BEURRE DE BOG. — ACIDE BOGIQUE
M. Lück a trouvé dans les tourbières d’Irlande une matière blanche, très légère, d’une odeur particulière, très soluble dans l’alcool bouillant, fusible à 51°. C’est un acide gras natif qui a reçu le nom d 'acide bogique et qui a pour formule C33H3304=C33H3203,H0.
SAVONS
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Les savons sont de véritables sels formés par la combinaison des acides gras avec les oxydes métalliques ; ceux dont on fait le plus fréquent usage dans le commerce ont pour bases la soude ou la potasse, et pour acides les acides margarique, oléique, stéarique et palmitique. La grande ressemblance que présentent entre eux les divers acides gras se poursuit dans leurs combinaisons avec les bases, c’est-à-dire dans les divers savons. La consistance des savons est d’autant plus grande que le point de fusion de la matière grasse avec laquelle ils ont été préparés est plus élevé. La soude forme des savons beaucoup plus durs, toutes choses égales d’ailleurs, que la potasse. Cette différence est même tellement tranchée, qu’elle peut servir à caractériser ces deux alcalis.
Les savons à base de potasse, de soude et d’ammoniaque sont seuls solubles dans l’eau ; tous les autres sont insolubles dans ce liquide et peuvent être obtenus par double échange, comme les autres sels que l’eau ne dissout pas. C’est ainsi que si l’on verse de l’oléo-margarate de potasse ou de soude dans l’azotate de chaux ou de cuivre, on obtient un précipité qui consiste en oléo-margarate de chaux ou de cuivre.
Les savons à base alcaline sont solubles dans l’alcool et l’éther ; les savons métalliques proprement dits, à l’exception des savons de cuivre, de protoxyde de fer et de manganèse, sont insolubles dans ces liquides. Les huiles grasses et l’essence de térébenthine peuvent aussi dissoudre ces derniers savons.
Les acides décomposent les savons en s’unissant à leurs bases et en éliminant les acides gras qui viennent nager à la surface des dissolutions aqueuses dans lesquelles ils sont insolubles.
Les savons solubles se préparent soit en unissant directement les acides gras à la potasse et à la soude, soit en traitant les huiles, les graisses et les suifs par des dissolutions alcalines bouillantes. Cette opération, qui constitue la saponification , exige beaucoup de temps et de patience pour être amenée à son terme. Dans les laboratoires, on prépare le savon de soucie ou de potasse en faisant bouillir dans une capsule de porcelaine un mélange de 100 parties de corps gras neutre (huile d’olive, suif, axongc, etc.) avec 20 à 25 parties de potasse ou de soude caustique et 200 à 250 parties d’eau. Le mélange doit être sans cesse agité avec une baguette de verre : l’eau, à mesure qu’elle s’évapore, est remplacée par de l’eau distillée bouillante. On reconnaît que la saponification est terminée quand une petite quantité de matière, essayée avec de l’eau pure, s’y dissout entièrement et sans laisser apparaître aucune trace de matière grasse. On juge encore que le savon est bien préparé quand les
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acides chlorhydrique ou sulfurique en séparent un acide gras entièrement soluble dans l’alcool.
Nous avons dit que les savons insolubles peuvent être obtenus par double décomposition ; mais ceux à base de protoxyde de plomb, de chaux, de baryte et de strontiane, peuvent aussi être préparés de la même manière que les savons alcalins, c’est-à-dire en faisant bouillir directement ces oxydes avec de l’eau et les corps gras neutres. 11 se forme ainsi des savons insolubles et l’eau retient la glycérine.
L’emplâtre simple de plomb se prépare toujours dans les pharmacies en soumettant à l’ébullition un mélange d’huile, de litharge et d’eau.
Lorsqu'après avoir introduit dans une marmite de Papin un savon calcaire neutre avec son poids d’eau et âO pour 100 d’huile d’olive, on chauffe ce vase, entre 155° et 165°, pendant trois heures, l’huile d’olive se dédouble en glycérine qui se dissout, et en acide gras qui s’unit au savon neutre en formant un savon calcaire acide.
La même expérience, répétée avec le savon ordinaire , donne un résultat semblable. On peut donc dire que les savons sont aptes, comme les alcalis, à saponifier les corps gras neutres, c’est-à-dire à déterminer leur dédoublement en glycérine et en acide gras.
Cette saponification par la chaux peut être obtenue à l’aide d’une quantité de base égale à la vingt-quatrième partie de la matière grasse à saponifier.
Les observations de M. Chevreul, relativement à l’action de l’eau sur les corps gras, permettent d’interpréter simplement ce phénomène. On comprend en effet que l’eau, à une température de 150° à 160°, puisse décomposer un savon neutre en un savon acide et en un savon très basique, et que celui-ci agisse à son tour sur une nouvelle quantité de matière grasse, comme le ferait un alcali à l’état de liberté.
