DES ÉTIIERS DU TROISIEME GENRE
contiendra un petit excès d’acide benzoïque, qui le rendra solide à la température ordinaire , et lui donnera la propriété de rougir le tournesol. Pour le purilier , il faudra l’agiter avec une petite quantité de dissolution alcaline, et le laver convenablement. En vain on recherchera la présence de l’acide hydro-chlorique dans l’éther benzoïque.
1602. Ethers oxalique , citrique , etc. — Lorsqu’on fait une dissolution de 3o grammes d’acide oxalique dans 35 grammes d’alcool pur, et qu’après y avoir ajouté 10 grammes d’acide sulfurique concentré , on la distille jusqu’à ce qu’il commence à se former un peu d’éther sulfurique , il ne passe que de l’alcool légèrement éthéré dans le récipient , et il re^te dans la cornue une liqueur brune très-fortement acide, d’où, par Je refroidissement, il ne se dépose que des cristaux d’acide oxalique -, mais lorsqu’on éte nd cette liqueur d’eau , il s’en sépare une matière semblable à celle que nous a donnée l’acide benzoïque , peu soluble dans l’eau , assez abondante , et qu’on obtient pure en la lavant à l’eau froide , et lui enlevant par un peu d’alcali l’excès d’acide qu’elle retient.
1603. Si l’on traite de la même manière les acides citrique et mal i que , on obtient les mêmes résultats. Les trois matières provenant de ces trois acides se ressemblent dans quelques-unes de leurs propriétés. Toutes sont un peu jaunâtres , sans odeur , un peu plus pesantes que l’eau , sensiblement solubles dans ce liquide , et très-solubles dans l’alcool , dont l’eau les précipite -, elles diffèrent par leur saveur : celle qui est faite avec l’acide oxalicpie est faiblement astringente ; celle qui est faite avec l’acide citrique est très-amère. La première est la seule qui soit volatile *, elle se vaporise dans l’eau bouillante , et par ce moyen on l’obtient facilement blanche.
Lorsqu’on les chauffe avec une dissolution de potasse caustique, on les décompose toutes trois. Dans cette décom-
position, tontes donnent de Falcool ; et la première de î’acide oxalique, la deuxième de Facide citrique, la troisième de Facide malique; aucune ne contient d’acide sulfurique.
i6o4o L’acide tartrique est aussi susceptible de combinaisonavec l 'alcool, de même que les acides préeédens -, mais il nous offre , en se combinant avec ce liquide , des phénomènes particuliers que nous croyons devoir rapporter, li’expériencè doit être faite de même qu’avec Facide oxalique. 11 faut donc employer 3o grammes d’acide tartrique, 35 grammes d’alcool , io grammes d’acide sulfurique , et distiller la liqueur jusqu’à ce qu’il commence à se former un peu d’éther. Si , à cette époque , Fon retire le feu du fourneau, la liqueur se prendra en sirop épais par le refroidissement. En vain Fon y versera de l’eau dans l’espérance d’en séparer , comme dans les expériences précédentes , une combinaison particulière d’acide et d’alcool. Que Fon y ajoute alors peu à peu de la potasse, on en précipitera beaucoup de tartrate acide 5 puis , après l’avoir saturée sans dépasser le point de saturation , qu’on l’évapore et qu’on la traite à froid par Falcool très-concentré , on obtiendra , par l’évaporation de la dissolution alcoolique, une substance qui, par le refroidissement, se prendra en sirop épais, plus facilement encore qu’avant d’avoir été traitée par la potasse et Falcool.
