‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratiqueChapitre 80 sur 117 · ARTICLE VI · texte numérisé non relu

ARTICLE VI

Oxacides du soufre.

223 . Il existe quatre acides qui ont le soufre pour radical, savoir : l'acide hypo-sulfurcux , l'acide sulfureux , l'acide hypo-sulfurique et l'acide sulfurique. Leur composition est

ÔX4QDË BU SDtfF&Ê. - SM

telle que, pour t proportion^ de soufre t=: 1201,16 , ils contiennent : le premier, i, proportion d'oxigène=: loo*, le second, a proportions^ le troisième 2. ^proportions; etle quatrième, 3 proportions. Nous traiterons d'abord del'acide sulfureux et de l'acide sulfurique , parce que ce sont les plus importons et ceux qui sont le plus anciennement connus*

Acide sulfureux*

224» Connu de toute antiquité, mais distingué par Stahl pour la première fois comme corps particulier , il fut examiné par beaucoup de chimistes , surtout par Priestley , en 1774 > et analysé depuis quelques années par M. Gay-Lussac (2® vol. iiArcueiC)^ et par M. Berzelius {^Ann. de Chim. , tom. liXxviii et Ann, de Chim. et de P/iys. , tom. v, pag. 178).

225. Propriétés. — Cet acide est gazeux et invisible 5 sa saveur est forte et désagréable 5 son odeur est piquante , et la môme que celle du soufre qui brûle ; il excite la toux , resserre la poitrine , et suffoque les animaux qui Iç respirent-, il rougit d'abord la teinture de tournesol, dont il fait ensuite passer la couleur à celle du vin paillet; sa pesanteur spécifique, d'après mes observations, est de 2,234*

226. La plus forte chaleur qu'on ait encore pu produire ne le décompose pas. Il se liquéfie aisément par le froid. M. Bussy a observé que pour cela il suffisait de l'exposer , s>ous la pression ordinaire , à un froid produit par un mélange de 2 parties de glace et de i partie de sel marin. L'expérience se fait commodément en produisant le gaz à la manière ordinaire, et le faisant rendre ensuite dans un tube contenant du chlorure de calcium, et de là dans le vase entouré du bain réfrigérant.

Cet acide est un liquide incolore, transparent, très volatil, bouillant à — lo" , et d'une densité égale à i,45*

Versé sur la main, il se vaporise complètement en produisant un très grand froid. Le froid qu'il produit en se vaporisant est tel, que si l'on entoure de coton la boule d'un thermomètre à air , qu!on plonge ensuite cette boule

SM MiTAiJXHDEs ouoénts.

clang Taclde y et qu'après l'en avoir retirée on rei|Miati Paif libre , le tlicrmomùtre supposé d'abord à -f- lo^ » deacoidiJi

à — 575 îl dcsceudraît jusqu'à — 68° dans le vide.

L'eu voit, d'après cela, qu'avec l'acide sulfureux liquide il doit L'Ire facile de congfîlcr le mercure, et que l'on peul cspc-rerde liquciicr la plupart des gaz couuus.Dtjà M. Bussj a cmployc avec succès la vaporisation de Facide sulfureux jîour la liquéfaction du clilore, de l'ammoniaque, et du cyanogène^ il est mcme parvenu à solidifier celui-ci. (^jinn. de Cliim. et de Phjrs% , xxvi, 63.)

227. M.Lariveaobservé que cet acide uni à environ 4 fois son poids d'eau, formait un hydrate qui crbtallisait eB Lunes minces et qui ne se liquéfiait, en abandonnant la majeure partie du gaz sulfureux, qu'au-dessus de -f"^*** Cet acide cristallin peut être obtenu en même temps que l'acide liquide* On y parvient en faisant passer le gaz dans une éprouvette entourée de glace et de sel avant de le dessécher ou de le conduire dans le tube qui contient le chlorure de calcium.(Larive, jinn. de Chim. et de Phys. t.XL,p.4oi.)

227 &i>. Le gaz sulfureux ne se combine, à aucune température, ni avec le gaz oxigëne pur, ni avec le gaz oxigène de l'air.