La décomposition si facile des corps gras neutres sous l'influence de l’eau fait pressentir de nouveaux dédoublements de cette classe de substances si nombreuses et si importantes ; on doit s’attendre à voir la science et l’industrie multiplier et varier les phénomènes de la saponification. (M. Pelouze.)
On distingue, dans le commerce, les savons en savons mous et en savons durs ; les savons mous sont toujours à base de potasse, et se font avec des huiles de cliènevis, de lin, de colza, etc.
Les savons durs sont à base de soude; on les fabrique avec de l’huile d’olive, du suif, des graisses, etc., c’est-à-dire avec des corps gras qui contiennent une grande quantité de matière solide.
Les savons peuvent être coagulés par un grand nombre de sels alcalins ; nous citerons principalement les carbonates de potasse et de soude, le chlorure de sodium, le sulfate de soude, le chlorhydrate d’ammoniaque, etc.
Cette propriété est mise à profit dans la fabrication des savons. Lorsqu’on
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juge à certains caractères physiques que la matière grasse est complètement saponifiée, pour la débarrasser de l’excès d’alcali avec lequel elle est toujours empâtée, on jette dans la cuve du sel marin <^ui détermine la séparation du savon et de l’eau alcaline.
On interpose souvent dans le savon, au moment où il va se solidifier, un savon d’alumine ferrugineux, coloré en vert, qui forme ce qu’on appelle la madrure ou la marbrure de savon.
La présence d’une marbrure dans un savon a l’avantage d’indiquer à peu près à coup sûr la proportion d’eau qu’il retient, car cette opération n’est praticable que lorsque le savon ne contient pas plus de 30 pour 100 d’eau.
Dans la préparation des savons noirs et de quelques savons de toilette, on fait réagir l’alcali sur le corps gras ; mais on n’enlève pas, comme dans le cas précédent, l’excès d’alcali en ajoutant du sel marin ; aussi les savons ainsi fabriqués contiennent-ils toujours un grand excès d’alcali. La proportion de l’eau y est aussi très variable.
Les savons mous ont une réaction beaucoup plus alcaline que les savons durs; ils se dissolvent dans l’eau avec plus de rapidité, ce qui est un avantage dans quelques cas ; ils contiennent, indépendamment de l’oléate et du margarate de potasse, un excès d’alcali, des chlorures, des sulfates et la glycérine mise en liberté pendant la saponification. On les emploie surtout dans le nord de la France, en Belgique et en Hollande ; ils servent non-seulement au savonnage, mais encore au foulage et au dégraissage des étoffes de laine, et communiquent, en général, au linge une odeur désagréable. Lorsqu’un savon mou a été préparé avec de l’huile de chènevis, il a naturellement une couleur verdâtre ; le plus souvent le savon est jaune, et pour lui communiquer une couleur verte, qui est demandée dans le commerce, on ajoute à la masse une très petite quantité d’indigo.
Les savons de toilette doivent leur odeur à des huiles essentielles dont on met une petite quantité dans la pâte au moment de la coulée. Quelquefois l’odeur de ces savons provient directement de l’arome contenu naturellement dans les huiles employées à la confection de ces savons. Tels sont surtout les savons faits avec les huiles de palme et d’olive. Le suif, le beurre et l’huile de poisson communiquent, au contraire, une odeur désagréable et caractéristique aux savons faits avec ces corps gras, et cette propriété s’explique par la présence de l’hircine, de la butyrine et de la phocénine dans ces matières grasses.
On trouve dans le commerce du savon transparent , incolore ou de diverses couleurs. Pour le préparer, on dissout ordinairement dans l’alcool le savon de suif bien desséché. La masse chaude et limpide est coulée dans des moules ; elle ne devient bien transparente qu’après la dessiccation.
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Le savon de toilette mou s’obtient en portant graduellement à l’ébullition un mélange formé de 15 kilogrammes d’axonge, et de 22k,500 d’une dissolution de petasse caustique marquant 17ü au pèse-sel.
Le savon nacré ou crème d'amande s’obtient en laissant refroidir lentement un savon à base de potasse, et en le pilant fortement dans un mortier lorsqu’il est refroidi.
Certaines résines, et particulièrement la colophane, forment, avec les bases alcalines , des sels qui ont quelque analogie avec les savons ; aussi introduit-on quelquefois , surtout en Angleterre, une assez grande quantité de résine dans la composition des savons de qualité commune.
De tous les savons, le plus estimé et le plus employé dans le commerce, est le savon de Marseille. Il se distingue particulièrement par sa marbrure des autres savons durs. Sa fabrication, que nous allons indiquer, diffère peu de celle des autres savons à base de soude.
Les éléments qui entrent dans la fabrication du savon de Marseille sont l’huile d’olive et la soude caustique.
L’huile la plus estimée est celle de Provence ; les huiles d’Aix fournissent, sous le même poids, moins de savon, et celui-ci a une couleur légèrement citrine. Les huiles de Calabre, moins riches que les précédentes en margarine, donnent un savon plus mou. En général, on préfère les huiles fraîches aux huiles vieilles.