Cette substance , dont il est facile de préparer une grande quantité, a une couleur brune et est amère, légèrement nauséabonde, inodore, nullement acide , très-soluble dans Feau et dans Falcool 5 elle ne précipite point Fhydro-cbîojrate ce chaux - elle précipite abondamment l’hydro-chlorate de baryte. Quand onia calcine, elle répand d’épaisses fumées qui ont une odeur d’ail , et en même temps elle laisse un résidu charbonneux non alcalin qui contient beaucoup de sulfate de potasse : en un mot , lorsqu’on la
DES MATTÈRES COLORANTES. 3/[5
distille avec la potasse, on en relire de l’alcool très-fort et beaucoup de tartrate de potasse, il est donc évident que cette substance est encore une combinaison analogue aux précédentes ; mais ce qu’elle nous offre de remarquable , c’est son état sirupeux, et la propriété qu elle a de rendre très-soluble, dans l’alcool le plus concentré, le sulfate de potasse, qui, parlui-même, est insolubledansl’alcool faible. Peut-être est-ce au sulfate de potasse qu’elle doit la propriété qu’elle a de ne point avoir l’aspect huileux qu’ont toutes les autres combinaisons de ce genre. ( V oyez , pour plus de détails sur les composés d’acides végétaux et d’alcool , les Mémoires dé Arcueil , tom. n , p. 5. )
SECTION V
Des Matières colorantes .
i6o5. Les matières colorantes sont très- multipliées : on les trouve dans toutes les parties des plantes , tantôt dans les racines , tantôt dans les tiges , tantôt dans les graines, etc. Il en existe de toutes les nuances 5 les plus communes sont les rouges , les jaunes et les vertes.
La nature ne nous offre jamais les matières colorantes que combinées les unes avec les autres , et souvent même avec plusieurs des matériaux immédiats des végétaux. Par exemple , celles qui sont jaunes accompagnent presque constamment celles qui sont rouges. Voilà ce qui rend la préparation de ces matières si difficile. Jusqu’à présent l’indigo, l’hématine, le rose du carthame , la carminé et peutêtre le jaune du safran, sont les seules qu'on ait pu se procurer. Il serait à clesirer qu’on parvînt à les isoler toutes : alors on pourrait savoir quel est le principe qui prédomine en elles, les soumettre à l’anajyse, et les étudier d’une ma-
nière spéciale (a). Toutefois l’on connaît un certain nombre de leurs propriétés : ce sont ces propriétés que nous allons exposer d’abord.
1606. Toutes les malières colorantes semblent être solides , insipides et inodores. Comme les autres substances végétales , elles sont décomposées par le feu. Toutes s’altèrent et se ternissent par le contact de l’air humide et des rayons solaires ; plusieurs même perdent entièrement leur teinte : tel est surtout le rose du carthame. On produit en elles de semblables changeinens en substituant aux rayons solaires une température de i5o à 200° 5 changemens faciles à constater au moyen d’un tube dont les extrémités sont droites et le milieu courbé en arc. Après avoir introduit un peu de matière colorante dans la partie arquée , on fait plonger cette partie dans un mortier de fer rempli de mercure. Le tube étant solidement fixé , on adapte à l’une de ses extrémités une grande vessie pleine d’air humide : alors on élève le mercure à la température de i5o à 200° , et l’on comprime légèrement la vessie-, lorsqu’elle est vide, on la remplit d’air humide comme la première fois , et l’on continue l’expérience. Les résultats ne sont sensibles qu’au bout de quelques heures. (MM. Gay-Lussac et Thénard, Recherches physicochimiques > tom. 11. )
1607. La plupart des matières colorantes sont solubles dans l’eau • quelques-unes seulement le sont dans l’alcool , les huiles , l’éther. Ces dissolv ans étant faibles, prennent toujours la teinte des matières dissoutes : ainsi l’eau est colorée en jaune par la gaude , en rouge par le bois de Brésil. Mais il en est tout autrement lorsque le dissolvant est un acide on un a Je mi 3 même très-étendu : alors, à moins
(a) Il est probable que les matières colorantes contiennent beaucoup de catbone : plusieurs renferment de l’azote.
que la matière colorante ne soit très-solide, c’est-à-dire , peu altérable , elle éprouve dans sa teinte différens changemens d’autant plus manifestes que l’acide ou l'alcali est plus puissant
Ces divers changemens sont dus en général à de véritables combinaisons entre les matières colorantes , les acides ou les alcalis • car l’on peut faire reparaître par un alcali les couleurs altérées par les acides , et par un acide les couleurs altérées parles alcalis (. a ).
