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IPÉCACUANHA

Les racines d’ipécacuanha, que l’on trouve dans le commerce, sont de la grosseur d’une plume à écrire, contournées et parfois rameuses. Des anneaux saillants et inégaux sont placés à l’extérieur. Leur cassure est généralement brillante; elle présente, chez l’ipécacuanha gris, de petits grains d’amidon que l’on aperçoit facilement à l’œil nu.

La composition des racines d’ipécacuanha a été déterminée par plusieurs chimistes, particulièrement par Pelletier. Voici les résultats qui ont été obtenus :

fpécacuaiilia gris noirâtre.

Écorce. Méditulliuin.

Matière grasse odorante. . .

traces

Cire

Émétine .

Extrait non vomitif . . . . .

Gomme

Amidon

Ligneux. .

Perte .... ....... .

( Pelletier,)

Ipécacuaulia gris rougeâtre privé de son méditulliuni.

Matière grasse 2

Émétine ~ 1/ \

Gomme 16

Amidon 18

Ligneux A8

Perte 2

(Pelletier.)

Ipécacuanlia gris.

Cire et matière grasse ],2

Résine 1,2

Émétine 16,0

Gomme et substances salines 2,4

Albumine * 2.4

Amidon 53,0

Ligneux 12,5

Acide gallique traces

Perte 11,3

( MM. Barruel et Richard.)

ipécacuanlia gris cendré.

Matière grasse 9

Émétine 12

Ligneux \

Gomme > 79

( Pelletier.)

L 'émétine est une base organique cristallisable, dont les propriétés ont été décrites (t. IV, p. 456). Pour l’isoler, on épuise successivement à chaud la racine d’ipécacuanha par l’éllier et l’alcool à 40°. L’extrait alcoolique, filtré à chaud, dépose une matière blanche, qui ressemble à de la cire. La liqueur qui surnage ce dépôt, étant soumise à l’évaporation, laisse pour résidu du gallate d’émétine impur. Ce sel, traité par un lait de magnésie, abandonne l’émétine, que l’excès de magnésie employé

ETUDE DES PRINCIPALES RACINES

UOl

entraîne avec de la cire et une matière colorante. Le mélange de ces trois corps est lavé avec de l’eau, desséché et épuisé par l’alcool, auquel il cède l’émétine presque pure. On achève de purifier cette base en la combinant avec un acide et en décolorant le sel par le noir animal.

La dissolution de ce sel donne l’émétine lorsqu’on y verse un alcali.

rubia TINCTORIA (Garance).

Cette racine, que l’on cultive principalement à Chypre, à Smyrne, à Andrinople, en Hollande, en Saxe, en Silésie, en Provence, en Alsace, etc., est cylindrique et recouverte d’une écorce striée de couleur rouge. Son odeur est très faible, sa saveur amère et astringente.

Le commerce la livre en fragments ou en poudre ; sous le premier de ces états, elle porte le nom d ’alizaris; sous le second, elle reçoit les dénominations que nous avons indiquées en étudiant les principales couleurs employées en peinture.

Nous décrirons ici la fabrication des poudres de garance.

La plante, qui a pris son entier développement, est arrachée vers le mois d’octobre, et soumise immédiatement à la dessiccation. Dans les pays chauds, cette dessiccation a lieu en plein air ; on l’opère à l’étuve dans les contrées froides ; aussi les garances d’Alsace et de Hollande renferment-elles environ 10 pour 100 d’eau de moins que celles d’Avignon et de Turquie. La racine que l’on emploie exclusivement pour obtenir des bains colorants est, au sortir du séchoir ou de l’étuve, battue au fléau, qui la brise en morceaux de 7 à 8 centimètres de longueur, et sépare en même temps la terre et le billon léger (partie chevelue et épiderme.) Le tout est ensuite passé à la tarare, tamisé et vanné à la main, pour obtenir un triage plus parfait des produits. Ces dernières opérations complètent le traitement que l’agriculteur fait subir à la garance. Le fabricant soumet de nouveau les racines à la dessiccation, afin de chasser l’humidité qu’elles ont absorbée. 11 les place ensuite sur un tamis à compartiments, dont les mailles, plus ou moins serrées, permettent de séparer les racines d’un petit diamètre de celles dont la grosseur est plus considérable, et qui sont plus estimées. Enfin il réduit en poudre, sous des meules, la garance ainsi robée.

