ACIDE PHÉNIQUE BICHLORÉ. CI2H3C120,H
Ce corps est appelé quelquefois acide chlorophénésique . Il est huileux, volatil sans décomposition, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et l’éther. Sous l’influence du chlore, il se change en acide phénique trichloré.
On obtient l’acide phénique bichloré en faisant réagir du chlore sur un excès d’acide phénique. (M. Laurent.)
ACIDE PHÉNIQUE TRICIILORÉ. C12H2C130,H0.
L’acide phénique trichloré, connu aussi sous les noms d’acide chlorophénésique ^ d ’ acide chlorindoptique , est blanc, solide, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et l’éther. 11 fond à hh° et bout à 250°; il est volatil sans décomposition et brûle avec une flamme fuligineuse et verte sur les bords. L’acide chlorophénésique forme avec la potasse et la soude des sels solubles. L’acide azotique le transforme en un corps cristallisé en paillettes d’un jaune d’or qui a reçu le nom de chlorophènol .
L’acide phénique trichloré se prépare ordinairement en faisant passer du chlore dans la partie de l’huile de goudron de houille qui bout entre | 170° et 190°. On pourrait entretenir le courant de gaz jusqu’à ce que l’huile se solidifiât; mais il vaut mieux, après un ou deux jours de traitement, suivant que la masse sur laquelle on opère est plus ou moins considérable, soumettre le produit à la distillation, rejeter les premières et les dernières parties du liquide qui passe dans le récipient, et traiter par le chlore les portions recueillies jusqu’à ce qu’elles se concrètent. L’acide phénique trichloré ainsi obtenu renferme ordinairement de l’huile de goudron de houille et une substance particulière C12H6C12, qui a été nommée chloralbine (Laurent). Pour le purifier, on le comprime dans du papier joseph, qui retient l’huile, puis on le dissout dans l’ammoniaque. Le trichlorophénate d’ammoniaque, soumis à des cristallisations réitérées, donne, quand on le décompose par un acide, de l’acide phénisique trichloré pur. (M. Laurent.)
ACIDE PHÉNIQUE PENTACHLORÉ. Cl2Cl50,H0.
Ce composé, découvert par M. Erdmann, et désigné par lui sous le nom d ’ acide chlorindoptique chloré , a été étudié par M. Laurent sous le nom d’acide chlorophénv si que. Il est fusible, volatil, et cristallise en longues aiguilles.
Pour l’obtenir, on fait passer un courant de chlore à travers une dissolution bouillante de chlorisatine dans l’alcool à 80°. Il se précipite un mélange de chlorhydrate d’ammoniaque, de chloranile et d’acide chioro-
ACIDE PHÉN1QUE BINITRÉ . 21x9
phénusique. Après avoir traité ce mélange par de F eau qui enlève le sel ammoniac, on l’épuise par l’alcool, qui dissout l’acide chlorophénusique. Par une addition d’eau, la solution alcoolique dépose cet acide sous la forme d’une masse gommeuse. On le combine avec la potasse, on purifie le sel de potasse par cristallisation , puis on le décompose par l’acide chlorhydrique.
ACIDE PHÉNIQUE MONOBROMÉ. C12H4BrO,HO.
Cet acide a été découvert par M. Caliours, qui l’a nommé acide hromo phénasique. Il se forme par l’action de la baryte en excès sur l’acide monobromosalicylique. On ne l’a pas obtenu directement; il est huileux.
ACIDE PHÉNIQUE BIBROMÉ. Cl2H3Bi'20,H0.
L’acide phénique bibromé s’obtient par l’action de la baryte sur l’acide salicylique bibromé. Il est cristallin.
ACIDE PHÉNIQUE TRIBROMÉ. C12H2Br30,H0.
L’acide phénique tribromé se forme par l’action du brome sur l’acide phénique et par l’action de la baryte sur l’acide tribromosalicylique. Il est solide, incolore et volatil sans altération : il est un peu moins soluble dans l’alcool et l’éther que l’acide phénique trichloré.
ACIDE PHÉNIQUE BINITRÉ. Ct2H3(Az04)20,H0.
Cet acide a été étudié sous le nom d 'acide nitrophénésique.
