‹ Traité de chimie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 153 sur 308 · OPINION DE M. LIEBIG · texte numérisé non relu

OPINION DE M. LIEBIG

M. Liebig admet en effet que c’est l’ammoniaque de l’atmosphère qui fournit l’azote aux végétaux, et il fonde son opinion sur les observations suivantes :

Lorsqu’on sème des graines dans du poussier de charbon arrosé avec de l’eau de pluie, elles germent et produisent des plantes vigoureuses. 11 faut par conséquent que ces plantes aient reçu l’azote nécessaire à leur organisation, soit de l’air que l’eau de pluie tient en dissolution, soit de

CHIMIE VEGETALE.

l’ammoniaque qui s’y trouve toujours en certaine quantité. Or, on connaît le peu d’affinité de l’azote pour les corps autres que l’oxygène et l’hydrogène : il n’est donc pas probable que les matières végétales absorbent l’azote à l’état de liberté ; d’ailleurs , il est bien constaté que beaucoup de plantes exhalent l’azote qui pénètre dans leurs organes sous forme gazeuse ou en dissolution dans l’eau.

En donnant de l’extension aux expériences d’Hermbstoedt sur l’abondance et la richesse en azote des récoltes d’un terrain bien fumé , on voit que dans les céréales la quantité de gluten varie avec la proportion d’ammoniaque que les engrais placés aux racines dégagent par la putréfaction. Ce dernier fait prouve que l’ammoniaque provenant des engrais a cédé son azote aux végétaux, ou bien qu’elle a été assimilée sans décomposition.

Si les plantes cultivées dans un terrain contenant des engrais tirent leur azote du sol même où elles ont pris leur accroissement, tout végétai produit par un sol ne renfermant pas de principes azotés devra emprunter l’azote à l’ammoniaque de l’atmosphère. En effet, des expériences nombreuses ont établi que l’air atmosphérique est chargé de vapeurs de carbonate d’ammoniaque que l’eau de pluie amène toujours à la surface de la terre , où elles contribuent à l’entretien delà végétation.

La présence de rammoniaque dans les eaux de pluie, de source, de rivière et dans celles qui proviennent de la fonte des neiges au dégel , est facile h constater : il suffit d’additionner cette eau d’une petite quantité d’acide chlorhydrique , d’évaporer à sec et de chauffer légèrement le résidu, après l’avoir mélangé avec de la chaux vive en poudre ; une odeur ammoniacale prononcée se répand aussitôt.

Lorsqu’on soumet à l’analyse le suc de l’érable saccharifère, du bambou, de la betterave, les pleurs delà vigne, les eaux distillées des pharmacies, les feuilles de tabac fraîches, et une infinité d’autres plantes, on y trouve non pas de l’azote, mais de l’ammoniaque. Ces résultats démontrent clairement que pendant la végétation l’ammoniaque est absorbée sans décomposition.

À mesure que cette base pénètre avec la sève dans le végétal , elle se décompose et contribue à la formation des principes immédiats que les pousses, les bourgeons et les feuilles s’assimilent. Elle produit aussi sans doute l’acide nitrique que renferment certaines plantes, telles que le tabac, la bourrache, l’héliotrope, et qui paraît indispensable à leur développement.

Tels sont, d’après M. Liebig, l’origine et le rôle de l’azote dans les plantes.

Les recherches de cet habile chimiste ont été complétées par l’examen qu’il a fait de plusieurs engrais employés en agriculture. U a reconnu :

1° Que parmi tous les engrais animaux, l’urine de l’homme, qui pro-

duit en se décomposant une grande quantité de carbonate d’ammoniaque, doit être placée au premier rang pour son efficacité ;

2° Que l’influence du plâtre si favorable à la végétation dépend de ce que le carbonate d’ammoniaque contenu dans l’atmosphère convertit le sulfate de chaux en sulfate d’ammoniaque, qui, dissous par l’eau de pluie , s’introduit dans les plantes et leur fournit l’ammoniaque nécessaire à leurs besoins ;

3° Que l’argile agit surtout en absorbant l’eau ammoniacale qu’elle abandonne ensuite aux plantes ;

k° Que le poussier de charbon est efficace, parce qu’il conserve les gaz qui s’introduisent dans ses pores, et qu’il les cède ensuite, par petites portions, aux végétaux. *

OPINION! DE M. BOUSSINGAIÏLT.

