‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 5)Chapitre 27 sur 182 · DE L’ACIDE FUNGIQUE. I · texte numérisé non relu

DE L’ACIDE FUNGIQUE. I

- Avec la baryte, un sel difficilement cristaïlisable,

soluble dans i5 fois son poids d’eau à la température ordinaire.

- Avec la potasse et la soude, des sels incristalli-

sables, très-solubles dans Peau , insolubles dans l’alcool.

- Avec l’ammoniaque , un sel acidulé cristallisant

en hexaèdres parfaitement réguliers.

- Avec la magnésie , un sel assez soluble dans Peau*

et en petits cristaux grenus.

- Avec l’alumine, un sel incristallisable et qui ressemble à de la gomme.

- - Avec le protoxide de manganèse , un sel semblable

au fungate d’alumine.

- - Avec l’oxide de zinc , un sel médiocrement soluble dans l’eau, et cristallisant bien.

Enfin , versé dans la dissolution d’acétate de plomb , l’acide fungique produit un dépôt blanc , floconneux , soluble dans le vinaigre distillé. Il ne trouble point la dissolution de nitrate d’argent *, il ne possède cette propriété qu’autant qu’il est uni aux alcalis.

* De V Acide gallique.

i3^6. État naturel , Préparation. — L’acide gallique, découvert par Schéele en 1786, n’existe jamais qu’uni au tannin. On le trouve particulièrement dans la noix de galle et dans la plupart des écorces. C’est toujours de la noix de galle qu’on l’extrait. On a proposé à cet effet plusieurs procédés : nous ne parlerons que de celui de Schéele , et de celui qui m’a été communiqué par M. Barruel , préparateur à l’Ecole de Médecine.

Suivant Schéele , après avoir pulvérisé la noix de galle , il faut la faire infuser trois ou quatre jours avec 8 parties

D E S ACID £ S M A T,U R E L S.

d’eau ,* et l’exposer à .Pair en la couvrant d’un papier troué* Dans l’espace d’un à deux mois , l’infusion s’évapore presque entièrement , et il se forme peu à peu de la moisissure à sa surface et. un précipité cristallin. La moisissure étant enlevée;, on exprime le dépôt dans un linge, puison le traite par Peau bouillante. La dissolution est soumise à une douce évapôraliôn , et par le refroidissement il s’en sépare des cristaux d’acide galiique , grenus et étoilés , de couleur grisâtre. Ces cristaux sont Lapide tel que Schéele Pa obtenu. Dans cet état , ils retiennent évidemment une petite quantité de matière étrangère qui les colore en gris. Le meilleur moyen de les purifier consiste à les mettre dans un matras à long col , avec 8 parties d’eau et de partie de charbon animal trés-divisé ( a ) , à tenir la liqueur à la température d’environ 8o° pendant un quart d’heure et à la filtrer: elle ne tarde point à se prendre en une masse très-blanche qui est Pacide même 5 il ne faut plus alors que le faire égoutter sur un filtre , ou le presser fortement dans une toile fine- pour l’avoir très-pur, (M. Braconnot , Ann. de Chim , et de Plvys.3 t. ix.)

De s5o grammes de noix de galle, M, Braconnot a re«^ tiré dernièrement, par ce procédé, jusqu’à 5o grammes d’acide : seulement il n’a pas tout-à-fait opéré comme nous venons de le dire. L’infusion fut faite avec /i parties d’eau au lieu de 85 passée d’abord à travers une toile , elle fut ensuite filtrée , puis versée dans une carafe de verre , qui resta couverte d’un papier et abandonnée à elle-même , à la température de 18 à 25°,. pendant deux mois. Au bout de ce temps , il s’était formé un grand dépôt conternant beaucoup d acide gallique. Alors la liqueur , à la surface de laquelle il y avaitune couche demoisissure et qui

(a) Ce charbon est le noir d’ivoire da commerce, traite par l’acide hydropblorique pour dissoudre les matières calcaires qu’il contient, et layè ^ grande ean,

DE L ACIDE &AJ-L1QUE, c’avait pas subi d’évaporation sensible, fut décantée et séduite en consistance sirupeuse 5 elle fournit en vingtquatre lieuses, par ce moyen , une nouvelle quantité d’acide. Le marc des 25 o grammes , humecté et abandonné à la fermentation en même temps que Finfusion, en donna lui-même aussi , de telle manière, en un mot, que la quantité d’acide obtenu se trouva équivaloir à la 5e partie île la noix de galle employée. ( Ann . deChim. et de Phys. , loin. îx, pag. 18 1. )

Le dépôt qui se forme dans Finfusion de noix de galle abandonnée à elle -même, n’est pas composé uniquement d’acide gallique et d’une matière qui le colore * il contient en outre un peu de galiate et de sulfate de chaux , et un nouvel acide qui a été signalé pour la première fois par M. Clievreul , en j8i5, acide sur lequel M. Braconnot a fait des observations en 1 8 1 8, et qu’il a proposé d’appeler acide ellagique , du mot galle renversé. Probablement que cet acide n’existe pas dans la noix de galle. S’il en est ainsi, l’on pourra interpréter comme il suit ce qui se passe dans la préparation de l’acide gallique. L’eau se charge de cet acide et de tannin *, celui-ci est décomposé avec le temps par le contact de l’air : de cette décomposition résultent divers produits, particulièrement de l’acide ellagique et de la moisissure. L’acide ellagique, qui est insoluble, entraîne avec lui la majeure partie de l’acide gallique , et forme le dépôt cristallin jaunâtre • mais l’eau bouillante enlève Facide gallique à l’acide ellagique : de là le moyen de les séparer, etc.

Le procédé qui m’a été communiqué par M. Barruel est beaucoup plus simple que le précédent , puisque, d’après ce procédé , pour obtenir l’acide gallique , il suffirait de verser de la dissolution de blanc d’œuf dans Finfusion de noix de galle jusqu’à ce que celle-ci cesse de se troubler , d’évaporer alors jusqu’à siccité la liqueur clarifiée, de traitera chaud le résidu par l’alcool, de filtrer la nbu«

DES ACIDES NATURELS

vellc liqueur et de la concentrer au point convenable pour que l’acide gallique cristallise; mais si , par ce procédé , on peut exil aire en très-peu de temps de l’acide gallique, la quantité qu’on en retire est bien moindre que par l’autre.

r 3^ 7 . L’acide gallique bien pur se dépose de sa dissolution dans i’eau chaude en fines aiguilles soyeuses , aussi blanches que la neige. Il rougit très -'bien la teinture de tournesol ; et cependant sa saveur est faible : cette saveur, tout en rappelant celle des autres acides , laisse dans la bouche une impression sucrée, analogue à celle de la douce-amère.

