BLANC DE BALEINE
La matière grasse qui se trouve dans le tissu cellulaire interposé entre les membranes du cerveau de diverses espèces de cachalots est formée d’une huile et d’un corps solide qui porte le nom de cétine ou de spermaceti. La substance huileuse présente le plus grand rapport avec les huiles végétales ; elle est formée de margarine et d’oléine ; elle contient en outre une matière neutre, nommée phocènine , qui se transforme par la saponification en glycérine et en acide phocénique G10H7O3,HO (M. Chevreul).
CÉTINE. C64H6404.
.... Zi00,00 . . .
Cette substance fond à è9°, et donne par le refroidissement une masse transparente qui sert à fabriquer les bougies diaphanes.
La cétine présente toutes les propriétés générales des corps gras : elle peut cristalliser, soit par fusion, soit dans l’alcool ou l’éther, en belles lames brillantes, insolubles dans l’eau.
L’acide azotique attaque lentement la cétine et la convertit en un mélange d’acides œnanthylique, adipique et pimélique.
La cétine, soumise à l’influence des alcalis, se transforme en un acide gras, Y acide éthalique , et en un nouvel alcool découvert par M. Chevreul, et qu’il a nommé éthal :
C64H6404 + KO, HO = K0,G32H3103 -f C32H330,H0.
Ethalate de potasse. Ethal.
L’acide éthalique paraît identique avec l’acide que nous avons étudié précédemment sous le nom d’acide palmitique, et qui a été obtenu en saponifiant l’huile de palme (Fremy).
Pour obtenir la cétine, on traite le blanc de baleine par l’alcool froid qui enlève la partie huileuse, et on fait cristalliser le résidu dans l’alcool anhydre.
ÉTHAL, ALCOOL ÉTHALIQUE. C32H330,H0.
HO
L’éthal est solide : il entre en fusion à /i0° et se volatilise à l’abri de l’air sans éprouver aucune altération. Chauffé avec de l’acide phosphorique anhydre, il donne naissance à un carbure d’hydrogène, le cétene , qui bout à 275° et dont la formule C32H32 représente l\ volumes de vapeur.
Lorsqu’on traite l’éthal par l’acide sulfurique, on le transforme en un acide nommé acide sulfocé tique, qui a pour formule C32H330,(S03)2,H0 (MM. Dumas et Péligot).
L’éthal, distillé avec le perchlorure de phosphore, donne naissance à un liquide C32H33C1, qui a reçu le nom de chlorure de cétyle ou de chlorhydrate de cétene (MM. Dumas et Péligot).
Lorsqu’on chauffe l’éthal avec un mélange de chaux et de potasse, on détermine son oxydation , et on le transforme en éthalate de potasse K0,C32H3103. On voit que dans ce cas l’éthal perd 2 équivalents d’hydrogène et gagne 2 équivalents d’oxygène.
Si l’on fait réagir à 100° le sodium sur l’éthal, il se produit un composé nouveau qui a pour formule Na0,C32H330 [éthal sodé , cétylate de soude). Ce corps, traité par l’iodure de cétyle ( éther iodhydrique de l'alcool éthalique ), donne Y oxyde de cétyle C32H330 qui correspond à l’éther ordinaire C4H50.
Le potassium attaque aussi l’éthal et forme un composé analogue à l’éthal sodé. (M. Fridau.)
L’éthal se prépare en saponifiant la cétine par la chaux. On traite la masse par l’alcool, qui ne dissout que l’éthal et laisse Léthalate de chaux. L’éthal doit être purifié par plusieurs cristallisations dans l’éther.
OXYDE DE CÉTYLE. C32H330.
L’oxyde de cétyle est solide, cristallisable, insoluble dans l’eau, soluble
IODURE DE CÉTYLE. 461
dans l’alcool et l’éther. 11 fond à 55° et distille vers 300° sans s’altérer sensiblement. Pour l’obtenir, on traite à la température de 110° l’iodure de cétyle par l’éthal sodé : il se forme de l’oxyde de cétyle et de iodure de sodium, qu’on enlève par des lavages à l’eau bouillante. On fait ensuite cristalliser l’oxyde de cétyle dans l’alcool ou l’éther.