228. L'hydrogène et le carbone décomposent facilement le gaz acide sulfureux à une chaleur rouge et même au-dessous. L'hydrogène donne lieu à de l'eau et à du soufre; le carbone à du soufre età du gaz acide carbonique ou du gaz oxide de carbone ^ il se forme , en outre, dans lepremiercas, du gaz suif hydrique si l'hydrogène est en excès et si la température n'est pas trop élevée \ et, dans le second , probablement du soufre carburé. Pour faire l'expérience avec le carbone , mettez ce corps combustible au milieu d'un tube de porcelaine \ faites passer ce tube à travers un fourneau à réverbère; à l'ime de ses extrémités , adaptez un tube recourbé propre à recueillir les gaz , et adaptez à l'autre, par le moyen d'unpetittube de verre, une fiole contenant 20 à 3o grammes de mercure, et cinq à six fois autant d'acide sulfurique conr centré* Portes le tubç de ]^(H:«elaine au ronge j et chaujffoK

nwite %m peu In fiole } bientôt le mercure attaquegra Vacidç Ifiuique^ il se produira du sulfate adde de bi*oxide dç ercure et du gaz acide sulfureux; celui-ci sera forcé dç

passer à travers le tube de porcelaine , et sera su]>-le-H)hamp

décomposé.

Lorsqu'au lieu de vouloir décomposer le gaz acide suljf ureux par le cbarbon , vous voudrez le décomposer par le gaz bydrogène, vous emploierez le même appareil que le précédent, si ce n'est que vous ne mettrez point de charibon dans le tube , et que vous adapterez à l'une des extrémités de ce tube une vessie pleine de gaz hydrogène, outre la fiole qui contiendra le mercure et l'acide sulfurique* D'ailleurs, l'opératipu sera facile à conduire : lorsque le tube sera rouge de feu , vous y ferez passer tout à-la-fois du gaz acide sulfureux et du gaz hydrogène, et vous ferez en sorte que celui-ci soit en excès; lies gaz seront recueillis sur le mercure. Ces deux expériences pourraient probablement encore se faire dans ime petite cloche courbe sur le mercure , en chauffant la cloche avec la lampe.

Onsaitquele soufre et le gaz azote sontsimis action sur le gaz acide sulfureux à une température quelconque; mais on ne sait pas encore quelle serait celle qu'exerceraient le bore et le phosphore sur ce gaz : il est très probable que le bore le décomposerait , et qu'il en résulterait du soufre et de l'acide borique. Quantau chlore , iln'a d'action sur le gaz sulfureux que par l'intermède de l'eau , qui se trouve alors décomposée ; il en résulte tout-à-coup de l'acide chlorhydrique et de l'acide sulfurique. Des phénomènes analogues ont lieu avec le brome et l'iode.

229. L'action d'un seul des composés que forment les métalloïdes a été examinée avec quelque soin , c'est celle du gaz sulfhydrique. Lorsqu'on met en contact ces deux gaz à la température ordinaire , ils se décomposent réciproquement , et produisent de l'eau et un dépôt de soufre , de sorte qu'ils disparaissent. IMbis si ces gaz sont bien secs, leur réactioti n'a Heu qu'au bout d'une demi-heure, trois <juarts

312 IdËTALLOlDES OXIGÂNÉS.

d'heure : encore est-elle si lente , que très souvent elle ne se termine qu'en un très long temps : s'il sont humides, elle a lieu presque subitement. Il faut probablement deux partics de gaz suif hydrique pour décomposer une partie de gaz acide sulfureux^ car le gaz suUhydriquc contient un volume c'gal au sien d'hydrogène, le gaz acide sulfureux »• peu-près un volume de gaz oxigènc , et l'eau résulte de la combinaison de deux vol. de gaz hydrogène et d'un de gaz oxigènc. C*cst dans une éprouvette pleine de mercure que le mélange doit être fait : là , tous les phénomènes s^observent avec la plus grande facilité.

