur, (ut découvert par M. Proust, il y a dix-sept à dix-huit ans, et étudié par M. Vauquelin en 1 81 1 , et par M. Vogel en 1816.
Cet acide est solide, d’un rouge de cinnabre très-vif, inodore; sa saveur est faible: cependant il rougit d’une manière très-sensible la teinture de tournesol.
Mis sur les charbons incandescent , il se décompose , et donne lieu à une vapeur piquante qui n’a rien des matières animales : il parait donc qu’il ne contient pas d’azote, ou du moins qu’il 11’en contient que peu. II est très-soluble dans l’eau ; sa dissolution dans l’alcool s’opère facilement» Il se combine avec les bases salifiables, et forme dès sels solubles , non-seulement avec la potasse r la soude et l’ammoniaque, mais avec la baryte , la strontiane et la chaux; il produit un précipité légèrement rose dans l’acétate de plomb ; enfin il se combine avec l’acide urique , et cette combinaison est si intime, que l’acide urique, en se précipitant de l’urine , entraîne tout l’acide rosaeique , encore bien que celui-ci soit très soluble.
Telles sont les propriétés que M. Vauquelin lui a reconnues. ( Annales du Muséum cV Histoire naturelle , ou Bulletin de Pharmacie , tom. mi-, pag. 41^*) M. Vogel lui attribue les suivantes :
i°. L’acide sulfurique concentré le convertit en une poudre d’un rouge foncé , le dissout, et l’amène ensuite à l’état d’une poudre blanche insoluble dans l’eau, laquelle réunit toutes les propriétés de l’acide urique.
20. L’acide sulfureux lui donne également cette belle nuance d’un rouge vif. Ce rouge, qui, avec le temps ,
56o DES SUBSTANCES ANIMALES ACIDES.
augmente d’intensité dans l’acide sulfureux, est constant et
inaltérable.
3°. L’acide nitrique le transforme également en acide urique.
4°. La dissolution de nitrate d’argent dans laquelle on a délayé de l’acide rosacique lui communique, au bout de quelques heures , une couleur d’un brun fauve 5 au bout de vingt - quatre heures , il reste une poudre d’un vert de bouteille.
L’acide urique partage cette propriété jusqu’à un certain point.
On voit, abstraction faite de la couleur et de l’action des acides sulfurique et sulfureux, ajoute M. Vogel, que l’acide rosacique ne diffère pas beaucoup de l’acide urique.
( Journal de Pharmacie , tom. n , pag. 27. )
1814. Etat naturel , Préparation . — L’acide rosacique est très-rare : on ne le trouve que dans quelques urines. C’est lui qui , uni à l’acide urique , se dépose de celles qu’on rend dans le cours des fièvres intermittentes et des fièvres nerveuses , souvent sous forme de sédiment rosacé , et quelquefois sous forme de cristaux rougeâtres. Peut-être est ce lui qui colore les urines que l’on connaît sous le nom d 'urines ardentes.
On l’obtient pur en se procurant une certaine quantité du dépôt coloré dont nous venons de parler, lavant ce dépôt avec de l’eau pour en séparer le liquide urinaire , traitant ensuite çe même dépôt par l’alcool bouillant , et faisant évaporer la dissolution.
L’analyse n’en a point encore été faite 5 il est sans usages.
De V Acide amniotique.
18 1 5. Historique , Propriétés. — MM. Buniva et Vauquelin , en analysant l’eau de l’amnios de la vache , il y a
t>E l’acide amniotique. 56i
ft-peu-près dix-neuf ans , ont trouvé un acide particulier auquel ils ont donné le nom à' acide amniotique.
Cet acide est solide, blanc et brillant, sans odeur; sa saveur est faible; il rougit légèrement la teinture de tournesol , et cristallise en aiguilles.
Exposé au feu, il se boursoufïle, se décompose, et donne du sous-carbonate d’ammoniaque , un charbon volumineux , etc. L’aii- ne l’altère point. Il est peu soluble dans l’eau et dans l’alcool à la température ordinaire ; il l’est beaucoup plus dans ces liquides bouillans : aussi en laissent-ils déposer une partie par le refroidissement, sous forme de cristaux.
Il forme , avec tous les alcalis , des sels solubles que la plupart des acides décomposent : c’est pourquoi , lorsqu’on dissout ces sels dans l’eau , et qu’on verse un acide tant soit peu fort dans la dissolution y on voit tout-à-coup l’acide amniotique se déposer en poudre blanche cristalline. Il ne trouble point les dissolutions de nitrate d’argent, de plomb , de mercure , et ne décompose celles des carbonates alcalins que par la chaleur.
18 16. Etat naturel , Préparation. — - L’acide amniotique n’existe point dans les eaux de l’amnios de la femme: on ne sait point d’ailleurs s’il existe dans d’autres eaux d’amnios que celles de vache.
