DES
ACIDES NATURELS
évident que le peroxide de manganèse est ramené à l’état de protoxide par hacidetartrique : sans doute qu’outre l’acide carbonique qui se dégage, et que l’on peut obtenir en faisant inexpérience dans une cornue, il se produit de l’eau , et peut-être de l’acide acétique.
1401. Composition. — Il paraît que le tartrate acide
de potasse contient deux fois autant d’acide que le tartrate neutre, et qu’il en est de même du tartrate acide de soude et du tartrate acide d’ammoniaque. Ce sont par conséquent des bi-lartrates. »
1402. Usages. — Les usages de la crème de tartre sont très-nombreux. C’est de ce sel qu’on extrait l’acide tarîrique. On s’en sert en pharmacie pour préparer différens sels ; savoir : le sel végétal ou tartrate de potasse 5 le sel de Seignette ou tartrate de potasse et de soude 5 l’émétique ou tartrate de potasse et d’antimoine ; le tartre martial soluble, les boules de Mars ou de Nancy , la teinture de Mars de Ludovic, la teinture de Mars tartarisée, le tartre chalybé, composés qui résultent tous de la combinaison du tartrate de potasse avec une plus ou moins grande quantité de tartrate de fer. Seule ou mêlée au borax , la crème de tartre est encore employée en médecine comme purgatif. E11 teinture , on en fait assez souvent usage pour augmenter la fixité des couleurs. Dans les laboratoires , on la calcine avec le nitre pour se procurer la potasse pure (596). C’est en brûlant la lie des vins qui contiennent une plus ou moins grande quantité de tartre, qu’on fait les cendres graveîées. C’était en calcinant le tartre qu’on préparait autrefois l’espèce de souscarbonate de potasse qu’on appelait sel de tartre. Enfin , c’est en mêlant le tartre avec le nitre, et décomposant le mélange par le feu , qu’on prépare le flux blanc et le flux noir. Tous deux s’obtiennent ; savoir : le llux blanc, en projetant dans un vase rouge deux parties de nitre et un| partie de tartre 5 et le flux noir , en y projetant 2 parties de
DU T À Tl T II A TE- D E POTASSE. ï4q
tartre et une de nitre. Celui-ci est un mélange de sous-carbonate de potasse et de charbon ; l’autre n’est que du souscarbonate de potasse, à part toutefois la petite quantité de matières fournies par les sels étrangers au tartrate acide de potasse, qui se trouvent dans le tartre.
Nous ne dirons rien des autres tarifâtes acides : tout ce qu’on en sait se trouve compris dans l’histoire générique.
Du Tartrate de Potasse.
i4o3. Le tartrate de potasse , appelé ordinairement sel végétal en médecine , où il est employé comme purgatif, ne se rencontre point dans la nature.
Ce sel se prépare ordinairement en saturant par le souscarbonate de potasse l’excès d’acide de la crème de tartre : on fait chauffer une dissolution de sous-carbonate de potasse dans une bassine d’argent *, on y projette , à plusieurs reprises , de la crème de tartre réduite en poudre trèsfine, et l’on agite presque continuellement la liqueur: chaque fois qu’on en projette , il se forme une effervescence due nu gaz carbonique qui se dégage ; on continue d’en projeter jusqu’à ce que l’effervescence cesse d’avoir lieu. Il est nécessaire que la saturation soit parfaite : on y parviendra toujours en versant successivement de petites quantités de crème de tartre ou de sous-carbonate de potasse, selon que la liqueur sera acide ou alcaline. Alors on la filtrera pour en séparer un peu de tartrate de chaux que la crème de tartre contient , et qui apparaît sous la forme de flocons blancs 5 on la fera évaporer convenablement , on la versera dans des terrines chaudes , et on l’abandonnera à elle-même dans un lieu tranquille. Ce n’est qu’au bout de quelques jours qu’il commencera à s’y former des cristaux (u).