1608. Le chlore détruit toutes les matières colorantes , même à la température ordinaire , et les transforme en un jaune d’une nature particulière. Nous citerons pour exemple le totirnesol , qui est l’une des plus fugaces 5 et l’indigo , qui est au contraire l’une des plus solides. Que Ton verse une dissolution de chlore sur l’une ou l’autre de ces couleurs , elle passera sur-le-champ au jaune fauve. ( Voyezen la cause, 1279. )
1609. Presque tous les oxides et les sous-sels insolubles ont la propriété d’enlever les matières colorantes à l’eau ,
1 et de former avec elles des composés qui sont eux-mêmes insolubles. C’est à ces composés qu’on donne le nom de laques. On les obtient ordinairement en dissolvant la matière colorante dans l’eau , y versant une dissolution d’alun , et quelquefois d’hydro-chlorate de deutoxide d’étain, et ajoutant ensuite une suffisante quantité de soude, de potasse, d’ammoniaque, ou bien encore des sous-carbonates de ces bases en liqueur. Toute la matière colorante pourra être précipitée si le sel est en excès.
(a) Il n’est pas besoin de faire remarquer que si l’acide ou l’alcali, que 1 l’on a primitivement uni h la matière colorante, était très - concentré , . celle-ci pourrait être détruite.
De V Hématine.
1610. L’hématine ( a ) est cristalline , d’un blanc rose, très-brillante quatid on l’examine à la loupe, d’une saveur légèrement astringente, amère et âcre. M. Chevreul , à qui nous devons la découverte de cette substance , l’a trouvée dans le bois de campêcbe , auquel elle donne toutes ses propriétés caractéristiques.
Ce bois est le tronc de Vhœmatoxilum campechianum (û); il nous vient de plusieurs colonies d’Amérique, sous la forme de bûches plus ou moins volumineuses-, il est pesant, rouge, dur, compacte, susceptible d’un beau poli , presqu’incorruptible. Sa saveur est douce, amère et astringente; son odeur aromatique.
Pour se procurer l’hématine , M. Clievreul commence par faire digérer le campêche en poudre avec de l’eau , à la température de 5o à 55°. Quelques heures après , il filtre la liqueur, F évapore jusqu’à siccité, et met le résidu dans de î’alcooî à 36° pendant un jour. Au bout de ce temps , il filtre la nouvelle liqueur , la concentre jusqu’au point de l’épaissir , y verse une petite quantité d’eau , la soumet de nouveau à une douce évaporation et l’abandonne à ellemême : par ce moyen , il obtient une assez grande quantité de cristaux d’hématine qui, pour devenir purs, n’ont besoin que d’être lavés à l’alcool et séchés.
Soumise à Faction du feu dans une cornue , l’hématine donne tous les produits des substances végétales , et de plus
(a) Nom lire (V&ijutt , sang, qni est la racine du mol hœmatoxylum f par lequel on désigné le genre auquel le bois de campêcbe appartient.
(/;) Cet arbre s’élève à une grande hauteur dans les bons terrains. Son écorce est lis6e, son tronc droit et garni d’épines; ses semences ont la saveur des doux de girofle; les Anglais leur donne le nom de poivre de la Jamaïque .
DE LHÉMATIHE. 3/$C)
une petite quantité d’ammoniaque , ce qui prouve quelle contient de l’azote.
L’eau bouillante la dissout facilement et se colore en un rouge orangé qui passe au jaune par le refroidissement, mais qu’on peut faire reparaître en chauffant de nouveau 3a dissolution. Si Ton évapore cette dissolution , il s’y forma des cristaux d’hématine : en y ajoutant peu à peu de l’acide, elle passe au jaune, puis au rouge. L’action de l’acide sulfureux est un peu différente : il donne d’abord une teinte jaune à la dissolution , et finit par détruire le principe colorant si le contact est prolongé.