Soumis à l’action du feu dans une cornue, il s’en décompose une petite partie ; l’autre se vaporise et cristallise en lames blanches et brillantes dans le col du vase. Lorsqu’on le fait passer à travers un tube incandescent , sa décomposition est totale , et donne lieu à tous les produits qui proviennent de la décomposition des matières végétales (i2^5). Il n’attire point l’humidité de l’air. Selon Richter, il se dissout dans trois fois son poids d’eau bouillante, et seulement dans vingt fois son poids d’eau froide. 11 est très-soluble dans l’alcool. Sa dissolution aqueuse, exposée à l’air , fiait par se couvrir de moisissure.

L’acide gallique sb combine avec toutes les bases salifiables ; il nous offre dans ces combinaisons des phénomènes remarquables : si l’on verse peu à peu de l’acide gallique en dissolution , dans de l’eau de chaux , ou de baryte , ou de strontiane, il eu résultera d’abord un précipité d’un blanc verdâtre; à mesure que la quantité d’acide augmentera , le précipité tournera au violet , et enfin disparaîtra : la liqueur aura alors une teinte rougeâtre. Les dissolutions de potasse, de soude et d’ammoniaque ne sont point troublées par l’acide gallique ; elles prennent seulement une teinte fauve.

Parmi tous les sels , il n’y a , pour ainsi dire , que ceux qui sont à base de deutoxide et de tritoxide de fer qui soient décomposés par l’aeide gailique pur. Cet acide forme un précipité bleu dans les premiers , et d’un brun noir dans les seconds. Lorsqu’au contraire l’acide gailique est uni au tannin , il décompose presque tous les sels des quatre dernières sections. (Voyez Tannin , section vil.)

Impur, il trouble la dissolution de gélatine; mais dès qu’il est purifié , il cesse de la troubler.

Composition . — Il est formé de 67,08 de carbone, de 37,89 d’oxigène et de 5,o3 d’hydrogène, ou de 1 volumes d’hydrogène, 2 de vapeur de carbone, 1 d’oxigène. (Berzelius.)

Usages. — On ne se sert de l’acide gailique pur que dans les laboratoires , comme réactif : mais uni au tannin , on l’emploie fréquemment en teinture.

Des Gallates.

1877 bis. Ce genre de sels a été à peine étudié; c’est pourquoi nous n’aurons presque rien à ajouter à ce que nous en avons dit en traitant des sels en général, et de l’acide gailique en particulier.

Il paraît qu’il n’y a que les gallates de potasse, de soude, d’ammoniaque , et les gallates à bases végétales qui soient solubles. La plupart sont colorés ; ils le sont diversement, en raison de la quantité plus ou moins grande d’acide qu’ils contiennent. Les sous-gallates de baryte, de strontjane et de chaux sont violets, et les gallates acides d’un brun rouge ; ledeuto-'gallate de fer est bleu , le ti ito-gallate d’un gris noir.

Presque tous les gallates se dissolvent dans les acides forts qui sont capables de former des sels solubles avec leurs oxides. Ceux de fer sc dissolvent non-seulement dans un excès d’acide oxalique, mais encore dans le sel d’opeille. En se dissolvant ainsi , les gallates perdent telles

124 DES ACIDES NATURELS

ment leurs couleurs que la liqueur devient d’un jaune fauve. C’est sur cette propriété qu’est fondé l’usage qu’on fait du sel d’oseille pour enlever les taches d’encre de dessus le linge , taches qui toutefois peuvent disparaître plus facilement encore dans le chlore liquide.

Aucun gallate n’existe dans la nature. On doit faire directement ceux qui sont solubles , et tenter la voie des doubles décompositions pour obtenir, ceux qui sont insolubles.

M. Berzelius admet que dans ces sels neutres la quantité d’oxigène de l’oxide est à la quantité d’acide comme i à 7,918.

De l'Acide igasurique .

‘ v -Mr ; ' ' V" ’ ?"•••’' ' ' *> ; 1 nv - ' *

1878. MM. Pelletier et Caventou , dans leurs belles recherches sur la fève Saint-Ignace , sur la noix 'vomique , et sur le bois de couleuvre (plantes du genre stiychnos) , ayant observé que ces substances contenaient une nouvelle base végétale (la strychnine) en combinaison avec un acide , cherchèrent à isoler celui-ci pour en reconnaître la nature. Il leur sembla nouveau, et crurent devoir en conséquence l’appeler acide igasurique , du nom malais par lequel les indigènes désignent, aux Grandes-Indes, la fève de Saint- Ignace : cette fève , selon les auteurs du Mémoire , est composée ,

i°. d’ieasuratede strychnine ; x°. d’un peu de cire )

3°. d’une huile concrète ;

4°. d’une matière colorante jau- » ne.

5°. de gomme.

6°. d’amidon j 70. de bassorine j 8°. de fibre végétale.

Voici le procédé qu’ils suivent pour extraire cet acide. Après avoir divisé la fève de Saint-Ignace avec la râpé , ils la traitent par l’éther sulfurique dans le digestèür à

DE L’ACIDE IGASl'UQUE. Io5

soupape (< a ) , et dissolvent ainsi l’huile concrète et un peu d’igasurate de strychnine : lorsque l’éther est sans action sur la poudre, ils la mettent à plusieurs reprises en contact avec de l’alcool bouillant qui se charge de l’huile échappée à l’action de l’éther , de cire qui se dépose en partie par le refroidissement , d’igasurate de strychnine , et de matière colorante. Toutes les décoctions alcooliques sont réunies , filtrées et évaporées -, le résidu , d’un jaune brun , est délayé dans l’eau ; on ajoute de la magnésie, et on fait bouillir le tout ensemble pendant quelques minutes: par ce moyen , l’igasurate est décomposé, et de cette décomposition résulte de la strychnine libre et un sous-igasurate de magnésie très-peusolubledansl’eau.Bes lavages d’eau froide enlèvent presque complètement la matière colorante ; au moyen de l’alcool bouillant, on sépare ensuite la strychnine , qui se dépose par le refroidissement. Enfin pour obtenir l’acide igasurique du sous-igasurate de magnésie qui reste uni à une petite quantité de matière colorante , il faut dissoudre le sel magnésien dans une grande masse d’eau distillée bouillante, concentrer la liqueur, et y ajouter de l’acétate de plomb , qui précipite tout de suite l’acide igasurique à l’état d’igasurate, et décomposer ce dernier sel par l’hydrogène sulfuré, en procédant à cette décomposition comme à celle de l’oxalate de plomb (i346). Les propriétés que possède cet acide ont été décrites par les auteurs comme il suit. « Evaporé à consistance de sirop » et abandonné à lui même , il cristallise en petits cris- » taux durs et grenus. 11 est très- soluble dans l’eau et dans » l’alcool. Sa saveur est acide et très-styptique. Il s’unit » aux bases alcalines et terreuses , et forme des sels so-

(a) Instrument au moyen duquel on peut e'iever Petberà une température plus grande que ceile * laquelle il entre en ébullition sons la pression Oidi-

naire.