Dans le but de reconnaître si les plantes s’assimilent l’azote de l’air, M. Boussingault a exécuté de nombreuses expériences, que nous décrirons ici.

Première série dJ expériences , dont le résultat a été de prouver que les plantes qui prennent leur accroissement dams une atmosphère limitée n absorbent pas Y azote de Y air.

Des graines sont mises à germer dans de la ponce calcinée, et placées ensuite sous la cloche d’un appareil dont l’atmosphère, privée d’ammoniaque, ne se renouvelle pas. Les graines lèvent et produisent des végétaux complets, portant feuilles, fleurs et semences ; mais la quantité d’azote que contiennent les plantes est égale à celle que renferment les graines : ce gaz n’est donc pas fixé pendant la végétation.

L’appareil employé se compose d’une cloche de verre de 35 litres de capacité, reposant par sa partie ouverte sur trois dés de porcelaine placés dans une cuvette à fond plat contenant de l’acide sulfurique étendu. La cloche recouvre un vase de cristal porté par un pied de verre et dans lequel se trouve une couche d’eau pure, ayant 2 centimètres de hauteur : ce vase doit recevoir le pot qui renferme la ponce ensemencée, afin que l’eau nécessaire à la plante lui arrive par imbibition. Deux tubes de verre, recourbés de manière à pénétrer dans la cloche par l’espace laissé entre son bord et le fond de la cuvette , amènent , l’un l’eau pure destinée à remplacer celle que les plantes absorbent, l’autre l’acide carbonique indispensable à la végétation ; ce dernier tube est muni d’un robinet qui permet de régler l’introduction du gaz acide carbonique.

La calcination de la ponce a lieu dans un creuset percé, dont on se sert ensuite comme d’un pot à fleurs pour semer les graines. On évite

ainsi de transvaser le sol factice, opération pendant laquelle des substances organiques peuvent être accidentellement mélangées à la ponce.

Le creuset-pot encore rouge est placé sur une rondelle de terre cuite également chaude ; le tout est recouvert d’une cloche. Le refroidissement s’opère par conséquent à l’abri de la poussière. Lorsque la température s’est suffisamment abaissée, la ponce est humectée d’eau distillée privée d’ammoniaque et tenant en suspension des cendres de fumier. On y plante ensuite la graine, puis on dépose le creuset-pot dans le vase de cristal.

La cloche de verre étant replacée sur les dés, toute communication entre son atmosphère et l’air ambiant se trouve interceptée; d’ailleurs si, par l’effet de la pression ou par suite d’un phénomène de diffusion, l’air extérieur entrait dans la cloche, il perdrait son ammoniaque et la poussière en traversant la liqueur acide.

Quand la graine a germé, et que les parties vertes se développent, on introduit dans la cloche plusieurs centièmes d’acide carbonique pur, afin que la plante puisse s’assimiler du carbone. Comme, pendant la durée de l’expérience, ce gaz disparaît par absorption et par diffusion, il faut de temps à autre en déterminer la proportion sur une petite quantité. Pour cela, on fait pénétrer dans la cloche l’extrémité d’un tube de verre convenablement recourbé et muni d’un robinet ; puis, après avoir engagé l’autre extrémité du tube sous une éprouvette graduée remplie de mercure, on ouvre un moment le robinet, afin qu’une portion de l’air de la cloche se rende dans l’éprouvette. Cet air, ainsi enlevé à l’appareil, est agité avec une dissolution de potasse, qui absorbe l’acide carbonique : la diminution de volume qui a lieu indique la proportion d’acide carbonique existant dans la cloche. Du reste, la latitude est grande, car la végétation s’accomplit tout aussi bien, que l’atmosphère renferme 1 centième ou 8 centièmes d’acide carbonique : cette dernière proportion n’a jamais été dépassée dans les expériences de M. Boussingault.

Après trois mois de végétation environ, les plantes sont retirées du creuset-pot, séchées et soumises à l’analyse, dont les résultats doivent montrer s’il y a eu assimilation d’azote.

