‹ Traité de chimie, générale, analytique, industrielle et agricole (volume 2)Chapitre 69 sur 143 · ACIDE SULFURIQUE ORDINAIRE OU ACIDE ANGLAIS. SO^HO · texte numérisé non relu

ACIDE SULFURIQUE ORDINAIRE OU ACIDE ANGLAIS. SO^HO

Cet acide est liquide, blanc , inodore; sa densité à 20" est de l,8/i2 ; sa consistance oléagineuse lui a fait donner le nom d'huile de vitriol, à une époque où on le retirait du sulfate de fer (vitriol vert).

Il détruit inmiédiatementun grand nombre de matières organiques, en s'emparant de leur eau .

L'acide sulfurique décompose rapidement les membmnes animales et agit coname un violent poison.; exposé à une tem|)érature de — W, il cristallise en prismes réguliers à 6 pans ; il entre en ébuUition à la t^mpà^ture de SlOM^a distillation de l'adde sulfurique doit être ftite dans une cornue en verre^ dont le col s'engage dans un récipient qui ne porte pas de bouchon. Cette distillation est presque toujours accompagnée de soubresauts qui la rendent dangereuse. D'après les conseils de I. li

M. Gay-Lussao, on évite les soubresauts en mettant dans Facide des fils de platine qui régularisent son ébullition.

Toutefois, il est préférable d'opérer la distillation en chauffant latéralement la cornue à peu de distance du niveau de l'acide. La vapeur se condense sans que le récipient soit refroidi.

Pour rectifier Tacide sulfurique avec facilité, M. Lemercier a proposé remfdoi d'une grille demi-sphéroïdale à double cavité, que Ton place sur un fourneau ordinaire. On met la cornue dans la^ cavité intérieure; dans la cavité extérieure qui enveloppe la première, on dispose des charbons qui chauffent la cornue latéralement et d'une manière égale.

Les vapeurs d'acide sulfurique sont décomposées par une chaleur rouge et donnent naissance à de l'acide sulfureux , de l'eau et de l'oxigène.

Les métalloïdes exercent peu d'action sur l'acide sulfurique ; le charbon le transforme cependant en acide sulfureux , en passant lui-même à l'état d'acide carbonique et d'oxide de carbone. Le soufre, chauffé avec l'acide sulfurique, produit de l'eau et de Vacide sutfureux : S + 2S0*,H0 =«3Sœ+2HO.

L'adde sulfurique exposé à l'air prend une teinte noire, due à la présence de quelques matières organiques qui se sont carbonisées ; on déco^loite cet acide sulfurique en le faisant chauffer légèrement; le charbon disparaît et se tranrfcnrme en acide carbonique.

Un grand nombre de métaux sont attaqués par l'acide sulfurique.

Quelques uns, comme le zinc, mis en contact avec de l'acide sulfurique très étendu, décomposât l'eau pour former des sulfates :

Zn + S03,H0 = ZnO,S03 + H.

D'autres métaux , comme le plomb , le cuivre, le mercure et l'argent , décomposent l'acide sulfurique sous l'influence de la chaleur et le • transforment en acide sulfureux :

Cu +2 {S03,H0) «CaO,S03 +2H0+ SO*.

Action de rean snr l'acide •nlftiiiqiic nioiioiiydr«t««

L'acide sulfurique monohydraté possède une grande affinité pour l'eau. On constate cette affinité, soit directement^ en mêlant de l'acide et de l'eau, soit en faisant réagir l'acide sulfurique sur des matières organiques.

JLiCHm[u'on plonge du bois dans l'acide sulfurique monohydraté, on le voit noircir aussitôt ; une partie de l'hydrogène et de l'oxigèoe de la matière organique se combinent pour former de l'eau. On avait cru pendant, loaogtemps que le corps noir qui se forme à la surface du bois plongé dans l'acide sulfurique ccmcaitré était du diarbon ; il est démontré que cette substaïK^e contient, il est vrai, moins d'oxigène et d'hydrogène que le bois, mais n'est pas du charbon.

