DE LA BILE
1916. Bile de quelques espèces de poissons. * — Les biles de raie , de saumon, de carpe et d’anguille sont les seules qui aient été examinées, et encore n’en a-t-on pas fait un examen approfondi. On sait seulement que la bile de raie et celle de saumon sont d’un blanc jaunâtre- qu’elles donnent , par l’évaporation, une matière très-sucrée, légèrement âcre, et qu elles ne paraissent point contenir de résine ; que celles de carpe et d’anguille sont très- vertes, trèsamères , non ou peu albumineuses, et qu’on en peut retirer de la soude, de la résine, et une matière sucrée et âcre semblable à celle qui forme la bile de raie et de saumon. Cette matière âcre et sucrée est probablement du picromeh
1917. Bile humaine. — La bile humaine varie en couleur: tantôt elle est verte, presque toujours d’uh brun jaunâtre, quelquefois presque sans couleur; la saveur n’en est pas très-amère. Il est rare que , dans la vésicule, elle soit d’une limpidité parfaite*, elle contient souvent, comme celle du bœuf, une certaine quantité de matière jaune en suspension * parfois cette matière est eu assez grande quantité pour rendre la bile comme grumeleuse. Filtrée et soumise à l’ébullition , elle se trouble fortement et répand rôdeur de blanc d’oeuf. Si on l’évapore jusqu’à siceité , il en résulte un extrait brun, égal en poids à la onzième partie de la bile employée. En calcinant 100 parties de cet extrait, 011 en relire tous les sels qu’on trouve dans la bile de bœuf; savoir : de la soude, de l’ hydro-chlorate, du sulfate, du phosphate de soude, du phosphate de chaux et de l’oxide de fer.
Tous les acides décomposent la bile humaine et y déterminent un précipité abondant d’albumine et de résine , qu’on sépare l’une de l’autre par l’alcool. Il ne faut qu'un gramme d’acide nitrique à 2.5° pour en saturer 100 de bile.
Enfin, lorsqu'on y verse de l’acétate de plomb du commerce, on la transforme en une liqueur légèrement jaune3
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qui ne contient que de l’acétate de soude et quelques traces de matière animale, et dans laquelle on ne trouve point de picromel. De là j’avais conclu que cette dernière substance ne faisait pas partie de la bile humaine : cependant il paraîtrait, d’après les recherches de M. Chevallier, que cette conséquence ne serait pas exacte, et que, pour obtenir le picromel de celte bile , il faudrait seulement 7 avant de la traiter comme celle de bœuf (1912) , en précipiter l’albumine par l’alcool , et chasser celui-ci , par distillation , de la liqueur filtrée.
1918. La bile humaine, à part le picromel , paraît formée d’eau , d’une petite quantité de matière jaune , d’albumine, d’une sorte de résine , et des mêmes sels que ceux qui entrent dans la composition de la bile de bœuf.
1919. Ce n’est que dans certaines maladies du foie qu’elle change de nature : quand cet organe passe au gras7 la bile qu’il sécrète est moins résineuse que dans l’état sain , et quand l’affection est tellement avancée que le foie contient les | de son poids de graisse , alors elle n’est réellement qu’albumineuse : tel est au moins le résultat de six analyses de bile de foie presqu’entièrement gras : l’une de ces biles contenait seulement un peu de résine, et par conséquent était très-sensiblement amère.
De la Nature et de la Formation des Calculs de la vésicule
du bœuf et de V homme.
1920. Il se forme quelquefois des concrétions au sein de la bile : ces concrétions prennent le nom de calculs bi~ Jiaires , et plus souvent celui de calculs de la vésicule v parce qu’on les rencontre bien plus souvent dans cette sorte de réservoir que dans les canaux avec lesquels elle communique.
1921. Calculs de bœuf. — Les calculs de la vésicule de
t)E la. foumAtïon des calcüls , etc. joy
boeuf sont rares ; ils sont assez gros , et on n’en trouve ordinairement qu’un seul dans la même vésicule.
