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OPINION DE M. VILLE

Dans ces dernières années, M. Ville a entrepris des recherches étendues sur l’origine de l’azote dans les végétaux. Les expériences de ce chimiste l’ont conduit à admettre que l’azote des plantes ne provient pas seulement de l’ammoniaque fournie par les engrais, l’atmosphère et les eaux, mais encore de l’azote libre de l’air.

Nous empruntons au rapport remarquable que M. Chevreul a publié sur les travaux de M. Ville quelques-uns des résultats obtenus par ce chimiste dans ses expériences sur l’assimilation de l’azote par les plantes.

Lorsqu’on cultive des végétaux dans une atmosphère stagnante, on reconnaît, comme l’a démontré M. Boussingault, « que la quantité d’azote des récoltes ne représente au plus que l’azote des semences.

» Mais quand on opère le développement des semences dans une cage vitrée plus ou moins grande, où l’air, privé d’ammoniaque, se renouvelle lentement après avoir reçu 2 volumes de gaz acide carbonique environ pour 98 volumes d’air, le résultat diffère tout à fait du précédent, car, dans le premier cas, le poids delà semence étant 1, celui de la récolte séchée est exprimé par 1, U ; 3, \ ; tandis que dans le second il peut l’être par UO et plus. »

Voici par quelle expérience M. Ville a été conduit à ces dernières conclusions.

« Une cage de verre de 150 litres de capacité reçut des pots de terre cuite, percés de trous. Le fond de chacun de ces pots était garni de gros fragments de brique recouverts d’une couche de sable d’Etampes, faute de sable de Fontainebleau qui est le plus convenable à l’expérience.

» Dans ce sable, on mit un nombre déterminé de graines de cresson. Les pots étaient placés au-dessus d’une couche d’eau qui, par capillarité, pénétrait le sable.

» La cage de verre communiquait d’une part avec un aspirateur de 500 litres, et d’une autre part avec l’air de l’atmosphère et un réservoir de

gaz acide carbonique. Mais l’air n’arrivait pas directement dans la cage, il passait dans deux flacons remplis d’acide sulfurique concentré, puis dans deux flacons remplis de ponce imprégnée d’acide sulfurique concentré, enfin dans deux flacons de carbonate de soude. C’est à sa sortie de ces flacons qu’il recevait 2 volumes de gaz acide carbonique pour 98 volumes d’air.

» L’air en vingt-quatre heures se renouvelait huit fois dans l’appareil.

» L’eau distillée dont le sable était humecté fut essayée avant et après l’expérience.

» Les pots, les fragments de brique et le sable, après avoir été rougis, subirent un examen avant d’être introduits dans la cloche, afin de savoir s’ils contenaient de l’ammoniaque. 50 grammes chauffés avec la chaux sodée n’en donnèrent pas sensiblement à l’acide sulfurique dilué normal. »

Enfin on ajouta au sable des cendres de graines de cresson.

Première expérience.

5 août. — On mit dans la cage vitrée trois pots : un grand, n ’ 1 , et deux autres petits, nos 2 et 3.

Le n° 1, outre les fragments de brique qui étaient au fond, reçut 2000 grammes de sable d’Étampes et 6 grammes de cendres de cresson. On y sema 158 graines de cresson, pesant 0sr, 3 1 9, et représentant 0sr, 0099 d’azote.

Le n° 2, disposé comme le précédent, reçut 500 grammes de sable et 2 grammes de cendres. On y sema 60 graines de cresson pesant Os*, 125, et représentant 0s* ,0038 d’azote.

Le n° 3, disposé comme les précédents, reçut 500 grammes de sable et 2 grammes de cendres. On y sema 60 graines de cresson, pesant 0sr,1275 et représentant 0sr,0039 d’azote.

7 août. — Germination d’un grand nombre de grains.

Tous les deux jours environ l’eau de la cage est enlevée, mise à part, et remplacée par de nouvelle eau distillée.

Enfin le 13 septembre, on renouvelle l’eau pour la dixième et dernière fois.

[Mantes du n° 1, végétation manquée; — plantes du n° 2, floraison très belle; — plantes du n° 3, floraison médiocre.

15 septembre. — [Mantes du n° 1, quelques fleurs; — plantes du n° 2, les graines commencent à se former; — plantes du n° 3, floraison assez générale.

8 octobre. — La végétation est à sa fin dans les plantes les mieux venues.

12 octobre. — On met fin à I expérience.

Résultats de l’expérience.

Récolte du pot n° 1 . — Cette récolte était très inégale : une plante avait 1 décimètre de hauteur avec deux graines, tandis que la grandeur des autres plantes n’était que de 2 à 4 centimètres.

