CRÉOSOTE
tume naturel par du bitume de gaz, mais cette application n’a pas eu de suite.
La distillation des schistes bitumineux donne lieu à une industrie qui a en quelque sorte été créée par M. Selligue. On obtient dans cette distillation des goudrons et deux sortes d’huiles : les unes, qui bouillent vers 250°, peuvent servir à graisser les machines ; les autres, qui sont principalement formées par des carbures d’hydrogène liquides, peuvent être mélangées à de l’alcool et sont employées alors pour l’éclairage. On peut même brûler directement ces carbures liquides dans des lampes particulières dans lesquelles le courant d’air est rapide. En faisant passer de l’huile de schiste et de l’eau sur du charbon incandescent, on prépare un gaz parfaitement éclairant.
M. Laurent a retiré des huiles de schiste, dont le point d’ébullition varie entre 200° et 280°, une substance particulière, Yampéline, qui présente de l’analogie avec la créosote.
créosote. c28H1604.
Propriétés.
Ce corps, dont on doit la découverte à M. Reichenbach, est liquide, oléagineux, incolore ; son pouvoir réfringent est considérable ; sa saveur est brûlante et très caustique. Sa densité est 1,037 ; il bout à 200°. La créosote est insoluble dans. l’eau, très soluble au contraire dans l’alcool, l’éther et l’acide acétique ; elle est combustible et brûle à la manière des huiles essentielles. Elle dissout le soufre, le phosphore, le sélénium, les acides oxalique, citrique, tartrique, benzoïque, stéarique, divers sels métalliques, les résines et plusieurs matières colorantes.
Elle se combine avec la potasse et forme deux espèces de combinaisons qui ont été peu examinées ; on sait seulement qu’une de ces combinaisons est cristalline. Le brome réagit sur la créosote et produit un composé cristallin qui a pour formule C2sH8Br804.
Lorsqu’on fait agir, à une douce chaleur, un mélange d’acide chlorhydrique et de chlorate de potasse sur la créosote, il se forme diverses substances chlorées, dont l’étude est encore incomplète ; deux de ces composés ont pour formules :
C26tl6Cl606 ;
(M. Gorup.)
CREOSOTE. 3â3
A chaud la créosote dissout plusieurs sels métalliques, tels que les chlorures de calcium et d’étain, les acétates de potasse, de soude, d’ammoniaque, de zinc, etc.; mais par le refroidissement ces sels se déposent à l’état cristallin.
La créosote colore en bleu les sels de peroxyde de fer (AI. Deville) ; elle réduit l’azotate d’argent , les sels d’or, de mercure et de platine.
Quand on verse goutte à goutte de la créosote sur de l’oxyde d’argent récemment préparé, il se produit une réaction très vive souvent accompagnée d’explosion ; l’oxyde d’argent est réduit en partie, il se forme en outre de l’oxalate d’argent et différentes matières résineuses.
La propriété caractéristique de la créosote, celle qui lui a fait donner son nom, est de préserver les viandes de la putréfaction.
Préparation.
Pour obtenir la créosote, on distille le goudron de bois, jusqu’à ce ([lie le résidu ait pris la consistance d’une masse poisseuse. Le liquide condensé dans le récipient est formé de plusieurs couches distinctes; la couche inférieure contient la créosote. Après l’avoir saturée par du carbonate de soude, on l’abandonne au repos ; une huile jaunâtre se rend à la surface ; on la décante, puis on la rectifie dans une cornue de verre ; les parties plus denses que l’eau seules sont recueillies et agitées ensuite avec une dissolution de potasse d’une densité égale à 1,12. La créosote se sépare de divers carbures d’hydrogène avec lesquels elle est mélangée, et se dissout dans la liqueur alcaline. La dissolution, enlevée par décantation, est maintenue quelque temps en ébullition au contact de l’air qui résinifie une substance étrangère dissoute par la potasse ; la liqueur est ensuite filtrée et additionnée d’acide sulfurique qui met la créosote eu liberté.
La créosote ainsi obtenue n’est pas pure, il faut encore la distiller plusieurs fois avec de l’eau alcaline, la dissoudre dans la potasse, et après avoir séparé les carbures d’hydrogène insolubles, décomposer la dissolution alcaline par l’acide sulfurique. Ces opérations ayant été répétées jusqu’à ce que la créosote se dissolve dans la potasse sans laisser de résidu, on la distille une dernière fois à la température de 200°, puis on la dessèche sur du chlorure de calcium.
Usages.
On emploie la créosote contre la carie des dents, pour arrêter les hémorrhagies et dans le traitement de certains ulcères.
CORPS GRAS
Avant les travaux si remarquables de 31. Chevreul sur les corps gras, ces substances étaient à peine connues. On savait bien que plusieurs matières grasses produisaient des savons et des emplâtres, lorsqu’on les traitait par la potasse, la soude ou par l’oxyde de plomb. Scheele avait constaté, dans les produits de l’action de l’oxyde de plomb sur les huiles, l’existence d’une substance soluble, sucrée, qu’il désignait sous le nom de principe doux des huiles ; mais la théorie de la saponification était entièrement inconnue.
