‹ Traité de chimie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 145 sur 308 · FLUIDES VÉGÉTAUX · texte numérisé non relu

FLUIDES VÉGÉTAUX

SÈVE

Rôle de îa sC*ve.

SEVE

parties vertes de l’écorce, et ayant alors acquis des propriétés nouvelles, par suite des changements qui se sont opérés dans sa composition, elle redescend par le système cortical jusqu’à l’extrémité des racines, où son absorption a commencé. Il s’opère donc dans les végétaux un mouvement circulatoire comparable à celui du sang dans les animaux.

Propriétés. — Composition.

Les changements qui ont lieu dans la composition de la sève, pendant son parcours, ne sont pas encore très connus. Pour les déterminer, il faudrait pouvoir recueillir séparément la sève ascendante et la sève descendante. Mais, jusqu’à présent du moins, il n’a pas été possible d’opérer d’une manière certaine sur un seul liquide. Les résultats donnés par l’analyse ne doivent donc pas être considérés comme rigoureusement exacts. Nous les résumerons toutefois ici, d’après un mémoire de M. Riot, en indiquant d’abord ce qu’ils peuvent avoir de général.

Les matières organiques qui pénètrent dans les plantes à l’état de dissolution y subissent des modifications profondes, car on trouve dans la sève des substances que l’eau dont le sol est imbibé ne peut renfermer.

La sève de plusieurs arbres est riche en matière sucrée : celle du bouleau contient du sucre incristallisable ; la présence du sucre de canne a été constatée dans le noyer, l’érable et le sycomore.

Au moment de leur extraction, ces diverses sèves ne renferment pas d’acide carbonique (1).

L’étude comparative de la sève du bourgeon et de celle de la tige du lilas a mis en évidence un phénomène remarquable : c’est que le sucre qui existe dans les bourgeons est incristallisable, tandis que celui que renferme la tige est identique avec le sucre de canne. Les bourgeons ont donc la propriété de transformer ces deux sucres l’un en l’autre.

En déterminant la densité des sèves, on a vu :

1° Que la sève qui s’écoule d’une incision diminue peu à peu de densité et de richesse saccharine ;

2° Que la densité et la proportion du sucre augmentent dans un arbre avec la hauteur de l’incision. Toutefois l’exactitude de cette observation, si souvent confirmée par les émissions simultanées de la sève dans une même tige , cesse complètement pour les émissions des branches ; cela tient sans doute aux modifications que subit déjà le sucre.

En constatant l’augmentation progressive de densité que subit la sève

(1) Vauquelin avait trouvé de facide carbonique libre dans la sève , mais quelque soin qu’ait pris M. Biot dans ses analyses, il lui d’y été impossible de découvrir la présence de cet acide.

CHIMIE VEGETALE.

à mesure qu’elle s’élève clans la plante, plusieurs observateurs ont été conduits à des opinions différences sur la végétation pendant l’été.

Knight, et après lui d’autres physiologistes, ont admis qu’au moment des chaleurs et à l’arrière-saison, les matières solubles redescendent dans le tronc, dans les racines même, où elles restent pendant l’hiver, jusqu’à ce que la sève, remontant au printemps, les redissolve et les entraîne dans les bourgeons. 31. Biot a pensé que cette augmentation de densité de la sève, à mesure qu’elle s’élève dans le végétal, est le résultat d’une évaporation d’eau, et, à l’appui de cette assertion, cite l’expérience suivante, qui lui est personnelle :

Deux poids égaux (à5 grammes) de bois de sycomore provenant, l’un du faite d’un arbre, l’autre de la partie inférieure du tronc, ont été desséchés dans une étuve chauffée à àO degrés. Les à 5 grammes de bois du tronc se sont alors réduits à 19sr,120, et ceux du faite à 28£r,970. Ces derniers contenaient donc moins d’eau hygrométrique.

200 grammes de copeaux du même bois, retirés au faîte et au tronc de l’arbre, ont été épuisés par des volumes égaux d’eau distillée : les deux extraits aqueux , décolorés par le noir animal , ont présenté la même densité , et indiqué au saccharimètre des quantités égales de sucre.

SEVES ASCENBAWTES.

Sève dn BamlHisa gatfuas.

La sève de cette graminée est limpide comme de l’eau. Elle renferme : Des chlorures ,

Des sulfates ,

Des matières organiques ,

De la silice ,

Divers autres sels solubles indéterminés. (31 . Boussingault.)

Sève du bananier ( Musa paradisiaca).

La sève de cet arbre nouvellement recueillie est limpide, incolore, acide aux réactifs colorés. Elle se trouble bientôt au contact de l’air et dépose une matière amorphe d’un rose sale. Un tissu plongé dans la sève du bananier récemment obtenue se colore en rose au contact de l’air.

On a trouvé dans cette sève :

De l’acide acétique,

De l’acide gallique ,

Du chlorure de sodium,

Des sels de chaux et de potasse,

De la silice.

