OEUFS DE POISSONS
Poissons à squelette cartilagineux.
Œufs de raie. — Les raies pondent des œufs protégés par une enveloppe forte el résistante sans être toutefois calcaire. En ouvrant ces œufs,
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ou voit an jaune abondant contenu dans une masse gélatineuse transparente qui représente le blanc de l’œuf de poule, quoiqu’il soit totalement différent. Le jaune est au milieu de cette masse, dans une des cellules transparentes du blanc, car le vitellus n’a pas de membrane vitelline assez résistante pour que l’on puisse l’observer sous le microscope, et encore moins séparer le jaune du blanc.
Le blanc gélatineux des œufs de raie ne ressemble en rien au blanc des œufs d’oiseau : il n’entre pas en dissolution dans l’eau ; il n’éprouve pas, par la chaleur ou l’action des acides, une coagulation comparable à celle de l’albumine ordinaire.
En examinant cette gelée avec soin, on reconnaît qu’elle est formée par des vésicules dont les membranes élastiques contiennent un liquide très aqueux, et qui ne présente en dissolution que des traces d’albumine. Lorsque ces vésicules sont exposées à l’air pendant quelques jours, elles se vident en quelque sorte, perdent leur consistance gélatineuse et produisent alors un liquide légèrement albumineux qui tient en suspension quelques membranes transparentes.
L’alcool produit également la destruction de la masse gélatineuse et détermine la coagulation des membranes.
En soumettant ce blanc d’œuf de raie à une évaporation dans le vide, on reconnaît qu’il ne contient que des traces de substances organiques.
On voit donc que ce blanc d’œuf, en proportion très faible par rapport au jaune, diffère, sous le rapport de sa composition, du blanc de l’œuf d’oiseau. L’étude du jaune de l’œuf de raie établit du reste des différences encore plus remarquables entre les œufs d’oiseaux et ceux des poissons cartilagineux. #
Lorsqu’on soumet le jaune de l’œuf de raie à un examen microscopique, on reconnaît qu’il est formé par un liquide assez fluide, tenant en suspension des gouttes d’un corps gras légèrement coloré en jaune, et une quantité considérable de petits grains blancs et transparents, d’une forme régulière, qui ont été décrites précédemment.
Œufs de torpille. — Les torpilles sont ovovivipares. L’oviducte de la mère contient des granules qui ressemblent à ceux des œufs de raie, quoique leur forme soit différente.
Œufs de roussette. — Les œufs de roussette présentent une coque dure, résistante, jaunâtre et d’apparence cornée. Le vitellus en remplit la plus grande partie. Sa membrane vitelline est encore plus difficile à voir que celle des œufs de la raie : le blanc est plus visqueux, les membranes (jui le contiennent sont beaucoup plus délicates; le liquide cependant ne renferme aussi que des traces d’albumine. L’alcool produit de même la destruction de la masse gélatineuse, en déterminant la coagulation de ces membranes.
On voit donc que le blanc d’un œuf de roussette ressemble beaucoup à celui d’un œuf de raie.
Le jaune de cet œuf présente aussi une grande ressemblance avec celui d’un œuf de raie. Le liquide très fluide qui le compose tient en suspension des gouttelettes d’huile jaunâtre, et une quantité de petits grains blancs transparents, d’une forme régulière, mais différente de celle des granules des diverses espèces de raies.
OEufs de milcindre. — Si les roussettes présentent les mêmes conditions ovologiques que les raies, les autres squales en offrent avec les torpilles, car ils sont comme celles-ci, ovovivipares.
La coque des œufs de milandre est formée d’une membrane mince comme de la baudruche. Elle contient des granules ayant une forme différente de celle des granules de raies, mais cependant visiblement analogue.
OEufs de Vange. — Le vitellus de l’œuf de l’ange contient une matière grasse divisée en gouttelettes, nageant dans un liquide visqueux et albumineux, avec un grand nombre de granules d’une forme spéciale et en grande abondance.