ACflm SntFORIQtîK. 163

L'dcide sulfuriqiie , exposé à Tair humula, au^ente consklérAUemoiit de volume et absorbe jusqu'à 15 fols son poids d'eau ; Facide sulfurique, mêlé avec Teau, produit une élévation de température, qui quelquefois peut dépasser 100*". La chaleur produite atteint son maximum quand (m mélange 500 gr. d'acide sulfurique av^ 450 gr. d'eau.

Le mélange d'acide sulfurique et d'eau doit être fait avec certaines précautiong ; pour éviter que le vase où l'on opère le mélange se brise , on doit toujours verser l'acide sulfurique dans l'eau et remuer la liqueur après chaque addition d'acide. Si l'on versait l'eau dans l'acide sulfurique, la chaleur dégagée à l'endroit mênie où l'eau se trouve en présence d'un excès d'acide , pouiTait causer la rupture du vase.

L'acide sulfurique, mélangé ^vec de la neige, donne de la chaleur ou du froid, selon les proportions d'acide et de neige employées. Ainsi 4 parties d'acide sulfurique et une partie de neige produisent de la chaleur qui est due à la combinaison de l'acide et de l'eau.

Au contraire, /^ parties de neige et une partie d'acide sulfurique font abaisser considérablement la température du mélange : le froid qui se produit ainsi est dû à la liquéfaction instantanée de la neige et à la chaleur qu'elle absorbe pour changer d'état.

Lorsqu'on mélange l'acide sulfurique avec l'eau, on reconnaît qu'après le refroidissement de la liqueur, le volume du mélange est moindre que la somme des deux corps pris isolément. La contraction maximum est de 3 pour 100 du volume primitif; il se forme, dans ce cas , des hydrates à proportions définies dont nous indiquerons les propriétés.

AGIM ftULFCJRIQUB BIHYDRAT^. S0^2H0.

Cet hydrate s*bbtient en mêlant un équivalent d'eau et un équivalait d'acide monohydraté.

Il est Hquide à la température ordinaire ; sa denrité à" 15' est de 1,78*

Lorsqu'on le soumet à la température de + 7^o, il laisse déposer de beaux cristaux: volumineux et transparents.

Chauifé à + 200», il perd un équivalent d*eaii et sç transformé ei^ acWe sulfurique monohydraté.

ACIDE SULFURIQUE TRIHYDRAT^. SO^âHO*

On pfépÊite cet acide en mélangeait un équivalent d'acide ordinaire à 2 équivalents d'eau. '

Cet aoide s'obtient encore en concentrant dans le vide à 100* l'acide sulfurique étendu ; l'excèi» d'eau se d^ge , et il reste l'hydrate S03,3HO.

Le maximum de amtraction de volume qu'éprouvent l'eau et l'acide sulfurique s'observe lorsqu'on môle les deux corps dans les proportions qui doivent constituer l'acido trihydraté.

16^ AcmB sotruRiorr.

Ce phénomène a fait regaixier Tacide à trois équivalents d'eau comme une combinaison et non un mélange d'acide sulfurique et d'eau.

Les deux derniers hydrates dont nous venons de parler présentent fort

peu de stabilité.

Gomptsltloii*

On détermine là composition de l'acide sulfurique, en soumettant un poids connu de soufre à l'action de l'acide azotique bouillant. Le soufre se transforme en acide sulfurique. On ajoute , dans la liqueur, un poids également connu d'oxide de plomb; on calcine pour cliasser Texcès d'acide azotique, et il reste un mélange de sulfalç de plomb et d'oxide de plomb qui a dû être employé en excès.

La dififérence entre le poids de ce mélange et celui du soufre et de l'oxide de plomb donne la quantité d'oxigène qui s'est combiné au soufre pour former l'acide sulfurique.