ICl6 DES ACIDES NATURELS.

» lubies dans l’eau et dans l’alcool. Sa combinaison avéë r la baryte est très-soluble, et cristallise difficilement et en » champignons. Sa combinaison avec l’ammoniaque, parj) faitement neutre, ne forme pas de précipité dans les 5> sels d’argent , de mercure et de fer ; mais elle se com- » porte avec les sels de cuivre d’une manière particulière, m et qui semble caractériser l’acide des strychnos ( car ce » meme acide se rencontre dans la noix vomique et le » bois de couleuvre) : cet cilet consiste dans la décom- » position des sels de cuivre par sa combinaison ammo- » niacale ; ceux-ci passent de suite au vert , et il se dé- » pose peu à peu un sel d’un blanc verdâtre , très-peu » soluble dans l’eau. L’acide des strychnos semble par là » se rapprocher de l'acide méconique; mais il en diffère » essentiellement par son action sur les sels de fer : ceux-ci 7) prennent sur le-champ une couleur rouge très-foncée » avec l’acide méconique, effet que ne produit pas l’acide » des strychnos. Nous croyons donc devoir regarder, jusqu’à » nouvel ordre, mais sans oser l’affirmer , l’acide en ques- » tion comme particulier, et le désigner sous le nom » d’ acide igasurique , etc. »

On voit donc que les auteurs ne regardent pas leurs expériences comme décisives. Devaient-ils , d’après cela , lui donner un nom spécial ? Je ne le pense pas. C’est à eux-mêmes que je soumets cette observation. ( Annales de Chirru et de Phys . , t. x , p. 1 4^. )

De V Acide hinique,

1878 his. Propriétés. — L’acide kiniquepura une saveur assez forte qui n’a rien d’amer. Son action sur la teinture de tournesol est très-grande. Il ne cristallise que difficilement. Ses cristaux sont des lames divergentes dont la forme n’a point encore été bien déterminée.

DE L’ACIDE Kl NIQUE. 127

Soumis à l’action du feu dans une cornue , il entre promptement en fusion, bouillonne, se décompose, noircit, et donne en général tous les produits qui proviennent de la distillation des substances végétales. L’air ne l’altère point. Il est très-soluble dans l’eau : aussi sa dissolution , soumise à une évaporation Spontanée, se réduit-elle en un sirop épais avant de cristalliser.

Les sels qu’il forme avec les alcalis et les terres sont solubles et cristallisables *, enfin il ne précipite point les nitrates d’a'gvnt , de mercure et de plomb.

Etat naturel , P réparation. — L’acide kinique ne s’est trouvé jusqu’ici que dans le quinquina. Il y est uni à la chaux.

Lorsqu’on veut l’extraire, il faut commencer par se procurer le kinate de chaux pur. Ou fait infuser a plusieurs reprises le quinquina en poudre dans de l’eau chaude, et on réduit la dissolution en consistance d’extrait. Ln traitant celui-ci par l’alcool, on dissout toute la partie résineuse, et l’on obtient lin résidu visqueux , de couleur brune , qui n’a presque plus de saveur amère , et qui est formé de kinate de chaux et d’une matière mucilaginense. On dissout ce résidu dans l’eau y on filtre la liqueur et on la soumet à une évaporation spontanée, dans un lieu chaud : elle devient épaisse comme une sorte de sirop , et laisse alors déposer peu à peu des lames , tantôt hexaèdres , tantôt rbomboïdales , quelquefois carrées , et toujours un peu colorées en brun-rougeâtre. Ces lames , qui sont le kinate de chaux, doivent être purifiées par une nouvelle cristallisation.

S’étant ainsi procuré le kinate de chaux , on le dissout dans dix à douze fois son poids d’eau , et l’on verse peu à peu dans la liqueur de l’acide oxalique en dissolution faible , jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité *, par le filtre, on sépare le précipité, qui n’est formé que d’oxa-

DES ACIDES WATUUEL S.

latc de chaux \ et par l’évaporation de la liqueur, Fon obtient l’acide kinique en cristaux. Celte évaporation doit être spontanée. ( C oyez le Mémoire de M. Vauquelin , Ann. de Chimie , tom. lix, p. 162.)

Les kinates n’ont point encore été examinés.

De ï Acide de la Laque en bâton , ou de T Acide

laccique.

1 3^8 ter. La laque en bâton contient, suivant M. John, ua acide particulier qui n’a encore été que peu examiné. Nous nous contenterons de rapporter ici la note qu’011 trouve sur rextractîon et les propriétés de cet acide dans les sînnciles de Chimie et de Physique , tom. r , p. 44^ 5 note qui est Extraite du Journal de M. Schweiger, vol. xv , p. no. « M. John, après avoir pulvérisé la laque, la lave avec )) de i’eau, jusqu’à ce qu’elle ne lui communique plus de » couleur ; et , par l’évaporation , il obtient un résidu qu’il )) traite par l’alcool. La dissolution alcoolique, évaporée » à siecité , laisse un autre résidu qui, à son tour, est « traité par l’éther, et ce dernier laisse enfin une masse » sirupeuse d’un jaune de vin clair., qui, dissoute dans )) un peu d’alcool, laisse précipiter de la résine par l’ad- )> dilion de l’eau. Le liquide contient l’acide nouveau » combiné avec très-peu de potasse et avec des traces do )> chaux*, mais 011 peut l’en séparer en y versant une dis- » solution d’acétate de plomb, et en décomposant le pré- )> cipité par une quantité d’acide sulfurique justement » égale à celle qui est nécessaire pour saturer le plomb.

)> Cet acide a les propriétés suivantes : il est suscep * » tible de cristalliser $ il a une couleur d’un jaune de vin )> très-clair -, sa saveur est acide , et il est soluble dans » l’eau , l’alcool et l’éther.

» Il précipite en blanc les dissolutions de plomb et

1)E l’â CIRE MÉCONIQUE* 12g

» de mercure*, mais il ne trouble point l’eau de chaux, ni » les nitrates d’argent et de baryte.

» Seul ou combiné, il donne un précipité blanc avec » les sels oxidés de fer.