La potasse et l’ammoniaque font prendre une couleur d’un rouge pourpre à la dissolution d’hématine • si l’on ajoute un grand excès de ces alcalis, elle devient d’un bleu violet , puis d’un rouge brun , et enfin d’un jaune brun : dans cet état, l’hématine est décomposée 5 on ne peut point la faire reparaître par les acides. Les eaux de baryte, de strontiane et de chaux ont la même action sur cette substance : seulement elles finissent par la précipiter de sa dissolution. ' ■
Si l’on fait passer un courant de gaz hydrogène sulfuré dans de l’eau chargée d’hématine, elle prend une couleur jaune qui se détruit clans l’espace de quelques jours. L’hydrogène sulfuré paraît agir en se combinant avec l’iiématine , et non en la désoxigénant : c’est ce qu’il est facile de vérifier en introduisant dans une petite cloche remplie de mercure une certaine quantité de la dissolution décolorée , et en y portant ensuite un morceau de potasse pure: celleci sefond, se combine avec l’hydrogène sulfuré, et la couleur reparaît aussitôt.
Le protoxide de plomb, le protoxicîe d’étain, l’hydrate de tritoxide de fer , l’hydrate de cuivre , l’hydrate de nickel , l’oxide de zinc et son hydrate, les fleurs d’antimoine, l’oxide de bismuth , s’unissent à l’ hé mâtine, et la colorent
35o DES MATIERES COLORANTES.
en un bleu plus ou moins violet. Le deutoxide d’étain agît sur elle à la manière des acides minéraux. Elle précipite la colle forte de sa dissolution , sous forme de flocons rougeâtres.
L’hématine n’est pas employée à l’état de pureté 5 mais comme elle existe dans le bois de campêche, elle entre dans toutes les couleurs que l’on prépare avec ce bois. Ces couleurs sont principalement le violet et le noir. M. Chevreul la propose comme un très-bon réactif pour découvrir la présence des acides. ( Voyez son Mémoire, Annales de Chimie , tom. lxxxi , p. 128.)
- Couleur rouge du Carthame.
1611. Les propriétés de cette matière colorante sont très-peu connues : on sait seulement qu’elle est très-fugace, d’un rouge très-foncé; qu’elle est insoluble dans l eau et dans l’alcool ; que les acides l’avivent sans la dissoudre, et que la potasse, la soude et les sous-carbonates de ces bases lui donnent une teinte jaunâtre en la dissolvant, teinte qu’on peut ramener au rose par un acide quelconque, mais surtout par les acides végétaux.
Cette couleur s’extrait de la fleur du carthamus tifictorius de Linnée , plante annuelle (pie l’on cultive en Espagne, en Egypte, et dans quelques contrées du Levant (à). On lave d’abord la fleur à grande eau (Z>). Ce
(a) En Egypte, ceux qui recollent les fleurs de carthame les compriment entre deux pierres pour en exprimer le suc , les lavent avec de l’eau chargée de sel marin, les pressent ensuite entre les mains, et les dessèchent à l’ombre, Pour empêcher que la dessiccation ne soit très-prompte, ils les exposent à la rosée pendant la nuit.
(b) Pour faite ce lavage, les teinturiers mettent le carthame dans un sac de toile serrée, le laissent tremper dans l’eau pendant quelque temps, et la foulent ensuite à la rivière jusqu’à ce qu’il ne donne plus de couleur jaune.