Vers l’année 1813, M. Chevreul publia sur les corps gras neutres et les produits qui se forment dans la saponification, une série de travaux qui jetèrent le plus grand jour sur cette question. Il démontra que les matières grasses connues sous le nom d'huiles , beurres , graisses, suifs , étaient formées, à part un très petit nombre d’exceptions, par un mélange de principes immédiats qu’il décrivit sous les noms de stéarine , de margarine , d’ oléine, de butyrine , de caprine , de caproïne et de phocénine; que ces principes immédiats se dédoublaient, sous l'influence des alcalis, en principe doux des huiles, ou glycérine , et en acides gras particuliers: qu’ainsi la stéarine produisait de la glycérine et de l’acide stéarique, l’oléine de la glycérine et de Y acide oléique , etc.; et il fit remarquer que si dans la saponification il se formait des mélanges d’acides différents, c’est que les corps neutres soumis à l’action des bases étaient eux-mêmes des mélanges de margarine, d’oléine, de butyrine, etc.
Dès l’origine de ses travaux, 31. Chevreul avait assimilé les huiles et les graisses aux éthers ; il avait constaté que la saponification pouvait avoir lieu dans le vide, sans dégagement comme sans absorption de gaz, et qu’elle consistait uniquement dans la fixation des éléments de l’eau sur la matière grasse qui se dédoublait alors en glycérine et en acide gras.
Il ne se borna pas à faire connaître les phénomènes généraux de la saponification ; il décrivit aussi avec le plus grand soin les propriétés de la plupart des corps gras neutres ou acides. Les recherches qui ont été entreprises dans ces derniers temps sur les corps gras n’ont fait que confirmer l’exactitude des beaux travaux de 31. Chevreul.
On est parvenu, en effet, non-seulement à reproduire la plupart des corps gras neutres en unissant directement la glycérine aux divers acides gras, mais encore à préparer un grand nombre de corps gras nouveaux, en combinant la glycérine avec différents acides minéraux et organiques (31. Berthelot).
CORPS GRAS
Voici la liste des principaux corps gras et de quelques-uns de leurs dérivés :
Stéarine C71H70O8.
Margarine »
Oléine »
Acide stéarique C68H6605,2HO.
Acide margarique C34H3303,H0.
Acide oléique C36H3303,H0.
Acide sébacique G10H8O3,HO.
Acide subérique C8H603,H0.
Acide succinique C8ll305,3li0.
Acide pimélique C14H10O6,2HO.
Acide adipique C10H9O3,IiO.
Acide lipique C10HeO6,2HO.
Acide azoléique C14H1404.
Acide élaïdique. » C72fi6605,2U0.
Glycérine C6tl806.
Acide phosphoglycérique. . . C6H705,Ph05,H0,
Acroléine C6H402.
Acide acroléique C611303,H0.
Huile d’olive »
Acide métamargarique . . . . C34H3303,(N0)q
Acide méta-oléique C36H 3404,HO.
Acide hydromargaritique. . . C3îH3505,H0.
Acide hydroléique C36fl3404,H0.
Acide hydromargarique . . . C34H3404,H0.
Huile de lin »
Acide linoléique G46H3805,H0.
Huile de ben »
Acide bénique C30Il29O3,HO.
Acide moringique C30H27O3,HO.
Huile de ricin »
Acide ricinoléique C38II3505,lJ0.
Acide œnanthylique .* G14H1303,HO.
Palmine »
Acide palmique G34H3205,H0.
Palmitine »
Acide palmitique C32H3103,H0.
Beurre de coco »
Laurostéarine »
Acide laurostéarique C24H2303,H0.
Myristine »
Acide myristique G28H2703,H0.
Beurre de cacao »
Acide anamirtique C35U 3403,H0.
Acide œnantbique G,4H1302,H0.
Acide pélargonique anhydre . G18H1703.
3^6 COUPS GRAS
Acide pélargonique hydraté . C18H1703,H0.
Graisse humaine »
Suif. »
Beurre »
Acide caproïque anhydre. . . C12Hn03.
Acide caproïque hydraté. . . C12Hu03,H0.
Acide caprique C20H19O3,HO.
Acide caprylique anhydre . . C16H1503.
Acide caprylique hydraté. . . C16H1503,H0.
Acide vaccinique C20H19O5,HO.
Acide butyrique anhydre. . . C8H703.
Acide butyrique hydraté. . . C8H703,H0.
Butyrine »
Cétine G64H6404.
Éthal C33H330,H0.
Phocénine »
Acide phocénique G10H7O3,HO.
Acide bogique G33II3203,H0.
Acide cérotique C54H5303,H0.
Myricine G92H9204
Céroléine »
Cire de Chine C,08H108O4.
Cérotine C54H5602.
Cérotène G54H54.
Cérosie . C48H4802.
Acide cérosique G48H4803.
Cire de myrica »
Cire de carnauba »
Cire d'aucuba »
Subérine »
Acide cérébrique »
Acide oléophosphorique ... »