DU MIEL
les mailles , se sépare du couvain et se rassemble à la surface du liquide , où elle se fige par le refroidissement. Dans cet état , elle est jaune 5 on la blanchit en l’exposant à la rosée, ou bien en la mettant en contact avec le chlore, après l avoir coupée en rubans.
i445- Il s’en faut beaucoup que tous les miels soient de la même qualité -, ce qui provient non-seulement, comme nous venons de le dire, du mode de leur extraction, mais encore de l’état de l’atmosphère , et surtout des plantes sur lesquelles les abeilles les ont recueillis. Les plantes aromatiques de la famille des labiée s en fournissent d’excellent; le sarrasin en donne au contraire de mauvais ; Y azalée pontique, la jusquiame , passent même pour en donner qu’il serait dangereux de manger. Les miels de Mahon , du mont Hymette, du mont Ida, de Cuba,, sont les plus renommés ; ils sont liquides blancs , et transparens comme du sirop. Après eux viennent les miels de Narbonne et du Gcàtinais : ils sont blancs et' grenus. Les miels de Bretagne tiennent le dernier rang : ils ont toujours une couleur d’un rouge brun , une saveur acre et une odeur désagréable.
Tous les miels contiennent deux espèces de sucre : Tune semblable au sucre de raisin, et l’autre au sucre incristallisable de la canne. Ce sont ces deux espèces de sucre qui , mêlées en diverses proportions et unies à une matière odorante, constituent les miels de bonne qualité. Ceux de qualité inférieure contiennent en outre une certaine quantité de cire et d’acide : les miels de Bretagne contiennent même du couvain : c’est à cela qu’il faut attribuer la propriété qu’ils ont de se putréfier.
Le sucre crislallisable entre quelquefois en assez grande quantité dans les miels pour s’y montrer sous la forme de petits grains brillans. Nous citerons pour exemple ceux de Narbçnne et du Gâtinais. Le meilleur moyen de le séparer consiste à délayer le miel dans une petite quantité d’alcool ,
208 des substances végétales neutf.es.
à mettre le tout dans un sac de toile serrée , et à le presser fortement. L’alcool entraîne la presque totalité du sucre incristallisable; il n’entraîne au contraire que très-peu de l’autre. Celui-ci reste sous forme de masse solide- ôn l’obtiendra pur en l’imprégnant une seconde fois d’alcool et le pressant de nouveau. Il est évident d’ailleurs que, pour se procurer le sucre incristallisable , il suffira d’évaporer la dissolution alcoolique.
i446. Le miel s’emploie fréquemment en médecine et comme substance alimentaire. Nous ne citerons que quelques-uns de ses usages. Uni au vinaigre, il forme Yoximel; dissous dans l’eau , il fermente peu à peu , et donne lieu à une liqueur vineuse appelée ordinairement hydromel. Il entre dans la composition du pain-d’épice. En le traitant par l’eau , le charbon animal et la craie, on parvient à faire un sirop qui , lorsque le miel est de bonne qualité, est aussi bon que le meilleur sirop de sucre. Ce sirop, que Lowitz. a fait le premier, et dont on. s’est beaucoup occupé en France dans ces derniers temps , s’obtient de la manière suivante : on prend 100 parties de miel , 20 parties d’eau, 1 partie et demie de craie, 5 parties de charbon pulvérisé, lavé et séché , et un blanc d’œuf pour deux kilogrammes de miel. Le miel, la craie et les | de l’eau doivent être mis dans une bassine. La liqueur ayant bouilli pendant deux minutes , on y ajoute le charbon , et deux minutes après on y verse les blancs d’œufs délayés dans l’autre tiers d’eau * on agite et on soutient encore l’ébullition pendant deux autres minutes. Alors on ôte la bassine de dessus le feu , et au bout d’un demi-quart-d’heure on passe le sirop à travers la chausse. Enfin, on lave le résidu avec de l’eau chaude, et on se sert des eaux de lavage pour faire une nouvelle opération, ou bien on les fait évaporer jusqu’à consistance sirupeuse : mais le sirop qui en provient a toujours un peu la saveur du caramel.
De la Marmite .
1 4 4 D * désigne, pat* le nom de Marmite , une sub¬
stance qui entre dans la composition de la manne , et qui fait la majeure partie de la manne en larmes.
La mannite est solide, blanche, inodore, cristaîlisabje
en aiguilles demi-transparentes. Sa saveur est douce.
Soumise à Faction du feu, la mannite se ramollit, se décompose, et donne lieu à tous les produits qui proviennent de la distillation des substances végétales; elle n’attire point l’humidité de l’air 5 elle est très-soluble dans l’eau; elle ne se dissout bien dans l’alcool qu'à chaud: aussi, par le refroidissement, s’en précipite-t-elle presque foute entière sous la forme de petits grains blancs et cristallins.
L’acide nitrique la décompose facilement , à l’aide d’une légère chaleur ; il ne résulte pas de cette décomposition la plus petite quantité d’acide mucique; les produits qui en proviennent sont l’eau, l’acide carbonique, l’oxide oxalique, etc. (ta83). Le sous-acétate de plomb ne trouble point sa dissolution. Enfin, mise en contact avec l’eau et le ferment, elle ne donne aucun signe de fermentation, meme après un grand nombre de jours , quelle que soit la température.
Pour l’obtenir , il faut dissoudre la manne en larmes dans l’alcool bouillant, laisser refroidir la dissolution et dissoudre de nouveau dans l’alcool bouillant le dépôt cristallin, après l’avoir pressé entre des feuilles de papier jo« seph : la mannite se précipitera pure de cette seconde dissolution («).
( a ) M. Gay-Lussac et moi , nous avons trouvé que la mannite contenait un peu pins d’hydiogène qu’il n’en fullait pour convertir son oxigène en eau. Nous n’avons pas publié notre analyse, parce que nous ne regardions pas nos résultats comme assez rigoureux. M. de Saussure en a obtenu de semblables.
Composition. — La manuite est composée, en poids, des
Suivant M. de Saussure ( Bibliothèque britannique , Sciences et Arts,