» Ses combinaisons avec la chaux , la soude et la po- » tasse , dont l’auteur n’a pu encore déterminer la forme » cristalline, sont déliquescentes, et se dissolvent dans « l’eau. »

De V Acide mé conique.

iSyg. L’acide méconique, dont la découverte toute récente est duc à M. Sertuerner , pharmacien à Eimbeek , ne se trouve que dans l’opium. Le meilleur procédé que nous connaissions pour l’extraire est celui qui nous a été indiqué par M. Robiquet. D’abord on se procure du sousmécouate de magnésie , qui est insoluble , en faisant bouillir, pendant un quart d’heure, une infusion d’opium avec une petite quantité de cette base , filtrant la liqueur 4 lavant le dépôt à l’eau froide , et le traitant successivement avec de l’alcool faible et de l’alcool concentré (i4^6 et 1686) 5 i on verse ensuite de l’acide sulfurique très-affaibli sur le méconate de magnésie , qui, quelque chose que l’on fasse, retient toujours un peu de matière colorante : il en résulte bientôt, surtout à l’aide de la chaleur, une dissolution de couleur brune. A cette dissolution l’on ajoute de J’hydrochlorate de baryte lui-même dissous, et à l’instant même il se forme un précipité légèrement rosé de méconate et de sulfate de baryte. Le précipité étant lavé est mis à chaud en macération , pendant long-temps , avec de l'alcide sulfurique faible , pour décomposer le méconate de baryte que la substance colorante déjà citée rend beaucoup plus stable qu’il ne l’est dans son état de pureté, et qui rend aussi l’acide méconique beaucoup moins soluble 5 alors on filtre, on lave le résidu avec beaucoup d’eau , et l’on fait évaporer

11 ES ACIDES NATURELS

toutes les liqueurs réunies : l’acide méconique s’en sépare, même à chaud , dès qu’ elles sont suffisamment concentrées , sous forme de petites ramifications ou de houppes rayonnées d’un jaune rougeâtre. Pour l’obtenir pur, il faut le laver dans une petite quantité d’eau froide , le bien sécher , et le sublimer à une chaleur douce et long-temps continuée. Par ce moyen il se vaporise d’abord de l’eau ; l’acide se sublime ensuite, et la matière colorante reste au fond de la cornue.

L’acide méconique, ainsi préparé, est blanc 5 la forme qu’il affecte varie : il est tantôt en longues aiguilles , tantôt en lames carrées , et tantôt en ramifications formées par des octaèdres très-allongés. Une température de 120 à 120° suffit pour le fondre, et dès qu’il est en fusion il commence à se sublimer. L’on observe que cette sublimation peut être faite sans que l’acide s’altère en aucune manière , pourvu que la chaleur soit bien ménagée , et l’on remarque de plus que , comme il est très-fusible , les cristaux qui apparaissent d’abord à la voûte de la cornue finissent par se réunir et se prendre en une seule masse.

L’acide méconique rougit très-bien le tournesol 5 il est très-soluble dans l’alcool et dans l’eau. Il forme avec la potasse, la soude, l’ammoniaque, la chaux, la morphine, la baryte, des sels que l’eau dissout plus ou moins facilement. Avec les dissolutions de fer peroxidé , il donne une couleur rouge des plus intenses , sans y produire de précipité. Il détermine , dans la dissolution de sulfate de cuivre, au bout d’un certain temps, un dépôt pulvérulent d’un jaune pâle 5 mais d’abord la dissolution saline prend une très-belle teinte d’un vert émeraude. Enfin , l’acide méconique finit aussi par troubler la dissolution de sublimé corrosif.

Mais, puisque l’acide méconique pur ne trouble point l’eau de barytp, et que, uni à la substance colorante, iî forme un précipité même dans l’hydro-chlorate de baryte ,

il faut en conclure que cette substance augmente singulièrement son affinité pour cette base, et qu’il serait possible qu’on ne retirât point, par le procédé indiqué, tout l’acide méconique contenu dans l’opium. C’est en effet ce qui a lieu : une partie de l’acide reste en dissolution.

( Voyez le Mémoire de M. Sertuerner , Ann. de Chimie et de Physique , t. v , pag. 21 5 et celui de M. Robiquet y tom. y , pag. 280. )

De V Acide mcllitique.

i38o. Etat naturel , Préparation. — L’acide melîitique ne se trouve dans la nature qu’uni à l’alumine 5 il forme avec cette base Yhonigstein , qu’on appelle encore pierre de miel ou mellite (a).

M. Klaproth, qui a découvert cet acide, l’extrait de la mellite de la manière suivante. Après avoir pulvérisé cette substance, il la traite à plusieurs reprises par l’eau bouillante ; il dissout ainsi la majeure partie de l’acide , et trèspeu d’alumine. La liqueur étant filtrée, il la concentre au bain-marie, et la mêle avec de l’alcool, qui en précipite sans doute l’alumine. Filtrée de nouveau, il la fait évaporer à une douce chaleur jusqu’à siccité, et par ce moyen il obtient une masse friable, d’un blanc jaunâtre, grasse au toucher, dont il opère la solution dans l’eau froide. Cette solution, concentrée peu à peu, laisse déposer de petits cristaux que l’on purifie en les dissolvant , et en soumettant la nouvelle dissolution â une évaporation spontanée.

(«) Celte substance, decouverte par Verner en 1^90, est très-rare; on ne Ta rencontrée jusqu’à présent qu’à Arten en Thutinge, dans des couches de bois fossile , et en Suisse. Elle est ordinairement sous forme Je petits cristaux octaédriques rarement bien transparens. Elle est d’un jaune de ntiel on d’ambre, fragile, cassante, tendre et facile à pulvériser. Sa pesanteur spécifique est de 1,55.

Suivant M. Klaproth, elle est formée de 46 d’acide, 16 d’alumine et 38 d’eau. M. Yauquelin y admet un peu de silice et de chaux.

11 ES ACIDES NATURELS

Au lieu de suivre le procédé que nous venons de décrire , il vaudrait peut-être mieux traiter à chaud la meliite par une dissolution de sous-carbonate de potasse • il en résulterait un dégagement de gaz acide carbonique , un résidii alumineux et une dissolution contenant du mellitate de potasse et un peu d'alumine unie à l’excès de sous-carbonate de potasse. En versant dans cette dissolution un petit excès d’acide acétique, on décomposerait le souscarbonate alcalin $ ajoutant ensuite de l’acétate de plomb ordinaire , il se formerait du mellitate de plomb insoluble, d’où l’on extrairait l’acide de la même manière que l’acide oxalique de l’oxalate de plomb (i346).

i38i. Propriétés. — L’acide mellitique a une saveur qui d’abord est aigre , puis amère ; il cristallise en petits prismes durs, isolés, ou en aiguilles fines formant quelquefois, par leur réunion , une masse globulaire. M. Kîaproth pense qu’il n’acquiert la propriété de cristalliser qu’en absorbant l’oxigène.

Mis sur une plaque chaude, il se décompose en donnant lieu à une fumée grise qui n’affecte point l’odorat : lorsque la décomposition se fait dans une cornue , l’on obtient un résidu charbonneux, et en général tous les produits qui proviennent de la distillation des matières végétales.