Il est indispensable, dans cette analyse, d’opérer le dosage de l’azote sur la plante entière, parce que quelque soin qu’on ait pris pour diviser et mélanger les différentes parties du végétal, il peut se faire que l’on agisse seulement sur une fraction ne représentant pas la constitution de l’ensemble. L’erreur alors se trouve multipliée par 3, 4, 10, 100, etc., selon qu’on a analysé le tiers, le quart, le dixième, le centième, etc. de la plante récoltée, et l’on arrive à un résultat erroné. De plus, il faut doser l’azote du sol, qui peut retenir des débris de la plante, et celui renfermé dans le creuset-pot, qui, à cause de sa porosité, peut avoir

absorbé de l’eau chargée de matière organique azotée. Lorsque ces diverses opérations ont été exécutées avec les précautions indiquées, elles donnent des résultats exacts.

Nous présentons ici les nombres obtenus par M. Boussingault dans la végétation des haricots et de l’avoine.

Végétation d’un haricot nain pendant deux mois.

gr.

Azote contenu dans la graine 0,0349

gr.

{dans la plante récoltée. . 0,0290

dans le sol 0,0033

dans le creuset-pot . . . 0,0017

Total 0,0340 0,0340

Perte en azote pendant la végétation 0,0009

Végétation d’un haricot flageolet pendant trois mois.

gr.

Azote contenu dans la graine 0,0210

gr.

( dans la plante récoltée. . 0,0176

Azote contenu \ dans le sol 0,0003

( dans le creuset-pot . . . 0,0010

Total . 0,0189 0,0189

Perte en azote pendant la culture 0,0021

Végétation d’un haricot flageolet pendant trois mois.

gr.

Azote contenu dans la graine. . . . 0,0245

gr.

Îdans la plante récoltée. . 0,0191

dans le sol 0,0029

dans le creuset-pot . . . 0,0006

Total 0,0226 0,0226

Perte en azote pendant la culture 0,0019

Végétation de l’avoine pendant deux mois.

gr.

Azote contenu dans la graine 0,0078

gr.

{dans la plante récoltée. . 0,0056

dans le sol 0,0011

dans le creuset-pot ... »

Total 0,0067 0,0067

Perte en azote pendant la culture 0,0011

Végétation de l’avoine pendant deux mois et demi.

gr.

Azote contenu dans la graine 0,003f

gr.

r dans la plante récoltée. . 0,0025

Azote contenu ) dans le sol 0,0005

\ dans le creuset-pot ... »

Total 0,0030 0,0030

Perte en azote pendant 1$ végétation 0,0001

Conclusion*

il n’y a pas eu d’azote fixé pendant la végétation.

M. Boussingault modifie alors son appareil; la ponce, préalablement chauffée au rouge et refroidie sous une cloche, est additionnée de cendres provenant de la calcination de fumier de ferme et de graines de même espèce que celles soumises à l’expérience. Le mélange est humecté d’eau pure, et introduit dans un ballon de 80 litres de capacité, que l’on ferme aussitôt avec un bouchon enduit de cire. Quarante-huit heures après ces préparatifs, le bouchon est enlevé , une certaine quantité d’eau pure est versée doucement sur la ponce, et la graine est plantée à l’aide d’un tube de verre. Lorsque les parties vertes se sont suffisamment développées, on substitue au bouchon un ballon de 7 ou 8 litres rempli d’acide carbonique pur et sec, et dont le col légèrement conique s’adapte exactement à l’ouverture du premier ballon. L’appareil ainsi disposé est enterré à une profondeur de 1 décimètre, afin de lui donner de la stabilité et d’éviter que les racines ne s’échauffent au soleil.

« Les avantages de cette nouvelle disposition sont évidentes, dit M. Boussingault : car, en supposant, comme cela est vraisemblable, qu’il soit impossible de priver complètement d’ammoniaque ou de poussière de nature organique, beau, le sol et Pair que l’on fait intervenir, les causes d’erreur restent limitées à ce qu’elles sont au commencement de l’expérience, puisque, dans le cas le plus général, on ne renouvelle aucun de ces agents ; il n’est plus nécessaire de remplacer Peau qui aurait été dissipée par l’évaporation, la végétation s’accomplit dans la même atmosphère où la graine a germé, et dans un sol perméable constamment humide, bien qu’il soit dans la condition d’un terrain graissé.