On trouve ainsi que 100 parties d'acide sulfurique sont formées de :

/lO,00 de soufre ; 60,00 d'oxigène;

Ce qui correspond à :

^200,00 = 1 équivalent de soufre ; 300,00 = 3 équivalents d'oxigène;

500,00 = 1 équivalent d'acide siilfurique.

Cette analyse se trouve confirmée par la décomposition de l'acide sulfurique en deux volumes d'acide sulfureux et un volume d'oxigène.

On détermine la quantité d'eau contenue dans l'aôide sulfurique hydraté , en faisant chauffer un poids connu de cet acide avec un excès d'oxide de plomb également coiinu. On calcine ce mélîinge, et la perte de poids qu'il éprouve fait connaître la quantité d'eau contenue dans l'acide hydraté.

On trouve ainsi que 612,5 d'acide monohydraté perdent exactement 112,5 d'eau ou 18, 3 p. cent , ce qui correspond à la formule SO^,HO.

FabrlcattOB de Taclde galftariqne.

La fabrication de l'acide sulfurique a atteint aujourd'hui un haut degré de perfection. La quantité d'acide produite avec un poids donné de soufre, dans les fabriques bien dirigées, se rapproche beaucoup <lans la pratique de la quantité indiquée par la théorie. De plus, les frais dé fabrication sont peu élevés lorsqu'ils se rapportent à une grande production, et que les appareils ont été convenablement construits.

Pour rendre la théorie de la fabrication de l'acide »ilfurique facile à comprendre, nous rappellerons les réactions suivantes :

ACIDB SULrURlQtE. 165

!• L'acide ^Ifureux et Tacide azotique se décomposent réciproquement pour former de Tacide sulfurique et de l'acide hypo-azotique :

S03 + AzO«,HO = S03,H0 + AzCH.

2» L'acide hypo-azotiqùe, dans scm contact avec Teau, se change en deutoxide d'azote et en acide azotique:

3AzO< + 2H0 « 2(Az05,HO) + AzO».

y Le deutoxide d'azote , en contact avec l'oxigène , se transforme en

acide hypoazotique :

A2O2 -f. 02 =' AzO^,

/i® L'acide hypo-azotique, en réagissant sur l'acide sulfurique, peut donner naissance à de l'acide azotique et à de l'acide azotosulfurique : ,

3A2O* + 2(SO»4iO) - AZ0S2H0 + ^AzO»).

5* L'acide azotosulfurique se produit aussi , comme on l'a vu, par l'action de l'acide sulfureux sur l'acide hypo-azotique :

2S02 + 2AzO< = (S'Az09) + AzO^.

6° L'acide azotosulfurique est décomposé par l'eau , et donne de l'acide sulfurique, de l'acide azotique et du deutoxide d'azote :

3(S2Az09) + 7H0 = 6(S0^H0) + Az05,H0 + 2Az02.

La production de l'acide azotosulfurique ne doit se présenter que rarement dans la fabrication de l'acide sulfurique. En etîet , la quantité de vapeur. d^eau ou d'eau Uquide est toujours beaucoup trop considérable pour qu'on puisse admettre l'existence de l'acide azotosulfurique dans les chambres où se produit l'acide sulfurique ; ce n'est que dans les tuyaux de communication qu'on rencontre l'acide azotosulfurique, lorsque l'eau qu'exige une bonne fabrication vient à manquer.

La théorie de la fabrication de l'acide sulfurique^^peut être résumée ainsi:

C'est l'acide azotique qui transforme presque toujours l'acide sulfureux en acide sulfurique.

Après avoir oxidé l'acide sulfureux, l'acide azotique se change en deutoxide d'azote ou en acide hypo-azotique, et ce dernier acide en préseiM^e de la vapeur d'eau donne du deutoxide d'azote et de l'acide azotique , qui peut réagir sur une nouvelle^ quantité d'acide sulfureux, et produire de l'acide sulfurique. Le deutoxide d'azote, dans son contact avec l'air, régénère aussitôt de l'acide hypo-azotique.