Lorsqu’on examine intérieurement les calculs de la vésicule du bœuf, on voit , avec un peu d’attention , qu’ils ne sont composés que de grumeaux légèrement agglutinés , ou adhérens à peine les uns aux autres. Mais comme ces grumeaux ne sont formés que par le seul principe de labile, que nous avons désigné sous le nom de matière jaune , il faut en conclure , i°. qu’il est des circonstances dans lesquelles cette matière jaune peut se précipiter de la bile; 2°. qu’il n’en est point dans lesquelles la bile peut en abandonner d’autres. En effet, on sait que la matière jaune est insoluble par elle-même , et que, dans la bile, elle est tenue en dissolution par la soude , pour laquelle elle n’a pas une grande affinité. Or , si l’on fait attention- que la bile ne contient que très-peu de soude , dont la majeure partie est même unie avec le picromel et la résine ; si, de plus , on remarque qu’elle contient une quantité variable de matière jaune , on concevra aisément que celle-ci pourra quelque* fois , par rapport à son dissolvant , s’y trouver en excès et s’en déposer. Enfin , si l’on observe que dans la bile , outre la matière jaune , il n’y a que la résine qui soit insoluble dans l’eau , et qui, partant, puisse contribuer à la formation des calculs ; mais que, d’une part, cette résine y est tellement combinée avec le picromel et la soude, que les acides mêmes les plus forts ne peuvent l’en séparer - et que , de l’autre , ees deux derniers corps s’y trouvent dans de tels rapports qu’ils sont loin d’en être saturés , il nerestera plus aucune espèce de doute sur l’exactitude des conséquences précédentes : la formation des calculs biliaires de bœuf est donc facile à expliquer.
1922. Calculs de la vésicule de l’homme. — Les calculs biliaires de l’homme sont beaucoup moins rares que les calculs biliaires du bœuf^ ils sont plus petits et plus nom*
^OO DE LA FORMATION DES CALCULS , etc.
breux. On en trouve quelquefois un très-grand nombre dans la même vésicule : alors ils s’usent les uns contre les autres et présentent ordinairement plusieurs faces. M. Dupuyiren en ayant mis à ma disposition plus de trois cents, j’ai eu occasion de faire sur ces calculs un travail assez complet.
Parmi ces trois cents, dont les uns ont eu pour siège la vésicule , d’autres les canaux chargés de verser la bile dans le duodénum , et d’autres dans le foie, un petit nombre étaient formés de lames blanches , brillantes et cristallines de cholestérine ; beaucoup, formés de lames jaunes, contenaient depuis 88 jusqu a 94cenlîèmes de cette substance, et de 12 a 6 de la matière qui les colorait; quelques-uns, verdis extérieurement par un peu de bile , étaient du reste jaunes dans l’intérieur et semblables aux précédens; plusieurs, re» couverts, en grande partie au moins, d’une croûte brunenoirâtre dans laquelle on ne trouvait que peu de cholestérine, étaient intérieurement encore dans le même cas que ceux-ci; quelquefois c’était la matière noire qui était au centre , et la matière jaune lamelleuse à la partie supérieure ; deux ou trois enfin étaient , depuis le centre jusqu’à la circonférence , bruns-noirs , sans aucun point brillant ou cristallin , et presque sans cholestérine. ïl faut ajouter que dans tous , excepté dans ceux qui étaieut blancs , il y avait quelques traces de bile qu’on pouvait en séparer par l’eau.
Les calculs qu’on trouve quelquefois dans les intestins de l’homme sont encore semblables à ceux de la vésicule : du moins j’en ai analysé deux qui n’en différaient en rien : tous deux contenaient beaucoup de cholestérine en lames grises et jaunes.
