DE LA CARMINE
truit sur-le-champ. Le sulfate de fer y forme un précipité d’un brun foncé ; mais l’acétate de plomb avec excès d aeide ne la trouble point.
Le principe colorant du safran n’est aucunement soîubîe dans les huiles fixes ni dans les huiles essentielles ; il se dissout en très-petite quantité dans l’éther , se dissout , au contraire , en assez grande quantité, dans l’eau et dans l’alcool , et se combine avec la chaux , la potasse et la baryte.
Les diverses nuances de couleur que ce corps présente avec les réactifs ont décidé MM. Bouillon et \ogel à lui donner le nom de polychroïte , de deux mots grecs, t: vive, plusieurs y et xPoa? couleur, {jinn. de Chim . , tom. lxxx , pag. 1 88. )
De la Carminé.
1617 ter. On connaît sous ce nom la matière colorante de la cochenille et du carmin. Ce sont MM. Pelletier et Caventou qui sont parvenus les premiers à l’isoler. Nous en tracerons l’histoire d’après les expériences dont ils ont publié les résultats. ( Journal de Pharmacie , tom. iv , pag. 193.)
Propriétés. La carminé est d’un rouge pourpre éclatant, grenue et comme cristalline, inaltérable à l’air, fusible à 5o°, destructible très - promptement par l’iode et presqu’inslantanément par le chlore, décomposabîe en peu de temps par l’acide nitrique , et par les acides sulfurique et hydro-ehîorique concentrés, très-soluble dans l’eau, peu soluble dans l’alcool rectifié , insoluble dans l’éther, les huil es fixes et volatiles.
Sa solution aqueuse nous présente nombre de phénomènes remarquables* elle prend par évaporation l’apparence de sirop, et ne laisse jamais déposer de cristaux; les acidçs en font passer la couleur du rouge légèrement cramoisi au rouge vif, puis au rouge jaunâtre . et enfin
36o DES MATIÈRES colorantes.
au jaune. Les alcalis , au contraire, la font virer au violet; et la chaux est le seul de ces corps qui la précipite. Dans tous les cas, l’effet des acides peut être neutralisé par les alcalis, et celui des alcalis par les acides, en sorte quela teinte primitive peut être rétablie par l’addition d’une quantité convenable de ces agens. L’on remarque cependant que la couleur s’altère profondément par le contact prolongé de la potasse et de la soude, etc. : elle devient rouge et de là jaune : alors plus de moyen de la faire reparaître telle qu’elle était d’abord. L’élévation de température produit aussi en peu de temps la même altération.
L’alumine en gelée décolore tout de suite la solution de carminé ; elle forme une laque qui est d’un très-beau rouge à la température ordinaire , et qui devient violette à la chaleur de l’ébullition.
Parmi les sels , il n’y a guère que l’acétate de plomb , l’hydro-chlorate de protoxide d’étain , le proto-nitrate et le deuto-nitrate de mercure qui troublent cette solution, quand elle ne contient aucune matière étrangère. Les trois premiers y lorment un précipité violet, et le dernier un précipité rouge écarlate.
Le nitrate de plomb les sels de cuivre , les sels de baryte, de strontiane, de chaux, la font virer seulement au violet; et les sels de potasse , de soude , d’ammoniaque , d’alumine , au cramoisi.
L’hydro - chlorate de deutoxide d’étain la rend d’un rouge vif.
Le nitrate d’argent et l’hydro-chlorate de deutoxide de mercure sont sans aucune action sur elle.
Nous ne parlons ici que des sels neutres.
Composition. Chauffée dans une cornue, la carminé se boursoulïle et se décompose en produisant du gaz hydrogène carboné , beaucoup d’huile et une petite quantité d’eau très-légèrement acide , sans aucune trace d’ammo-
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maque. Lorsqu’on la brûle convenablement par l’oxigène , elle donne un gaz qui ne contient point d’azote -, par conséquent, elle n’est donc formée que de carbone , d’hydrogène et d'oxigène : probablement que l’hydrogène est en grand excès par rapport à l’oxigène.
Etat naturel . La carminé n’a encore été trouvée que dans la cochenille, insecte du genre coccus (i63;ÿ). C’est delà cochenille mestèque ( coccus cacti ) que MM. Pelletier et Caventou l’ont retirée , et qui , selon ces chimistes , est composée , i°. de carminé ; 20. d’une matière animale particulière ; 3°. d’une matière grasse qui contient de la stéarine, de l’élaïne, un acide odorant*, 4°* d’un peu de phosphate et de carbonate de chaux , de phosphate et d’hydro-chîorate de potasse , et d’un autre sel résultant de l’union de la potasse avec un acide organique.
MM. Pelletier et Caventou traitent d’abord la cochenille par de l’éther sulfurique parfaitement rectifié $ la température est élevée peu à peu jusqu’au degré d’ébullition du liquide ; celui-ci se colore en jaune doré , et est renouvelé jusqu’à ce qu’il ne prenne plus de teinte sensible : par ce moyen , une grande partie de la matière grasse est dissoute; quelque peu de carminé l’est aussi , mais seulement par l’intermède du corps gras.
La cochenille , étant épuisée par l’éther , est mise en contact avec de l’alcool dans le digésteuf de M. Chevreul ( voyez la description de ce digesteur, quatrième volume); plusieurs décoctions sont faites successivement, puis réunies et abandonnées à une évaporation spontanée : elles contiennent la carminé , un peu de matière grasse et un peu de matière animale; bientôt elles les laissent déposer en petits grains d’une très-belle couleur rouge. En traitant ces petits grains à froid par de l’alcool très-concentré, on ne dissout que la carminé et la matière grasse; et si l’on ajoute à la dissolution autant d’éther qu'elle contient d’al-