On voit donc qu'en faisant arriver dans une chambre de plomb de l'acide sulfureux, de l'air et de l'eau, et une quantité d'acide azotique qui ne se renouvellerait pas, on pourrait former indéfiniment de l'acide sulfurique, s'il ne fallait, d'une part, tenir compte des pertes inévitables qu'en-

166 ACIDE SULnJBIOUK.

traîne toujours une opération en grand ^ et de l'autre donner un écoulement à Tazote prov<mant de Tair dont l'oxigène a été absorbé.

Cet écoulement ne peut se faire sans que les osides d'azote ne s'échappent en partie de la chambre.

On a commencé par fabriquer l'acide sulfurique dans des ballons de verre qui ont été remplacés, ensuite par de vastes chambres en plomb, dont la capacité a été portée jusqu'à 100,000 pieds cubes.

On comprend l'utilité de vastes chambres de plomb, pouvant contenir une grande quantité d'air ; on a vu par les formules précédentes que l'air joue un grand rôle dans la fabrication de l'acide sulfurique, et qu'il transforme le deutoxide d'azote en acide hypo-azotique ; il est donc indispensable que la réaction chimique se produise en présence d'une masse d'air considérable.

L'ancien procédé de fabrication de l'acide sulfurique consistait à introduire dans le$ chambres de plomb des mélanges de soufre et de rntre, qui, par leur combustion en présence de l'eau et de l'air, formaii^t de l'acide sulfureux, du deutpxide d'azote et de l'acide hypo-azotique, et par suite de l'acide sulfurique.

Dans quelques fabriques on faisait arriver dans les chambres de plomb, où le soufre était en pleine combustion, un mélange de deutoxide d'azote et d'acide azoteux que l'on produisait en dissolvant l'amidon dans l'acide azotique ; l'acide sulfureux était transformé en acide sulfurique aux dépens de l'air contenu dans la chambre; mais lorsque le soufre était brûlé, et que l'air était appauvri d'oxigène, on était obligé d'interrompre l'opération pour renouveler l'air et produire une nouvelle combustion ; de là des pertes nombreuses, inévitables dans les opérations intermittentes. Dans ce procédé, les chambres de plomb se détruisaient rapidement, parce qu'au commencement de la combustion, il se produisait dang la masse de l'air une grande dilatation, et qu'à la fin l'air se raréfiait ; le plomb se trouvait ainsi soumis à des mouvements qui le déchiraient aux points d'attache. ,

Chaiptal a donc introduit un perfeclionn'emélit très Important dans cette fabrication en remplaçant le procédé intermittent pat» un procédé continu dans lequel les chambres de plomb ne subissent plus aucune variatfon dépression.

Dans le procédé continu , l'acide sulhireux est produit en dehors des diambres de plomb, soit par la combustion du soufre à l'air, soit par le grillage des pyrites. (PI. 1, flg. ih.)

L'acide azotique arrive d'une manière continue dans un appareil en poterie placé dans l'intérieur des chambres, qui déverse l'acide en caseades pour en augmenter les surfaces.

Depuis quelques années beaucoup de fabricants ont remplacé ce procédé par un autre plus économique, qui consiste à ajouter au soufre avant

ACUHC SULFUMUUE. I€7

sa ooittbustion, 6 ft 7 0/0 de son poids d'azolMe de soude, et à laoïdller légèrement le n^lapge avec de Tacide sulfurique à 50 ou 65 degrés.

pès qi;^ ce mélange est soumis h une température élevée, lia décomposition de Tazotate en acide azotique ou ^ gaz deutoxide d'asote se produit aussitôt.

L'anci^ procédé de cçaobustîoii é'uQ mélange de soufre et de Hitre avait l'inconvénient de ram^ier à l'état d'azote une partie de l'acide azotique de l'asotate^ et néeessitait remploi d'une quantité d'aiotate plus considérable.

La vapeur d'eau qui sert pendant la réaction, et qui détermine l'appel des ga2, est fournie par des gàiérat^irs.

