CARACTÈRES DES SELS DE PLOMB
Le protoxide de plomb est le seul oxide de ce métal, qui s'unisse aux acides pour fonn^ des sels.
Les sels de plomb sont incolores lorsque l'acide qui entre dans leur composition n'est pas coloré; leur saveur est sucrée et styptique ; ils sont vénéneux à faible dose. Les sels neutres de plomb rougissent le papier de tournesol.
Les sels de plomb sont vénéneux à faible dose. Leur contact prolongé avec les organes produit des douleurs d'entrailles et une paralysie dont les symptômes sont connus sous le nom de coliques de plomb. Les peintres, les ouvriers qui travaillent à la fabrication de la céruse et du minium, ceux qui manient le plomb sous une forme quelconque, sont sujets à cette maladie.
Il ne parait pas que les secours de la médecine soient toujours efficaces pour guérir la colique de plomb ; toutefois on a recommandé remploi des limonades à l'acide sulfurique ou l'usage des sulfates solubles , de l'iodure de potkssiumet des sulfures alcalins. Ces différents corps tendent h précipiter le sel de plomb et à paralyser son action sur l'économie animale.
Les sels de plomb forment avec les différents réactifs les précipités suivants :
CARACTÈRES DES SBLS DE PLOMB. Ull
Potasse. — Précipité blanc d'hydrate de protoxide de plomb, soluble dans un excès de potasse , surtout sons Tinfluence de la chaleur.
Ammoniaque. — Précipité blanc, insoluble dans un excès de réactif: ce précipité est ordinairement un sel basique , qui souvent ne se forme qu'avec lenteur.
Carbonates de potasse, de soude et d'ammoniaque. — Précipité blanc de carbonate de plomb , insoluble dans un excès de réactif.
Cyanofbrrure de potassium. — Précipité blanc.
Cyanoferride de potassium. — Pas de précipité.
Tannin. — Précipité d'un jaune sale.
Sulfhydrate d'ammoniaque. — Précipité noir, insoluble dans un excès de réactif.
Acide sut fkydrique. — Précipité noir, insoluble dans un excès d'hydrogène sulfuré.
Lorsque les sels de plomb sont dissous dans une grande quantité d'acide chlorhydrique, l'hydrogène sulfuré y produit un précipité rouge formé de sulfure et de chlorure de plomb.
Acide sulfurique et sulfates solubles. — Précipité blanc de sulfate de plomb, insoluble dans l'eau , soluble dans les alcalis , dans le taitrate d'ammoniaque et dans l'acide chlorhydrique ; très peu soluble dans les acides sulfurique et azotique étendus; noircissant par l'acide sulfbydrique.
Acide chlorhydrique. — Précipité blanc de chlorure de plomb ne se formant que dans les dissolutions concentrées et se dissolvant dans une grande quantité d'eau ; le chlorure de plomb est soluble dans l'acide chlorhydrique bouillant et se dépose en écailles satinées par le refroidissement.
lodure de potassium. — Précipité jaune d'iodure de plomb, se dissolvant dans un grand excès de réactif.
Chromate de potasse. — Précipité jaune de chromate de plomb neutre, devenant rouj^eàtre sous l'influence d'un excès d'ammoniaque ou de potasse, en se transformant en chromate basique.
La présence des matières organiques n'empêche pas les sels de plomb d'être précipités par les sulfates ou l'acide sulfhydrique.
Le fer, le zinc, l'étain, précipitent le plomb de ses dissolutions, en la* mes brillantes. Si l'on plonge, dans un flacon qui contient une dissolution étendue d'acétate neutre de plomb, un morceau de zinc qui supporte plusieurs flls de laiton roulés en spirale , on voit bientôt les fils métalliques se recouvrir de végétations cristallines de plomb ; ce précipité est appelé arbre de Saturne. Pour obtenir un bel arbre de Saturne, on doit ajouter dans la liqueur une certaine quantité d'acide acétique, afin d'empêcher la précipitation d'un sous-sel insoluble, ou celle du carbonate de plomb qui se produirait par l'action de Tacide carbonique de l'air sur le sel de plomb devenu basique.
Le plomb est ordinairement dosé à l'état de sulfate. Quelquefois cependant on apprécie sa proportion dans les alliages en le précipitant par un carbonate ou par un oxalate, et calcinant ces sels qui laissent un résidu d'oxide de plomb pur.