23o. L'eau absorbe trente-sept fois son volume de gas acide sulfureux à la température de 20® et àla pression o", ^6. On la sature de ce gaz en employant l'un des trois appareils représentés planche III, fig, 5, 6, 7; par exemple, le second; on met une partie de charbon en poudre , ou mieux de sciure de bois , et deux à trois parties d'acide sulfurique concentré dans le ballon C; on place ce ballon à feu nu , ou par le moyen d'uu l^ain de sable , sur le fourneau AA; on le fait communiquer par des tubes intermédiaires avec les flacons D D* D** remplis aux trois quarts d'eau; ceux-ci, de même que le ballon , sont munis de tubes de sûreté. L'appareil étant ainsi disposé, on met quelques charbons iucandescens dans le fourneau : bientôt la réaction entre l'acide et le corps combustible a lieu*, il en résulte du gaz sulfureux, du gaz acide carbonique , et il se forme en outre de l'eaa lorsqu'on se sert de sciure. Ces deux gaz , en se dégageant , chassent l'air et arrivent dans le premier flacon , où ils se condensent en grande jiartie : on les obtient donc d'abord tous deux en dissolution ; mais à mesure que l'eau absorbe de nouvelles quantités diacide sulfureux , son affinité pour l'acide carbonique diminue tellement , qu'elle finit par abandonner ou laisser dégager celui qu'elle avait d'abord dissous. Au reste, pour plus de sûreté, on pourrait remplacer le charbon ou la sciure de bois par du mercure 9 du fer ou du zinc. Dans tous les cas, on

ACIDE SULFUHEXJX. SIS

ne doit regarder comme très pur que l'acide du second flacon et des flacons suivans , parce qu'il y a presque toujours un peu d'acide sulfurique entraîné qui vient se rendre dans le premier. On doit conserver l'acide sulfureux, de même que l'acide carbonique , dans des flacons bien bouches et renversés.

L'eau saturée d'acide sulfureux, ou l'acide sulfureux liquide , est limpide et sans couleur ; son odeur , sa saveur et son action sur la teinture de tournesol sont semblables à '■ celles du gaz sulfureux*, lorsqu'on l'expose au feu, elle laisse dégager avec effervescejice presque tout l'acide qu'elle contient; ellen'a aucune action sur les combustibles simples non. métalliques; elle agit vivement sur les métaux de la première section, et lentement sur le manganèse, le zinc et le fer de la troisième. Dans son action sur les premiers , l'eau est décomposée; il se dégage de l'hydrogène et il se forme un sulfite ; mais dans son action sur les seconds , l'eau n'est point décomposée ; c'est par l'acide que le métal s'oxide ; il en résulte un sulfite sulfuré ou un hypo-sulfite. Il paraît <ju'elle n'a d'action que sur quelques métaux appartenant à la 3® section, et qu'elle n'en a aucune sur ceux des deux dernières sections.

■ On sait que l'acide sulfureux décompose tout-à-coup l'ac'ide suif hydrique , .lorsque tous deux sont dissous dans l'eau, pourvu que celle-ci ne soit point en quantité trop considérable; mais on ignore quelle est Faction qu'il est capable^ d'exei'cer sur les autres combustibles composés non métalliques , sur les composés combustibles mixtes et sur les alliages; l'on ne peut faire à cet égard que des coDJcctures fondées sur la nature de ces corps.

23 1. Composition. — Il paraît qu'en faisant brûler du soufre dans le gaz oxigène, l'on obtient toujours un volume de gaz sulfureux plus petit de quelques centièmes que celui de l'oxigène que l'on emploie ( Gay-Lussac ). Mais si l'on considère que le soufre contient sans doute un peu d'hydrogène , ou qu'il peut former une petite quantité d'acide sulfu-

SI4 UÈTAVLOJUBB OSMtffÈS.

rique, il deviendra probable que lega» sttifiimixyesfcoi

un volume d'oxigène dgal au sien : or, daiia trois expérie»

GC8 faites avec beaucoup de soin, j^ai toujours trouvé la ia

site du gaz sulfureux égale à 3,234» à quelques millièiM

près : par conséquent , dans l'acide sulfureux , la quantik

de soufre devrait cire à la quantité d'oxîgène conuD£ 2^

( densité de l'acide ) moins 1,1026 ( densité de l'oxigènej

cVst-à-dire, comme i,i3i4 esta 1,1026, ou comme loooi

i 97 A^* Cependant ces résultats ne sont pas tout-i-fil

d'accord avec ceux de M. Berzelius. Suivant ce célèbre di-

mistc, 100 de soufre absorbent 99^44 d'oxigène pour ptfS

à l'état d'acide sulfureux. Gomme ces râultats sont déU

d'un grand nombre d'expériences , nous les adopterons;!

composition est donc :

£n proportions. . z de soufre 9019X6 -^ a d*axigèiM soo Enatomes z idem aof,i6-|- a idem, aoo

Ikmc poids atomique de Facide sulfureux. S O* = 40x^x6.