L'air se renouvelle uniformément dans les chambres au moy^ d'un tirage bien réglé, et apporte l'oxigène qui doit changer le deutoxide d'azote ai acide hypo-azotique.

La réaction des gaz se produit dans des diambres f(»*mée& de feuilles de floaib fixées sur des charpentes. Oo se sert du plomb parce qu'il n'est pas attaqué par l'acide sulfurique étendu.

Pour multiplier autant que possible les contacts des gaz réagissants, on emploie ordinairement cinq chambres de plomb : lâs dem preipières portent le nom de tambours en têie , les deux dernières sont appelées tambours en queue; la chambre du milieu qui est la plus grande, peut avoir environ 1,000 mètres cubes; elle porte le nom de grmdQ chambre ; c'est là que se rend tput l'acide ^ulfurique formé (1) .

On doit à M. Gay-Lussac un nouveau perfectionnement daus la fabrication de l'acide sulfurisé, qui consiste dans l'addition d'une sixième chambre nommée chaamjbre additionnelle.

Ce periectiounenient a pour effet de tirer parti d*une gran4e quantité de vapeurs nitreuses qui se perdaient généralement dans les opérations anciennes.

En s'appuyant sur la solubilité- de l'acide hypo-azotique dans l'acide sulfurique monobydraté, M. Gay-Lussac a proposé de faire passer les gaz qui sortent de la cinquième chambre dans de l'acide sulfurique divisé par un corps poreux comme du coke. On fait tond)er l'acide sulfurique d'ui^naanière intemiitt^tesur le coke concassé, qui i[i'est pas attaquable par l'acide sulfurique froid.

L'intermittence est prodmte au moyen d'un appareil qui se compose de deux vases angulaires accolés et portés sur un axe ; quand l'acide sulfurique arrive à un certain niveau dans le vase , le cenU« de gravité se déplace, et l'appareil bascule; le déversanent se fait à droite et à gauche.

(4) Un© gvamlè chambre de ïOW mètres cubes suf^pose mi appareil de iBSO tné^s ottbes de capacité. Uo pareil sysIèaisperiiieèaQeoombuatioQ de laoo kilogrammes de soufre en 34 beuras , et par ocmséqueat une productioa 4e 3000 kilog. d'acide sulfurique.

168 XCtM SULFlIRtQUE.

Lorsque Tacide sulfuriqne est sataré de vapeurs nitreuses , il est lancé dans les chambres de plomb par la pi^ession de la vapeur d'eau , et peut alors réagir sur Toxigène et Teau , et former de Tacide sulfbrique.

Par ce perfi^ctionn^fnent , on éccmomise presque tes trois quarts dé Tacide azotique employé.

Nous devons à Tobligeance de M. Kuhlniann la communication d'une heureuse application qu'il a faite pour éviter la perte des éléments nitreux dans la fabrication de Tacide sulfurique, en combinant cette fabrication avec celle des engrais artificiels.

Ce chimiste fait passer les gaz qui s'échappent des chambres de plomb par des cascades garnies de coke , à travers lesquelles il laisse couler un filet continu d'eau ammoniacale, provenant de la fabrication du gaz d'éclairage. Il condense ainsi à l'état de sels les acides azoteux, hypoazotique, azotique, ainsi que la petite quantité d'acide sulfurique entr$itné. Le mélange des divers sels produits ainsi entre directement dans la composition d'un engrais liquide, ou sert à faire des engrais solides par une addition suffisante de tourbe carbonisée ou d'autres corps absorbants. .

Par l'emploi de ces engrais, on utilise donc au profit de l'agriculture l'azote des eaux ammoniacales et l'azote des composés nitreux.

On peut dire que la dépense en azotate, dans la fabrication de l'acide sulfurique , est entièrement payée par l'agriculture , qui emploie utilement les azotates et les sels ammoniacaux dans la fertilisation des terres.