L’acide nitrophénésique cristallise en prismes droits à base rectangulaire de couleur blonde, qui sont fusibles à 10û°, insolubles dans l’eau froide, peu solubles dans l’eau bouillante, très solubles dans l’alcool et l’éther. Ces cristaux détonent lorsqu’on les chauffe brusquement. Ils brûlent avec une flamme rouge fuligineuse.
Le brome convertit l’acide nitrophénésique en un acide nitro-bromophénésique C12H2Br(Àz04)20,H0, jaune, cristallin, qui forme avec les bases de beaux sels jaunes ou orangés.
L’acide azotique le transforme en acide carbazotique.
Sous l’influence d’une dissolution bouillante de sulfhydrate d’ammoniaque , l’acide nitrophénésique se change en un acide binitrophéna mique C24H12(Àz04)2Az0204, qui cristallise en aiguilles hexagonales d’un brun noirâtre (MM. Laurent et Gerhardt).
L’acide nitrophénésique se produit quand on fait réagir l’acide azotique sur l’acide phénique.
L’huile de goudron de houille contenant beaucoup d’acide phénique, peut servir à préparer l’acide nitrophénésique : on verse par petites por-
ESSENCES
tions à la fois 10 parties d'acide azotique sur 12 parties d’huile de goudron de houille. L’attaque se fait avec violence, et il se forme une matière résineuse d’un brun rougeâtre. Après avoir lavé cette substance avec un peu d’eau, on la traite par une dissolution bouillante d’annnoniaque, et l’on filtre rapidement. La liqueur dépose du nitrophénésate d’ammoniaque par le refroidissement. Ce sel, soumis à des cristallisations successives, donne de l’acide nitrophénésique pur lorsqu’on le décompose par un acide. 1000 grammes d’huile de goudron de houille fournissent 200 grammes de nitrophénésate d’ammoniaque (M. Laurent).
Mtrophénésates. — Les nitrophénésates sont jaunes ou orangés, presque tous solubles dans l’eau et cristallisables. Chauffés en vase clos, ils se décomposent avec dégagement de lumière.
Voici les formules des nitrophénésates les plus connus :
Nitrophénésate de potasse KO,C12H3 Az04)20,H0.
Nitrophénésate de baryte Ba0,Cl2H3(Az04)20,51I0.
Nitrophénésate basicpie de plomb 2Pb0,C12H3(Az04)20,4H0.
ACIDE PHÉNIQUE TRINITRÉ , ACIDE CARB AZOTIQUE. C12tl2Az3Ol3,HO
= C12H2(Az04)30,H0.
Az3
HO
Cet acide a reçu successivement les noms & acide trinitrophénique , d 'acide nitropliênisique , d 'acide phénique trinitrique, d’ acide carbazotiqne, d’acide picrique , d'acide nitropicrique , d'amer de Welter , etc. Nous le désignerons sous le nom d'acide carbâzotique .
L’acide carbazotique se forme dans un grand nombre de circonstances : on l’obtient en faisant réagir l’acide azotique sur la fibrine, la soie, l’indigo, la salicine, la coumarine, sur un grand nombre de produits pyro- j génés, etc.
C’est 31. Laurent qui a démontré le premier que l’acide azotique dérive d’une manière très simple de l’acide phénique, et que l’on peut le consi- j dérer comme de l’acide phénique dans lequel 3 équivalents d’hydrogène sont remplacés par 3 équivalents d’acide hypo-azotique ; aussi 31. Laurent a-t-il proposé de donner à cet acide le nom d'acide trinitrophénique ou nitrophénisique, et de le représenter par la formule Cl2H2(Az04)3Ô,H0.
CARBAZÜTATES.
Propriétés.
L’acide carbazotique cristallise en lamelles rectangulaires, cle couleur jaune, ou en prismes droits à six pans, dont les bases sont remplacées par les sommets d’un octaèdre à base rhombe. Ces cristaux ont une saveur acide et amère ; ils sont solubles dans l’eau, l'alcool, l’éther ; leur dissolution aqueuse jaunit la peau et les tissus.