(a) Pour que la cristallisation i»it lieu, il faut que la liqueur &oit*trè&-
l50 DES ACIDES NATURELS.
1404. Le tartrate de potasse cristallise en prismes rectangulaires à quatre pans, terminés par des sommets dièdres : sa saveur est amère.
Exposé au feu, il éprouve la fusion aqueuse, se boursouffle et se décompose. L’eau, à la température ordinaire, en dissout un poids égal au sien 5 l’eau bouillante en dissout plus encore.
Les acides sulfurique, nitrique, bydro-cblorique , et en général tous les acides, pour peu qu’ils aient de force, produisent dans sa dissolution concentrée un précipité cristallin de tartrate acide que la potasse, la soude et l’ammoniaque font disparaître promptement. L’alumine au contraire s’y dissout en grande quantité , sans toutefois que la liqueur devienne sensiblement alcaline.
1405. Le tartrate de soude et le tartrate d’ammoniaque se préparent en saturant une dissolution d’acide tartrique par le sous-carbonate de soude et le sous-carbonate d’ammoniaque ; le tartrate d’ammoniaque peut encore se préparer en saturant cette même dissolution par l’ammoniaque. Ces sels cristallisent'en aiguilles.
L’histoire des autres tartrales se trouve comprise dans l’histoire générale.
Tartrate de Soude et de Potasse.
1406. Le tartrate de potasse et de soude s’obtient par un procédé analogue à celui que nous avons décrit précédemment pour obtenir le tartrate de potasse , c’est-àdire, en saturant l’excès d’acide de la crème de tartre par le sous-carbonate de soude , filtrant la liqueur et la faisant évaporer (i4o3).
concentrée: on observe qu’elle se prend quelquefois en sirop sans donner de cristaux. Quelques chimistes prétendent que cela n’a lieu qu’antant qu’elle n’est point alcaline, assurant que le tartrate de potasse ne cristallise bien que par un petit excès d’alcali.
DU TÀETRÀTE DE VOTASSE ET d’âNTIMOINE. l5l
Ce sel est un de ceux qui cristallisent le plus régulièrement. Ses cristaux sont des prismes à huit ou dix pans inégaux; mais il ne prend cette forme qu’autant qu'on le reçoit sur des fils plongés dans la liqueur, ou qu’on procède à la cristallisation par la méthode de Leblanc (707). En employant la méthode ordinaire, les prismes se trouvent coupés dans la direction de leur axe, ce qui a fait dire du tartrate de soude et de potasse par les anciens , qu’il cristallisait en tombeau.
Le tartrate de potasse et de soude a une très-légère saveur amère ; il est inaltérable à l’air ; l’eau chaude en dissout une grande quantité; l’eau froide en dissout moins; il se comporte avec les acides et Falumine de la même manière que le tartrate de potasse.
On r emploie quelquefois en médecine comme léger purgatif; autrefois on en faisait un fréquent usage : il s’appelait alors sel de S ei guette , du nom d’un apothicaire de la Rochelle qui l’avait obtenu le premier.
Tartrate de Potasse et d' Antimoine , ou Émétique .
1407. L’émétique est l’un des médicamens les plus héroïques. Sa découverte date de r 63 r - Adrien Mynsicht est celui qui le fit connaître le premier dans un ouvrage ayant pour titre : Thésaurus m edi co-chi m icus.
1408. L’émétique est toujours un produit de l’art : on a proposé divers procédés pour le préparer. C’est en traitant un mélange de crème de tartre et de verre d’antimoine par l’eau bouillante qu’on se le procure aujourd’hui dans toutes les pharmacies. Plusieurs phénomènes , qu’il est nécessaire de faire connaître , se présentent dans celte opération : il se dégage une petite quantité de gaz hydrogène sulfuré , et il se forme en même temps des flocons de kermès qui sont d’un brun marron ; la liqueur est toujours jau-
DES ACIDES NATURELS
nâtre ou d’un jaune ¥erî. Lorsqu’on l’évapore jusqu’à un certain point et qu’on la laisse refroidir > elle se prend assez souvent en gelée , après avoir laissé déposer des cristaux d’émétique ei de tartrate de chaux : ceux-ci , qui sont sous forme d’aiguilles , partent tous d’un centre commun, rec ouvrent çà et là les cristaux d’émétique , qui affectent ordinairement la forme d’octaèdres.