COULEUR ROUGE DU C A R. 1 H A Ivl E. 3 5 I
lavage a pour objet de dissoudr e toute la matière colorante jaune qui accompagne la matière colorante rouge, et qui parait être combinée avec elle; Lorsque la fleur ne colore plus sensiblement l’eau, on la met en contact, à la température ordinaire, avec environ son poids de sous-carbonate de soude dissous dans 5 à io parties d’eau. Au bout d’une heure, on passe la liqueur à travers une toile serrée, ou y verse du jus de citron en quantité plus que suffisante pour saturer l’alc ali , et on y plonge ensuite les écheveaux de coton. L’acide citrique contenu dans ce jus décompose Je sous-carbonate de soude, et en précipite la matière colorante , qui se c ombine promptement avec le coton. Alors, après avoir lavé ce colon , on le traite par une nouvelle dissolution de sous-carbonate de soude, qui redissout la matière colorante, et on la précipite de nouveau par le jus de citron : elle se rassemble peu à peu au fond du vase. En la séparant de la liqueur surnageante et la faisant sécher , elle prend l’aspect cuivré et peut être conservée indéfiniment : il n’en faut qu’une parcelle pour donner à l’eau une ! couleur rose très-foncée (a).
La matière colorante rouge, seule ou combinée avec différentes substances, et fixée sur la soie, le fil et le coton, leur donne une multitude de nuances qui vaiient depuis le rose couleur de chair jusqu’au cerise. Toutes ces ! nuances sont en général peu solides , surtout le rose. Cependant, comme elles sont très-éclatantes , les teinturiers I font un grand usage du carthame.
C’est encore avec le carthame qu’on prépare le rouge ! dont les femmes se servent pour la toilette. Il suffit pour
(n) Si, dans cette operation, on précipité d’abord la matière colorante i ronge sur le coton pour la redissoudre ensuite , cVst afin de la séparer d’une petite quantité du principe colorant jaune qui se trouve combiné avec elle,, mais qui, une fois fixé sur le coton, n’est plus attaqué par les alcalis.
cela de se procurer la matière colorante rouge , comme nous venons de le dire, mais sans la recevoir sur le coion, de la dessécher sur des assiettes, et de la broyer exactement avec du talc réduit en poudre fine et passé au tamis de soie.
De V Indigo.
1612. Propriétés. - — L’indigo , apporté de l’Inde en Europe; vers le milieu du seizième siècle , est un corps solide, . sans saveur, sans odeur, pourpre, et susceptible de cristallisation en aiguilles.
Soumis à l’action du feu dans une cornue, il se sépare en deux parties : Lune se volatilise sous forme de vapeurs violettes qui se condensent dans le col du vase, tandis que l’autre est décomposée et donne tous les produits des substances animales. En le chauffant à l’air libre, on en vaporise beaucoup plus qu’en vases clos, pourvu toutefois que la température ne soit pas très-élevée : en effet, si elle était portée jusqu’au rouge, l'indigo se gonflerait, s’enflammerait, brûlerait avec une flamme blanche, et se transformerait en un charbon volumineux qui finirait par s’incinérer, etc.
1613. L’indigo est inaltérable à l’air, insoluble dans l’eau et dans l’éther, mais sensiblement soluble dans l’alcool bouillant, qu’il colore en bleu, et dont il se précipite en partie par le refroidissement.
i6i3 bis. Le chlore le détruit presque tout-à-coup.
i6i4» Lorsqu’on met en contact une partie d’indigo en poudre avec 9 à 10 parties d’acide sulfurique concentré, il se dissout dans l’espace de quelques heures , surtout à une température de 3o à l\o° . La dissolution est toujours d’un beau bleu. Il est probable que, dans cette opération , l’indigo est altéré, car il acquiert la propriété de se dissoudre dans plusieurs réactifs qui, auparavant, n’avaient aucune
DE l’iNDÎSO.' 353
action sur lui, et il perd au contraire celle de se vaporiser. (Chevreul, Ann . de Chim. , t. Lxvi,p, 29.)