Le dosage du plomb par Tacide sulfurique ou les sulfates solubles n'est exact qu'aut'mt que la précipitation a été faite dans des liqueurs qui ne contiennent pas de chlorures solubles ou de matières organiques. La dissolution étendue d'eau est traitée par un léger excès d'acide sulfurique et abandonnée au repos pendant plusieurs heures ; le précipité, après avoir été lavé avec de l'eau pure ou de l'eau alcoolisée , est calciné au rouge sombre dans un creuset de platine et pesé.
Lorsqu'il se trouve en môme temps qu'un sel de plomb , dans une liqueur, de l'acide azotique, des sels ammoniacaux , des chlorures ou de l'acide chlorhydrique , pour opérer d'une manière complète la précipitation du métal , il faut évaporer la liqueur jusqu'à siccité avec im excès d'acide sulfurique , et reprendre le résidu pai» l'eau ; ce résidu, lavé, séché et calciné, donne le poids du sulfate de plomb , d'où l'on déduit par le calcul la proportion de plomb.
CHLORURE DE PLOMB. PbCl.
Le chlorure de plomb est blanc, à peine soluble dans l'eau; il exige environ 33 fois son poids d'eau bouillante pour se dissoudre; il est encore moins soluble dans l'eau froide : une partie de chlorure de plomb se dissout dans 135 parties d'eau froide.
Ce corps cristallise en prismes aciculaires hexaédriques ou en écailles micacées. Il se dissout dans l'acide chlorhydrique bouillant; il est insoluble dans l'alcool.
Le chlorure de plomb entre facilement en fusion, et se prend par le refroidissement en une masse grise, transparente, flexible, pouvant se couper au couteau, à laquelle les anciens chimistes ont donné le nom de plomb corme. Il se volatilise à la chaleur rouge, et répand des vapeurs blanches abondantes.
Les alcalis et les carbonates alcalins le font d'abord passer à l'état d'oxichlorure, et le décomposent ensuite complètement.
PrépAratloii.
On peut obtenir le chlorure de plomb en dissolvant le plomb ou l'oxide de plomb dans l'acide chlorhydrique bouilhint ; il se forme aussi directement par l'action du chlore sur le plomb chauffé au rouge.
Le chlorure de plomb peut être préparé par double décomposition , en versant du sel marin dans une dissolution concentrée d'un sel de plomb.
tODURE DR PLOMB. &7y
On obtient le chlorure de plomb cristallisé en le faisant dissoudre à chaud dans Tacide azotique ou Tacide chlorhydrique, et en laissant refroidir la liqueur lentement.
OXIGHLORURES DE PLOMB.
L'oxichlorure de plomb, ayant pour formule PbCl,7PbOy est connu sous les noms de jaune minéral ^ jaune de Parit, jaune de Véraiu^ jaune de Tvmer^ jaune de CaueL
Ce composé possède une belle couleur d*un jaune d'or. Il est très fursible, et passe au travers des creusets, quand il est fondu. Il peut cristalliser par le refroidissement en octaèdres volumineux.
On le prépare par les méthodes suivantes :
1" En fondant 1 partie de chlorure de plomb avec 6 ou 8 parties de litharge ou de massicot ;
2"* En chauffant un mélange de 10 p. de lithai'ge et de 7 p. de sel ammoniac;
3* En décomposant le sel marin par 1^ litharge en présence de Teau ; la litharge délayée en consistance de bouillie avec le quart de son poids de sel marin se transforme en un hydrate d'o&ichlorure de plomb qui est blanC) et devient d'un très beau jaune par la calcinatiou.
Il existe dans la nature deux oxichlorures de plomb : PbO,PbCl et (PbOf,Pba.
Lorsqu'on mêle des sous-sels de plomb avec des chlorures métalliques, on obtient un oxichlorure qui a pour formule (PbO)*,PbCl.
Le chlorure et l'oxide de plomb paraissent s'unir en toutes proportions par la voie sèche.
BROMURE DE PLOMB. PbBr.
Ce composé ressemble au chlorare de plomb. Il est presque insoluble dans l'eau froide, légèrement soluble dans l'eau bouillalite, d'où il se dépose par le refroidissement en petites aiguilles blanches.