Tous ees phénomènes peuvent s’expliquer en considérant le verre d’antimoine comme un composé de sulfure d’antimoine, de protoxide de ce métal, de silice et d’un peu d’oxide de fer, observant que l'antimoine est à l’état de protoxide dans l’émétique et dans le kermès , et se rappelant que la crème de tartre renferme toujours un peu de tartrate de chaux. En effet, l’eau est évidemment décomposée; son oxigène fait passer l’antimoine du sulfure de ce métal au minimum d’oxidation, et son hydrogène, en se portant sur le soufre de ce sulfure , donne lieu à de l’hydrogène sulfuré (a) ; presque tout le protoxide se combine avec l’exeès d’acide de la crème de tartre ; une très-petite partie seulement s’unit avec l’hydrogène sulfuré , et de là résultent l’émétique et le kermès. La gelée est due à la silice qui , se dissolvant d’abord , redevient libre par l’évaporation de la liqueur, et y reste en suspension. Quant à la couleur, elle provient d’un peu de tartrate de fer. Enfin , si l’on trouve du tartrate de chaux sur les cristaux d’émétique , c’est que ce sel calcaire, séparé delà crème de tartre par le protoxide d’antimoine, est insoluble dans l’eau
(«) Les affinités qni favorisent îa décomposition de l’eau sont celle de l’hydrogène pour le soufre, celle de l’oxigène pour le métal, et enfin celle de l’oxide pour la créine de tartre. II semble, d’après cela, que tout l’hydrogène sulfure' devrait devenir libre : s’il lie le devient point tout entier, c’est que peut-être il est retenu en partie par les couches supérieures , qui sont moins chaudes que les couches inférieures.
DU TÀRTRATK DF. POTASSE ET D* ANTIMOINE. l53 froide, et au contraire sensiblement soluble dans l’eau chaude (a).
(^uoi qu’il en soit, il faut procéder à l’opération de la manière suivante : on prend parties égales de crème détartré et de verre d’antimoine, tous deux réduits en poudre fine ; on les met avec six fois leur poids d’eau dans un vase de verre , de terre ou de porcelaine , et on fait bouillir la liqueur pendant une demi-heure, en la remuant presque continuellement ; on la filtre et on la fait évaporer jusqu’à siecité, pour rassembler la silice et en détruite l’état gélatineux. Ensuite on traite le résidu par l’eau chaude; on filtre la di ssolution de nouveau , on la concentre et on l’abandonne à elle-même : bientôt il s’en sépare des cristaux d’émétique. Lorsqu’il 11e s’en produit plus , ce qui a ordinairement lieu au bout de vingt-quatre heures , on décante les eaux-mères; on les concentre à plusieurs reprises, en les laissant refroidir chaque fois, et on retire ainsi des cristaux jusqu’à Ja fin de l’opération. Ceux qui proviennent des eaux-mères sont toujours plus ou moins colorés; quelquefois ceux qu’on obtient d’abord le sont eux-mêmes : on les purifie par de nouvelles cristallisations.
1409. L’émétique est incolore; il cristallise en tétraèdres ou en octaèdres transparens; il rougit le tournesol; sa saveur est caustique et nauséabonde : tout le monde
(a) L’on pourrait aussi admettre que le verre d’antimoine est composé, non pas de proioxide et de sulfure d’antimoine, mais de soufre et de sousprotoxide d’antimoine. (Nous désignons ici , pour plus de clarté, par sousprotoxide , un oxide moins oxigéué que celui que nous avons appelé protoxide. Dans cette hypothèse, l’eau sera toujours décomposée; son oxigène fera passer le sous-protoxide du verre d’antimoine à l’état de protoxide, et son hydrogène, se portant sur le soufre de ce même verte, donnera lieu h de l’hydrogène sulfure , etc.