Il paraît qu’il n’est pas très -soluble dans l’eau. Son action sur l’acide nitrique est nulle. Il forme dans les eaux de chaux, de baryte, de strontiane , des précipités blancs, solubles dans l’acide nitrique ou l’hydro-chlorique. Il en forme aussi de blancs dans l’acétate de baryte , dans l’acétate de plomb et dans le nitrate de mercure. Ceux qu i! , produit dans l’acétate de cuivre et le nitrate de fer sont: le premier , vert ; et le second , de couleur isabelle. Ces divers précipités ont tous la propriété de se dissoudre dans l’acide nitrique.

L’acide mellitique ne trouble point la dissolution de

DE L’ACIDE M É NI SPE RMIQUE. l33

ï’hydro'-chlorate de baryte : cependant , quelque temps après qu’il y est verse, il détermine la formation de cristaux en fines aiguilles très-transparentes. Il n’opère aucun changement dans les dissolutions de nitrate d’argent et d’hydrochlorate de cuivre.

Combiné avec la potasse, il forme un sel neutre soluble qui cristallise en longs prismes groupés. Lorsqu’on verse dans la dissolution concentrée de ce sel un peu d’acide nitrique, il s’en sépare des cristaux de mellitate acide de potasse. Ce mellitate acide précipite la dissolution d’alun , propriété que n’a pas l’oxaîate acide de potasse. La soude et l’ammoniaque forment aussi avec l’acide mellilique , des sels neutres solubles et cristallisables. Les cristaux de mellitate de soude sont des cubes ou tables triangulaires, tantôt isolés , tantôt groupés. Ceux de mellitate d’ammoniaque sont de beaux prismes à six pans , qui perdent bientôt leur transparence à l’air , et prennent une couleur blanche d’argent. (Voyez Dictionnaire de MM. Kîaproth et Wolff; et les Ann . de Chimie , t. xxxvi , p. 9q3 ; et t. xliv , p. 9.3^. )

On n’a pas encore étudié les mellitates d’une manière particulière.

De f Acide m en isperm iqu e .

1 38 1 his. M. Boullay croit avoir rencontré, dans lemenispermum cocculus , un nouvel acide qu’il a proposé d’appeler acide ménispermique . Les principaux caractères de cet acide sont :

i°. De ne pas troubler l’eau de chaux , de former avec la baryte un sel peu soluble ;

90. De précipiter le nitrate de mercure en gris , le nitrate d’argent en jaune foncé , l’hydro-chlorate d’étain en jaune, l’hydro-chîorate d’or en rouge brun 5

3°. De ne point agir sur la dissolution de proto-sulfate

DES ACIDES NATURELS

de fer, et de déterminer sur-le-champ, dans celle du deutosulfate, un précipité vert très-foncé et très-considérable;

4°. De former un précipité très-abondant dans Ja solution de sulfate de magnésie ;

5°. Enfin , de ne point être converti en acide oxalique par l’acide nitrique.

Un acide qui posséderait ces diverses propriétés serait nouveau, sans aucun doute , s’il était pur. Mais celui sur lequel M. Boullay a fait ses expériences ne me paraît point être dans ce cas. Il était incristailisable , coloré, et encore amer; ce qui prouve qu’il retenait un peu de picrotoxine et de matière jaune ; peut-être ne doit-il qu’à ces substances Faction qu’il exerce sur les corps. Il est donc nécessaire de le purifier et de lui faire subir de nouvelles épreuves , avant de le classer parmi les acides.

Du reste , voici l’un des procédés par lesquels M. Boullay le prépare. On verse du nitrate de baryte dans une forte infusion ou une décoction de coques du Levant ( menispermum cocculus ) ; il se forme un précipité abondant de ménispermate de baryte coloré par une matière extractive. Le précipité est recueilli sur un filtre et lavé avec de l’alcool pour le priver de cette matière ; alors on traite le dépôt desséché par son poids d’acide sulfurique mêlé de moitié d’eau ; le ménispermate est décomposé, et l’acide de ce sel se trouve en dissolution dans la liqueur, etc. ( 2e Thèse soutenue devant la Faculté des Sciences , en 1818.)

De T Acide morique.

i382. L’acide morique, découvert en i8o3 par M. Kîaproth , n’existe qu’en combinaison avec la chaux. Cette combinaison se trouve sur l’écorce du morus alha ou mûrier blanc, en petits grains, d’une couleur d’un brun jaunâtre et noirâtre.

DE l’acide SüCCISIQUE, i 35

Pour obtenir l’acide morique , on. traite à chaud , par line grande quantité d’eau distillée , l’écorce du mûrier recouverte de morale de chaux : .ce sel se dissout ; on l’obtient par l’évaporation. Alors on fait bouillir le morate de chaux avec un excès de dissolution d’acétate de plomb : il en résulte de l’acétate de chaux, sel très-soluble , et du morate de plomb, sel insoluble. On recueille celui-ci sur un filtre, on le lave , et on extrait l’acide morique par un procjédé semblable à celui que nous avons suivi pour extraire l’acide oxalique de l’oxalate de plomb (i$46).

L’acide morique a une saveur âcre } il rougit la teinture de tournesol , et cristallise en aiguilles très-fines , de couleur de bois pâle : cette couleur est due à une petite quantité de matière étrangère dont il est possible de le séparer.

Lorsqu’on le chauffe dans une cornue, il s’en décompose une partie -, l’autre se sublime et se condense dans le col du vase en cristaux prismatiques , transparens et sans couleur. Il ne s’altère point à l’air. L’eau et l’alcool le dissolvent facilement. Il forme avec la chaux un sel qui ne se dissout que dans vingt-huit fois son poids d’eau bouillante , et soixante-six fois son poids d’eau froide. Il est probable que les morates de baryte , de stronliane sont également très-peu solubles. Ceux de potasse, de soude et d’ammoniaque sont au contraire très-solubles.

Les morates n’ont point encore été étudiés , de sorte que nous ne pouvons en faire l’histoire d’une manière particulière. {VoyezXc. Dictionn. de Chimie de MM. Klaproth etWolff.)

De V Acide succinique.

1 38q. L’acide succinique est tout formé dans l’ambre ou le succin (Gelhen); il est uni à une grande quantité de matière huileuse : c’est par la distillation (pi on le retire. On remplit à moitié de succin une cornue de verre 5 on

DES ACIDES NATURELS

adapte à son col une allongent un récipient tabulé, et l’on procède à îa distillation , en ayant soin de ménager le feu» Il passe d’abord un liquide incolore , ou du moins peu coloré ; ensuite il se sublime de l’acide succinique dont il se condense une partie en aiguilles dans le col de la cornue; puis la matière , qui avait éprouvé un boursouflement assez considérable , s’affaisse tout-à-coup ; l’opération est alors terminée : au-delà , il ne se dégagerait presque plus d’acide , et il se formerait une huile épaisse et brune qui le salirait.