Les racines, en s’échappant dans l’eau par les trous du pot, s’y étaient excessivement ramifiées en formant ce qu’on appelle la queue de renard.

La récolte, séchée dans le vide sec, pesait 2§r,242; elle représentait 0§r,0097 d’azote.

Or, comme les semences en contenaient 0§r,0099, on doit en conclure qu’il n’y a p^s eu d’azote fixé dans les plantes, sauf celui des semences.

Ce résultat est remarquable en ce que le poids des semences étant 1 , celui de la récolte sèche est représenté par 7 .

Récolte du pot n" 2. — Cette récolte était plus uniforme et bien plus belle que la précédente.

Séchée dans le vide, elle pesait 6sr,021 ; le poids de la semence étant 1, celui de la récolte sèche était donc 48,5.

gr.

0,0530 d’azote.

11 s’ensuit que les plantes avaient gagné 0sr,0492 d’azote.

Récolte du n° 3. — Cette récolte, quoique supérieure à celle du n° 1, était bien inférieure à la récolte du n° 2. En effet, séchée dans le vide, elle pesait 1 sr, 506 ; conséquemment le poids de la semence étant 1, celui de la récolte était 12.

gr.

La récolte contenait 0,0110 d’azote.

Et les semences. 0,0039

Il s’ensuit que les plantes avaient gagné Qsr,0071 d’azote.

Nous rappelons qu’avant l’expérience les pots, les briques et le sable d’Etampes avaient été rougis au feu, et qu’on s’était assuré, avant de les introduire dans la cage vitrée et dans la cloche, qu’ils ne contenaient pas d’ammoniaque, du moins en chauffant 40 grammes de chacune de ces matières dans un tube avec de la chaux sodée et en recevant le produit dans de l’acide sulfurique dilué normal.

Toutes les eaux qui avaient séjourné dans la cage vitrée, réunies, représentaient 60 litres.

On avait mis en réserve une quantité notable de l’eau distillée qui de-

La récolte contenait, Et les semences . .

vait servir à l’expérience, afin d’examiner comparativement et en même temps, après l’expérience, ces deux portions d’eau, et de doser l’azote qui s’y trouvait.

Voici les nombres obtenus dans deux dosages :

gr.

Azote de l’eau distillée après l’expérience 0,00130

Azote de l’eau distillée avant l’expérience 0,00066

Excès d’azote dans l’eau de la cage vitrée. ..... 0,00064

Azote de l’eau distillée après l’expérience 0,000520

Azote de l’eau distillée avant l’expérience. ..... 0,000087

Excès d’azote dans l’eau de la cage vitrée. ..... 0,000433

La récolte se trouvant plus riche en azote que les semences, et beau contenant plus d’ammoniaque après qu’avant d’avoir séjourné dans la cage, M. Ville conclut qu’il y a eu absorption de l’azote de l’air.

L’observation suivante, due à M. Cloez, peut du reste exercer une grande influence sur les résultats obtenus dans les expériences précédentes.

Quand, sous l’influence des rayons du soleil, on fait passer de l’air sur des corps poreux et imbibés d’une dissolution de potasse, il se forme de l’acide azotique : il est donc possible que le sable humecté qui sert de support aux plantes de la cage vitrée convertisse l’azote de l’air en acide azotique, et que cet acide soit alors absorbé à l’état 'de combinaison.

Les plantes ne sont pas formées exclusivement d’éléments organiques. Elles contiennent en outre des matières inorganiques qui sont indispensables à leur développement. On sait, en effet, qu’une plante qu’on brûle laisse toujours une certaine quantité de cendres qui sont formées par des matières inorganiques.

La quantité de cendres n’est pas constante non-seulement pour des végétaux différents , mais encore pour des végétaux d’une même espèce, et même pour les diverses parties d’un même végétal. Ainsi les plantes herbacées donnent plus de cendres que les végétaux ligneux. Deux arbres d’espèce semblable, provenant de sols différents, ne donneront pas la même quantité de cendres, et, dans un même arbre, le tronc donne plus de cendres que les branches, qui en fournissent moins que les feuilles. (Kirwan et Pertuis.)

CHIMIE VEGETALE.

Quantités de cendres laissées par des végétaux d’espèces différentes.

Désignation des végétaux.

Foin

Luzerne

M ûrier

Pin

Pommes de terre (fanes) . .

Vesce à feuilles pictées. . . .

Salicornia herbacea

Désignation des piailles.

Fève ( plante et graines ) .

Fève (plante séparée des graines).

Pois portant graines

Maïs séparé des graines

Tournesol portant graines

Cendres.

0,0370 pour 100 de plante sèche.

(M. Berthier.)

0,066 pour 100 de plante sèche (1).

(Th. de Saussure.)

Quantités de cendres laissées par les différentes parties d’un même végétal.

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