Cette manière rie voir semble meme être la plus simple; mais il ne faut pas perdre de vue qu’elle suppose l’existence d’uu oxide qu’on n’a point encore pu obtenir.
l54 «ES ACIDES NATURELS.
sait combien son action sur l’économie animale est énergique.
Exposé à l’air, il s’effleurit peu à peu. L’eau bouillante en dissout près de la moitié de son poids, et l’eau froide la quinzième partie du sien. Versés dans la dissolution de ce sel , les acides sulfurique , nitrique , hydro-chlorique , la troublent ; et la potasse , la soude , l’ammoniaque , ou leurs carbonates , en précipitent de l’oxide d’antimoine. Les eaux de baryte , de stronliane , de chaux , y forment non-seulement un précipité d’oxide d’antimoine , comme les autres alcalis , mais encore un précipité de tartrates de ces bases. Celui qu’y produisent les hydro-sulfures alcalins n’est formé que de kermès ; tandis que celui-ci, qu’y fait naître l’hydrogène sulfuré , contient tout à la fois du kermès et de la crème de tartre. Les décoctions de plusieurs espèces de quinquina et de diverses plantes , surtout de celles qui sont astringentes et amères , décomposent également l’émétique , et toujours alors le précipité est formé d’oxide d’antimoine uni à des matières végétales , et de crème de tartre : aussi les médecins se gardent-ils d’administrer ce médicament avec ces sortes de substances.
i4io. L’on a prétendu, pendant long-temps , que l’émétique variait dans sa composition , meme lorsqu’il était préparé par le meme procédé. Cette opinion était principalement admise , parce que l’émétique ne produit pas toujours des effets identiques sur le même individu. Mais ne sait-on pas que Faction d’un médicament dépend nonseulement de sa nature, mais encore de l’état où se trouve le malade auquel il est administré ? Il est certain que ce sel n’est jamais que du tartrate acide de potasse, dont l’excès d’acide est saturé par l’oxide d’antimoine; d’ou il suit qu’il peut tout au plus être mêlé avec d’autres corps : par exemple , avec la crème de tartre si l’on n’emploie pas
1)U TARTRATE DE POTASSE ET DE F ER. l55
assez de verre d’antimoine , ou avec un peu de tartrate de fer et de tartrate de chaux si l’on se contente d’une seule cristallisation. ( Voyez , pour plus de détails, un Mémoire de M. Barruel , dans le Dictionnaire de Chimie de Klaproth et de Wolff, tom. iv , p. 334-)
Tous les sels d’antimoine étant purgatifs et émétiques, la vertu de l’émétique réside sans doute dans le tartrate d’antimoine qu’il contient.
Tartrate de Potasse et. de Fer .
i4ii. Ce sel s’obtient en faisant bouillir de l’eau sur un mélange de parties égaies de limaille de fer et de crème de tartre , filtrant la liqueur et la concentrant par l'évaporation $ il cristallise en petites aiguilles ; sa couleur est verdâtre , et sa saveur très-styptique.
Sa dissolution n’est troublée ni par la potasse , ni par la soude , ni par l’ammoniaque ni par ces bases unies à l’acide carbonique; elle l’est, au contraire , par l’hydrogène sulfuré, ce qui est dû tout à la fois à l’affinité de l’hydrogène sulfuré pour l’oxide de fer , et à celle de l’acide tartrique pour le tartate de potasse.