En résumé, le vitellus d’un œuf de poisson cartilagineux est formé par un liquide albumineux, tenant en dissolution quelques sels minéraux, principalement des chlorures et des phosphates, et en suspension des grains blancs de forme constante et régulière dans chaque espèce, mais variable d’une espèce à l’autre, et mélangés à une petite quantité de graisse phosphorée.
Cette matière grasse est soluble dans l’alcool et l’éther ; elle forme, avec l’eau, une sorte de mucilage; elle présente de l’analogie avec l’acide gras qui existe dans le cerveau, l’acide oléo-phosphorique.
Quant aux grains blancs, ils constituent un principe immédiat nouveau, l’ ichtine, dont nous avons déjà fait connaître les propriétés et la composition.
Poisson» osseux.
(JEufs de carpe. — Lorsqu’on étudie sous le microscope un ovule de carpe peu avancé, on reconnaît que le liquide tient en suspension beaucoup de gouttelettes de graisse légèrement colorée, au milieu desquelles on voit nager des granules transparents, en tablettes qui rappellent tout à fait ceux du vitellus de la raie.
Ces granules diffèrent cependant de ceux de l’ichtine. Ils constituent un principe immédiat nouveau, nommé Yichtidine.
Il existe en outre dans ces œufs un autre principe immédiat, qui a reçu le nom (Yichtuline .
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Les propriétés de l’ichtidine et de l’ichtuline ont déjà été étudiées.
L’ichtuline se rencontre aussi dans les œufs du Bar ( Labrax lupus), du Muge à grosses lèvres ( Mugit chelo , Nob.), du Maquereau ( Scomber scombrus ), du Turbot ( Pleuronectes maximus , Lin.) , de la Sole commune (. Pleuronectes solea , Lin.), de la Sole bretonne [Solea armorica , Yal.) , du Saumon.
Quand on examine ces œufs à l’état d’ovules et après leur entier développement, on reconnaît que leur composition subit des modifications profondes pendant le séjour qu’ils font dans l’oviducte. En effet, les œufs de carpe entièrement formés ne contiennent plus de traces d’ichtidine, l’ichtuline disparait aussi peu à peu, et quand ils sont devenus tout à fait transparents, ils ne renferment plus qu’une liqueur fortement albumineuse tenant en suspension de la graisse phosphorée.
11 parait donc démontré que la composition des œufs change avec l’àge de leur développement.
Œufs de saumon. — Les œufs de saumon ne contiennent pas de grains rectangulaires solubles dans l’eau. Ils renferment beaucoup d’ichtuline et fort peu d’albumine. Leur couleur jaune rougeâtre est due à la présence d’une quantité considérable d’huile phosphorée.
Soumis à la cuisson, ils deviennent opaques, mais en restant toujours mous, même en les tenant dans l’eau bouillante. Cela se comprend, puisqu’ils ne renferment qu’une quantité très faible d’albumine. Leur opacité est causée par l’eau introduite dans leur intérieur qui détermine alors la précipitation de l’ichtuline.
Œufs de V anguille. — Les œufs, ou plutôt les ovules de l’anguille, contiennent peut-être encore plus de graisse que les œufs de saumon. Ils ne paraissent pas avoir plus d’albumine, car ils ne durcissent pas par l’ébullition; ils ne renferment pas la moindre trace d’ichtidine.
On voit donc que les œufs de poisson contiennent des substances insolubles dans l’eau, l’ichtine, l’ichtidine et l’ichtuline, qui ont des propriétés différentes de la vitelline des oiseaux. L’albumine des œufs de poissons parait être également différente de celle des œufs d’oiseaux.
En effet, l’albumine des œufs de certains poissons se dissout sans aucune coloration dans l’acide chlorhydrique, et elle commence à se coaguler vers â5°; tandis que l’albumine des œufs d’oiseaux se dissout, comme l’on sait, dans l’acide chlorhydrique, en donnant au liquide une couleur bleue violacée, et elle ne se coagule que vers 60°.