SOLS CALCAIRES
Le principe qui caractérise ces sols est le carbonate de chaux qui leur donne une couleur blanchâtre et les rend assez friables. Sans être tout à fait improductifs, ils ne deviennent réellement propres à la culture qu’après avoir été mélangés avec d’autres parties du sol ; ils sont alors faciles à cultiver, comme on le voit en Champagne et dans le midi de la France. Mais ils se dessèchent facilement, et restent toujours assez froids, leur couleur blanche les empêchant de s’échauffer.
Le calcaire produit cependant d’excellents effets en agriculture : il agit mécaniquement en divisant les terres trop sablonneuses ou trop argileuses, et de plus, en raison de sa porosité, il absorbe les gaz de l’atmosphère et peut déterminer la production des azotates ; enfin il fournit aux plantes dont la croissance est rapide la chaux qui leur est nécessaire.
Sol orageux. — Ce sol, qui renferme 80 à 95 pour 100 de craie, et constitue ce qu’on pourrait appeler un sol calcaire pur, est presque infertile. Il est trop friable, froid et exige une grande quantité d’engrais. Néanmoins, lorsqu’il repose sur un sous-sol imperméable, il peut devenir assez productif; il est d’ailleurs très facile à travailler.
Saisies calcaires. — On désigne sous ce nom une variété de sol calcaire, composée de grains assez petits de silice mélangée à de la craie. Les sables calcaires ont sur le sol précédent l’avantage de ne pas se délayer par l’action de l’eau et de s’échauffer plus facilement à cause de leur coloration : principalement convenables pour la culture des mûriers et de la vigne, ils deviennent propres à la culture des céréales, quand une certaine proportion d’argile et de craie pulvérulente augmente leur consistance.
Sol tufeux . — Le soi tufeux est formé par une variété de carbonate de chaux très compacte et employée surtout comme pierre à bâtir. Il sert le plus généralement de sous-sol aux terrains calcaires : lorsqu’il forme la couche superficielle, il exige un labour profond et répété, beaucoup d’engrais, et reste toujours un terrain désavantageux, sauf peut-être pour la vigne.
Soi marneux. — Composé d’argile et de craie, le sol marneux se rapproche beaucoup des terrains argito-calcaires ; le mélange est ici plus intime et la consistance beaucoup moindre : ce sol est d’ailleurs peu fertile et n’est pas employé d’une manière directe par l’agriculteur ; mais il sert avantageusement à l’amélioration de certains terrains, comme nous le verrons en parlant du marnage.
ETUDE DU SOL
SOLS MAGNÉSIENS.
Le carbonate de magnésie, qui caractérise ces sois, absorbant beaucoup plus d’eau que le carbonate de chaux, rend les terrains magnésiens plus liants et plus légers que les terrains calcaires ; la magnésie donne en général de la fécondité au sol, comme on le voit dans la vallée du Nil et sur certaines terres du Languedoc. Mais lorsque ces sols sont constitués par des débris de roches dolomitiques, comme cela se rencontre en Angleterre, en Allemagne et en Italie, la cohésion des terrains, la grande quantité d’oxyde de fer qui s’y trouve, les rendent presque stériles : moins on n’y rencontre que des arbustes et des buissons.
SOLS HUMIFÈRES.
Les matières organiques dominent dans les sols de cette classe, et le plus souvent, il est nécessaire d’y introduire artificiellement des principes minéraux. Les végétaux abandonnés dans l’intérieur du sol par suite d’enfouissements naturels, comme dans les forêts de l’Amérique, ou qui y ont été introduits à dessein, se décomposent peu à peu et constituent Y humus ou le terreau. Les principes assimilables de cette matière complexe sont enlevés par les plantes, il ne reste alors que les détritus des végétaux, et ce résidu, appelé pourri , ne joue plus qu’un rôle purement mécanique ; il ameublit le sol , et le rend perméable à l’air et très apte à l'assimilation des principes provenant des engrais qu’on y introduira ultérieurement.
La composition du terreau varie selon la nature des plantes qui ont servi à le former ; les plantes tannifères donnent un terreau acide , tandis que celles qui ne renferment pas de tannin donnent un terreau doux plus favorable à la culture.
Les principes organiques que l’on trouve dans le terreau sont Y acide ulmique libre ou combiné, et formant alors des ulmates solubles qui sont absorbés par les plantes pendant la végétation (MM. Soubeiran et Malaguti). Enfin on en retire encore une substance noire soluble dans l’eau et nommée extrait de terreau ; c’est à cette matière que l’humus doit sa coloration .
L’extrait de terreau, quoique soluble dans les alcalis, ne doit pas être confondu avec l’acide ulmique : il fonctionne dans l’acte de la végétation, en contribuant à échauffer rapidement le sol qui le contient, en absorbant l’eau hygrométrique, en s’appropriant les éléments de l’atmosphère et ceux des engrais, pour constituer des composés ammoniacaux dont les végétaux s’assimilent facilement fazote; et enfin endormant naissance à de l’acide carbonique que l’eau dissout. Dans cet état, l’acide
CHIMIE VEGETALE.
carbonique favorise le premier développement des plantes qui n’ont pas encore de feuilles ; il détermine la dissolution des phosphates insolubles, il convertit en bicarbonates solubles les carbonates terreux insolubles, et les dispose ainsi à fournir aux plantes les principes magnésiens et calcaires qui leur sont essentiels.
Le sol qui contient l’extrait de terreau, l’humus, peut être considéré comme un réservoir qui absorbe les principes fertilisants, et les abandonne successivement aux végétaux dans l’état qui convient le mieux à l’assimilation.
On peut supposer, en outre, que le terreau contient une substance organique comparable, par sa nature, aux ferments, et qui, en agissant par sa présence, détermine les phénomènes d’assimilation.
Sol tourbeux. — La tourbe, qui forme la plus grande partie de ce sol, provient delà décomposition des plantes aquatiques, comme nous l’avons dit précédemment en traitant des propriétés générales des combustibles. On retrouve dans la tourbe, des débris de végétaux non décomposés et des substances minérales, qui sont le plus généralement de la silice , des carbonate, sulfate, phosphate de chaux ; de l’argile, du phosphate d’alumine et de l’oxyde de fer. La proportion de matières minérales varie selon les espèces de tourbes, comme le montrent les résultats suivants :