‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 5)Chapitre 172 sur 182 · DE LA MATIÈRE EXTRACTIVE DU BOUILLON · texte numérisé non relu

DE LA MATIÈRE EXTRACTIVE DU BOUILLON

faitcment pure; elle contient un peu de matière animale, précipitable par une infusion de noix de galle : il faut donc la redissoudre dans l’eau , y ajouter quelques gouttes d’infusion , ou plutôt en telle quantité que la dissolution ne précipite ni par l’infusion même ni par la liqueur primitive. Amenée à ce point, la dissolution donnera la leucine en l’évaporant convenablement. Les propriétés que cette substance possède sont les suivantes : elle a une sa\eur agréable de jus de viande ou de bouillon ; sa densité paraît être moindre que celle de l’eau. Chauffée dans une petite cornue de verre , elle fond , mais seulement bien audessus de 100 degrés , répand une odeur de viande grillée, se sublime en partie sous forme de petits cristaux blancs, grenus , opaques , et du reste se décompose en produisant de l’huile , de l’ammoniaque, etc. Sa dissolution dans l’eau n est troublée par aucun sel métallique , si ce n’est le nitrate de mercure. Lorsque cette dissolution est faite dans l’eau tiède, et qu’on l’abandonne à une évaporation spontanée , il se forme à sa surface beaucoup de petits cristaux , isolés, aplatis, qui ressemblent à des moules de boutons!. Enfin la leucine est capable de s’unir à l’acide nitrique et déformer un composé que M. Braconnot appelle acide nitro leucique. Qu’on dissolve en effet la leucine dans l’acide nitrique, et qu’on évapore la dissolution jusqu’à un certain point, elle se prendra en une masse cristalline, sans qu’il se dégage de vapeur nitreuse, et meme sans qu’il se produise pour ainsi dire de gaz. Si l’on presse ensuite cette masse dans du papier joseph, et qu’on la redissolve dans l’eau, on retirera de celle-ci, parla concentration, des aiguilles fines , divergentes , presque incolores : ce sera le nouveau composé acide. M. Braconnot l’a à peine étudié : il a vu seulement qu’il était différent de l’acide nitrosaccliarique , qu’il s’unissait bien aux bases, qu’il formait avec elles des sels qui fusaient sur les charbons ardens ,

que le nitro-leucate de chaux et celui de magnésie étaient inaltérables à Pair. ( V oyez les observations faites au sujet de ces acides , page 53s de ce volume. )

Lorsqu’on traite, comme nous venons de le dire, la chair musculaire par l’acide sulfurique, il se forme diverses substances , outre la leucine. Sans compter l’ammoniaque déjà nommée, il y en a au moins deux : l’une reste en dissolution dans 1 alcool avec une certaine quantité de leucine ; l’autre est insoluble dans ce réactif. Ajoutons actuellement que, tant qu’on n’aura point fait l’analyse de toutes ces substances , et qu’on n’aura point comparé leur poids à celui de la fibre , il sera impossible d’établir la théorie de leur formation, etc.

Des Cheveux , des Poils, de la Paine , des Ongles f

de la Corne .

T979‘ Cheveux. — C’est à M. Yauquelin que nous sommes redevables de tout ce que nous savons sur la nature des cheveux. Il résulte de ses expériences ( Ann. de Cliirn. , tom. lviii):

i°. Que les cheveux noirs sont formés de neuf substances différentes • savoir : d’une matière animale semblable au mucus , qui en fait la plus grande partie • d’une petite quantité d’huile blanche concrète , et d’une autre d’un noir verdâtre, épaisse comme le bitume; d’un peu de phosphate de chaux , de carbonate de chaux, d’oxide de manganèse et de fer oxidé ou sulfuré ; d’une quantité notable de silice et d’une quantité plus considérable de soufre.

2°. Que les cheveux rouges ne diffèrent des cheveux noirs qu’en ce qu’ils contiennent de l’huile rouge au lieu d’huile d’un noir verdâtre , et moins de fer et de manganèse.