EtéU. — L'acide sulfureux ne se trouve pour ainsi ù qu'autour des volcans et dans les solfatares ^ il y est poii par la combustion du soufre que la chaleur volcanique it gage presque continuellement.

232, Préparation. — C'est en traitant l'acide sulfoii^ du commerce par le mercure , à l'aide de la chaleur, ifî^ obtient le gaz acide sulfureux; il se produit, outre cetacUB qui est toujours gazeux, du sulfate de protoxide on de It oxide de mercure qui se précipite en poudre blanche; f conséquent, dans cette opération, l'acide sulfuriqnesef' tage en deux parties : l'une cède le tiers de son oxigène^ mercure et passe à l'état de gaz acide sulfureux 5 l'autre! combine avec le mercure ainsi oxldé et forme le sulfate i mercure. On introduit une partie de mercure et 6 à 7 ptf ties d'acide dans une cornue de verre {capable de contes environ une fois et demie le volume de ces deux matières on adapte au col de la cornue un tube recourbé qui s'engaf sous des flacons pleins de mercure, et l'on chauffe ensnitii lifjueur de manière à la faire à peine bouillir. A cette ^

l^ue^ ià gas ^cîdt sulfiu^itx se clégage $ nuit econm)^ il ctl tiutAé d'air, il ne faut le recueillir cja'aprèi en avoir laiasi^ ^et'dre une certaine quantité : il sera pur lorsque , mis en rontact avec l'eau , il s'y dissoudra complètement, épreuve |ui se fait en remplissant une petite éprouvette de gaz , la touchant avec le doigt, la portant dans l'eau et l'y agitant* ^'^buUition devra être entretenue pendant toute l'opëraâon y 3o grammes de mercure ]produiix)nt facilemetit plusieurs litres d'acide sulfureux , comme on le verra dans le mJcuI suivant , fait en suj^sant qu'il neae forme que du fculfate de protoxide,

■ Froporlionfl réagitaaniai. Proportions produite!.

m d'ac. fiulfurique réel iooa,si x d6 gaz sulfureux • • • 4ox,i

■ d««ercare s53x,6 i z diacide réel 5or,«

z de8el={ z de prot- 4 z d'oxigèoe.. ioo»P

3533,8 i-Je-el^^ideprot-tido

f oziaeou(zdei

yasT..', 7.T.M, -wt^ir-.-^^; f ozlde OU ( Z de mercure a53 1,6

£» atomes i 3533^8

Hg O + » S O» = 6 0» + Hg O , S O»

1x33 . Usages. — L'acide sulfureux est employé pourbla^- <;Iiir la soie , la colle de poisson , à la manière de la soie , et «nlever les taches de fruits de dessus le linge. L'on s'en sert aussi pour guérir les maladies de la peau. En effet , il existe maintenant dans plusieurs de nos hôpitaux , particulièrement à Saint-Louis et au Val- de-Grâce, des appareils où l'on administre des bains de ce gaz. Quelques bains, dit-on, suflSsent pour faire passer la gale. L'on prétend même que les dartres vives cèdent à l'emploi prolongé de ce remède.

Acide sulfuîique.

234- Historique. — De tous les acides , voici le plus important et celui dont les usages sont les plus nombreux. Sa découverte remonte à la fin du quinzîèiùe Jsiècle 5 il paraît qu'elle est due à Basile Valentin. Extrait d^abord du sulfate de i&c par la distillation^ obteau ensuite en^famnlibiâlei: ux^

316 Métalloïdes oxigénés.

mélange de soufre et ^de nitxe au-dessus de Teau» ismU grands ballons de verre , l'acide sulfuiique se fabrique jourd'hui en substituant de grandes chambres de ploml ces ballons. Presque tous les chimistes ont fait des reàtaches sur l'acide sulfurique : parmi les modernes, on doito* ter surtout La voisier, qui nous en a fait connaître la nature(i): M. Chaptal, qui s'est beaucoup occupé de sa fabrication(3) MM. Desormes et Clément, qui ont établi la théorie 1 sa formation (3)-, Klaproth (4)^ M. Gay-Lussac (5) etM.Bo' zelius (6), qui tous trois ont cherché à en déterminer l proportion des principes constituans.