D’après ce qui précède , le tartre martial soluble , le tartre chalybé, la teinture de Mars de Ludovic , la teinture de Mars tartarisée , et les boules de Nancy , ne sont autre chose que des combinaisons de tartrate de potasse et de tartrate de fer. ( Voyez le Codex. )
Des Acides produits seulement par VarU
De T Acide camphovique .
i4ia. L’acide camphori que n’existe point dans la nature. On ne peut l’obtenir qu’en traitant le camphre par une grande quantité d acide nitrique : il faut employer 12 par-
ï 56 ,■ des acides artificiels.
lies d’acide à a5° de l’aréomètre de Baume contre une de camphre. On introduit le tout dans une cornue de verre , au col de laquelle ôn adapte un récipient; on place la cornue sur un fourneau, et on porte 4a* liqueur à l'ébullition. Lorsque la distillation est à moitié faite , on cohobe ; on continue l’opération , et l’on cohobe une seconde fois lorsque de nouveau la liqueur est à moitié distillée ; alors on remet encore l’opération en activité , et on la soutient jusqu’à ce qu’il ne reste plus dans la cornue qu’environ le cpiart de la quantité d’acide que l’on a employé. Par le refroidissement , l’acide camphorique ne tarde point à cristalliser. Comme il est peu soluble , on le sépare facilement de l’acide nitrique avec lequel il est mêlé, en lui faisant subir plusieurs lavages.
La théorie de cette opération est analogue à celle de Faction qu’exerce l’acide nitrique sur toutes les substances végétales. Cet acide, en enlevant par son oxigène une certaine quantité d’hydrogène et de carbone au camphre, rend l’oxygène de plus en plus prépondérant dans celui-ci , et le transforme enfin en un nouveau corps , qui est l’acide camphorique.
i4i3. L’acide camphorique a une saveur légèrement amère : son odeur rappelle celle du safran ; il rougit d’une manière très-sensible le tournesol , et cristallise en barbes de plume opaques et blanches.
Projeté sur des charbons ardens , il s’exhale entièrement en une fumée blanche , épaisse et aromatique. Chauffé dans une cornue, il se fond, puis- se sublime , et se décompose en partie : aussi se forme-t-il une certaine quantité d’huile, d’acide acétique, etc.
If air n’a point d’action sensible sur l’acide camphorique. L’eau, à la température de iq degrés , en dissout la centième partie de son poids, et l’eau bouillante la dixième partie du sien. Il parait que l’alcool bouillant peut le dis*
des camphorates. • î5y
soudre en toutes proportions ; mais qu’il faut environ 6 parties d’alcool à la température ordinaire pour en dissoudre une. Les acides minéraux , les huiles volatiles et fixes, peuvent aussi en opérer la dissolution.
i4i4. Cet acide est absolument sans usages 5 il a été découvert en 1^85 par M. Kosegarten , et a été étudié par lui , par M. Bouillon-Lagrange et par M. Bucholz. ( Ann . de Chimie , tom. xxm , pag. i53 5 tom. xxvn5 pag. n) j et tom. lxxxiv , pag. 3oi.)
Des Campkorates .
i4r5. Les camphorates de potasse, de soude, d’ammoniaque, de baryte, de chaux , de magnésie , d’alumine, sont les seuls sur lesquels nous avons quelques notions. Lorsqu’on les expose au feu , dans des vaisseaux fermés , ils se décomposent 8 et , selon M. Bouillon-Lagrange , leur acide se sublime sans éprouver d’altération. Cependant M. Bucholz a obtenu un résultat contraire avec le camphorate de chaux } tout l’acide camphorique s’est transformé en acide acétique , en huile , etc. Les camphorates de potasse , de soude et d’ammoniaque sont très-solubles dans l’eau chaude et même dans l’eau froide. L’eau bouillante , et à plus forte raison l’eau froide, ne dissolvent que quelques centièmes des autres camphorates connus.' Ils se dissolvent tous dans un excès de leur acide , ou de tout autre acide fort , capable de former avec leurs bases des sels solubles.
Aucun n’existe dans la nature. Tous peuvent être faits directement, c’est-à-dire, en traitant les bases par l’acide camphorique. La plupart sont susceptibles de cristallisation.