Plusieurs procédés ont été proposés pour purifier cet acide, ou le séparer de l’huile dont il est toujours imprégné : le meilleur nous paraît être celui de Richter. On dissout cet acide dans l’eau chaude. La dissolution étant filtrée, on la sature par îa potasse ou la soude, et on la fait bouillir avec du charbon , qui absorbe en grande partie la matière huileuse. Après l’avoir filtrée de nouveau , on y verse du nitrate de plomb : il en résulte du succinate de plomb insoluble , dont on extrait l’acide succinique par un procédé absolument semblable à celui que nous avons décrit pour extraire l’acide oxalique de l’oxaîate de plomb (i 346).

L’acide succinique ainsi purifié est blanc, transparent ; sa saveur a quelque chose d’âcre; il rougit assez fortement la teinture de tournesol , et cristallise en prismes dont la forme n’a point encore été bien déterminée. Exposé à la chaleur, il fond , se décompose et se sublime en partie: sa décomposition et sa sublimation n’ont lieu qu’au-dcssus de ioo°. Il est inaltérable à l’air. L’eau bouillante en dissout beaucoup plus que l’eau froide; il en est de même de l’alcool.

M. Berzelius l’a trouvé composé de 47,99 de carbone , de 4 7 ,78 d’oxigène^ et de 4,^3 d’hydrogène. ( Annales de Chimie j t. xciv , pag. 189; et Théorie des Proportions chimiques. )

DES SüCCIH ATES.

Des Succinates.

i,385. Les succinates ont à peine été étudiés: aussi ne présenterons-nous que quelques observations sur leurs propriétés. Ceux de potasse, de soude, d’ammoniaque sont très-solubles; ceux de magnésie, d’alumine, de manganèse, de zinc, paraissent aussi l’c're ; ceux de baryte, de strontiane, de chaux , de fer, de plomb, de cérium , de cuivre , sont au contraire insolubles , etprobablement qu’il en est de même de la plupart des autres. Tous se dissolvent dans un excès d’acide succinique , ou dans un acide fort et capable de dissoudre l’oxide du succinate.

Les succinates de potasse et de soude cristallisent facilement; celui d’ammoniaque cristallise difficilement et paraît être volatil.

Aucun succinate n’existe dans la nature. On peut faire tous les succinates directement , c’est-à-dire en traitant les oxides ou les carbonates par l’acide succinique. Lorsqu’ils sont insolubles, on peut encore les obtenir, du moins pour la plupart, par la voie des doubles décompositions.

Composition . — Leur composition est telle , d’après M. Berzelius, que la quantité d’oxigène de l'oxide est à la quantité d’acide comme i à 6,28. ( Théorie des Proportions chimiques . )

Le succinate de potasse, ou de soude, ou d’ammoniaque, peut être employé pour séparer l’oxide de fer de l’oxide de manganèse; car l’oxide de fer est entièrement précipité de ses dissolutions acides par ces sels , et l’oxide de manganèse ne l’est nullement. Ce procédé n’a d’autre inconvénient que d’être trop dispendieux.

De V Acide tcirtriqiie.

i386. Historique . Etat naturel. — L'existence de l’acide tartrique a été démontrée dans la crème de tartre par Du«

DES ACIDES NATURELS

liamel , Margraff et Rouelle le jeune; c’est Schéele qui Le premier est parvenu à l’isoler. *

Cet acide ne se trouve jamais à l’état de pureté dans la nature ; il y est toujours uni à la potasse ou à la chaux. Le tarira te de chaux étant rare , et le tartrate acide étant au contraire assez commun , c’est de celui-ci qu’on retire l'acide tartrique.

i38y. Préparation . — On pulvérise une certaine quantité de crème de tartre , ou tartrate acide de potasse, par exemple , 5 kilogrammes , que l’on met sur le feu dans une bassine de cuivre avec 5o kilogrammes d’eau. Lorsque l’eau est bouillante , on y projette peu à peu de la craie réduite en poudre fine , jusqu’à ce que l’excès d’acide soit saturé , en ayant soin toutefois , pour faciliter l’action , d’agiter le mélange de temps en temps avec une spatule: il en résulte un grand dégagement de gaz acide carbonique , du tartrate de chaux qui se précipite , et du tartrate de potasse qui reste en dissolution , retenant un peu de tartrate calcaire. Ensuite on verse un excès d’hydrochlorate de chaux dans la liqueur ; par ce moyen , tout le tartrate de potasse est décomposé ; son acide entre en combinaison avec la chaux, et le nouveau tartrate calcaire se mêle à celui qui s’était formé d’abord. Alors on lave le précipité à grande eau , par décantation , pour enlever l’hydro -chlorate de potasse qui provient de l’action de l’hydro-chlorate de chaux sur le tartrate alcalin , et on le traite par les | de son poids d’acide sulfurique concentré , que l’on étend de 3 à 4 parties d’eau avant de l’employer. Enfin l’on fait cristalliser l’acide tartrique, et on le purifie par la litharge ou par la baryte. ( V oyez ce qui a été dit sur l’acide oxalique , i346. )

i388. Propriétés . — La saveur de l’acide tartrique est très-forte; son action sur le tournesol est par conséquent très-grande. Il ne cristallise que difficilement. Pour que la

de l’acide tartrique. 189

cristallisation se fasse , il faut que la liqueur soit très-concentrée et abandonnée pendant plusieurs jours dans un lieu tranquille. Les cristaux sont ordinairement des lames assez larges et légèrement divergentes , dont la forme n’est point encore bien déterminée. Lorsqu’on triture l’acide tartrique , il se réduit quelquefois en une pâte épaisse ; ce qui provient probablement d’une certaine quantité d’eau restée entre ses lames (707).

Exposé à l’action^ de la chaleur , l’acide tartrique se fond, se boursouffle , se décompose , répand une odeur particulière , qui a quelque chose de celle du caramel , et forme de l’acide pyro - tartrique , indépendamment de tous les produits que donne la distillation des matières végétales.

Lorsqu’on fait l’expérience dans un vase ouvert , par exemple, dans un creuset, on obtient d’autres produits; Lucide s’enflamme et se convertit en eau et en acide carbonique.

L’acide tartrique est très - soluble dans l’eau ; il se dissout moins facilement dans l’alcool. Sa dissolution aqueuse se décompose par le contact de l’air et se couvre de moisissure , surtout lorsqu’elle est faible. Il n’en est point de même lorsque l’acide est cristallisé : il n’éprouve aucune altération.

L’acide nitrique attaque facilement l’acide tartrique ; il 3e convertit en acide oxalique (is83).