(31. Boussingault.)

SEVE

Sève du charme ( Carpinus sylvestris).

Vers le mois de mai, la sève de charme est incolore, limpide, d’une odeur faible, d’une saveur sucrée; elle présente une réaction acide et contient :

De l’eau ,

Du sucre ,

De l’acide acétique,

Des acétates de potasse et de chaux ,

Des matières organiques. (Vauqueltn.)

Sève de l’érable.

L’érable donne , par incision, une sève contenant une assez forte proportion de sucre et de petites quantités d’acétates.

Sève dis lièîre (Fagus sijlvestris).

On a récolté cette sève en mars et en avril. Elle était rougeâtre, neutre aux réactifs colorés, d’une saveur astringente, et renfermait :

De l’eau ,

De l’acide acétique ,

De l’acide gallique ,

Du tannin ,

Des acétates de potasse, de chaux et d’alumine ,

Une matière colorante,

Du mucus ,

Des matières organiques. (Vauqüelin. )

Sève du noyer.

Cette sève contient de l’acide carbonique et 0,00â7 de matières solides, qui sont :

De l’azotate de potasse ,

Du sulfate et du phosphate de chaux ,

Des lactates de chaux, de potasse et d’ammoniaque ,

Des malates,

De l’albumine ,

De la gomme.

Sève de l’orme (Ulmus campestris).

La sève de Forme est d’un jaune fauve, d’une saveur sucrée et d’une consistance légèrement sirupeuse; elle renferme :

De l’acétate de potasse,

Du carbonate de chaux ,

Une matière végétale,

Des matières organiques. ( Vauqüelin, )

Sève de la vigne.

Le liquide séveux extrait en mars de la vigne laisse par l’évaporation un résidu très faible composé :

De phosphate et de tartrate de chaux ,

D’azotate et de sulfate de potasse,

De lactates à base d’alcali ,

De chlorhydrate d'ammoniaque ,

D’albumine.

La sève de la vigne est fermentescible. (M. Langlois.)

SEVES DESCENDANTES.

La sève descendante ou élaborée contient divers principes particuliers, dont la nature varie avec l’espèce des végétaux. On la désigne parfois sous le nom de suc propre des plantes.

Les sucs propres peuvent être classés en trois groupes :

Les sucs propres laiteux ,

Les sucs sucrés ,

Les sucs gommeux ou résineux.

SUCS LAITEUX

Les sucs laiteux présentent une opacité due à des globules de graisse ou de carbures d’hydrogène nageant dans un liquide incolore.

Suc de l’arbre à caoutchouc.

Ce suc, dont nous avons indiqué le mode d’extraction (t. V, p. 316), se coagule rapidement au contact de l’air. Il est formé de :

Eau 56

Caoutchouc 32

Albumine végétale 2

Substance azotée , amère , soluble dans l’eau et l’alcool. 7 Substance soluble dans l’eau et l’alcool (sucre) 3

(M. Faraday.)

Suc du carica papaya.

Le suc de cet arbre est lactescent , visqueux. Il renferme :

De l’albumine et une matière grasse (Vauquelin).

Le fruit du Carica papaya donne un suc moins blanc que celui qui

SUCS LAITEUX

s’écoule du tronc, d’une odeur désagréable, d’une saveur aigrelette , et qui se coagule peu de temps après avoir été exposé à l’air. Ce suc est employé en médecine ; il contient :

De la fibrine végétale,

Du sucre,

De la cire ,

De la résine. (M. Boussingault.)

Suc de l’iiura crepitans.

Ce suc est opaque, d’un blanc légèrement jaunâtre , d’une saveur douce d’abord et ensuite vivement irritante. 11 est coagulé par les acides, et se putréfie en donnant les mêmes produits que le caséum.

On a trouvé dans le suc de YHura crepitans :

De f azotate de potasse ,

Du malate de potasse ,

Du malate de chaux ,

Une matière azotée analogue au gluten ,

Un corps odorant ,

Une huile vésicante ,

Une base alcaline cristallisable.

Ce suc est extrêmement dangereux. On s’en sert en Amérique pour pêcher en empoisonnant les cours d’eau.

(MM. Boussingault et de Rive ko.)

Suc de pavot. — Opium.

Nous avons déjà dit que l’opium est le résidu de la dessiccation du suc de pavot.

L’opium est brun, solide, amer, d’une odeur particulière. Il se ramollit sous l’influence d’une faible chaleur et se décompose par la distillation en dégageant des produits ammoniacaux; l’eau, l’alcool étendu et h* vinaigre dissolvent partiellement l’opium et acquièrent des propriétés vénéneuses énergiques. On emploie l’opium comme narcotique et calniant.

C’est dans l’opium que Sertuerner découvrit la première base organique (la morphine). On sait que cette substance s’y trouve en assez grande quantité; l’opium en renferme de l\ à 18 pour 100.

Page 1