HUILE D’OLIVE
Cette huile s'obtient principalement en Provence, en Italie, en Espagne et sur les côtes d’Afrique. On récolte les olives quelque temps avant leur maturité ; on les écrase et on les presse à froid : cette première opération donne de Y huile fine ou vierge. Pour retirer une nouvelle quantité d’huile des olives comprimées, on les soumet à l’action de l’eau chaude, qui donne une huile de deuxième qualité. Il existe encore dans le commerce une huile d’olive de qualité inférieure, qu’on obtient en abandonnant à la fermentation les olives entières ou le résidu qu’elles laissent après leur compression.
Dans l’extraction de l’huile d’olive, il faut avoir soin de presser les olives dès qu’elles sont écrasées ; car en attendant quelque temps, il se manifeste dans la masse une sorte de fermentation qui nuit beaucoup à la qualité de l’huile.
L’huile d’olive commence à se congeler à quelques degrés au-dessus de 0° ; elle se rancit facilement, ce qui tient à l’altération d’une matière azotée qu’elle tient en dissolution. Sa densité à 12° est 0,919. Elle est solidifiée rapidement par l’azotate de protoxyde de mercure. Pour l’essayer, on la bat avec le douzième de son poids de ce sel : on reconnaît ainsi la présence de 1/ 1 0e et souvent de 1 /20e d’huile d’œillette dans l’huile d’olive. Ce procédé d’essai est suffisant, car au-dessous de 1/10% la fraude ne présente plus d’intérêt.
L’huile d’olive refroidie, comprimée, puis traitée à diverses reprises par l’éther, laisse cristalliser une matière blanche dont le point de fusion ne peut être porté au delà de 20°. Cette matière est une véritable combinaison d’oléine et de margarine , que la saponification transforme en un mélange d’acide oléique, d’acide margarique et de glycérine.
HUILE DE LIN
Cette huile s’extrait des semences de lin commun, qui en fournissent un peu plus du cinquième de leur poids. Sa couleur est jaunâtre et son odeur faible. Sa densité, à 12°, est 0,939. C’est une des huiles que le froid congèle le plus difficilement ; elle ne se solidifie qu’à 15° ou 20° au-dessous de 0°. Elle se dissout dans âO parties d’alcool froid, 5 parties d’alcool bouillant et clans 1,6 partie d’éther.
L’huile de lin est très siccative. Cette propriété , si utile pour la fabrication des vernis gras et des couleurs à l’huile , devient beaucoup plus prononcée dans l’huile de lin qui a été soumise pendant quelques heures à l’ébullition avec de la litharge ou du bi-oxyde de manganèse. La dessiccation de l’huile de lin est due à une absorption v. 27
CORPS GRAS
d’oxygène. Au bout de quelques années d’exposition à l’air, elle se resinifie complètement .
L’huile de lin lithargyrée sert à préparer l’encre des imprimeurs, les vernis noirs sur cuir, les taffetas gommés, etc. On peut lui donner la consistance et, jusqu’à un certain point, l'élasticité du caoutchouc, et l’employer à préparer des sondes et plusieurs autres instruments de chirurgie.
L'huile de lin et les autres huiles siccatives ne donnent pas d’élaïdine avec l’acide hypo -azotique; elles restent liquides en présence de cet acide. Ces mêmes huiles contiennent une proportion d’hydrogène beaucoup moins considérable que les huiles non siccatives. Les acides liquides retirés des huiles siccatives ne donnent pas d'acide élaïdique et contiennent moins d’hydrogène que les acides gras des huiles non siccatives (Boudel et Pelouze).
L'huile cle lin fraîche, et pressée à froid, est facilement saponifiable ; elle produit avec la soude un savon jaune et mou. L’acide chlorhydrique sépare de la dissolution aqueuse de ce savon une huile liquide qui laisse déposer, par le refroidissement, des cristaux d'acide margarique. 31. Sacc a examiné l'acide gras liquide extrait de l'huile de lin , il La trouvé différent de l'acide oléique et lui a donné le nom d’acide linoléique. L’acide linoléique a pour formule C46H480\H0.
Cet acide est jaune pâle, inodore, très fluide; il absorbe l’oxygène de l’air avec une très grande rapidité , même lorsqu’il est uni aux bases et en particulier à l’oxyde de plomb. Cette propriété semble indiquer que dans l’altération de l'huile de lin par les corps oxydants, l’oxygène agit principalement sur l’acide linoléique.
L'huile de lin, chauffée avec de l'acide azotique étendu de U fois son poids d’eau, prend une belle couleur rouge et donne lieu à un dégagement de gaz sans odeur nitreuse. En prolongeant l'action de l'acide azotique sur cette huile, les vapeurs nitreuses apparaissent en abondance, et il se forme dans le mélange une espèce de membrane visqueuse, élastique, présentant, quand on l’étire, l’éclat de la soie. Cette substance jaunit bientôt et se solidifie en se changeant en une résine d'un brun rouge qui est mêlée à de l’acide margarique. L’eau mère acide laisse déposer, par la concentration et le refroidissement, de l’acide oxalique et de l'acide subérique.
L’huile de lin donne, par l’action de l’acide azotique, les acides piinélique, subérique, succinique et tous les produits de l’oxydation de l’acide margarique.
Les expériences de 31. Jouas sur la transformation des huiles siccatives, et en particulier de l'huile de lin, en une espèce de caoutchouc ( caoutchouc des huiles), provoqueront sans doute quelques nouvelles applications de cette huile.
HUILE DE RICIN
L’huile de lin exposée k une haute température forme une glu épaisse comme de la térébenthine. En faisant bouillir pendant plusieurs heures ce résidu avec de l’eau acidulée par l’acide azotique, on obtient une matière de consistance emplastique qui durcit par l’exposition à l’air. Cette matière s’amollit, sans toutefois se fondre, par la chaleur de l’eau bouillante et acquiert une grande élasticité ; elle a beaucoup de ressemblance avec le caoutchouc. Elle se gonfle considérablement dans l’éther et se dissout dans l’essence de térébenthine et dans le sulfure de carbone : une dissolution de potasse concentrée la durcit ; elle se dissout , au contraire , dans les liqueurs alcalines très étendues et reproduit par les acides un corps semblable au caoutchouc. Elle est soluble dans une dissolution alcoolique de potasse caustique : les acides la précipitent de cette dissolution.
M. Jonas a proposé l’emploi de la dissolution éthérée du caoutchouc ries huiles pour rendre les étoffes imperméables.
Les huiles fournissent une quantité d’autant plus grande de ce caoutchouc qu’elles sont plus siccatives; les huiles de noix et de lin en donnent huit ou dix fois autant que l’huile d’œillette.