ANALYSE DES SAVONS
On doit se proposer, dans ces analyses, de déterminer les proportions d’eau, d’alcali et d’acides gras que contiennent les savons.
La détermination de l’eau se fait toujours en desséchant le savon à une température de 100°, jusqu’à ce qu’il ne perde plus de son poids; on trouve que le savon marbré contient environ 30 pour 100 d’eau, et le savon blanc à 5 pour 100 ; les savons mous en renferment jusqu’à 52 pour 100.
Lorsqu’on veut rechercher la proportion d’alcali contenue dans un savon, on brûle la matière grasse qu’d contient dans une cuiller de fer ou dans une capsule de platine. On transforme ainsi en carbonate de potasse ou de soude toute la potasse ou la soude, et l’on détermine la quantité réelle d’alcali par un essai alcalimétrique.
Pour reconnaître la quantité d’acide gras d’un savon, on le décompose par un acide soluble ; les acides gras viennent nager à la surface du liquide ; il est facile alors de les recueillir et de déterminer leur poids. Lorsqu’ils ne se rassemblent pas facilement, on les mélange avec un poids connu de cire qui détermine la solidification des acides gras ; on obtient une sorte de gâteau qui se solidifie à la surface de la dissolution, et qu’il est facile de peser après l’avoir desséché avec du papier buvard.
Un bon savon de Marseille contient ordinairement 6 pour 100 de soude, 60 pour 100 d’huile, 3à pour 100 d’eau. Un savon vert ou mou de bonne qualité est formé de 10 pour 100 de potasse, de kk pour 100 d’huile et de à6 pour 100 d’eau.
Les savons sont souvent fraudés avec des substances étrangères, telles
que les résines, l’argile, dont on détermine les propriétés par les procédés
d’analvse ordinaire.
BOUGIES STEARIQUES.
FABK.ICATÏOM BES BOUGIES STÉARIQUES.
La fabrication des bougies stéariques a été la conséquence des beaux travaux de M. Clievreul sur les corps gras, et particulièrement sur les acides stéarique et margarique. Cette industrie, devenue si importante, a pris naissance à Paris, d’où elle s’est peu à peu propagée dans les principales villes de France et de l’étranger. La bougie stéarique remplace aujourd’hui d’une manière à peu près absolue les bougies de cire et de blanc de baleine dont le prix est beaucoup plus élevé ; on doit regarder cette nouvelle application de la chimie à l’industrie et à l’économie domestique comme une des plus utiles qui aient été faites depuis le commencement de ce siècle.
Jusqu’à présent, il a été impossible de retirer industriellement la stéarine du suif et des autres matières grasses neutres, soit par la pression, soit à l’aide des dissolvants ; mais lorsqu’on saponifie ces matières et qu’on décompose, par un acide, le savon ainsi produit, les acides margarique, stéarique et oléique qui résultent de cette décomposition, soumis à l’action de la presse, se séparent en deux parties dont l’une est liquide, tandis que l’autre, formée d’acide stéarique et margarique, constitue une masse solide et blanche.
M. Chevreul avait constaté que les oxydes alcalins et alcali no-terreux déterminent la saponification des matières grasses ; deux habiles fabricants, MM. de Mil ly et Motard, eurent les premiers l’idée d’appliquer la chaux à l’extraction industrielle des acides gras du suif. Ils constatèrent que cet oxyde, dont la valeur est d’ailleurs si minime, saponifiait plus promptement les corps gras que la potasse et la soude, parce que la chaux se mêle intimement avec les matières grasses.
Nous allons décrire successivement les différentes opérations qui se pratiquent dans cette fabrication. La première consiste à traiter le suif par la chaux. Elle doit être exécutée avec le plus grand soin. Si elle est faite avec négligence, les produits sont mélangés de corps gras non attaqués ; ils brûlent mal et ne présentent pas la sécheresse et la demi-transparence de la belle bougie stéarique.
Pour procéder à la saponification de la matière grasse par la chaux, on verse dans une cuve de sapin du suif semblable à celui qu’on emploie pour la fabrication de la chandelle. A la partie inférieure de la cuve se trouve un serpentin de fer, de cuivre ou de plomb, percé de trous et destiné à amener dans la cuve de la vapeur d’eau qui provient d’un générateur avec lequel le serpentin est en communication.
Le suif étant déposé dans la cuve, on le fait fondre en faisant circuler dans le serpentin de la vapeur qui s’en échappe par les trous.
CORPS GRAS
On prépare ensuite un lait de chaux en arrosant avec de petites quantités d’eau bouillante des fragments de chaux vive dont le poids varie de 10 à \U kilogrammes par quintal métrique de suif à saponifier : on délaie ensuite la chaux délitée dans une nouvelle quantité d’eau égale à celle de la matière grasse. On verse ce lait de chaux, par petites portions, dans la cuve à saponifier, en ayant soin que l’ébullition soit constamment maintenue et la masse continuellement brassée.
Le mélange peut être fait avec un rabot de bois ; mais dans quelques fabriques montées en grand on se sert de l’appareil suivant :
On place au milieu de la cuve un arbre vertical de fer reposant à sa partie inférieure sur un dé également de fer. Cet arbre est armé à droite et à gauche de bras horizontaux qui sont eux-mêmes munis d’aubes ou palettes de tôle, touchant presque le fond de la cuve. On met cet appareil en mouvement, au moyen d’une machine à vapeur. Il arrive un moment où le brassage s’arrête de lui-même par la solidification du savon calcaire.
La saponification dure ordinairement une journée; mais il est utile de ne retirer que le lendemain matin l’eau qui est dans la cuve et qui contient la glycérine.
Dès que la masse est suffisamment refroidie, on la retire de la cuve et on la brise en morceaux, dont les plus volumineux ne doivent pas excéder la grosseur d’une noix.
On peut, pour cette opération, employer la batte qui sert aux maçons pour battre (briser) le plâtre ; on peut aussi employer le rouleau des jardiniers ou divers autres appareils mis en mouvement par une machine à vapeur.
Pour décomposer le sel calcaire, on se sert d’une cuve de bois contenant à sa partie inférieure un serpentin de plomb ou de cuivre, comme nous l’avons dit pour la cuve à saponifier. On jette dans cette cuve le savon qu’on veut décomposer, et l’on verse sur ce savon de l’acide sulfurique étendu d’eau et marquant 20° à l’aréomètre de Baumé. Cet acide est ajouté par petites portions jusqu’à parfaite décomposition du savon calcaire ; ce que l’on reconnaît facilement en examinant au fond de la cuve le sulfate de chaux qui s’y dépose. La décomposition est complète lorsque le dépôt présente l’aspect d’une pâte homogène ne renferman plus de morceaux de savon non décomposé.
Toute la matière grasse étant venue à la surface de l’eau acide, on la décante dans une autre cuve toujours munie d’un serpentin de plomb ou de cuivre. On lui fait subir alors un nouveau lavage avec l’acide sulfurique étendu d’eau et marquant 20° à l’aréomètre de Baumé. On complète ainsi la décomposition de la partie du savon calcaire qui aurait pu échapper à l’action de l’acide sulfurique contenu dans la première cuve. On laisse alors reposer la matière grasse pendant quatre heures;