‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 5)Chapitre 69 sur 182 · DES ÉTHERS DU TROISIEME GENRE · texte numérisé non relu

DES ÉTHERS DU TROISIEME GENRE

réciproque. En effet, la matière facile à charbonner reste clans la cornue avec un peu d’acide acétique, environ 78 grammes d’acide nitrique , 60 grammes d’alcool et 28 f grammes d’eau, lorsque l’on opère sur 5oo grammes d’alcool et 5oo d’acide nitrique.

C’est parce qu’il se forme une si grande quantité de gaz que l’on est obligé de mettre de l’eau salée dans les flacons qui servent de récipient , et de les entourer d’un mélange de glace et de sel. Sans cela la majeure partie de l’éther serait entraînée jusque dans l’atmosphère, et même, quelque chose qu’on fasse, une petite portion y parvient toujours.

Lorsque l’opération est terminée , ce qu’il est facile de reconnaître aux signes que nous avons indiqués précédemment , on délute l’appareil et ion trouve, dans le premier flacon , une grande quantité d’un liquide jaunâtre, formé de beaucoup d’alcool faible , d’éther et d’acides nitreux , nitrique et acétique j dans le second, à la surface de l’eau salée , une couche assez épaisse d’éther chargé d’un peu d’acide et d’alcool ; dans le troisième , une couche de la même nature que la précédente , mais trèsmince, etc. On sépare ces différentes couches par un entonnoir à long bec } on les réunit à la liqueur contenue dans le premier flacon , et on soumet le tout à une légère ébullition , dans une cornue de verre munie d’un récipient entouré de glace. Les premiers produits sont de l’éther, qui , pour être entièrement pur et privé d’acide, n’a besoin que d’ètre mis , à froid , en contact avec de la chaux en poudre , dans un petit flacon , et décanté au bout de demi-heure. D’un mélange de 5oo grammes d’alcool et de 5oo grammes d’acide, l’on retire environ 100 grammes d’excellent éther.

i5ÿ5. Composition. — Outre l’alcool et l’acide nitreux, l’éther nitrique contient peut-être un peu d’acide acétique ;

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car, lorsqu’on le décomposé , soit en l’abandonnant à luimeme, soit en le distillant , soit en le traitant par l’eau , ou trouve toujours un peu d’acide acétique mêlé à l’acide nitreux mis en liberté. Il est possible toutefois que cet acide acétique provienne de la réaction des élémens de l’éther, ou plutôt qu’il soit, dans l’éther nitrique, uni à de l’alcool , et à l’état d’éther acétique : cela est même très-probable. D’ailleurs , nous ne connaissons point jusqu’ici le^ proportions d’acide et d’alcool qui constituent l’éther nitrique.

Cet éther ne s’emploie qu’en médecine : encore n’en fait-on usage que dissous dans l’alcool.

La découverte en est due à Navier, médecin de Chàîons. Un grand nombre de chimistes se sont occupés de son histoire. ( Mèm . cT Arçueîl , tom. i , p. ^5.)

i Ethers à hase d'acides végétaux . — Presque tous les acides végétaux se dissolvent dans l’alcool, et s’en séparent par la distillation , sans qu’il en résulte aucuns produits particuliers , quel que soit d’ailleurs le nombre de fois qu’on distille la même portion d’alcool avec la même portion d’acide : tels sont du moins les acides tartrique , citrique, malique, benzoïque, oxalique et gallique-, et je ne doute pas , quoique je n’aie point fait l’expérience , que les acides subérique, succinique, ïnucique, pyro - tartrique, morique, melîitique, méronique, etc., ne soient dans ce cas. Mais il n’en est pas de même de l’acide acétique : sa réaction sur l’alcool est telle, qu’au moyen de plusieurs distillations , les deux corps disparaissent et forment un véritable éther, d’où je conclus que cet acide est probablement le seul de tous les acides végétaux connus aujourd’hui qui puisse nous offrir ce phénomène.