L’acide nitrique concentré exerce une très-vive action sur l’indigo. Son action sur cette substance est encore trèsgrande lors-mème qu’il est étendu d’eau , et les produits qui se forment sont très^n ombreux. M. Chevreul ayant traité à une douce chaleur 2 parties d’indigo impur (de Guatimala) par un mélange de f\ parties d’acide à 02°, et de 4 parties d’eau , obtint bientôt une vive effervescence, et recueillit , outre tous les produits qui proviennent de là décomposition des matières végétales par l’acide nitrique, de l’ammoniaque , une matière résineuse et de l’amer , c’està-dire un composé d’acide nitreux et d’une substance végétale grasse. (Voyez Annales de Chimie, tome lxxii, page 1 1 3 , ou l’action de l’acide nitrique sur les substances animales , 1 772. )
L’acide hydro-chlorique liquide n’agit point sur l’indigo à la température ordinaire; par la chaleur, il prend une couleur jaunâtre qui est due à un peu d’indigo décomposé. L’action des alcalis est sensiblement la même.
i6i5. Quoique les phénomènes dont nous venons de parler soient très-importans , ceux qui nous restent à étudier le sont bien plus encore. Lorsqu’on traite l’indigo réduit en poudre fine par diverses matières désoxigénantes, il passe au jaune, devient soluble dans l’eau, surtout au moyen des alcalis; et si, dans cet étal, on le met en contact avec l’air, il absorbe le gaz oxigène, redevient bleu et insoluble; d’où l’on doit conclure que ces matières n’agissent sur lui qu’en le désoxigénant en partie. C’est ce que produisent, par l’intermède de l’eau, l’hydrogène sulfuré, l’hydro-sulfure d’ammoniaque, le proto-sulfate de fer et un alcali, l’orpiment et la potasse, la potasse et le protoxide d’étain , et plusieurs autres mélanges dont nous ne parlerons point.
354 DES matières colorantes.
L’action de l’hydrogène sulfuré a lieu à la température ordinaire : il en résulte , outre l’indigo au minimum d’oxidation, de l’eau, et probablement un léger dépôt de soufre. L’expérience doit être faite en vase clos; elle n’est terminée qu’au bout de quelques jours. Il faut s’v prendre de la meme manière pour faire agir 4’hydro-sulfure d’ammoniaque ; il donne lieu aux mêmes phénomènes que l’hydrogène sulfuré : seulement le soufre, au lieu de se déposer 5 reste uni à l’excès d’hvdro - sulfure. C’est encore à froid, comme nous venons de le dire, qu’on désoxigène l’indigo par la dissolution deprotoxide d’étain dans la potasse (dissolution qu’on se procure en versant un excès de postasse en liqueur dans l’hydro - chlorate de ce protoxide) : d’une part, le protoxide passe à l’état de deutoxide, et de l’autre, la potasse s’unit à l’indigo désoxigéné. Enfin l’on pourrait aussi opérer «à froid la désoxigénatiou de l’indigo par le sulfate de fer et la chaux, ou par l’orpiment et la potasse; mais il vaut mieux favoriser la réaction parla chaleur. Dans le premier cas, l’on prend 2 parties de sulfate de fer du commerce en poudre, 2 de chaux qu’on éteint, 1 d’indigo bien pulvérisé, i5o d’eau; l’on met toutes ces matières dans un matras que l’on expose à une température de 4° à 5o° pendant quelques heures; la chaux s’empare de l’acide sulfurique du sulfate, et le protoxide de fer mis en liberté désoxigène l’indigo d’autant plus facilement que, ramené à un moindre degré d’oxidation, il tend à se combiner avec la matière calcaire. On opère de môme dans le deuxième cas : les proportions qu’011 doit employer sont : 8 parties d’orpiment, 6 d’alcali , 8 d’indigo et 100 d’eau. Il se forme sans doute du sulfite et de l’ai sénile de potasse , tandis que l’indigo désoxigéné se combine avec une portion d’alcali, comme dans les expériences précédentes.
Enfin, pour désoxigéuer l’indigo dissous dans l’ac de