L’on a prétendu , dans ces derniers temps, que l’acide tartrique avait la propriété de former avec l’acide borique un composé très-soluble dans l’eau ; mais , d’après les expériences de M. Vogel , il parait au contraire qu’après avoir fait un mélange de parties égales d’acide tartrique et d’acide borique, on parvient très-facilement à les séparer l’un de l’autre par l’eau , qui dissout le premier et laisse le second presqu’intact. ( Journal de Pharmacie , torn. 11, p. 420 5 et tom. ni , p. 1.)

l/p DES ACIDES NATURELS,

Versé peu à peu dans les eaux de chaux , de baryte , de strontiane ,et dans la dissolution d’acétate de plomb , l’acide tartrique produit des précipités blancs qui se dissolvent à mesure que l’acide prédomine. L ammoniaque ne fait point reparaître celui de chaux : il se forme alors un sel triple , soluble et indécomposable par cet alcali. L’acide tartrique produit aussi des pîécipités dans les dissolutions concentrées dépotasse, de soude et d’ammoniaque : ceux-ci sont des tartrates acides qu’un excès d’acide ne peut point redissoudre.

1389. Composition . — L’acide tartrique est formé :

Suivant MM. Gay-Lussae et The- Suivant M. Berzelins. {Théorie des nard. {liech. phy s. -chimiques.) Proportions chimiques ; et Ann.

de Chim., t. xciv , p. 95.

en poids.

en poids.

de Carbone . «

de Carbone .

O xi gène . .

Oxigène .

Hydrogène .

Hydrogène .

en volume.

ou de Carbone .

de vapeur de carbone Oxigène . .

Oxigène et hydro-O

gène dans les pro- 1 portions nécessaires!

pour faire beau. J

Oxigène en excès. . .

Hydrogène . .

- Cet acide n’a d’autre usage , jusqu’à présent , que de pouvoir être employé a la place de l’acide citrique pour faire de la limonade.

{a) M. Berzelius explique la différence qu’il y a entre ses résultats et les nôtres, en admettant qu’il était resté beaucoup d’eau dans le tartrate de ehaux que nous avons employé pour analyser l’acide tartrique : cependant ce tartrate avait été exposé pendant long- temps à la chalenr de l’eau bouillante ( V oyez i3t)6).

DES TARTRATES.

Des Tartrates.

1890. Les tartrates , dans leur décomposition par le feu, se comportent comme tous les autres sels végétaux , si ce n’est que ceux qui sont avec excès d’acide , tels que la crème de tartre , répandent une odeur particulière, ana*logue à celle du caramel , et qu’ils donnent peut-être lieu à une certaine quantité d’acide pyro-tartrique.

1391. Les tartrates neutres de potasse, de soude, d’ammoniaque , de magnésie , de deutoxide de cuivre , sont solubles dans l’eau. La plupart des autres , et particulièrement les tartrates de baryte, de strontiane, de chaux, de plomb, de fer, de manganèse, de zinc, d’étain,' de mercure , d’argent , y sont insolubles.

Tous les tartrates neutres solubles forment , avec l’acide tartrique , des tartrates acides peu solubles , tandis que tous les tartrates neutres insolubles sont capables de se dissoudre dans un excès d’acide.

Il s’ensuit qu’en versant peu à peu un excès d’acide tartrique dans les eaux de baryte, de strontiane et de chaux, les précipités qui se forment d’abord ne doivent pas tarder à disparaitre , tandis que ceux que l’on obtient par un excès de ce même acide dans les dissolutions concentrées de potasse , de soude et d’ammoniaque , ou de tartrates neutres de ces bases , de tartrates neutres de magnésie et de cuivre , doivent être permanens. Les premiers sont toujours floconneux • les seconds toujours cristallins } celui de cuivre seulement est en poudre d’un blanc verdâtre.

îl s’ensuit encore que la plupart des acide,? doivent troubler les dissolutions de tartrates neutres de potasse , de soude et d’ammoniaque , parce qu’ils transforment ces sels en tartrates acides , et qu’au contraire , par la même raison , ils doivent opérer la dissolution des tartrates neutres insolubles. Kn effet, pour peu que l’acide soit fort , le premier

I 4 3 DES ACIDES NATURELS

phénomène aura toujours lieu ; le second se produira toujours aussi , à moins que l’acide ne puisse point dissoudie la base du tartrate.

1392. La chaux est la base qui a le plus de tendance â se combiner avec l’acide tartrique , par l’intermède de l’eau 5 vient ensuite la baryte, puis la strontiane; et probablement la lithine ; après elles viennent la potasse et la soude, l’ammoniaque et la magnésie. Si donc l’on verse des eaux de baryte, de strontiane et de chaux dans des dissolutions de tarlrates de soude , de potasse , d’ammo^ iliaque , il en résultera un précipité plus ou moins abondant.

1893. Les tartrates de pçtasse , de soude et d’ammoniaque, sont non -seulement capables de se combiner ensemble , mais encore avec la plupart des autres tartrates, de manière à former des sels doubles (a). Tous ces sels sont plus ou moins solubles dans l’dhu ; quelques-uns même n’existent que par l’intermède de ce liquide : tels sont les tartrates de chaux et de potasse, de chaux et de soude , de chaux et d’ammoniaque : aussi , lorsqu’on concentre leurs dissolutions , le tartrate de chaux s’en sépare-t-il en grande partie , en raison de sa cohésion.

11 sera facile, d’après cela, de concevoir pourquoi les tartrates de potasse , de soude et d’ammoniaque , 11e troublent point les dissolutions de fer et de manganèse , et troublent au contraire les dissolutions des sels de baryte, de strontiane , de chaux , de plomb : c’est que , dans le premier cas, il se forme des sels doubles, quelque petite que soit la quantité de tartrate que l’on emploie , et que „ dans le second , il ne s’en forme qu’autant que le tartrate employé est en très-grand excès.

1394. Etat naturel. — On n’a trouvé jusqu’à présent

( a ) Peut-être existe-t-il aussi des sels triples.

DES TARTRATF. S* I /} 3

que deux tartrates dans la nature : le tartrate de chaux et le tartrate acide de potasse. Le premier est rare 5 l’autre est assez abondant ; tous deux existent dans le raisin. Le tartrate acide de potasse se rencontre encore dans le tamarin. C’est du raisin qu’on l’extrait pour les besoins du commerce : impur , il prend le nom de tartre ; pur, il prend celui de crème de tartre .

1390. Préparation. — Tous les tartrates neutres solubles s’obtiennent en traitant leurs oxides , purs ou unis à l’acide carbonique, par l’acide tartrique : il n’y a que celui de potasse que l’on prépare plus économiquement , en se servant de crème de tartre au lieu d’acide tartrique.

Pour obtenir ceux qui sont insolubles , il faut employer la voie des doubles décompositions , à moins qu’il ne puisse en résulter des tartrates doubles solubles (7^5) (a). Dans ce dernier cas , il faut les faire directement, c’est-à-dire , 1 comme les tartrates neutres solubles, et faire en sorte qu’il y ait un petit excès d’acide. A la vérité, il se dissout un peu de tartrate 5 mais la majeure partie échappe à l’action j de Y excès d’acide , et reste sous forme de poudre.

