DE LÀ DIGESTION
suc gastrique, et ils y séjournent plus ou moins long-temps 9 selon leur nature, i’àge, l’appétit, les forces, l’état de santé de l’individu, et ses dispositions physiques et morales : dans tous les cas , ils s’y altèrent , s’y dénaturent , et finissent par se convertir en une matière molle ou une sorte de bouillie que l’on appelle chyme.
Cette matière molle, cette sorte de bouillie, le chyme, en un mot , passe de l’estomac dans les intestins grêles, où arrivent sans cesse de la bile et du suc pancréatique ; il y subit de nouveaux changemens , et bientôt il est transformé en chyle et en substance excrémentitielle : cette transformation faite, la digestion est achevée. Le chyle est absorbé par une multitude de vaisseaux capillaires qui recouvrent les intestins grêles , et la matière excrémentitielle se rend par les gros intestins au dehors de l’animal.
i863. Comment le mucus , la salive , la bile, le suc pancréatique et le suc gastrique concourent-ils à la digestion ?
L’un des effets de la salive est de ramollir les alimens, de les dissoudre quelquefois, et de les rendre, par cela même , d’une plus facile digestion ; cet effet peut être attribué à l’eau qu’elle contient : elle en exerce probablement un autre dû aux matières animales qui entrent dans sa composition.
L’on a beaucoup écrit sur l’action digestive du suc gastrique ; l’on prétend qu’il a le pouvoir de dissoudre les aimions , de quelque nature qu’ils soient ; mais les expériences faites à cet égard ne sont encore ni assez multipliées, ni assez précises, pour pouvoir admettre ces résultats : il en est même qui tendent à prouver que le suc gastrique n’est pas un suc particulier (1906).
On ignore complètement la manière d’agir de la bile et du suc pancréatique : ce qu’il y a de bien probable , c’est qu’ils concourent à la transformation du chyme en chyle et en excrémens.
DE LA DIGESTION ET DE SES PRODUITS. (34 i
Quant au mucus , son unique fonction paraît être de lubrifier la membrane muqueuse du canal alimentaire, à la surface de laquelle il se forme sans cesse.
Quoique ces différens liquides soient les seuls corps au moyen desquels la digestion s’opère , il ne faut pas croire toutefois qu’il suffirait de mettre en contact les alimens, d’abord avec de la salive et du suc gastrique, et ensuite avec de la bile et du suc pancréatique , pour les convertir successivement en chyle et en excrémens ; il est une cause secrète qui préside à toutes ces transformations et qui réside dans les nerfs : aussi les affections morales influent-elles singulièrement sur la digestion;
i864- Toutes choses égales d’ailleurs, ce sont les ma* tières animales qui sont les plus faciles à digérer, parce qu’elles se rapprochent le plus de notre nature ; et c’est pourquoi sans doute les carnivores ont un tube digestif beaucoup moins long que les herbivores ; ceux-ci ont même souvent plusieurs estomacs.
M. Magendie a fait tout récemment des expériences trèscurieuses sur les propriétés nutritives des substances qui ne contiennent point d’azote ; il a vu que les chiens qu’on ne nourrissait que de sucre, de gomme, d’huile d’olive et d’eau distillée commençaient à maigrir au bout de huit à dix jours ; qu’à partir de celte époque ils maigrissaient de plus en plus , et qu’i-ls mouraient tous dans l’espace de trente à trente-six jours. M. Chevreul, ayant alors analysé leurs urines et leurs biles , trouva que les premières étaient alcalines , et ne contenaient ni acide urique ni phosphate, de même que celles des animaux herbivores , et que les secondes étaient très -chargées de picromel. N’est-il pas probable , d’après cela , que les substances végétales , formées d’hydrogène, d’oxigène et de carbone, ne peuvent être prises comme uniques alimens que pendant un certain temps 5 et que par conséquent il faut que ceux-ci ren-