SULFURES D*ANTIMOINE
n existé deux sulfures d'antimoine ; l'un correspond au protoxide d'an* timoine, il a pour formule : Sb>Ss ; l'autre correspond à l'acide antimonique, il est représenté par Sb^. D'après M. H. Rose, il existerait un troisième sulfure d'antimoine, ayant pour formule : SbS.
PROTOSULFURE d'ANTIMOINE. Sb*S*.
Le protosulfure d'antimoine est le minerai d'antimoine le plus abondant Il est d'un gris bleuâtre , métallique , éclatant , lamelleux , fragile et assez tendre. Il cristallise eu prismes tétraèdres ou en aiguilles. Sa densité est de ft,62. Jl a ordniairement pour gangues le quartz , le sulfate de burite, la pyrite de fer.
Le protosulfure d'antimoine est très fusible, et peut fondre à la flamme d'une bougie; on profite de cette fusibilité pour le débarrasser de sa gangue; il est volatil, et peut être distillé dans un courant d'azote ou d'adde carbonique.
Il se grille très facilement, et se transforme en oxide et en oxisulfure , sans produire de sulfate.
Le charbon le décompose sous l'influence d'une chaleur blanche en sulfure de carbone qui se dégage, et en antimoine métallique qui retient encore du soufre. II est complètement désulfuré par l'hydrqgène à la cha* leur rouge.
Le fer et les autres métaux décomposent ce sulfure , et en éliminent l'antimoine métallique.
5t8 PBBSULFURI D ANTIMOINE.
Les oxides Tattaquent facilement. L'acide chlorhydrique concentré le dissout sous nnfluence d'une faible chaleur, en produisant de l'acide sulfliydrique; c est ainsi que Ton prépare ordinairement Tacide sulfhydrique pur dans les laboratoires.
Les alcalis et les carbonates alcalins décomposent le sulfure d'antimoine par voie humide ou par voie sèche , et produisent du sulfure de potassium et une combinaison de protoxide d'antimoine et de potasse : SWS* + 4K0 = KO,SlyK> + 3KS. Comme le sulfure d'antimoine peut se combiner avec les sulfures alcalins , dans la réaction précédente une partie du sulfure d'antimoine non décomposé s'unit au sulfure de potassium pour former un sulfosel.
Le sulfure d'antimoine fondu avec le cyanure de potassium donne du sulfocyanure de potassium (KCyS>) , et un culot d*antimoine métallique.
Le nitre attaque vivement le sulfure d'antimoine au rouge sombre ; il se forme de l'antimoniate et du sulfate de potasse.
On peut obtenir le sulfure d'antimoine hydraté , en faisant passer un courant d'acide sulfhydrique dans une dissolution d'un sel d'antimoine. Il se produit alors un précipité d'un beau jaune orangé. Ce sulfure est très soluble dans les sulfures alcalins et dans les alcalis , et forme des sulfosek qui sont iocoloree; il se déshydrate sous l'influence d'une température peu élevée, et devient d'un gris noir métallique. Il s'altère promptement ^ l'air.
Le sulfure d'antimoine anhydre peut être obtenu artificiellement, en fondant au rouge un mélange de soufre et de protoxide d'antimoine, ou de soufre et d^antimoniate de protoxide d'antimoipe; il se dégage de l'acide sulfureux, et il se produit du protosulfure Sb*S*, qui cristallise en prisaies réguliers d'un éolat métallique, et dont la fusibilité est moindre que «elle du sulfure naturel qui conU^it toujours un peu de sulfo-anti-* mûDiale de plomb.
PERSULFURB d'AMIMOINE Sb*S*.
Ce corps s'obtient en faisant passer un courant d'acide sulfhydrique dan» une dissolution acide de perchlorure d'antimoine.
On prépare encore le persulfure d'antimoine, en faisant passer un courant d'hydrogène sulfuré dans un antimoniate alcalin ; le précipité doit être lavé avec de l'acide chlorhydrique faible.
Le persulfure d'antimoine, se décomposant facilement par la chaleur, ne peut être préparé en fondant le soufre avec l'antimoine ou le protosulAire d'antimoine.
Sa couleur est d'un jaune très vif quand il est hydraté; la chaleur le déshydrate d'abord, et le décompose ensuite en soufre et en protosulfurc d'antimoine.
KERMÈS. — SOUFKE DOBÉ. — OXISULFURBS D*i^TlM01NE. 519
Le persulfure d'antimoine se combine avec les sulfures alcalins, et joue le rôle de sulfacide. Il décompose les dissolutions bouillantes de carbonate de soude et de sulfure de sodium, et en chasse avec etfervescence lacide carbonique ou Tacide sulfbydrique. Parmi les fulfo-antimoniates, on distingue surtout celui de soude : (NaS)«,Sb^i qui est quelquefois employé en médecine. Ce sel cristallise en tétraèdres réguliers, incolores ou d'un jaune pâle, très solubles dans Teau, décompos^bles par les acides qui agissent sur le sulfure de sodium, et éliminent le persulfure d'antimoine qui se précipite à Tétat d'hydrate.