Le bromure de plomb, soumis à l'action de la chaleur, se fond eti un liquide rouge qui devient jaune-citron en se solidifiant. Il se combine avec Foxide de plomb.
Le bromure de plomb s'obtient par double décomposition, en versant du bromure de potassium dans un sel de plomb soluble.
lODURE DE PLOMB. Pbl.
On prépare ce corps par double décomposition , en précipitant un sel de plomb par l'iodure de potassium. Il est d'un beau jaune-citron ; à peine soluble dans l'eau froide , il se dissout sensiblement dans l'eau bouillante qui le laisse déposer par le refroidissement en belles écailles hexagones d'un jaune d'or.
i!l80 SULFIIBE DE PLOMB.
L'iodure de plomb se combine avec plusieurs iodures, et {Mincipalement avec les iodures alcalins pour former des iodures doubles : la potasse caustique le dissout en le décomposant.
On connaît plusieurs composés d*iodures et d'oxide de plomb.
L'iodure de plomb produit avec le chlorhydrate d'ammoniaque up sel double cristallisé en longues aiguilles jaunes, qu'on obtient en abandonnant à un refroidissement lent une dissolution bouillante d'acétate de plomb, d'iodure de potassium et de sel anmioniac. Ce composé a pour formule : (Pbif ,(Azff,HCI)».
lODURE DE PLOMB BLEU.
Ce composé a été décrit par M. Berthemot. On l'obtint en précipitant une dissolution d'acétate de plomb tribasique par un mélange de bi-iodure de potassium et de carbonate de potasse contenant 1 équivalent de biiodure pour 4 équivalents de carbonate de potasse. D'après M. Filhol , cette combinaison bleue aurait pour formule : PbI,iPbO,I),(PbO,CO')*.
On obtient encore des combmaisons bleues formées d'iode et le plomb :
1® En arrosant de l'hydrate d'oxide de plomb avec une solution alcoolique d'iode, en ajoutant au mélange quelques gouttes d'acétate de plomb, et en le chauffant à une douce chaleur jusqu'à ce que le composé soit devenu Weu.
2* En broyant de l'oxide de plomb, préparé par voie humide, avec le quart de son poids d'iode, et en faisant bouillir le mélange pour volatiliser l'excès d'iode : il se forme d'abord un précipité rouge qui devient bleu par une ébuUition prolongée.
FLUORURE DE PLOMB. PbFl.
Ce corps est blanc, amorphe, presque insoluble dans l'eau et dans l'acide fluorhydrique ; il se dissout dans les acides azotique et chlorhydrique. On l'obtient en précipitant l'acétate de plomb par l'acide fluorhy drique ou un fluorure soluble. Le fluorure de plomb s'unit par fusion avec l'oxide de plomb, et se combine aussi avec le fluorure de sodium et avec le fluorure de barium.
SULFURE DE PLOMB, I^bS.
Propriété!.
Le sulfure de plomb, appelé ordinairement (/o/ene , est le minerai de plomb le plus commun et le seul que l'on exploite pour en retirer le métal.
La galène est d'im gris bleuâtre métallique, très éclatant ; elle est fragile. Ses formes cristallines dérivent du cube. Sa densité est de 7,585; elle est moins fusible que le plomb; on ne peut la maintenir en fusion
SULFUEB DR PLOMB. 481
dans les creusets perce qu'elle les traverse; la galène se décompose en partie par la chaleur; une portion se volatilise, et il reste du sous-sulfure de plomb ; elle se volatilise dans un courant de gaz.
L'hydrogène lui enlève son soufre sous Finfluence de la chaleur ; la vapeujr d'eau la décompose en formant de Facide sulfureux, de l'hydrogène sulfuré, et laisse du plomb métallique.
Le grillage transforme la galène en un mélange d'oxide de plomb et de sulfate ; il se dégage de l'acide sulfureux.
L'acide azotique attaque facilement la galène, et la change en sulfate de plomb. Les autres acides n'exercent pas d'action sensible sur elle; l'acide chlorhydrique la transforme cependant à la longue en chlorure de plomb.
Plusieurs métaux, tels que le fer, le cuivre, le zinc, l'étain, réagissent, sous l'influence de la chaleur, sur la galène et la décomposent ; le Cw en sépare le plomb à l'état de pureté.