DES ACIDES ARTIFICIELS
De V Acide ellagique .
i4i5 bis. Nous ayons dit qu’en abandonnant l’infusion dev noix de galle à elle-même, il s’j formait un dépôt cristallin , qui , outre l’acide gallique , contenait de Y acide ellagique , plus une petite quantité de matière colorante brune , de galîate et de sulfate de chaux. Comment isoler ce nouvel acide, signalé par M. Clievreul en i8i5 , et examiné par M. Braconnot en 18 18? C’est en traitant le dépôt cristallin par l’eau bouillante, qui dissout l’acide gallique, et est sans action sur l’acide ellagique, mettant ensuite le résidu avec un faible excès d’une dissolution de potasse très-étendue, filtrant la liqueur et l’abandonnant à elle -même, au contact de l’air: peu à peu l’acide carbonique de l’atmosphère s’empare d’une portion de l’alcali , et détermine un précipité nacré abondant d’eZlagate de potasse. Alors on lave le précipité jusqu’à ce que l’eau sorte incolore , et l’on verse dessus de l’acide hydrochîorique faible. Celui-ci s’unit à la potasse, et forme avec elle un sel que quelques lavages enlèvent ; le nouvel acide, au contraire , devient libre , et se sépare sous forme de
L’acide ellagique est insipide , pulvérulent , d’un blanc un peu fauve 5 il rougit à peine le papier de tournesol.
L’eau bouillante , et à plus forte raison l’eau froide , ne le dissolvent pas d’une manière sensible ; il en est de même de l’alcool et de l’éther.
Soumis à l’action du feu dans une cornue , il se décompose, au moins en partie , laisse un résidu de charbon, et produit une vapeur jaune qui se condense en cristaux aciculaires , transparens , d’une couleur jaune verdâtre , analogue à celle de quelques variétés d’urane oxidé.
Exposé à la flamme d’une bougie , il ne fond point, et brûle seulement avec une sorte de scintillation.
de l'acide produit par la combustion de l’éther. ï5g
L’acide nitrique en opère la décomposition. La chaleur de la main et l’agitation suffisent pour déterminer la réaction. D’abord la liqueur se colore en rouge, qui finit par devenir aussi foncé que celui du sang ; bientôt après il y a production d’acide oxalique, etc.
Quoique l’acide ellagique soit si faible que , à la température de l’eau bouillante , il ne dégage pas l’acide carbonique des sous-carbonates , il s’unit facilement aux bases salifiables -, il produit même de la chaleur au moment de son action sur une dissolution de potasse très-étendue d’eau.
Lorsqu’on met l’acide ellagique en contact avec la potasse, il n’en résulte de sel soluble qu’autant que la liqueur verdit le sirop de violettes : de là , M. Braconnot a conclu que l’ellagate neutre était insoluble. Pour moi, je suis tenté de croire que ce que ce chimiste a pris pour de Y ellagate neutre était un ellagate acide auquel l’acide excédant communiquait son insolubilité. Cette opinion me paraît d’autant plus vraisemblable que Y ellagate neutre , en raison de la faiblesse de l’acide ellagique , doit agir sur les couleurs.
Quoi qu’il en soit, on peut conclure de là que l’acide ellagique doit former tous sels insolubles avec les bases insolubles ou peu solubles: il parait même qu’avec l’ammoniaque, il ne produit qu’un sel insoluble, quelle que soit la quantité d’alcali qu’on emploie. (Ann. de Chimie et de Physique , t. ix , p. 187.)
De V Acide produit dans la combustion lente de V éther.