» Quand une expérience est terminée, on retire la plante du ballon au moyen d’un gros fil de laiton ayant à son extrémité une fourche redressée, dont on engage Jes dents sous les aisselles des pétioles. La ponce est ensuite versée dans une grande capsule de porcelaine, et, après avoir

enlevé le plus promptement possible les débris de la plante qui s’y trouvent mêlés, on dessèche pour procéder au dosage de l’azote. »

Cet appareil a servi à exécuter plusieurs expériences dont voici les résultats :

Végétation des lupins pendant six semaines.

gr.

Azote contenu dans la graine . . 0,0480

/ dans la plante récoltée. . 0,0476

Azote contenu i dans le sol. . 0,0007

' dans le creuset-pot ... »

Total 0,0483 0,0483

Gain pendant la végétation . . 0,0003

Végétation du lupin pendant deux mois.

gr.

Azote contenu dans la graine

gr.

( dans la plante récoltée.

Azote contenu < . , ,

( dans le sol

Total

Perte en azote pendant la végétation. .

Végétation du lupin pendant sept semaines.

Azote contenu dans la plante.

Azote contenu

gr.

dans la graine récoltée, . 0,0319 dans le sol. ....... 0,002Q

gr.

Total 0,0339 0,0339

Perte en azote pendant la végétation 0,0010

Végétation du lupin pendant six semaines.

Azote contenu dans la graine

gr.

. , . ( dans la plante récoltée. . 0,0199

Azote contenu l , , ,

( dans le sol . . 0,0005

Total. . . . 0,ü20'i

gr-

Gain en azote

Végétation du lupin pendant six semaines.

gr.

Azote contenu clans la graine 0,0399

gr.

C clans la partie récoltée. . 0,0369 Azote contenu l , , ,

( dans le sol 0,0028

Total 0,0397 0,0397

Perte en azote pendant la végétation 0,0002

Végétation d’un haricot nain pendant deux mois.

gr.

Azote contenu dans la graine 0,02980

gr.

( dans la plante récoltée. . 0,02363 Azote contenu < . . nn.nn

\ dans le sol O,O0Z|O8

Total 0,02771 0,02771

Perte en azote pendant la culture 0,00209

Conclusion.

Il n’y a pas eu de quantités sensibles d’azote fixées pendant la végétation.

Deuxième série d’expériences , ayant eu pour résultat de prouver que la végétation s’accomplit normalement dans une atmosphère limitée , pourvu que le sol renferme tous les éléments nécessaires à l’organisation des plantes.

Les plantes obtenues dans les expériences précédentes étaient loin de présenter la force et les dimensions ordinaires. Comme les matières minérales assimilables leur avaient été données en abondance, l’exiguïté de ces plantes était sans doute le résultat de l’exclusion des engrais azotés. Pour s’en assurer, M. Boussingault plaça des graines de cresson dans une même quantité (3 kilogrammes) de terre végétale, laissant les unes végéter à l’air libre, et recouvrant les autres d’une cloche renfermant de l’air mélangé avec une certaine quantité d’acide carbonique. De part et d’autre l’accroissement fut le même, dans des temps égaux ; ce qui prouvait que la végétation peut être normale en vase clos, lorsque le sol contient les substances organiques azotées et les matières minérales assimilables.

Troisième série d’expériences , ayant eu pour résultat de prouver que la présence d’un engrais dans le sol ne favorise pas l’ absorption de l’azote contenu dans r atmosphère limitée où la végétation s accomplit.

Première expérience. — Cette expérience a été faite sous une petite

cloche de 5 litres de capacité. L’espace réservé aux graines était insuffisant pour que les plantes pussent se développer, de telle sorte que plusieurs d’entre elles devaient cesser de végéter au bout de peu de temps, et agir alors comme engrais sur les plantes survivantes. On a formé alors deux lots de 13 graines de cresson alénois, pesant chacun 0sr,0335. L’un des lots a été semé dans du sable calciné que l’on a placé sous la cloche, l’autre a été réservé pour l’analyse.