Lorsqu’on soumet l’acide carbazotique à l’action d’une chaleur convenablement ménagée, il se volatilise en partie ; mais quand on le chauffe brusquement, il détone.
Le brome, l’iode, l’acide azotique, l’acide sulfurique, n’agissent pas sur l’acide carbazotique.
Le chlore, ou un mélange d’acide chlorhydrique et de chlorate de potasse, convertissent l’acide carbazotique en chloranile.
Sous l’influence d’une dissolution bouillante d’hypochlorite de chaux, l’acide carbazotique se change en chloropicrine.
Si l’on fait passer un courant d’hydrogène sulfuré dans une dissolution alcoolique d’acide carbazotique, il se produit un nouvel acide qui a reçu le nom d’ acide pi icrarai que .
L’acide picramiqueCl2H4(Az04)20,H0 présente l’aspect d’aiguilles brillantes d’un rouge grenat ; il esl soluble dans l’alcool, dans l’éther, insoluble dans l’eau, et forme avec les bases des sels rouges cristallisables (M. Girard).
Préparation»
La préparation de l’acide carbazotique est très simple : il suffit de traiter la salicine ou l’huile de goudron de houille par 7 ou 8 parties d’acide azotique, de chauffer jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus de vapeurs rutilantes, et de laisser refroidir ensuite la liqueur, pour obtenir de grandes quantités d’acide carbazotique.
L’acide carbazotique est employé dans l’industrie comme matière colorante, il communique aux étoffes de soie ou de laine une teinte très belle et très solide, qui peut varier du jaune-paille à la nuance du maïs.
Le prix de la teinture à l’acide carbazotique est très modéré, car il ne faut pas plus d’un gramme d’acide pour teindre en jaune-paille un kilogramme de soie.
On se sert, dans les recherches de chimie analytique, de l’acide carbazotique pour caractériser les sels de potasse. Cet acide forme dans les sels de potasse un précipité cristallin de couleur jaune.
C A P.lï AZOTATES.
Les carbazotates cristallisent avec facilité; leur saveur est amère; lorsqu’on les chauffe brusquement, ils fusent; le carbazotate de plomb peut
ESSENCES
même détoner par le choc; les carbazotates de mercure et d’argent brûlent en répandant une vive lumière : le carbazotate de potasse est remarquable par son peu de solubilité dans l’eau.
Nous avons réuni dans le tableau carbazotates :
Carbazotate de potasse . . .
Carbazotate d’ammoniaque .
Carbazotate de baryte . . .
Carbazotate de strontiane. .
Carbazotate de zinc
Carbazotate de cobalt. . . .
Carbazotate de nickel. . . .
Carbazotates de plomb . . . j
Carbazotates de cuivre . . .
Carbazotates d’argent. . . .
suivant les formules des principaux
K0,C12H2(Az04)30.
AzH3,H0,Cl2f]2(Az04)30.
Ba0,C12H2(Az04)30,5H0.
StO,Cl2li2( AzU4y30,5U0.
ZnO,C12Il2( \z04)30,7FIO.
CoO,Ct2n2(Az04)30,5llO.
NiO,C12ll2(AzOVO,8llO.
PbO,Cl2tl2( \z04)30,tJ0.
2PbO,Cl2ll2(Az04)30,HO.
3PbO,C,2ll2(AzOb30,3HO.
5Pb0,C12ü2(Az04)30.
Cu0,C12ll2(Az04)30,5H0.
Ag0,Cl2H2(Az04)30.
ACIDE PHÉNIQUE NITROBICHLORÉ. C12H2Cl2(Az04),H0.
Cet acide est jaune, peu soluble dans l’eau, assez soluble dans l’alcool bouillant et dans l’éther; chauffé brusquement en vase clos, il se décompose avec dégagement de lumière. Il cristallise en prismes obliques à base rhombe.
Pour l’obtenir, on fait agir successivement du chlore et de l’acide azotique sur de l’huile de goudron de houille, puis on porte la liqueur à l’ébullition après l’avoir mélangée avec de l’ammoniaque. Cette base forme un sel soluble avec l’acide phénique nitrobichloré. En décomposant ce sel par un acide, on met en liberté l’acide phénique nitrobichloré.
(MM. Laurent et Delbos.)