Les çaux d’amnios de vache étant composées d’eau proprement dite, d’une matière animale jaunâtre, visqueuse, très-soluble dans l’eau , incristallisable , insoluble dans l’alcool ; d’acide amniotique, de sulfate de soude, de phosphate de chaux et de magnésie, il faut, pour en extraire l’acide amniotique , les faire évaporer jusqu’en consistance de sirop très-épais , et traiter à plusieurs reprises le résidu par l’alcool bouillant: l’acide se dissout dans celui-ci, et s’en sépare presqu’enlièrement par le refroidissement.
On peut encore se le procurer en réduisant , par l’éva-
ni.
562 DES SUBSTANCES ANIMALES ACIDES. r
poration , les eaux de l’amnios au quart de leur volume, et les laissant refroidir : l’acide qu’elles contiennent cristallise en grande partie. A la vérité , l’acide que l’on obtient ainsi est coloré en jaune par un peu de matière animale 5 mais il suffit de le laver dans une petite quantité d’eau pour enleyer cette matière qui est très-soluble, et le rendre blanc.
La proportion des principes de l’acide amniotique n’a point encore été déterminée. Il est sans usages.
De VAcide lactique.
1816 bis. L’acide lactique, dont Schéele annonça l’existence dans le petit-lait aigri , en i 780 , est doué , suivant cet illustre chimiste, des propriétés suivantes : concentré le plus possible, il ne cristallise point - il reste sous forme de sirop ou d’extrait. Sa saveur n’est point forte : cependant il romrit le tournesol d’une manière très-sensible.
Soumis à l'action du feu dans une cornue , il fond , se boursouffle , se décompose, et donne les mêmes produits que les acides végétaux. L’eau et l’alcool le dissolvent facilement } il forme avec la potasse, la soude, l’ammoniaque , la baryte, la chaux, la magnésie, l’alumine , l’oxide de plomb , des sels déliquescens. Lorsqu’on le met en contact avec le zinc et le fer, il les attaque et les dissout, en donnant lieu à un dégagement de gaz hydrogène. Son action sur le bismuth, le cobalt, l’antimoine, l’étain, le mercure , l’argent et l’or est nulle.
L’acide lactique existe non-seulement dans le lait , mais encore libre ou combiné , d’après M. Berzelius, dans tous les fluid es animaux et la chair musculaire. Voici le procédé par lequel Schéele l’obtient. Après avoir réduit le petit-lait à un huitième, et séparé par le filtre le fromage qui se dépose dans le cours de l’évaporation , il sature la
V) E l’a et DE FO ÎU11QUE. 563
liqueur par l’eau de chaux , précipite par ce moyeu le phosphate de chaux qu’elle tient en dissolution , la libre de nouveau , y ajoute peu à peu de l’acide oxalique trèsétendu d’eau , jusqu’à ce qu’elle cesse de se troubler , la fait évaporer en consistance de sirop , et traite le résidu par l’alcool rectihé , qui ne dissout que l’acide lactique. Pour l’avoir plus pur encore, M. Berzelius conseille de faire digérer la dissolution alcoolique avec du carbonate de plomb, de la décanfer au bout de quelque temps , et d’y faire passer un courant de gi\z hydrogène sulfuré. Ce gaz précipite le plomb du lactate qui se forme , et qui reste seul uni à l’alcool ; évaporant ensuite celui-ci jusqu’en consistance de sirop, on a l’aeide lactique aussi pur que possible.
L’acide que M. Braconnot a proposé d’appeler acide nancéïque a beaucoup de rapports avec l’acide lactique , ainsi que je l’ai observé dans ma première édition , et les expériences que M. Vogel a faites à cet égard tendent à confirmer cette assertion. ( Jauni, de PJuirm ., t. m , pag. 49i.) '
De l’Acide formique.
L’acide des fourmis a été l’objet d’un grand nombre de recherches , et cependant les chimistes ne sont point d’accord sur ses propriétés. Les uns veulent que ce soit de l’acide acétique , et les autres un acide particulier. Ce qui donne maintenant quelque prépondérant à cette dernière opinion, ce sont les expériences de Suersen , publiées dans le Journal de Gehlen , tom. iv , pag. 1 ; et celles de Gehlen luirmême, êjui ont paru par extrait dans les Annales de Chimie , tom. lxxxiii , p. 208.
Pour se procurer l’acide formique pur, Gehlen satin e le suc exprimé des fourmis par le sons-carbonate de potasse , verse dans la liqueur du sulfate de fer au maximum
564 ues substances animales Acides.
d’oxiclation , la filtre , l’évapore en consistance de sirop , et la distille dans une cornue de verre, avec une suffisante quantité d’acide sulfuiique. Le produit qui passe dans le récipient est très-acide et sans odeur sensible d’acide sulfureux. Il le met en contact avec du carbonate de cuivre, fait évaporer la dissolution , et eu retire de beaux cristaux bleus , qu’il considère comme du formiate de cuivre. C’est de celui-ci qu’il extrait l’acide pur et le plus concentré possible , en le décomposant , à l’aide de la chaleur , par les j de son poids d’acide sulfurique , dans une cornue munie d’un récipient, et le rectifiant au moyen d’une seconde distillation. De i3 onces de formiate ainsi traité, il a retiré plus de 6 onces et demie d’acide formique pur.