Voici les caractères physiques des principales sortes de garance moulue.

La garance d'Avignon est hygrométrique. Elle présente une couleur qui varie du rose au rouge brun. Son odeur est faible, sa saveur sucrée et amère.

MM. Persoz et Schlumberger attribuent la coloration rouge sombre de cette espèce de garance à l’action des carbonates de chaux et de potasse vi. 26

à02 CHIMIE VÉGÉTALE.

que renferme le terrain dans lequel la racine a pris son accroissement. En effet, une des garances les plus estimées, la garance palus, se trouve sur un terrain qui contient 78 à 90 pour 100 de craie, et elle dégage de l’acide carbonique lorsqu’on la traite par un acide.

La garance de Hollande est d’un rpuge brun ou orangé, grasse au toucher, d’une odeur désagréable, d’une saveur à la fois sucrée et amère. Elle attire l’humidité de l’air et prend alors une teinte d’un rouge vif.

La couleur de la garance d’Alsace est brune ou jaune; sa saveur est très amère, son odeur plus forte que celle de la garance de Hollande.

Sous l’influence de l’humidité de l’air, la garance d’Alsace prend une teinte d’un rouge foncé.

On peut communiquer aux garances d’Alsace et de Hollande la teinte rouge de la garance d’Avignon, en les mélangeant avec 3 à 6 millièmes de chlorhydrate d’ammoniaque et une quantité équivalente de chaux hydratée. (M. Persoz.)

La composition de la racine de garance n’étant pas encore parfaitement connue, on ne peut déterminer par l’analyse immédiate la pureté des poudres de garance que livre le commerce.

ESSAI DES GARANCES.

Les matières avec lesquelles on falsifie le plus ordinairement la garance sont : la brique pilée, l’ocre rouge ou jaune, les sciures de bois de pin, d’acajou, de Campèche, de santal, enfin la garance déjà épuisée par la teinture.

Pendant longtemps, on s’est contenté, pour estimer la valeur d’une garance, de placer une petite quantité de la poudre sur une ardoise que l’on abandonnait pendant douze heures dans un endroit humide. La garance absorbait de l’eau, gon liait considérablement, prenait une coloration plus foncée, et était considérée comme d’autant plus riche qu’elle avait plus augmenté de volume et qu’elle s’était plus colorée.

Ce mode d’essai ne pouvait évidemment donner qu’une valeur approximative de la garance; en outre, il ne faisait pas connaître la nature des substances employées dans la falsification; aussi est-il abandonné.

Maintenant, pour reconnaître la présence des matières étrangères dans les garances, on opère de la manière suivante :

Ene partie de la poudre est délayée dans une grande quantité d’eau; si elle ne renferme pas de matières minérales, elle reste totalement en suspension dans le liquide ; si elle en contient, celles-ci tombent au fond du vase.

Dans ce dernier cas, on soumet la garance à l’incinération, on pèse le

ETUDE DES PRINCIPALES RACINES. 403

résidu et on le compare, sous le double rapport de la quantité et de la qualité, avec les cendres fournies par les garances pures.

Voici la quantité de cendres qu’ont laissées 100 parties de diverses espèces de garances, préalablement desséchées à 100° :

Alizaris du Levant . . .

Garance d'Alsace. . . .

mi-fondues..

— (2e variété). . . ,

— <3C variété). . .

puivci utentes,

(M. ClIEVREUL.)

Alizaris d’Avignon

Alizaris d’Alsace

Garance d’Avignon, pure palus.

Garance d’Avignon rosée . . .

Garance d’Alsace

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