A défaut d'eaux ammoniacales , on fait absorber les vapeurs nitreuses des chambres de plomb par du lait de chaux. Il se forme ainsi des sels de chaux solubles qui peuvait également entrer dans la composition des engrais. Leur action utile est représentée par la quantité d'azote qui se trouve fixé à l'état de sel.

L'acide sulfurique qui se produit dans les chambres de ploM) ne marque à l'aréomètre que 50 ou 55 degrés au plus; il ne peut être livré dans cet état au commerce que pour certains usages, tels que la fabrication du sulfate de soude, de l'acide azotique , et de l'acide stéarique. Il doit être porté par la concentration au titre commercial de 66^.

Cette concentration , commencée dans des vases de plomb , est achevée dans des cornues en platine.

On ne peut concentrer l'acide sulfurique dans les vases de ploM) que jusqu'à 60 ou 62 deçrés. A ce degré aréométrique, son point d'ébullition est de 195 à. 200 degrés ; et cet acide commence à attaquer le plomb.

Des essais ont été faits par M. Kuhlmann pour compléter la concentration de l'acide sulfurique dans des vases de plomb , en opérant dans le vide , c'est-à-dire en adaptant au serp^tiu de condensation un système de pompes aspirantes. Avec la pression réduite à 5 centimètres de mercure, l'acide le plus concentré bouta 195'.

A€U)fi SULFUaiQUE. 169

S'il était possible dans la pratique de ne pas outre^passer ce point de plus de 15 à 20 degrés , Topàration réussirait complétranent ; mais cette teu^rs^ure est ditïïcile à maintenir , et Texpérience a démontré que dès qu'elle s'élève à 220 ou 230"", il se fait une dissolution sensible du plomb, et l'acide se trouve altéré dans sa pureté. Ces difficultés ont fait abandonner ce procédé par M. Kuhlmann.

On termine la concentration de l'acide suif urique dans des vases ^i verre, ou mieux en platine. Les vases de concentration ont la forme d'appareils distillatoires, parce que l'eau qui se volatilise est fortement adde ; on l'utilise en l'introduisant dans des chamims de plomb. Les cormies de platine contiennent ordinairement 150 à 200 kilagr. d'acide, et coûtent environ de 20,000 à 25,000 francs.

Lorsque l'acide est concentré, on le soutire au moyen d'un siphon en platine, qui opère avec rapidité à l'aide de quatre branches qui sont refroidies par un courant d'eau (1).

L'acide se rend dans de grandes bouteilles en verre et le plus souvent en gi'ès, qui portent le nom de dames- jeannes,

Parmef lion de Taclde saifariqve.

L'acide sulfûrique peut contenir en dissolution du plomb qui provient des chambres de plomb , et de l'étain , si la soudure du plomb a été faite par les procédés anciens. On reconnaît^ la présence de ces métaux en trairtant l'acide sulfuriqùe par l'acide sulfhydrique, qui forme dans ce cas un précipité noir ou brun.

On se sert maintenant , pour la souduife des chambres de plomb, du chalumeau à gaz hydrogàie de M. Desbassyns ^t Richement, qui permet de souder le plomb sans intermédiaire.

Pour purifier l'acide sulfuriqùe qui a dissous des métaux , il faut le distiller en se conformant aux précautions que nous avons indiquées en traitant de la distillation de cet acide.

L'acide si^lfurique peut retaiir en dissolution des composés nitreux dont on constate la présence :

!• Avec le sulfate de protoxide de fer réduit en poudre fine, qui prend alors une coloration rougeâtre ;

2" Avec le sulfate d'indigo qui se décolore;

S*» Avec du cuivre métallique qui dégage dea vapeurs mtilantes ;

4** Avec la narcotine qui prend une coloration d'un rouge très intense.

(1) Cette concentration peut aussi s'opérer par un procédé continu, consistant à faire pénétrer dans le vase de platine un filet coosiant d'acide à 60 ou <î2» ; un filet d'acide concentré sort par le siphon , qui est constamment amorcé et muni d'un robinet à son extrémité inférieure. Le degré des eaux faibles obtenu par la condensation des vapeurs aqueuses chargées d'acide, donne les indications nécessaires pour régler les robinets d'entrée et de sortie.