La soude factice employée à Marseille est de deux sortes ; la soude douce ou sans mélange, et la soude salée , qui contient une forte proportion de sel marin .
La soude douce, réduite en gros grains, est mélangée avec 12 pour lüü de chaux éteinte, et chargée dans des bassins de maçonnerie de 2 mètres cubes, appelés barquieux; elle est soumise à plusieurs lavages, et donne la lessive ou lessif, qu’on nomme barille.
Ce lessif, à 12°, sert au premier empâtage des corps gras ; il est suivi d’un second et d’un troisième service à 15° ou 20°, qui ont pour but de serrer l’empâtage. Cette opération dureordinairement vingt-quatre heures; elle a pour but de déterminer une émulsion du corps gras et un commencement de combinaison avec l’alcali. L’empâtage se fait ordinairement à chaud, dans de grandes chaudières à parois inclinées, de briques et à fond de cuivre, pouvant contenir 12,000 à 13,000 kilogrammes de savon fabriqué. Pendant toute la durée de l’opération, on ne cesse d’agiter avec un râble le mélange d’huile et de lessive, dont la température est maintenue à l’ébullition. L’empâtage est d’autant plus prompt que la soude contient moins de sel marin; aussi doit-il être fait, comme nous l’avons déjà dit, avec de la soude douce.
Après l’empâtage, on procède à l’opération du relargage. Elle a pour but principal la séparation de la grande quantité d’eau qui a dû être employée pour déterminer plus facilement l’empâtage. Cette séparation
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est effectuée au moyen de la soude salée, c’est-à-dire d’un alcali chargé de chlorure de sodium.
On fait avec cette sorte de soude une lessive marquant 20° à 25°, qu’un ouvrier projette peu à peu à la surface de la chaudière , et qu’un autre répand avec un râble dans toute la masse. L’addition du sel marin a pour effet immédiat de transformer la pâte qui était homogène et visqueuse, en une pâte granulée qui se sépare de l’excès d’eau : après deux ou trois heures de repos, on opère le soutirage de toute la partie liquide. Ce soutirage ou épincige se pratique au moyen d’une ouverture placée au fond de la chaudière, et qui est ordinairement fermée par un tampon de bois.
La plupart des fabricants perdent cette lessive; d’autres la conservent pour le lessivage des matières : elle contient une assez grande quantité de sel qu’on peut utiliser, mais on n’y retrouve que fort peu d’alcali. Elle marque ordinairement 7° à 8°.
Après l’épinage, on fait encore deux services de lessive salée, et deux fois aussi on a le soin d’épiner le recuit , c’est-à-dire la lessive qui a donné au corps gras une partie de son alcali : cette lessive n’est pas perdue ; on la fait repasser, après son refroidissement, sur les matières des barquieux, afin d’utiliser la soude et le sel marin qu’elle contient.
La levée de la cuite a lieu le troisième jour. Lorsque le battage de la pâte a été reconnu nécessaire, au moyen d’une pelle de bois appelée rediable , on ramène la pâte de bas en haut, pendant une, deux ou trois heures. Cette opération a pour effet de lier la pâte qu’on mouille souvent avec de petites quantités de lessive très faible ne marquant que 8° à 10°, et quelquefois même avec de l’eau pure.
Un ouvrier habile juge, à l’aspect de la pâte, s’il doit la mouiller avec de l’eau pure ou avec de l’eau alcaline, et c’est là un point très important de la fabrication du savon. En effet, si l’on ouvrait trop la pâte, c’est-à-dire si l’on y ajoutait trop d’eau , le savon n’aurait pas de marbrure ; si, au contraire, on ne l’abreuvait pas assez et si on ne le battait pas suffisamment , le savon n’aurait pas assez de liant ; il serait friable , il se briserait sous l’action du couteau et ne donnerait pas au fabricant le poids sur lequel il a dû calculer le bénéfice de son opération.
La marbrure du savon de Marseille est due à un savon à base de fer interposé dans la pâte, et quelquefois à du sulfure de fer provenant de l’action des sulfures alcalins contenus dans la soude sur du fer qui existe toujours dans les substances employées à la fabrication du savon, ou qu’on y ajoute quelquefois sous la forme de sulfate de protoxyde.
Dans les meilleures conditions, c’est-à-dire en employant les meilleures huiles d’olive qui composent les premières qualités de savon, on obtient 175 parties de savon marbré pour 100 de corps gras.
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Dans les compositions mélangées d’huile de graine, on produit 170 parties de savon.
Ces rendements ne s’obtiennent néanmoins qu’avec des huiles fraîches; car ils pourraient s’abaisser encore de 5 à 6 pour 100, si l’on employait des huiles provenant de graines échauffées par la fermentation, des huiles décolorées par des acides, ou des huiles qui auraient séjourné pendant longtemps en piles.
La consommation de soude factice est de 72 parties de soude pour 100 de corps gras.
Les frais d’exploitation et de fabrication sont calculés, à Marseille, à raison de 17 fr. 25 c. pour 100 kilogrammes de corps gras employés.