Les 13 graines semées lèvent; mais à peine leurs tiges ont-elles atteint la hauteur de 3 ou û centimètres, qu’elles fléchissent, s’affaissent et cessent de végéter. Trois plants seulement résistent, et prennent alors un accroissement rapide. Au bout de 105 jours, on arrête l’expérience : le cresson récolté pèse 0sr,065; il renferme donc environ 10 fois autant de matière organique que les trois graines qui l’ont produit.

L’azote des treize graines mises en réserve est gr.

trouvé égal à . . . 0,00135

Les trois graines qui ont germé n’en devaient

contenir que 0,00031

Le cresson récolté renferme en azote, d’après

l’analyse 0,00101

Le gain a donc été 0,00070 0,00070

Le sol a dû renfermer l’azote des dix graines

qui ont péri, c’est-à-dire 0,00 10û

Or, on a trouvé qu’il n’en contenait après l’expérience que 0,00033

Il en a donc perdu 0,00071 0,00071

Cette perte étant sensiblement égale au gain en azote des plants récoltés, on peut en conclure qu’il n’y a pas eu absorption de l’azote atmosphérique.

Deuxième expérience. — Une seconde expérience est répétée dans le ballon de 80 litres, en prenant les mêmes soins : la ponce calcinée est mélangée avec des cendres provenant du fumier de ferme et de l’incinération de 20 graines de lupin.

8 graines de même nature, auxquelles on a enlevé la faculté de germer en les plongeant dans l’eau bouillante , sont introduites, comme engrais, dans le sol : ces huit graines contiennent 0sr,lû62 d’azote. Pour éviter toute perte, l’eau qui a servi à détruire le germe est jetée sur la ponce. On sème alors des graines de lupin jcontenant 0§1', 0365 d’azote; la végétation accomplit toutes ses phases. Au bout de cinq mois l’expérience est arrêtée; l’azote des plantes récoltées et celui du sol sont dosés. La somme des nombres obtenus dans ce dosage est inférieure à celle qui représente à la fois l’azote des graines semées et celui des graines employées comme engrais. Il n’y a donc pas eu fixation d’azote.

33 tx

gr.

Azote des graines semées ............. 0,0365

Azote des graines employées comme engrais. . . . 0,1 A62

Total * . . . . 0,1827 0,1827

Azote des plantes récoltées 0,1165

Azote du sol 0,0532

Total 0,1697 0,1697

Perte en azote pendant la végétation 0,0130

M. Boussingault conclut donc de ces deux dernières expériences que les graines mortes, agissant comme engrais, ne déterminent pas l’assimilation de l’azote de l’air pendant la végétation .

Quatrième série d’expériences , dont le résultat a été de prouver qu’il ny a pas fixation d’azote par les plantes qui végètent à l’air libre et dans un sol privé d’engrais azotés.

Dans ces expériences, les graines, placées dans un sol formé de pierre ponce calcinée et de cendres, et humecté d’eau pure, se sont développées dans une cage vitrée de 1 24 litres de capacité.

La cage était formée de glaces fixées sur des châssis de fer verni, et scellées à demeure sur un socle de marbre. Un aspirateur faisait passer dans cette cage un courant d’air débarrassé d’ammoniaque en traversant des tubes remplis de ponce sulfurique. L’acide carbonique nécessaire à la végétation était fourni par un flacon dont la disposition permettait de régulariser l’arrivée du gaz dans la cage. Pour éviter que les feuilles qui auraient pu tomber cédassent de l’azote au sol, on les enlevait par une ouverture ménagée à la cage. Enfin les cendres mêlées à la ponce avaient été essayées pour déterminer si elles renfermaient de l’azote.

Voici les résultats obtenus dans la végétation de plusieurs plantes.

Végétation du lupin pendant deux mois et demi.

Azote contenu dans la graine

gr.

. t ( dans la plante récoltée. . 0,0170

Azote contenu < , . ,

( dans le sol 0,0017

Total 0,0187

gr.

Perte en azote pendant la culture

Végétation d’un haricot nain pendant deux mois et demi.

gr.

Azote contenu dans la graine 0,0322

gr.

( dans la plante récoltée. . 0,028/i Azote contenu j , . .

[ dans le sol* 0,00/il

Total 0,0325 0,0325

Gain en azote 0,0003

Végétation d’un haricot nain pendant trois mois.

gr.