Depuis que ees recherches ont été faites, M. Orfila ayant eu occasion d’examiner dîfferens calculs biliaires , en a trouvé un qui ne contenait point de cholestérine, et qui était formé d’une grande quantité de matière jaune et d’une petite quantité de picromei et de matière grasse de la bile;
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{Ann. de Chimie , t. lxxxiv , p. 34- ) M. Caventou vient aussi de rencontrer le picromel dans un calcul du poids de 19, à 1 3 décigrammes. (Journ.de Pharm. , t. m, p. 369.) Ces résultats tendent à prouver que ce corps fait réellement partie de la bile humaine,
La formation des calculs de la vésicule de l’homme pré" sente quelques incertitudes, parce qu’on y rencontre le plus souvent deux matières : la matière jaune et la cholestérine. Or , on conçoit très-bien , à la vérité , le dépôt de la matière jaune dans la bile humaine , puisque cette matière s’y trouve placée dans les memes circonstances , et seulement en moindre quantité que dans la bile de bœuf; mais comment concevoir le dépôt de cholestérine ? Si la cholestérine était un des principes eonstituans de la bile de l’homme , toute espèce de difficulté serait levée; mais on n’y en trouve point , pas même dans celle où se sont formés beaucoup de calculs. Il faut donc admettre, ou que la cholestérine se forme dans le foie, et qu’elle se dépose aussitôt ou presque aussitôt sa formation, ou que la résine de la bile humaine peut passer, dans quelques circonstances, à l’état de cholestérine. Dans l’un et l’autre de ces cas également possibles , on ne saurait douter que le noyau de tous les calculs ne prenne naissance dans les canaux biliaires, et ne soit ensuite entraîné par la bile , quelquefois dans les intestins , et le plus souvent dans la vésicule , où les calculs continuent à s’accroître : c’est ce qu’atteste le grand nombre qu’en contient celle les canaux du foie.
Un de mes grands désirs était aussi de soumettre à l’analyse des calculs biliaires de quelques autres animaux , et je regrette bien , faute d’en avoir pu trouver, de ne pouvoir présenter que des conjectures sur leur nature. Toutefois ces conjectures acquerront un grand degré de pro-' habilité, si l’on observe qu’elles reposent sur la connais**
ci^ et ceux qu’on rencontre dans
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sance exacte des principes constituans de la bile au sein de laquelle ces calculs peuvent prendre naissance. Je dirai donc que s’il existe des calculs biliaires dans le chien , dans le chat , dans le mouton , ainsi que dans la plupart des quadrupèdes , il est probable qu’ils sont tous de la nature des calculs du bœuf, puisque la bile de tous ces animaux se ressemble ; que pourtant celle du cochon doit faire exception; et j’ajouterai que, dans tous les cas, les calculs qui peuvent se former dans la bile des divers animaux ne doivent point ressembler aux calculs gras de l’homme , si ce n’est peut-être ceux des oiseaux, à cause de la petite quantité de soude qu’on rencontre dans leur bile.
Qu’on réfléchisse maintenant sur ce qu’on a dit de la dissolution des calculs dans la vésicule, et i’ori avouera , je pense, qu’on regarde comme bien positif ce qui n’est qu’incertain. Comment croire , en effet , que les calculs de la •vésicule du bœuf disparaissent au printemps , lorsque ces animaux se nourrissent d’herbes fraîches ? On pouvait admettre cette opinion lorsqu’on supposait que ces calculs 11’étaient que de la bile épaissie , et encore ne voit-on pas pourquoi ils ne seraient pas dissous en hiver par l’eau de Ja bile ; mais maintenant qu’on sait qu’ils sont formés d’une matière insoluble dans l’eau , et qui résiste pendant long-temps à l’action des réactifs les plus forts, si on ne la rejette point , du moins est-il bien permis de la mettre au nombre de celles qui sont peu fondées ; car on ne peut la soutenir qu’en l’appuyant de l’observation faite par les bouchers , savoir ; de l’absence en été , et de la présence en hiver de calculs dans la vésicule du bœuf. Or , doit-on avoir une grande confiance dans cette observation ? J’en fais plus que douter, i°. parce que les bouchers , pour la plupart au moins , ont l’habitude de ne jamais tâter les vésicules des bœufs en été; 2°. parce que, de leur aveu , ces calculs sont très-rares en hiver ; et enfin , parce qu’il
DES LIQUEURS ACIDES. ^ î î
m’est arrivé d’en trouver deux en été dans deux vésicules différentes. Il me semble donc que tout ce qu’on peut dire de plus raisonnable à cet égard , c’est qu’il s’en forme peutêtre moins en été qu’en hiver.