Tous les tartrates doubles résultant de la combinaison 1 du tartrate de potasse avec un autre tartrate , se font en traitant la crème de tartre ou tartrate acide de potasse par les oxides ou les carbonates. En traitant également par les ) carbonates ou les oxides les tartrates acides de soude et d’ammoniaque, 011 obtiendra des tartrates doubles, dans la composition desquels entrent les tartrates de soude ou > d’ammoniaque.

Quant aux tartrates acides, ils s'obtiennent tous en traitant les oxides, ou les carbonates, ou les tartrates , par l’acide tartrique. Dans tous les cas, il faut employer l’eau pour intermède.

(a) Tels sont les tartratesde fer et de manganèse.

DES ACIDES NATURELS

1 396. Composition*— Nous avons trouvé, M. Gay-Lussac etmoi , queletartrate dechaux était forméde 77,577 d’acide et de 22,4^3 de chaux ( Recherches physico - chimiques , tom. 11 ) ; celui de plomb , suivant M. Berzelius ( Ann. de Chimie , tom. xciv, p. 176), l’est de 100 d’acide et de 167 d’oxide de plomb : il s’ensuit que la quantité d’oxigène de l’oxide doit être à la quanti lé d’acide , dans les tartrates neutres, comme 1 à 12,14, d’après la première analyse , et comme 1 à 8,35 , d’après la seconde. M. Berzelius explique celte différence de résultats en supposant que, quoique nous ayons eu soin d’exposer pendant longtemps- le tartrate de chaux à la chaleur de l’eau bouillante , ce sel a dû retenir en combinaison intime plus du quart de son poids d’eau. Pour moi, je pense que nos résultats ne diffèrent que parce que l’acide tartrique, en se combinant avec la chaux et l’oxide de plomb, etc., présente probablement des phénomènes analogues à ceux qu’a observés M. Dulong sur les oxalates (i36i bis ).

1397. Usages. — Les tartrates que l’on emploie dans les arts et dans la médecine sont au nombre de cinq 5 savoir : le tartrate de potasse , le tartrate acide de potasse, le tartrate de potasse et de soude , le tartrate de potasse et de fer , le tartrate de potasse et d’antimoine. ( Voyez ces sels en particulier. ) Nous nous occuperons particulièrement de ceux-ci dans l’histoire des espèces.

Du Tartrate acide de Potasse , ou Crème de Tartre [a).

1398. Etat naturel. — Le tartrate acide de potasse existe dans le raisin et dans le tamarin 5 il se dépose, avec une petite quantité de lie et de tartrate de chaux, sur les parois

(a) Nous appelons la crème de tartre tartrate acide de potasse; mais le fait est que, outre le tartrate acide, elle contient quelques centièmes de tartrate de chaux.

Dtr ïAUTtlATÉ ACIDE DE POTASSE.1 I/|5

des tonneaux dans lesquels l’on conserve le vin , et forme sur ces par ois une couche plus ou moins épaisse , connue sous le nom de tartre . Dans le commerce 5 le tartre qui provient des vins blancs po rte le nom de tartre blanc, et celui qui provient des vins rouges porte celui de tartre rouge. Tous deux sont l’assemblage d’un grand nombre de peiites pailfettes cristallines, et ne diffèrent sensiblement l’un de l’autre que par la quantité de matière colorante qui entre dans leur composition.

I^99* Préparation. — La purification du tartre s’exécute en grand à Montpellier ; elle est fondée sur la propriété qu’a le tartrate acide de potasse d’être très- peu soluble dans l’eau froide , et de l’être beaucoup plus dans l’eau chaude.

Après avoir pulvérisé le tartre, on le fait bouillir avec de l’eau dans une chaudière de cuivre. Lorsque l'eau en est saturée , ou la verse dans des terrines où elle laisse déposer, par le refroidissement., une couche cristalline presque décolorée. Cette couche est redissoute dans l’eau bouillante ; on délaie 4^5 pour cent d’une terre argileuse et sablonneuse dans, la dissolution, et on évapore celle-ci jusqu’à pellicule. L’argile s’empare de la matière colorante, et il se précipite de la liqueur, à mesure qu’elle refroidit , des cristaux blancs qui , exposés en plein air sur des toiles pendant quelques jours, acquièrent un nouveau degré de blancheur. Ces cristaux blancs, demi-transparens, sont la crème de tartre pure. Les eaux-mères servent à faire de nouvelles dissolutions ( Traité de M. Chaptal sur les vins. )

i4oo. Propriétés . — Le tartrate acide de potasse a une saveur légèrement acide ; il cristallise , d’après M. Chaptal, en prismes quadrangulaires , courts, coupés de biais aux deux extrémités; ils contiennent seulement 4^4 pour 100 d’eau de cristallisation.

DES ACIDES NATURELS

Soumis à Faction du feu dans une cornue , il se décompose, donne lieu à de l’acide pyro-tartrique et à tous les produits qui proviennent de la distillation des matières végétales (a). 60 parties d’eau en dissolvent 4 parties à la température de ioo°, et seulement i à la température ordinaire. H est absolument insoluble dans l’alcool. A l’état solide, il n'éprouve aucune altération de là part de l’air; dissous dans l’eau, il en éprouve une qui ne se manifeste que dans l’espace d’un assez grand nombre de jours , et d’où résultent une espèce de moisissure , du sous-carbonate de potasse et un peu d’huile.

Les eaux de baryte , de strontiane , de chaux , versées en excès dans la dissolution de tarlrate acide de potasse 7 s’emparent de tout l’acide de ce sel , et forment des tartrates qui se précipitent. L’acétate de plomb se comporte de la même manière avec cette dissolution.

En saturant l’excès d’acide du tartrate acide de potasse par les bases saîiüables , on obtient toujours des sels doubles , lorsque les tartrates de ces bases sont solubles. Il n’en est pas toujours de même lorsqu’ils sont insolubles : alors leur cohésion l’emporte quelquefois sur l’allinité qu’ils ont pour le tartrate de potasse, de sorte qu’ils se précipitent en totalité, ou du moins en grande partie; c’est ce que l’on observe particulièrement avec la baryte , la strontiane et la chaux.

Le tartrate acide de potasse , qui est peu soluble dans l’eau par lui-même , y devient très-soluble par le moyen du borax , des borates neutres de potasse , de soude et

(a) Do iooo parties de crème de tartre décomposée par la distillation, MM. Fourcroy et Vauquelin ont obtenu un résidu qui contenait, outre le charbon, 35o parlies de sous-carbonate de potasse, 6 de sous - carbonate de chaux, 1,2 de silice, 9;25 d’alumine, 0,^6 d’oxide de fer et de manganèse. JLes deux sous-carbonatcs provenaient de la décomposition des tartrates de potasse et de chaux.

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