Azote contenu dans la graine. ........... 0,0335

gr.

( dans la plante récoltée. . 0,0330 Azote contenu J . . .

( dans le sol 0,0011

Total. 0,03/il 0,03/il

Gain en azote pendant la culture 0,0006

Végétation d’un haricot nain pendant trois mois et demi.

gr.

Azote contenu dans la graine. ........... 0,0339

gr.

. ( dans la plante récoltée. . 0,0281

Azote contenu < . . . nnn#0

( dans le soi 0,00/i8

Total 0,0329 0,0329

Perte en azote pendant la culture 0,0010

Végétation de deux haricots nains pendant trois mois et une semaiue

gr.

Azote dans la graine . 0,0676

gr.

. t ( dans la plante récoltée* . 0,0589

Azote contenu { . ,

( dans le sol. ....... 0,0077

Total . 0,0666 0,0666

Perte en azote pendant la culture ........ 0,0010

Conclusion.

n’y a pas eu d’azote fixé pendant la végétation.

Expérience ayant eu pour résultat de prouver que dans la végétation ci Vair libre , la présence d'un engrais dans le sol ne détermine pas V absorption de V azote de Vair.

gT.

Un lupin , contenant en azote 0,0180

Est planté dans de la ponce calcinée , renfermant Os* ,05 de cendres mixtes , 1 gramme de cendres lavées, et comme engrais un lupin dont on avait détruit la faculté germinatrice , et qui contenait en

azote 0,0175

Total 0,0355

La plante végète dans la cage pendant un mois : on la

soumet à l’analyse , qui prouve qu’elle renferme en

azote 0,0302

L’azote du sol est recherché ; on en trouve 0,0032

Total 0,033Zi

Si l’on retranche cette somme de celle formée par

l’azote de la graine semée et celui de l’engrais. . . 0,0355

0,038Zi

On voit qu’il y a une perte en azote égale à 0,0021

La graine morte, en agissant comme engrais, n’a donc pas déterminé l’absorption de l’azote atmosphérique pendant la végétation à l’air libre.

Cinquième série d' expériences , ayant pour but de faire connaître la quantité d'azote que les plantes peuvent prendre à Vair en végétant à l'abri de la pluie.

Dans cette série d’expériences, rien n’a été changé aux dispositions adoptées pour le sol et l’eau. Les graines ont été placées dans du sable ou de la ponce calcinée, et arrosées avec de l’eau pure. On a ensuite introduit les pots, contenant le sol ensemencé, sous une cage vitrée reposant par son bord sur des dés de liège que supportait une table de marbre. Une ouverture ménagée à la partie supérieure de la cage laissait un courant d’air s’établir dans l’intérieur : l’air se renouvelait donc facilement, ce qui rendait les conditions de cette végétation aussi identiques que possible avec celles de la végétation ordinaire, excepté cependant l’accès de l’eau de pluie sur la plante. Pour éviter l’action de l’ammoniaque que dégage le sol, l’appareil a été disposé sur une terrasse élevée de 10 mètres. Chaque soir, ou au moment des pluies d’orage, les dés de liège ont été enlevés, afin que le vent ne fit pas tomber les feuilles, ou pour éviter que la pluie ne pénétrât dans la cage.

Voici les résultats obtenus dans plusieurs végétations :

Végétation d’un haricot nain pendant trois mois et demi.

gr.

Azote contenu dans la graine 0,0349

gr.

( dans la plante récoltée. . 0,0321 Azote contenu , , , n nnKn

( dans le sol 0,0059

Total 0,0380 0,0380

Gain en azote pendant la culture . 0,0031

Végétation d’un haricot flageolet pendant trois mois.

gr.

Azote contenu dans la graine 0,0213

gr.

( dans la niante récoltée. . 0,0186 Azote contenu \ , , * .

( dans le sol 0,0052

Total 0,0238 0,0238

Gain en azote pendant la culture 0,0025

Végétation de l’avoine pendant trois mois et demi.

Azote contenu dans la graine,

Azote contenu

gr.

dans la plante récoltée. . 0,0031 dans le sol 0,0010

Total

0,00ül

Gain en azote pendant la culture

Végétation d’un lupin pendant trois mois.

gr.