DES CHEVEUX, DES POILS, DE LA LAINE, etC. ^65

3°. Que ceux qui sont blancs renferment un peu de phosphate de magnésie, et contiennent d’ailleurs les memes substances que ceux qui sont noirs ou rouges , moins l’huile colorée.

4°. Que les noirs doivent leur couleur à l’huile noire et probablement au fer sulfuré ; les rouges , à l’huile rouge , et les blancs , à ce qu’ils ne contiennent ni huile colorée ni fer i/uifuié.

Soumis à la distillation , les cheveux se décomposent , donnent de l’huile , du carbonate d’ammoniaque, etc., et 0,28 à o,3o de charbon. L’air ne les altère point. Il n’est aucune substance animale qui résiste autant qu’eux à la décomposition putride. Ils ne se dissolvent dans l’eau qu’à un certain nombre de degrés au-dessus de ioo° : aussi n’en peut-on opérer la dissolution dans ce liquide qu’au moyen du digesteur de Papin. Toutefois il ne faut pas trop élever la température *, car le mucus , qui constitue la majeure partie des cheveux, loin de se dissoudre, se décomposerait et se transformerait en acide carbonique , en carbonate d’ammoniaque, etc. Dans tous les cas, il se dégage une certaine quantité de gaz hydrogène sulfuré; il s’en dégage d’autant plus , que la température est plus élevée, ce qui semble annoncer que ce gaz est du à un commencement de décomposition.

L’eau chargée d’une petite quantité de potasse caustique, par exemple, de 4 centièmes, dissout bien mieux les cheveux que l’eau pure. Lorsqu’on traite ainsi les cheveux noirs et les cheveux rouges , il se dégage, pendant la dissolution , de 1 hydro-sulfure d’ammoniaque , qui provient fans doute de ce qu’une petite pbrtion de la matière se décompose , et l’on obtient; savoir : avec les cheveux noirs, un résidu noir formé d’huile épaisse , de fer et de soufre , et avec les cheveux rouges, un résidu composé d’huile jaune, <le soufre et d’un alôme de fer.

Les acides agissent diversement sur les cheveux. L’acide sulfurique et l’acide hydro-ehlorique , étendus d’eau, après s’être colores en rose, les dissolvent. L’acide nitrique les jaunit d’abord, il les dissout ensuite à l’aide d’une douce chaleur, en isole l’huile, et les décompose complètement : de cette décomposition résultent de l’acide oxalique , de l’acide sulfurique en raison du soufre que contiennent les cheveux, delà matière amère, etc. (1772). Le premier effet du chlore est de les blanchir 5 bientôt après il les ramollit , et les réduit en pâte visqueuse et transparente comme de la térébenthine.

L’alcool bouillant nous offre aussi des phénomènes remarquables dans son action sur les cheveux 5 il en dissout les matières huileuses : celle qui est blanche se dépose , par le refroidissement de la dissolution , sous forme de petites lames brillantes ; celle qui est noire ne s’en sépare que par l’évaporation 5 il en est de même de celle qui est rougë. On remarque qu’en traitant ainsi les cheveux rouges , ils deviennent bruns ou châtains foncés,

Enfin , mis en contact avec les cheveux rouges , châtains et blancs , les sels de mercure , de plomb, de bismuth , ou leurs oxides , les font passer au noir ou au violet foncé : alors il se forme sans doute un sulfure métallique. Lorsqu’on veut faire usage des sels , il faut les étendre d’une grande quantité d’eau ; lorsqu’on veut se servir des oxides , il faut les employer très-divisés et récemment précipités. J’ai quelquefois vu la recette suivante réussir assez bien. L’on prend une partie de litharge réduite en poudre trèsfine , une demi-partie de chaux éteinte et une partie de craie -, après avoir mêlé ces trois substances intimement , on délaie le mélange dans l’eau, de manière à lui donner la consistance d’une bouillie épaisse ; on applique une petite couche de cette bouillie sur du papier , et l’on s’en sert

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