(M. Fridau.)
CHLORURE DE CÉTYLE. C32H33C1.
Ce corps est oléagineux et moins dense que l’eau. Pour l’obtenir, il faut distiller un mélange formé de volumes égaux d’éthal et de perchlorure de phosphore en fragments, et recueillir seulement les derniers produits qui passent à la distillation.
Le chlorure de cétyle, ainsi préparé, est purifié par une rectification sur du perchlorure de phosphore, lavé à l’eau froide et desséché dans le vide à la température de 120°. (MM. Dumas et Péligot.)
BROMURE DE CÉTYLE. C32H33Bl*.
Br .... ,
Le bromure de cétyle est solide, incolore, soluble dans l’alcool et l’éther. 11 fond à 15° et se décompose par la distillation. On le produit en faisant agir simultanément le brome et le phosphore sur l’éthal fondu.
(M. Fridau.)
IODURE DE CÉTYLE. C32H33I.
L’iodure de cétyle est solide, cristallisable, soluble dans l’alcool, dans l’éther, et insoluble dans l’eau. Il fond à 22°, et s’altère par la distillation.
CORPS GRAS
Quand on traite à 110° l’iodure de cétyle par l’éthal sodé, il se forme de l’iodure de sodium et de l’oxyde de cétyle :
C32H33I + Na0,C32E330 = Nal + 2C32H330.
Iodure de cétyle. Étlial sodé. Oxyde de cétyle.
Sous l’influence du gaz ammoniac sec, l’iodure de cétyle se convertit en tricétyliaque C96H"Àz.
L’aniline attaque l’iodure de cétyle à une douce chaleur, et donne naissance à deux bases organiques particulières, la cétylphényliaque C44H39Az et la dicétylphényliaque C76H71Àz.
L’iodure de cétyle se prépare de la manière suivante. On introduit du phosphore dans de l’éthal chauffé à 120° au bain d’huile ; puis, en agitant continuellement la masse , on y projette peu à peu un excès d’iode. Il se produit de l’acide iodhydrique, de l’acide phosphoreux, de l’iodure de phosphore qui cristallise, et de l’iodure de cétyle qui, à cette température, reste à l’état liquide. Lorsque la réaction parait terminée, on décante l’iodure de cétyle, et après l’avoir lavé à l’eau froide, au contact de laquelle il se solidifie, on le fait cristalliser dans l’alcool.
(M. Fridau.)
SULFURE DE CÉTYLE. C32B33S.
Le sulfure de cétyle présente l’aspect de paillettes brillantes, qui fondent à 57°, 5, se dissolvent facilement dans l’éther, dans l’alcool bouillant, et sont fort peu solubles dans l’alcool froid.
La dissolution alcoolique du sulfure de cétyle précipite en blanc l’acétate de plomb dissous dans l’alcool.
On prépare le sulfure de cétyle en faisant réagir à l’ébullition une dissolution alcoolique de monosulfure de potassium sur le chlorure de cétyle. Il se produit du chlorure de potassium qui se précipite, et du sulfure de cétyle qui se rend, sous forme huileuse, à la surface de la dissolution alcoolique où il se solidifie par le refroidissement.
Le sulfure de cétyle ainsi obtenu doit être lavé avec de l’eau froide, fondu dans de l’eau bouillante et soumis à des cristallisations répétées dans un mélange d’alcool et d’éther jusqu’à ce que son point de fusion se fixe à 57°, 5. (M. Fridau.)
MERCAPTAN CÉTYLIQUE.
MERCAPTAN CÉTYLIQUE. C32H33S,HS.
Le mercaptan cétvlique est solide, cristallisable, fusible à 50°, soluble dans l’éther et l’alcool. 11 précipite en blanc les sels d’argent, le bichlorure de mercure, et ne produit aucun trouble dans les sels de plomb, d’or et de platine.