Cet acide peut t^tre sous deux états : i^ solide, anhyds ou sec, cristallin, tel qu'on le retire de V acide sulfuriquek Nord/iausen; 2? liquide ou combiné avec une certaine qn» tité d'eau, tel cpi'il existe ordinairement et tel qu'on F<4tient jK)ur les usages des arts et des laboratoires. G'estsouset double état que nous allons le considérer.

235. Acide sulfurique sec ou anhydre. -^^^hx prépare dafi la petite ville de Nordhausen en Allemagne, pour les besoÎBS de quelques fabriques , lui licpiide très acide en décomp sant par le feu le sulfate de fer sec, dans des cornues (fc grès munies d'allonges et de récipiens. Ce liquide, q» possède des propriétés particulières , parait être une dissolution de gaz sulfureux et d'acide anhydre dans l'acide sulfurique ordinaire. Ce qu'il y a de certain, du moins, c'est qu'en chauffant doucement l'acide de Nordhausen dans ua appareil convenable, on en extrait un acide blanc, cristallifl) qui, d'après M. Bussy, est de l'acide sulfurique privé d'eafl ( jinn. de Chiin. et de P/ijs. , xxvi, 4i i )• L'extraction s'ea fait commodément dans une cornue de verre tubulée, dont

(i) Elémens de chimie,

(a) Chimie appliquée aux arts,

(3) Aim, de chim. 1. lix.

(4) jdnn, de chiin, t. lvïji.

(5) Mémoires d^ji/ûueily 1. 1.

(6) Jtm, do chim, ttUxyxit , el /inn, do okipu f de pf^r^^ t. v ^ p, 178.

le bol se rend dans un large tube courbé en forme de U« Le liquide est introduit par la tubulure de la cornue sous la^^ , quelle on place ensuite quelques cbarbons incandescens : . bientôt il bout et laisse dégager d'abondantes vapeurs qui ne sont que l'acide anhydre même ; elles se condensent en une masse solide dans le tube que l'on a soin d'entourer déglace, et dont il est bon d'effler l'extrémité pour empôcber le contact de l'air avec la masse acide ; il faut surtout n'employer ni lut, ni bouchon : ils seraient attaqués et noircis. Lorsque l'opération est terminée, on n'a rien de mieux à faire, si l'on veut conserver l'acide, que de fermer à la lampe les deux extrémités du tube qui le renferme.

Cet acide, un peu au-dessous de aS®, est solide, blanc, opaque; il se fond à la température même de a 5°, et forme un liquide qui réfracte fortement la lumière, dont la densité est 1,67, et qui, refroidi peu-à-peu , se prend en houppes soyeuses. A quelques degrés au-dessus de aS, il se volatilise : aussi quand il est solidifié est-il assez difficile de le fondre, si ce n'est sous une faible pression.

L'acide anhydre est très caustique , rougit fortement le tournesol, produit, en absorbant l'humidité, d'abondantes vapeurs dans son contact avec l'atmosphère. Il dissout le soufre et se colore en brun, vert ou bleu; par Teau, le soufre se dépose , et l'acide devient acide sulfurique ordinaire. n dissout plus facilement l'indigo : la dissolution n'est pas bleue comme avec l'acide sulfurique du commerce ; elle est d'un rouge pourpre magnifique. G 'est aussi de cette manière qu'agit l'acide de Nordhausen sur cette substaiice colorante, et, sans auciui doute , il doit cette propriété à l'acide anhydre, pu^u'on ne la retrouve ni dans l'acide sulfureux , ni dans l'acide du commerce.

Son union avec l'eau a lieu avec beaucoup de chaleur. Lorsqu'on fait passer un poids déterminé d'acide anhydre , en vapeur, à travers un tube contenant une certaine quantité de baryte, il n'y a dégagement d'aucun gaz, et il se produit un poids de sulfate qui représente à huit millièmes

SIS MÉTAUOUnS OXIâiNÉS.

près , la quantité diacide vaporise, preuve évidente que l'a^ cide est sans eau. Au moment de la combmaùo&y une incandescence des plus vives se manifeste.