Lorsqu’on brûle lentement dans l’obscurité la vapeur d’éther autour d’un fil de platine, comme il a été dit (vol. ier, page i48) , on aperçoit au-dessus du fil une lumière pâle , phosphorescente, qui est surtout très-distincte quand le fil
l6o DES ACIDES ARTIFICIELS.
cesse d’être en ignition. Ce phénomène est accompagné de la formation d’une substance particulière , volatile , piquante , qui possède des propriétés acides. M. Faraday , à l’invitation de sir Humphry Davy , a fait quelques recherches sur cet acide. Comme il ne l’a obtenu qu’en très-petite quantité , et que la question de savoir si cet acide est nouveau ne me semble pas, résolue, je renverrai ceux qui voudront connaître les résultats du chimiste anglais aux Annales de Chimie et de Physique 9 t. iv , p. 35o.
De T Acide mucique.
1 4 1 L’acide mucique, découvert parSchéeleen 1780, n’existe ni libre ni combiné dans la nature ; on ne peut l’obtenir qu’en traitant certaines substances par l’acide nitrique; savoir : la gomme , la manne grasse et le sucre de lait. C’est avec le sucre de lait que S;héele l’obtint pour la première fois; ce qui lui fit d’abord donner le nom d’acide saccho-ladique ou sachlaclique. On suit encore aujourd’hui le même procédé : on prend 3 parties d’acide nitrique et une partie de sucre de lait, et on introduit le tout dans une cornue dont la capacité est double de celle du volume du mélange. Après avoir adapté un récipient tubulé au col de la cornue, pour recueillir l’acide qui échappe à la décomposition , on la place sur un fourneau , et on la chauffe modérément. La réaction est vive; il en résulte tous les produits qui proviennent de l’action de l’acide nitrique sur les matières végétales (ia83) , et , de plus , une certaine quantité d’acide mucique, qui se précipite sous la forme de poudre blanche. Lorsqu’il ne se dégage presque plus de gaz , ou qu’il n’y a presque plus d’effervescence , l’opération est terminée, ou du moins il ne s’agit plus que de laver l’acide mucique à grande eau pour le séparer des acides avec lesquels il peut être mêlé 7 et de le dessécher à une douce chaleur.
DE L’ACIDE MU CI QUE. igt
Celui qu’on prépare avec la gomme est toujours mêlé d’oxalate ou de mucate de chaux, â moins qu’on ne le metie en digestion avec de l’acide nitrique faihle qui finit par dissoudre ces deux sels. La chaux , dans cette opération , est fournie par la gomme. (AI. Laugier, Annales de Chimie , tom. lxxii , pag. 81. )
1 4 1 y • L’acide mucique est sous forme de poudre blanche , croquant sous les dents, d’une saveur faiblement acide, rougissant légèrement la teinture de tournesol. Soumis dans une cornue à l’action de la chaleur , il se gonfle , noircit, fond, se décompose, donne naissance à tous les produits qui proviennent de la distillation des matières végétales, et à une substance blanchâtre qui se sublime et se condense presque toute entière, dans le col de la cornue, sous forme de lames. (Schéeîe.) Suivant M. Trommsdorlf? cette substance serait de l'acide succihique, et la liqueur provenant de la décomposition de l’acide mucique contiendrait une certaine quantité d’acide pyro-tartarique. (Ann, de Chim , t. ixxi , pag. 79.) Mais M. Houtou- Labillardière vient de prouver le contraire, et de faire voir qu’il se formait alors un acide particulier (1420).
L’acide mucique n’éprouve rien à l’air. L’eau bouillante en dissout la soixantième partie de son poids : par le refroidissement , elle en laisse déposer une petite quantité en cristaux. ïl paraît qu’il est absolument insoluble dans l’alcool. Versé dans les eaux de chaux , de baryte, de stron liane , il les précipite toul-à-coup : un' excès d’acide redissout le précipité. Il trouble également les nitrates d’argent, de mercure, et les acétate, nitrate et hydro-chlorate de plomb; mais il n’agit en aucune manière sur les sels de magnésie et d’alumine , sur les hydro-chlorates d’étain et de mercure , et sur les sulfates de fer , de cuivre , de zinc et de manganèse. ( Schécle , seconde partie de ses Mémoires „ page 76.)