Azote contenu dans la graine. 0,0214

gr.

r dans la plante récoltée. . 0,0205

Azote contenu dans le sol 0,0030

v dans le creuset-pot . . . 0,0021

Total , „ 0,0256 0,0256

Gain en azote pendant la culture. ........ 0,0042

CHIMIE VEGETAI. F.

Végétation du froment pendant trois mois et demi.

gr.

Azote contenu clans la graine 0 , 0 0 6 Z»

gr.

f dans la plante récoltée. . 0,0056

Azote contenu <: dans le sol 0 , 0 0 1 Zt

! clans le creuset-pot . . . 0,0005

Total 0,0075 0,0075

Gain en azote pendant la culture 0,0011

Végétation d’un lupin pendant deux mois et trois semaines.

gr.

Azote contenu dans la graine. 0,0199

gr.

( dans la plante récoltée. . 0,0179 Azote contenu < , ,

( clans le sol. 0,0050

Total 0,0229 0,0229

Gain en azote pendant la culture. 0,0030

Végétation d’un lupin pendant deux mois.

gr.

Azote contenu clans la graine. 0,0367

gr.

( dans la plante récoltée. . 0,0318 Azote contenu ...

( dans le sol 0,0069

Total 0,0387 0,0387

Gain en azote pendant la culture 0,0020

Végétation d’un iiaricot nain pendant deux mois et demi.

gr.

Azote contenu dans la graine 0,0318

gr.

( dans la plante récoltée. . 0,0287

Azote contenu . . , „

( clans le sol 0,0063

Total 0,0350 0,0350

Gain en azote pendant la culture

Végétation du cresson alénois pendant deux mois.

Azote contenu dans la graine Azote contenu

gr.

dans la plante récoltée. . 0,0190 dans le sol 0,0082

Total ................ 0,0272

Gain en azote pendant la culture

gr.

Végétation d’un haricot nain pendant deux mois et demi.

Azote contenu dans la graine.

dans la plante récoltée. .

Azote contenu

dans le sol.

Total .................

Perte en azote pendant la culture. . . .

gr.

M. Boussingault n’a pas déterminé si l’azote fixé par les plantes dans ces expériences provient du carbonate d’ammoniaque ou des corpuscules organisés tenus en suspension dans l’atmosphère ; mais en constatant le peu de vigueur de ces plantes, il a cru reconnaître que cette faiblesse dans le développement provient de l'insuffisance de la matière azotée. Toutes les fois, en effet, qu’une substance azotée a été introduite dans le sol, soit par le fait d’une graine morte, soit parce qu’on arrosait avec de l’eau contenant encore de l’ammoniaque, les végétaux soumis à l’expérience se sont accrus avec rapidité. Mais puisque , d’après les expériences précédentes, l’azote est fourni aux plantes par les engrais, lorsqu’une graine, d’un poids très faible, lève dans un sol privé de matière azotée, son accroissement ne doit pas tarder à s’arrêter. Si l’on place, en effet, des graines extrêmement petites dans du sable calciné, les tiges des plantes produites atteindront au bout de quelque temps une dimension qui ne variera plus.

« Cet arrêt de tout accroissement ultérieur dans l’organisme, après la germination, quand la graine, privée d’engrais, n’est formée que d’une quantité de matière pour ainsi dire impondérable, offre peut-être, dit M. Boussingault, la preuve la plus frappante, par cela seul qu’elle est plus facile à acquérir, que l’azote qui est à l’état gazeux dans l’atmosphère n’est pas directement assimilable par les plantes. »

CHIMIE VEGETALE.

Dans ces derniers temps, M. Bineau a reconnu que l’eau de pluie, mise en contact avec les algues, perd rapidement toute son ammoniaque, et que les algues ont même la propriété de décomposer les azotates pour s’assimiler leur azote, soit à l’état libre, soit après qu’il a été transformé en ammoniaque.

OPINION DE M. KUHLMANN.

D’après M. Kuhlmann, les azotates répandus sur des récoltes augmentent notablement leur produit. Ce chimiste pense que l’azote des azotates est ordinairement assimilé par les plantes, après avoir été transformé en ammoniaque par l’action désoxygénante de la fermentation putride.

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