Le plomb chauffé avec de la galène forme d^ sous-sulfures, qui constituent en grande partie les mottes plombeuses des usines. Ces soussulfures peuvent être représentés par les formules Pb'«S et PMS,
Les alcalis ou les terres alcalines décomposent par voie sèche le sulfure de plomb , en éliminent du plomb pur, et forment une scorie grise qui contient du sulfate de plomb et un composé de sulfure de plomb et de sulfure alcalhi.
Le nitre, fondu en proportion convenable avec le sulfure de plomb, le décompose et donne du plomb métallique.
Plusieurs oxides réagissent sur la galène par la voie sèche, et en séparent du plomb ; ces oxides se tr(Aivent ramenés à l'état métallique ou Ûen liu'miûimum d'oxidation ; tels sont les oxides de fer, de manganèse , de cuivre.
La litharge décompose facilement le sulfure de plomb, sous l'influence de la chaleur, et produit de l'acide sulfureux et du plomb métallique : PbS+ 2PbO=3Pb + SO^
La galène et le sulfate de plomb , exposés à la température rouge , donnent de l'acide sulfureux et du plomb : PbS.+ PbO,SO» = 2Pb + 2S0».
Ces deux dernières réactions servent de base à la métallurgie du plomb.
^réparatiMi.
On obtient artificiellement le sulfure de plomb eu faisant agir une partie de soufre sur 3 parties de plomb eu grenailles ; ces deux corps se combinent avec une vive ignition. Le sulfure de plomb prend encore naissance lorsqu'on traite un sel de plomb par l'acide sulthydrique ou par un sulfure soluble.
2i92 nsAi d'uni qaléni.
On se sert priucipalemeotdu sulfure de plomb poureitnûre le plomb métallique. Les potiers de terre TemplcÂent sous le nom à!(dqmfoux^ pour vernir leurs petaries.
La galène se trouve en filons ^ et quelquefois en amas dans les terrains primitifs. Elle apparaît ordinairement sous ce mode de gisement dans les terrains intermédiaires ou dans les premières parties des dépôts seeondaiies.
On distingue surtout deux variétés de galène; le sulfure iMiellaire à grandes et petites facettes et le sulfure compacte.
La galtoe à petites facettes est toujours plus riche en argent que celle dont les cristaux sont volumineux.
BSSAI D'UNB GALÈNB.
On détermine la proportion de plomb que contient une galène par la voie sèche ou par la voie humide.
Pour analyser une galène par voie sèche, on doit, d'après M. Berthio*, la calciner à une température modérée avec du fiux noir et du te. On prend en général 1 p. de galène , 2 p. de flux noir et 25 ou 80 p. \%% de fer; on emploie dtms cet essai des clous de Paris. La galène est réduite facilement, et donne un culot de plomb métallique.
Cet essai se fait avec plus de facilité ta fondant le mélange de flux noir et de galène dans un creuset de fonte ou de for.
L'analyse des minerais de plomb par la vote sèdie n'est pas trèa exacte ; il reste en générai un peu de plomb ou d'oxide de plomb dans les soo* ries, et il s'en perd aussi par volatilisation. Toutefois ce mode d'essai satisfait aux besoins de l'industrie.
Il est souvent important de déterminer la quantité d'argent que con^ tient une galène; on peut faire cet essai de deux manières différentes :
4 * En scoritiant la galène avec de la litharge et mt coupellant ensuite le plomb obtenu ; ce procédé est très exact ;
2" En coupellant directement la galène, comme l'a indiqué M. fiertfaier.
La coupellâtion directe de la galène ne peut être exécutée que lorsque le sulfure de plomb ne renferme au plus que 2 ou 3 centièmes de matières étrangères. On commence par pulvériser avec soin la galène ; on l'enveloppe dans une feuille de plomb pauvre; on prend 2 p. de plomb contre 1 p. de galène ; on porte la masse dans la coupelle lorsqu'elle est chaude; l'air doit être donné avec précaution ; ce procédé présente toujours une perte, en argent, égale au vingtième du poids du bouton obtenu .
XZOTATt DB PLOMB. (|83
PERSULFURE DE PLOMB.
Lorsqu'on verse une dissolution de persulfure de potassium dans un sel de plomb , il se produit un précipité rouge-brun que Ton considère généralement comme un persulfure de plomb. Ce composé est très peu stable; il se décompose spontanément en protosulfore noir et en soufre.