On prépare le sulfo-antimoniate de soude, en faisant un mélange intime de 18 p. de protosulfure d'antimoine en poudre impalpable, 12 p. de carbonate de soude sec , 13 p. de chaux et 3 p. 1/& de soufire. On triture ce mélange pendant environ une demi-bp.ure , on Tintroduit dans un flacon qu'on achève de remplir avec de l'eau, et on abandonne la liqueur à elle-même pendant deux ou trois jours, en ayant soin d'agiter de temps en temps le flacon. On filtre et on évapore la dissolu-tioQ d'abord à feu nu, et ensuite dans la machine pneumatique. On obtient bientôt des cristaux volumineux de sulfo-antimoniate de soude, qui ont pour formule : (NaS)^Sb^^l 8H0.
Ce sel traité par un acide, donne un précipité de persulfure d'antimoine hydraté très pur.
KERMÈS. — SOUFRB DORÉ. — OXISULFURBS D* ANTIMOINE.
On donne le nom de kermès à un corps d'un jaune brun, que l'on obtient en traitant par l'eau bouillante le produit de la réaction d'un alcali ou d'un carbonate alcaUu sur le sulfure d'antimoine.
Le kermès est un médicament très usité en pharmacie ; on le prépare par deux méthodes principales que nous allons décrire.
1* Par la voie sèche, — On fait fondre, dans un creuset, un mélange de 5 p. de sulfure d'antimoine et de 3 p. de carbonate de soude anhydre; la masse fondue est versée hors du creuset; on la laisse refroidir, on la pulvérise, et on la traite par 80 fois son poids d'eau bouillante : la liqueur filtrée abandonne par le refroidissement une substance pulvérulente d'un jaune brun, qui est Iç kermès : le résidu peut être traité deux ou trois fois par l'eau bouillante , et donner de nouvelles quantités de kermès. Cette substance doit être lavée avec soin , desséchée à une basse température , et conservée à l'abri de la lumière dans un vaçe fermé ; elle s'altère spontanément; une partie du sulfure d'antimoine contenu dans le kei*mès se décompose en oxide d'antimoine et en soufre.
2* Par la voie humide. — On fait bouillir pendant trois quarts d'heure, 1 p. de sulfure d'ant'unoine réduit en poudre très fine avec 22 1/2 p. de carbonate de soude anhydre, et 250 p. d'eau; la liqueur filtrée laisse déposer le kermès en se refroidissant. L'eau-mère refroidie peut dissoudio
520 THÉORIE 0E LA PRÈPÀRÀTtON DU KERMÈS.
une nouvelle quantité de sulfure d'antimoine , et produire encore du kermès.
Les eaux-mères du kermès contiennent du sulfure d'antimoine , qui est maintenu en dissolution à la faveur du sulfure alcalin ; traitées par un acide qui décompose le sulfure alcalin , elles laissent précipiter du sulfure d'antimoine hydraté que l'on nomme soufre doré d*cmtimoine, et qui est formé généralement par un mélange des deux sulfures d'antimoine Sb»S« et SMS*.
THEORIE DE LA PEéPARATlON DU KERMÈS.
La théorie de la préparation du kermès, qui est restée pendant longtempi fort obscure, a été établie d'une manière définitive par les recherches de HM. Gay-Lussac, Berzélius, Liebig, H. Rose , Henry, etc.
D'après les dernières observations de H. H. Rose , le kermès est un mélange de sulfure d'antimoine et d'oxide d'antimoine cristallisé. Les diftérences que le kermès présente souvent dans sa couleur, doivent être attribuées à la présence d'une certaine quantité d'alcali qui se trouve dans le kermès à l'état de sulfosel.
En examinant le kermès au microscope , H. H. Rose a reconnu que ce corps n'était pas homogène • et qu'il contenait deux matières différentes: l'une, qui est blanche et cristalline, est l'oxide d'antimoine; l'autre , qui est colorée en brun et qui forme la plus grande partie du kermès, est du sulfure d'antimoine.
Ces résultats «'accordent du reste avec des expériences déjà anciennes de H. Gay-Lussac, qui démontraient que le kermès devait contenir un composé oxigéné, car, après avoir été fondu, il donnait de l'eau, lorsqu'on le soumettait à l'action d'un courant d'hydrogène.
Tous les faits relatifs au kermès trouvent aujourd'hui une explication satisfaisaate. Eu effet , le sulfure d'antimoine se transforme , sous l'influence des alcalis, de la soude, par exemple en sulfure de sodium et en oxide d'antimoine qui reste combiné à la soude : 4NaO + SWS' = NaO,SWO' + 3NaS. Lorsqu'on traite ta masse par l'eau , on dissout la combinaison de protoxide d'antimoine et de soude, et le sulfure de sodium opère en même temps la dissolution d'une certaine quantité de sulfure d'antimoine non décomposé.
Comme le sulfure d'antimoine est plus soluble à chaud , dans une dissolution alcaline , que dans la même Uqueur lorsqu'elle est refroidie , et que l'eau bouillante décompose la combinaison de soude et d'oxide d'antimoine, la liqueur doit laisser déposer par le refroidissement un mélange d'oxide d'antimoine et de sulfure d'antimoine; c'est ce mélange qui constitue le kermès.
Le sulfure d'antimoine, présentant la propriété de se combhier avec le