170 AClDi 8ULFIJMQ0£.

La (H*ésenoe des oûmpotés nitreun dans Tacide autfiiriqae nait â pla-- •leors des ap^oràons de eèt aoîdfi : elle empêche Taoîde sulferiqiie d*étie employé avec autant d'avantages que s'il était pnr, soit pour la diflM)ltttion de Tindigo, soit pour la carbonisatioB de la garance:.

Les composés nitreux , qui se trouvent si fréquemment en dissoluticm dans l'acide sulfurique, se dégagent lorsque cet acide est placé sous le vide d'une machine pneuoMitique, et okidâit le cuivre des pistons.

On peut débarrasser Tacide sulfurique defc composés nitreux qu'il contient, en le chauffant avec une petite quantité de sulfiaie d'ammoniaque (Pdouze). U se forme dans ce cas de l'eau et de Taiote :

AzO» + S05,H0 + A2H»,S0\H0 = Az* + S08,5HO (1).

Ce mode de purification est employé maintenant c^s un grand nombre d'usines.

Lorsque l'acide a été fabriqué avec des pyrites , il peut retenir en dissolution de l'acide arsénique, comme l'a reconnu M. Dupasquier.

L'emploi d'un acide sulfurique arsénial présente des inconvénients très graves, soit dans les recherches de médecine légale, qui se font au moyen de l'appareil de Marsh, soit dans la fabrication de l'acide acétique par le procédé de M. Mollerat.

M. Dupasquier propose , comme moyen de purification de l'acide sulfurique arsenical, de traiter cet acide par le sulfure de barium, qui forme du sulfate de barite et du sulfure d'arsenic insolubles dans l'acide.

Ce procédé est employé à Lyon sur une grande échelle, et fournit un mide aussi pur qye celui qui est préparé avec le soufre de Sicile.

L'acide sufurique a des usages très nombreux, et est amployé dans presque toutes les industries chimiques.

Son énergie et sa fixité le rendent propre à isoler la plupart des acides.

La plus grande quantité de l'acide sulfurique est appliquée à la ftibricaliou du sulfate de soude ; cet acide sert à la préparation de Talun , du sulfate de fer , du <5hlore , du phosphore , du glucose , de Téther sulfùrkpie et de la plupart des autres éthers, des bougies stéariques, et à la purification de certaines huiles, etc.

L'acide sulfurique est le réactif que Ton emploie le plus souv^fit dans les laboratoires de chimie.

(1) On n'évite pas, cotpme on Tavait cru, la présence des composés nitreux dans racitfe «alfiirique en puisant ce(^ acide sur an point où ii a été en contact avec un excès d'aeide sulféreux ; l'acide sulfurique des chambres de plomb marquant &&•, et sentant fortement Tacide sulfureux /ne décolore pas à frofd l'indigo ; mais lors- •qu'on chaaffe légèrement ce^ acide coloré par l'indigo et qu'on y ajoate de l'acide oeaoentré et pur, la disparition rapide de la eottieur bleue montre que Tacide bulfurique contenait un composé oxiijéné de Tazute.

ACIDE HYPOSULrUREUÎC. 171

ACIDE HYPOSDLFUREDX. SîOa,

L'acide hyposulfureuît n'existe à l'état isolé que peudant quelques instants; lorsqu'on traite un hyposulfite par des acides, il se forme bientôt de l'acide sulfureux et un dépôt de soufre ; S'O* *= S + SO'^

Les propriétés dç l'acide hyposulfureux sont donc inconnues ; nous nous bornerons à indiquer les principaux cas de production des hyposulfites.

Les hyposulfites se produisent :

1° Dans laréaction de certains n^taux , comme le zinc, sur l'acide sul^ fureux :

3S02+ 2Za = ZnO,S»03 + ZnO.SO».

2° Dans l'action du soufre sur quelques oxides solublss :

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