Cet acide est incolore ; son odeur est aigre et piquante; sa saveur est assez forte ; sa pesanteur spécifique à so° est de 1,116, par conséquent un peu plu! grande que celle de l’acide acétique. Il est toujours liquide, même à une très-basse température , et rougit tout de suite les couleurs bleues végétales.
Chauffé dans une cornue , il entre bientôt en ébullition et se vaporise sans se décomposer. Il se combine avec l’eau en toutes proportions , produit de l’éther avec l’alcool comme l’acide acétique , forme avec les alcalis , les terres et les oxides métalliques , des sels solubles dans l’eau . pour la plupart cristallisables , qui, suivant MM. Suersen et Gehlen, diffèrent, sous plusieurs rapports, des acétates.
De l’Acide caséique.
Nous avons fait voir précédemment comment on parvient à se procurer le caséate d’ammoniaque en dissolution dans l’alcool ( 1793 bis ). C’est de cette dissolution qu’on retire l’acide caséique. Mais comme elle contient en même temps du phosphate, de Tacétate d’ammoniaque et de la
DE L’A GIDE CASÉIQÜE. 5(>5
gomme , il faut commencer par l’abandonner à elle-même dans un bocal étroit, et y ajouter tous les deux jours une petite quantité d’alcool concentré. Par cette addition , on détermine le dépôt d’une liqueur sirupeuse qui n’est autre chose qu’un peu de gomme. Au bout d’une quinzaine, on décante la dissolution, on l’évapore, puis on délaye le résidu dans l’eau , on mêle celui-ci avec la huitième partie environ de son poids de carbonate de plomb , et l’on fait bouillir le tout pendant quelques minutes : l’ammoniaque se dégage entièrement sous forme de carbonate , et il se produit du phosphate , de l’acétate et du caséate de plomb. L’acétate et le caséate étant solubles , tandis que le phosphate ne l’est pas, il est aisé de les séparer par le filtre. Si donc on fait passer ensuite un courant de gaz hydrogène sulfuré à travers la liqueur , on précipitera le plomb. Enfin , si on la filtre de nouveau et qu’on la réduise en consistance sirupeuse , on volatilisera tout l’acide acétique ainsi que l’excès d’hydrogène sulfuré , et l’on obtiendra? l’acide caséique pur.
Cet acide est un peu jaunâtre 5 sa saveur est acide , amère, et a quelque chose de celle du fromage. Evaporé convenablement , il se prend en une masse transparente , grenue et dont l’aspect est mielleux 5 décomposé parle feudans une cornue > il donne tous les produits des matières animales. Il est très-soluble dans l’eau et même dans l’alcool. Le chlore ne trouble point sa dissolution aqueuse 5 l’infusion de noix de galle y produit un caillé blanc fort épais.
L’acide nitrique convertit facilement l’acide caséique en acide oxalique 5 il se forme aussi , selon M. Proust, un peu d’acide benzoïque et une grande quantité de matière jaune amère. La formation de celle-ci n’a rien d’extraordinaire : il n’en est pas de même de celle de l’acid du benjoin,
V L’eau de chaux, l’acétate de plomb, l’hydro-clilorate d’étain , les sels de fer, de cobalt, de manganèse, de zinc , de cuivre , ne sont point troublés par l’acide caséique ; il produit, au contraire, un précipité blanc dans la solution de sublimé corrosif, un précipité jaune dans 3’hydro-chiorate d'or , et un précipité blanc qui peu à peu devient jaune et passe au rougeâtre, dans le nitrate d’argent.
Enfin, en s’unissant à l’ammoniaque, il forme un sel incristallisable, dont la saveur est salée, piquante, amère, analogue à c, lie du fromage , et mêlée d’un arrière-goût de viande rôtie , qui devient sensible surtout quand on ne met que des parcelles de sel dans la bouche. Ce sel a une singulière tendance à passer à l’état d’acide ; car lorsqu’on le sature, du jour au lendemain il reprend la propriété de rougir le tournesol. La potasse le décompose, en dégage l'ammoniaque , et dès-lors sa saveur caractéristique , qui rappelle» celle du bornage, disparaît tout de suite. Les fromages faits le contiennent en abondance 5 c’est par lui qu’ils sont sa pi des • il les assaisonne -, sans lui, ils n’auraient rien de ce goût piquant qui les fait rechercher. ( M. Proust , Annales de Chimie et de Physique , t. x ,
FS- a9- )
De plusieurs autres Acides animaux . *
Indépendamment des acides qui précèdent , il en est quelques antres qui , cà diverses époques , ont été annoncés comme nouveaux : tel est particulièrement l’acide que JM. Chaussier a retiré du ver à soie en 1781, et qu’011 a appelé acide honihique ( Mémoires de Dijon , jh83, t. 11 , pag. ^o ) : de ce nombre sont également l’acide de la punaise, celui de la sauterelle, etc. 5 mais les propriétés qu’on leur connaît , loin de pouvoir îes faire regarder comme des acides distincts, permettent
DE L'ACIDE SÉB ACIQüE. 56j
de croire que la plupart au moins sont analogues à l’acide acétique.