Si dans cette expérience on supprimait la baryte , et que la température fût très élevée , l'acide se décomposerait a 2 volumes de gaz sulfureux et i volume d'ozigëne^ car l'a- n cide sulfurique hydraté est lui-même susceptible de €8 genre de décomposition (aSj)* B suit de là que Tacide snlfurique contient i fois | autant d'oxigëne que l'acide dnlfo- j reux, et qu'il est formé de loo de soufre et de lig^iô d'ozi-i gène, ou que sa composition est r

En prop. X de soufre aoi,t6-f- 3 d'osdgàM Soo

En atom. z û/^m aoiyz6«|-3 idem SoozsSO'.

Que l'on ajoute à une proportion d'acide sulfurique anhydre = 5oï,i6 y une proportion d'eau = ii 2,435, l'oii î aura i proportion d'acide sulfurique ordinaire^ A*acide td* farique du commerc^y à^ acide sulfurique aqueux ou ïgrdraUy le plus concentré possible, dont la formule atomique est H^ O, S O^. C'est de cet acide dont nous allons maintenait nous occuper.

236. Acide sulfurique hydraté. — L'acide sulfurique hy* draté est liquide , blanc , inodore ; sa densité, à la tempéra* tare de 20^, est 1,84^ \ sa consistance est oléagineuse; son action sur la teinture de tournesol est si forte, qu'une senk goutte d'acide suffit pour colorer en rouge une grande quaih tîté de cette teinture. C'est un des plus violens caustiqnes que l'on connaisse \ il désorganise sur-le-champ toutes les matières végétales et animales : aussi l'animal qui en prendrait même une très petite quantité, périrait-il promptement au milieu d'horribles convulsions. Les bases salifiables seules peuvent en séparer l'eau qu'il contient.

237. Lorsqu'on expose l'acide sulfurique à un froid de 10® à 12**, il se congèle et cristallise; il se congèle à zéro et même au dessus si on l'étend d'une proportion d'eau.

Soumis, dans une coniue de verre, à l'action d'une chaleur progressive, il s'échaufTe peu-à-pcu, bout et se vaporise

ftns 9e AiecfOïpoietit Soumis , an contraire ^ à nne très forte

ilialeur dans un tube de porcelaine , il se décompose tout-

i-coup, et se transforme , suiviailt M. Gay-Lussac, en gas

Lcide sulfureux et en gaz oxigène y qui sont entre eux , qn

rolume, dans le i^pport de 2 à i. Cette expérience ne réussit

)ieii qu'autant que le diamètre du tube est très petit, par

exemple, de 5 à 6 millimètres : on fait passer ce tube à tra-*

irers un fourneau à réverbère, en lui donnant une légère in-

dKnaison ; on adapte à son extrémité supérieure une petite

cornue contenant de l'acide sulfurique le plus concentré

possible, et à son autre extrémité un tube recourbé propre

à recueillir les gaa sur le mercure; on fait du feu dans le

fourneau, et on l'augmente en surmontant le dôme d'un

ttiyau en tôle , haut de i à 2 mètres, et mieux au moyen

d'un soufflet, dont on fait rendre la douille dans le cendrier.

Lorsque le tube est presque rouge-blanc , on y fait passer

l'acide sulfurique en le chauffant convenablement, et le

portant à l'ébullition : dès-lors des vapeurs très abondaiîted

apparaissent dans le tube de verre recourbé, et une grande

quantité d'un gaz nuageux se rassemble dans les flacons

pleins de mercure. Si l'on mesure 100 parties de ce gaz dans

un tube plein de mercure, et si, après avoir plongé l'extré-^

mité du tube dans l'eau, on l'y agite , tout ce qui est acide

Snlfiireux se dissoudra; tout ce qui est oxigène restera libre ^

et l'on trouvera que la quantité de celui-ci sera égale à la

moitié de la quantité de celui-là : d'où l'on voit que l'acide

sulfiirique hydtaté, à part l'eau qu'il contient, est formé ,

en volume, de 2 parties d'acide sulfureux et de i partie de

gaz oxigène*

238. Lorsqu'on fait plonger dans l'acide sulfurique deux fils de platine en communication avec une pile, il se manifeste, à l'extrémité du fil négatif, des flocons de soufre et une teinte bnme à l'extrémité du fil positif, teinte due sans doute à la formation d'une petite quantité de sulfate de platine.