Mais lorsque, au lieu de mettre les acides végétaux en contact avec l’alcool , on les met en même temps en contact avec ce corps et l’un des acides minéraux forts et concentrés, on peut alors produire avec plusieurs des composés

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analogues aux éthers précédens : c’est ce que vont prouver les expériences qui suivent. Dans ces expériences, l’acide minéral n’agit peut-être qu’en condensant l’alcool et le rapprochant de l’état où ce corps peut s’unir avec l’acide végétal.

1598. Ether acétique. — L’éther acétique, découvert par le comte de Lauraguais en 17^9, est devenu successivement l’objet des recherches de Schéele , de Pelletier, de Schultze, de Lichtemberg, de Gehlen , de Thénard , etc. ( Mémoires cT Arcueil , tom. r, p. i53.) On en trouve assez souvent de petites quantités dans le vinaigre, et il sert forme quelquefois en peu de temps lorsqu’on expose h l’air du marc de raisin. (M. Derosnes , Ann. de Chimie , tom. lxvjii. ) Les pharmacopées recommandent , pour l’obtenir, de mettre parties égales en poids d acide acétique concentré et d’alcool 5 de distiller le mélange jusqu’à ce que la distillation soit aux deux tiers faite , de eohober, c’est-à-dire, de remettre dans la cornue ce qui est passé dans le récipient, de continuer la distillation jusqu’au point où on l’avait laissée d’abord, de eohober de nouveau et de redistiller de cette manière la liqueur cinq à six fois • enfin , de saturer le produit par la potasse, et d’en retirer l’éther pur par une nouvelle distillation. Mais ce procédé présente plusieurs inconvéniens : le premier , d’oecasioner une perte assez considérable d’éther, en raison du nombre de distillations qu’on est obligé de faire 5 le second , de donner de l’éther contenant de l’alcool, à moins qu’on n’ait cohobé un grand nombre de fois ; le troisième , d’exiger une longue manutention et l’emploi d’une trop grande quantité d’acide. Le suivant est bien préférable.

Prenez 100 parties d’alcool rectifié, 63 parties d’acide acétique concentré, 17 parties d’acide sulfurique du commerce *, après avoir mêlé le tout , inlroduisez-le dans une cornue de verre lubulée , par la tubulure dont elle est sur-

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montée ; placez cette cornue dans un fourneau muni de son laboratoire; adaptez -y un ballon à long col, que vous refroidirez avec des linges mouillés ; fermez la tubulure du ballon avec un bouchon percé d'un petit trou; mettez quelques charbons incandescens sous la cornue : la liqueur ne tardera pas à entrer en ébullition ; lorsqu’il y en aura environ i^5 grammes distillés, l’opération sera terminée. Ces 1^5 grammes seront de l’éther presque pur ; il ne faudra plus , pour le purifier , que le laisser en contact avec io à 12 grammes de pierre à cautère pendant environ demiheure dans un flacon , et agiter le tout de temps en temps ; il en résultera deux couches: l’une, inférieure, très-mince, de potasse et d’acétate de potasse en dissolution dans l’eau ; etl’autre, supérieure, très-épaisse, d’éther pur, qu on séparera par un entonnoir à long bec. Dans cette expérience , l’acide sulfurique peut être regardé comme agissant en concentrant l’alcool et l’acide acétique : ce qu’il y a de certain , c’est qu’il n’entre pas dans la composition de l’éther acétique, et qu’il ne se produit point d’éther sulfurique.

On peut encore faire avec économie un excellent éther acétique , en prenant 3 parties d’acétate de potasse , 3 parties d’alcool très-concentré , et 2 parties d’acide sulfurique aussi très-concentré; on les introduit dans une cornue tubulée , et on distille le mélange jusqu’à parfaite siccité ; ensuite on mêle le produit avec la 5e partie de son poids d’acide sulfurique encore très-concentré , et , par une distillation ménagée, on en retire autant d’éther qu’on a employé

d’alcool. Tout autre acétate peut être substitué à l’acétate de potasse; mais alors il faut employer d’autres proportions d’alcool et d’acide sulfurique que celles qu’on vient d’indiquer. Par exemple, on peut employer avec avantage l’acétate de plomb , en le mêlant avec la moitié de son poids d’alcool , et un peu plus de la moitié de son poids d’acide sulfurique.