L’oxyde de mercure n’exerce aucune action sur le mercaptan cétylique.
On prépare le mercaptan cétylique en traitant le sulfhydrate de sulfure de potassium, dissous dans l’alcool, par une dissolution alcoolique de chlorure de cétyle. Il se forme du chlorure de potassium, du mercaptan cétylique et du sulfure de cétyle. On ajoute de l’acétate de plomb, puis de l’eau dans la liqueur : il se produit un précipité blanc, qu’on épuise par l'éther après l’avoir lavé à l’eau froide. L’extrait éthéré dépose le mercaptan cétylique par l’évaporation. (M. Fridau.)
On peut voir parce qui précède qu’il existe une analogie complète entre la composition des dérivés de l’éthal et celle des dérivés de l’alcool.
Pour faire ressortir encore mieux ce rapprochement remarquable, nous avons placé ici, en regard de la série des dérivés de l’éthal, les dérivés de l’alcool qui leur correspondent :
, alcool éthalique. . C32H330,H0 ou C32H3402. e de cétyle, éther éthalique. . C3-H330
! Éther \ chlorhydrique I
de > C32H33C1
l’alcool 1
éthalique. ]
( Éther A l bromhydrique j
lure de cétyle. j de l C32H33Br ....
I l’alcool 1 \ éthalique. J
/ Éther \ l iodhydrique I
’e de cétyle. . < de > C32I133I
f l’alcool i
V éthalique. J
ityliaque C9GlI"Az
Iphényliaque C4lTI39Az
tylphényliaque C76H71Az
aptan cétylique C32H33S,HS . . . .
e sulfocétique C32II330(S03)2,II0.
Alcool C4H602.
Éther C4Hs0.
Éther chlorhydrique C4H8C1.
Éther bromhydrique C4H:,Br.
Éther iodhydrique C4H3I.
Triéthyliaque C12HlsAz„
Éthylphényliaque , ou éthylaniline . . C16H11Az.
Diéthylphényliaque , ou di éthylaniline. C20H15Az.
Mercaptan C4H«S,HS.
Acide sulfovimque C4H30(S03)2,H0.
CORPS GRAS
ÉTHALOXANTHATE DE POTASSE.
Ce sel a été découvert par MM. La Provostaye et Desains. Il a pour formule K0,C32H330,(CS2)2, et correspond au xanthate de potasse KO, C4H50,(CS2)2.
L’éthaloxanthate de potasse est blanc, inodore, insipide, très hygrométrique et facilement altérable.
Pour le préparer, on dissout l’éthal dans le sulfure de carbone jusqu’à saturation, et l’on ajoute à la liqueur de l’hydrate de potasse et de l’alcool.
Le mélange, après avoir été chauffé à une température un peu inférieure au point d’ébullition de l’alcool, est abandonné à lui-même et décanté. La liqueur claire laisse déposer en se refroidissant des paillettes légères qu’on lave avec une petite quantité d’alcool froid, et qu’on redissout en dernier lieu dans l’alcool absolu.
ACIDE SALMONIQUE.
La matière colorante des muscles de saumon est un acide faible que l’on a nommé acide salmonique.
L’acide salmonique est visqueux, rouge, et présente tous les caractères d’un acide gras.
Pour isoler l’acide salmonique, on soumet les musles de saumon à l’action de la presse. Il en sort une huile rouge que l’on agite avec de l’alcool froid et rendu légèrement ammoniacal ; l’huile se décolore alors complètement et abandonne à l’alcool sa matière colorante, qu’on extrait en décomposant par un acide le sel ammoniacal.
L’acide salmonique, mélangé avec l’acide oléophosphorique, existe en quantité considérable dans les œufs de saumon, ce qui explique jusqu’à un certain point la décoloration et la perte de saveur qu’éprouve la chair du saumon au moment de la ponte.
On trouve également l’acide salmonique dans les muscles de la truite saumonée (Valenciennes et Fremy).