289. L'acide sulfurique n'a aucune action, soit à froid , soit à chaud, sur le gaz oxigène et sur l'air; il s'empare seù-*

SM métalloïdes oxigénés.

kment de la vapeur d'eau que ces gas peurent contenir; il peut facilement en absorber une quantité assez grande pour doubler de poids : c'est ce qui arrive en quelques jours en exposant de l'acide sulfurique dans une capsule au contact de l'air. On remarque en outre, dans ce cas, que Tacide, de blanc , devient jaunâtre : cette couleur provient de ce que l'atmosphère contient en suspension des matières végétales ou animales que l'acide sulfurique désorganise etcbarbonne (Voyez Action de V acide sulfurique sur les substances végétales). Lorsque l'acide sulfurique, par son contact avecl'atmospbère , s'est ainsi étendu d'eau , on peut le ramener au point de concentration où il était , en le chauffant dans nne cornue jusqu'à ce qu'il commence à produire des vapeurs blanches/, signe auquel on reconnaitqu'il est près de bouillir.

Aucun métalloïde ne décompose l'acide sulfurique à la température ordinaire. Cinq seulement le décomposent à une température élevée , savoir : l'hydrogène , le bore , le carbone, le phosphore et le soufre.

L'hydrogène en opère la décomposition à une chaleur voisine du rouge-cerise ; il en résulte de l'eau et du gaz acide sulfureux ou du soufre, selon que la quantité d'acide sulfurique est plus ou moins grande par rapport à la quan-^ tité d'hydrogène ; il en peut aussi résulter du gaz sulfhydrique lorsque l'hydrogène est en excès et que la température n'est pas trop élevée ; c'est ce que l'on prouve en faisant passer ensemble l'acide sulfurique et l'hydrogène à travers un tube de porcelaine incandescent : à cet effet l'on se sert du même appareil que pour décomposer cet acide par le feu seulement (stSy) , si ce n'est que , à l'extrémité du tube qui reçoit la cornue contenant l'acide sulfurique, on adapte en mcme temps , par le moyen d'un petit tube de verre , une grande vessie pleine de gaz hydrogène, etc.

240. Lorsqu'on met en contact l'acide sulfurique avec le carbone, à la température d'environ 100 à 1 5 o®, ces deux corps réagissent de telle manière qu'il se forme du gaz acide carbonique et du gaz acide sulfureux , quelles que soient

ACIDE SULFURIQtJE. 32 i

leurs quantîtës respectives. Si la température était beaucoup plus élevée, et si le charbon était en excès, on obtiendrait du soufre , du gaz oxide' de carbone et probablement du soufre carburé : au degré de la chaleur rouge, l'eau de l'acide serait elle-même décomposée, et donnerait lieu à une nouveilé quantité de gaz oxide de carbone , d'acide carbonique et à du carbure d'hydrogène. Ces résultats sont faciles à constater : i® pour décomposer l'acide sulfurique par le charbon à une température peu élevée,, on introduit dans luie grande fiole environ 5o grammes d'acide sulfurique, et 20 à 25 grammes de charbon bien pulvérisé et bien calciné; on les mêle ensemble par l'agitation ; on place cette fiole sur un fourneau ; on adapte à son col un tube recourbé propre à recueillir les gaz; on chauffe peu-à-peu, et bientôt la réaction a lieu. On recueille le gaz acide sulfureux et le gaz acide carbonique sous des cloches pleines de mercure. On peut les séparer jusqu'à un certain point par l'eau, qui dissout facilement le premier , et ne dissout que dilKcilement le second.

2® Pour opérer la décomposition de l'acide sulfurique par le charbon à une haute température , on fait passer un tube de porcelaine à travers un fourneau à réverbère ; on met du charbon dans le milieu de ce tube; on adapte à l'une de ses extrémités une petite cornue contenant de l'acide sulfurique, et à l'autre, une allonge qui se rend dans un récipient tubulé portant un petit tube recourbé qui s'engage sous des flacons pleins d'eau. On fait rougir le tube , et l'on réduit l'acide sulfurique en vapeurs. Le soufre se condense dans l'allonge et le ballon, et les gaz passent dans les flacons sous lesquels doit s'engager le tube recourbé.

241. Lorsqu'on traite l'acide sulfurique par le phosphore, comme on vient de le faire pour le charbon dans la première des deux expériences qui précèdent, on obtient de l'acide phosphorique ou phosphoreux , et du gaz acide sulfureux ; mais l'on ne sait point encore si , à une températurc plus élevée, le phosphore enlèverait tout l'oxigène à l'acide sulfurique.

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