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1599. L’éther acétique est un liquide incolore, qui a une odeur agréable d’éther sulfurique et d’acide acétique ; il ne rougit ni le papier ni la teinture de tournesol ; sa saveur est toute particulière ; sa pesanteur spécifique est de 0,866 à 70.

Sous la pression deom,,rj5 , il entre en ébullition à yi°. Mis en contact avec l’air et un corps enflammé, il prend feu et brûle avec une lumière d’un blanc jaunâtre : de l’acide acétique se développe dans sa combustion. Il ne s’altère point avec le temps. L’eau en dissout, à 170, la 7e partie et demie de son poids. Ainsi dissous dans l’eau , il est toujours sans action sur la teinture de tournesol, et il conserve l’odeur et la saveur qui le caractérisent. Mais lorsqu’on le met , dans cet état , en contact avec la moitié de son poids de potasse caustique , son odeur et sa saveur disparaissent ; il se décompose complètement : aussi , en soumettant la liqueur à la distillation, passe-t-il de l’alcool dans le récipient, et obtient-on de l’acétate de potasse pour résidu.

L’éther acétique est, comme tous les autres éthers , trèssoluble dans l’alcool , et séparé en grande partie de sa dissolution alcoolique par l’eau ; il dissout comme ceux-ci la plupart des corps gras , et notamment les huiles grasses. Ses autres propriétés ne sont point encore connues.

On ne l’emploie qu’en médecine.

1600. Ether benzoïque . — -L’éther benzoïque est incolore, liquide à la température ordinaire; sa saveur est piquante , sa densité un peu plus grande que celle de l’eau ^ son aspect oléagineux, son odeur faible, et tout autre que celle de l’éther sulfuricrue.

Il est presqu’aussi volatil que l’eau, presque insoluble dans l’eau froide, moins insoluble dans l’eau chaude, et très -soluble dans l’alcool , dont on peut le précipiter par l’eau. Agité pendant long-temps avec une dissolution d’hydente de potasse , il disparaît et se décompose complète-

ment. En effet si , lorsqu’il n’existe plus d’éther à la surface de la liqueur , elle est distillée, on en retire de l’alcool qui se vaporise , et du benzoate de potasse qui reste dans le vase distillaloire.

1601. On ne saurait obtenir l’éther benzoïque > soit en distillant ensemble de l’alcool et de l’acide benzoïque un grand nombre de fois, soit en précipitant par l’eau une dissolution d’acide benzoïque dans l’alcool , soit en concentrant fortement cetle dissolution et l’abandonnant à ' elle-même. La présence d’un acide minéral fort et concentré est absolument indispensable. La même observation s’applique à la préparation de tous les éthers dont il nous reste à parler.

(^ue l’on prenne 3o grammes d’acide benzoïque , 6 o grammes d’alcool, i5 grammes d’acide hydro-chlorique liquide et concentré 5 qu’on les introduise dans une petite cornue tubulée , dont le col se rendra dans un récipient muni, si l’on veut, d’un tube propre à recueillir les gaz ; que l’on place ensuite la cornue sur un fourneau, et qu’on laisse refroidir les vases lorsque la distillation sera aux deux tiets faite, voici ce qu’on observera. Dans tout le cours de l’opération , il ne se dégagera d’autres gaz que de l’air atmosphérique et des traces d’éther hydro-chlorique. Les premières portions du produit distillé ne seront que de l’alcool chargé d’un peu d’acide* mais les dernières contiendront une certaine quantité d’étlier benzoïque, qu’on pourra facilement en séparer par l’eau. Une plus grande quantité de cet éther restera dans la cornue; il y sera recouvert par une couche assez épaisse d’alcool, d’eau, d’acide hydro-chlorique et d’acide benzoïque. En versant à plusieurs reprises de l’eau chaude dans la cornue, on finira par dissoudre cette couche. L’on pourra donc facilement se procurer ainsi de l’éther benzoïque. Toutefois cet éther , tel que nous venons de le préparer , ne sera point pur ; il

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