La dissolution des calculs , dans la vésicule humaine , par l’éther uni à l’huile essentielle de térébenthine, ne doit pas paraître plus vraisemblable que celle des calculs du bœuf qu’on nourrit d’herbes fraîches , si l’on considère qu’à la température de 36 à 40°, l’éther doit se séparer en grande partie de l’huile essentielle et se volatiliser 5 que, d’ailleurs, on ne peut prendre cette mixtion qu’en petite quantité -, et que, quand bien même on la prendrait à forte dose, il ne saurait en arriver jusqu’à la vésicule, ou qu’il en arriverait si peu que l’action dissolvante serait nulle. Cependant il paraît , d’après l’observation du docteur Durande et de M. Guyton, que l’huile de térébenthine éthérée, plus d’une fois , a fait disparaître tous ceux qui se trouvaient dans ce viscère (3e vol. de la Chim. de Dijon;, p. 32a); mais n’est-ce point en favorisant le transport de la pierre dans les intestins ? Ce qui tend à le faire croire, c’est que MM. Durande et Guyton ont remarqué que deux malades guéris par ce remède avaient rendu de véritables calculs par le bas , quelque temps après en avoir fait usage.
Des Liqueurs acides .
19^3. Les liqueurs acides sont au nombre de trois dans l’homme : l’humeur de la transpiration, l’urine et le lait : la première est celle qui est la moins compliquée dans sa composition , et l’urine celle qui l’est le plus.
De U Humeur de la transpiration.
19^4* L’humeur de la transpiration est séparée du sang dans la peau par des Vaisseaux exhalans ; tantôt elle se dé-
^xa v e l'humeut. de là. smANSPiTiATioir.
gage d’une manière insensible , et tantôt en assez grande quantité pour apparaître sous la forme de gouttelettes : dans ce dernier cas elle prend le nom de sueur.
1935. La sueur de lhomme , dans l’état de santé , rougit d’une manière très-sensible le papier et la teinture de tournesol. Cependant la saveur en est toujours plutôt franche et semblable à celle du sel marin, qu’acide. Quoiqu’incolore , elle fait tache sur les tissus qui la reçoivent. Son odeur est toute particulière, et devient insupportable lorsqu’elle est concentrée : c’est ce qui a lieu surtout lorsqu’on la distille. Elle est formée de beaucoup d’eau , d’une petite quantité d’acide acétique, d’hydro-chlorates de soude et peut-être de potasse , de très-peu de phosphate terreux, d’un atome d’oxide de fer, et d’une quantité inappréciable de matière animale.
M. Berzelius la regarde comme de l’eau tenant en dissolution des hydro-chlorates de potasse et de soude, de l’acide lactique, du lactate de soude, et un peu de matière animale. ( Ann . de Chimie 3 t. lxxxxx , pag. 20.)
Sanctorius est le premier qui se soit occupé de constater la quantité d’humeur que nous rendons par la transpiration : son travail est remarquable, surtout parle nombre d’années qu’il y consacra. Pendant trente ans , il eut la patience de peser tous les alimens qu’il prenait , tous les excrémens solides et liquides qu’il rendait , et de se peser lui -même tous les jours plusieurs fois. Il trouva que toutes les vingt-quatre heures son corps revenait sensiblement au meme poids, et qu’il perdait la totalité des alimens pris ; savoir : les 5 huitièmes par la transpiration et les 3 huitièmes par les excrémens. Ces expériences furent répétées dans presque toutes les parties du monde , en y consacrant toutefois beaucoup moins de temps que Sanctorius ; mais c’est en France seulement que l’on a considéré séparément la transpiration cutanée et la trans-