CHLOROPICRUVE. C2Cl3Az04.
Cette substance est huileuse, volatile, incolore et transparente, d’une densité égale à 1,665. Son odeur est très pénétrante. Chauffée avec du potassium , elle se décompose avec détonation. Elle bout à 120° et n’est pas inflammable ; elle est presque insoluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool et l’éther.
La chloropicrine se prépare en soumettant à la distillation un mélange d’acide carbazotique et d’hypochlorite de chaux .
ÉTHER PHENIQUE.
CHLORURE DE PHÉNYLE. Cl2H5Cl.
Cl 443,20 . . 31,54
Le chlorure de phényle est oléagineux et très dense. Il bout à une température élevée en se décomposant. On l’obtient en versant du perchlorure de phosphore sur l’acide phénique.
L’action du perchlorure de phosphore sur l’acide phénique binitré donne le chlorure de phényle binitré Gl2H3(Az04)2Cl, qui est cristailisable.
(MM. Laurent et Gerhardt.)
SALITHOL. — ÉTHER PHÉNIQUE. C16II10O2 = C4H50,Cl2Il50.
Cltt 1200,00 78,68
Le salithol a été découvert par M. Cahours et étudié par M. Baly. M. Cahours considère ce corps comme Yéther phénique, l’anisol étant, suivant ce chimiste, l’éther phénométhylique.
Le salithol est incolore, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et dans l’éther; d’une odeur aromatique agréable. Son point d’ébullition est 173°. La potasse caustique ne lui fait éprouver aucune altération à froid ni. à chaud : l’acide sulfurique fumant le dissout en formant un acide double qui donne, avec la baryte, un sel soluble et cristailisable. Le chlore agit vivement sur le salithol, dégage de l’acide chlorhydrique et produit une masse visqueuse qui a de la tendance à cristalliser.
Le brome forme avec le salithol trois composés :
Le salithol monobromé C4fl50,C,2H4Br0.
Le salithol bibromé C4tI50,C,2tl3Br20.
Le salithol tribromé C4li50,C,2Il2Br30.
Quand on traite à froid le salithol par son volume d’acide azotique, il se convertit en une huile brune qui est du salithol nitré. Ce corps est fort peu stable.
Sous l’influence de l’acide azotique mono-hydraté et bouillant, le salithol se change en salithol binitré ou phênéthol binitré C16H8(Az04)202.
En faisant passer un courant d’acide sulfhydriqde et un courant de gaz
ESSENCES
ammoniac dans une dissolution alcoolique de salithol binitré, on donne naissance à une base nouvelle, la phénéthidine nitrée C16H10x\z206. Cette base présente l’aspect d’aiguilles brillantes, de couleur brune. Elle forme des sels cristallisables avec les acides chlorhydrique, azotique et sulfurique.
Le produit de l’action exercée par l’acide carbazotique sur l’alcool peut être considéré comme le salithol trinitré.
Le salithol trinitré cristallise en paillettes jaunâtres, fusibles à 9â°, et solubles dans l’alcool. Pour l’obtenir, on maintient en ébullition pendant quelques heures une dissolution d’acide carbazotique dans l’alcool additionné d’une petite quantité d’acide sulfurique, et l’on verse ensuite de l’ammoniaque dans la liqueur (M. Mitscherlich).
Le salithol se prépare en distillant la combinaison que forme l’éther salicylique avec la baryte. On le purifie en le lavant avec une eau alcaline , et en le rectifiant après l’avoir desséché sur du chlorure de calcium.
PHÉNAMYLOL. — ÉTHER PHÉNAMYLIQUE. C22H,602 = C10HnO,C,2H5O.
Cet éther est huileux, limpide, incolore, plus léger que l’eau, d’une odeur agréable. 11 bout à 225° environ.
L’éther phénamylique forme avec l’acide sulfurique un acide double qui produit avec la baryte un sel cristallisable.
L’acide azotique concentré attaque vivement l’éther phénamylique et le convertit en une huile jaunâtre, très dense, qui, sous l’influence du sulfhydrate d’ammoniaque, se change en une base cristallisable, Yamylnitrophénidine . (M. Gahours.)