DU SAVON FAIT AVEC L’ACIDE OLÉIQUE
Le complément très utile d’une fabrique de bougie stéarique est une fabrique de savon. Nous donnerons ici le procédé qu’on suit pour opérer la conversion de l’acide oléique en savon dur. On verse dans une chaudière de fer 1000 kilogrammes d’acide oléique; cette chaudière est chauffée, soit à feu nu, soit avec un serpentin de fer partant d’un générateur, et y revenant ensuite après s’étre enroulé plusieurs fois sur lui-même au fond de la chaudière. La vapeur, enfermée dans un circuit continu, communique une partie de sa chaleur aux matières que renferme la chaudière, et les met en rapport de température avec le générateur.
L’acide oléique ayant été introduit dans la chaudière, on commence à chauffer, et, à partir de ce moment, on verse de la lessive de soude ; la combinaison s’opère immédiatement. On ajoute de la lessive jusqu’à ce que l’acide gras se dissolve complètement.
Lorsque la masse est homogène, et que le savon a acquis le degré de causticité nécessaire pour les usages auxquels il est destiné, l’opération est terminée. On laisse alors reposer le savon pendant vingt-quatre heures en contact avec sa lessive.
Les lessives qui ont servi à une première opération sont employées pour dissoudre de nouveau de la soude et servent aux opérations suivantes : mais il arrive un moment où elles se trouvent chargées d’un excès d’impuretés de toute nature, il convient alors de les rejeter de la fabrication ; mais on ne doit le faire qu’après s’être assuré qu’elles ont perdu, pendant leurs passages successifs dans la chaudière, tout l’alcali qu’elles contenaient.
Quand on retire le savon de la chaudière, on le verse dans de grands vases de bois appelés mises, ayant la forme de carrés allongés.
Le savon étant froid, on démonte les mises, on enlève les parois latérales : le savon est mis à nu ; on le débite en grands morceaux en le coupant avec un fil de fer enroulé à ses deux extrémités sur deux poignées ; on le subdivise en morceaux, suivant les besoins du commerce. 100 kilogrammes d’acide oléique donnent 145 à 150 kilogrammes de savon de soude sortant des mises.
BOUGIES STÉARIQUES OBTENUES PAR L’ACIDIFICATION. à 7 7
FABRICATION DES BOUGIES FAR ^'ACIDIFICATION ET LA DISTILLATION BES CORPS GRAS NEUTRES.
La saponification des corps gras neutres (huiles fixes, graisses, suifs, etc.) peut être réalisée de trois manières principales :
1° Par les alcalis ;
2° Par les acides énergiques ;
3° Par l’action de la chaleur.
Pendant longtemps la fabrication des bougies a eu pour base exclusive le premier de ces procédés, c’est-à-dire l’emploi des alcalis et particulièrement de la chaux, et la décomposition du savon calcaire par un acide faible. Aujourd’hui l’acidification des corps gras s’opère soit au moyen de l’acide sulfurique, soit par l’action de la chaleur et de la vapeur d’eau.
En 18àl et 18à2, M. Dubrunfaut eut l’idée de distiller les corps gras neutres, sous l’influence d’un courant de vapeur d’eau libre, injectée directement au fond d’un appareil contenant des matières grasses, préalablement portées à une température élevée. M. Dubrunfaut reconnut qu’en élevant les corps gras neutres à la température de 325° à 330°, il s’opère dans leur constitution une modification qui permet ensuite à ces corps gras d’être distillés avec la même facilité que s’ils avaient été préalablement saponifiés.
Cette observation s’accorde parfaitement d’ailleurs avec les expériences faites à une époque déjà éloignée par divers chimistes, et particulièrement par MM. Dupuy, Bussy et Lecanu, qui avaient examiné les acides gras produits par l’action de la chaleur sur les corps neutres.
MM. Tribouillet et Masse ont mis en pratique le brevet de M. Dubrunfaut, dans une usine établie à Neuilly et dans laquelle ils distillent environ 6000 kilogrammes de graisse par jour.
Les matières employées sont les graisses les plus communes, et particulièrement celles des abattoirs, des intestins d’animaux, des épluchures de suif, des eaux de lavage des vaisselles, les graisses d’eau, celles extraites des eaux provenant du lavage des laines. Le point de fusion de ces graisses varie entre 21° et 26°; l’huile de palme, qui est également employée en très grande quantité dans cette fabrication, fond entre 30° et 31°.
Dans de grandes chaudières ou bassins chauffés à la vapeur, on fait réagir sur les corps gras une quantité d’acide sulfurique concentré qui varie de 6 à 15 pour 100, suivant la nature des corps gras qu’on emploie. Les huiles de palme, et surtout les graisses extraites des eaux provenant du lavage des laines , qui renferment des acides gras tout formés , exigent moins d’acide sulfurique que les autres matières grasses.
On porte la température du mélange à plus de 100°. On agite vivement et l’on prolonge l’opération pendant quinze à vingt heures. Il se dégage
CORPS GRAS
de l’acide carbonique et surtout de l’acide sulfureux ; il se produit de l’eau qui abaisse le degré de l’acide au-dessous de 50° de l’aréomètre, et il se forme au fond de l’appareil un dépôt charbonneux, ordinairement glutineux. Ce dépôt, pour les graisses d’os, est ordinairement de 8 à 9 pour 100. Pour l'huile de palme, il est moins abondant. Ce résidu contient encore des acides gras qu’on peut en extraire.
Par le traitement à l'acide qui vient d’être indiqué, les corps gras se colorent fortement ; ils prennent une apparence cristalline et se solidifient, car le point de fusion est porté :
Pour les graisses d’os et autres graisses analogues. . . à 36°.
Pour les mêmes graisses après le lavage à Peau. . . à 38°.
Pour l’huile de palme à 38°.
Pour l’huile de palme après son lavage à l’eau. ... à hU°.
Dans la solidification des corps gras neutres, l’acide sulfurique ne sépare pas à l’état d’acide sulfoglycérique toute la glycérine contenue dans les graisses; car celles-ci, après faction de l’acide sulfurique, fournissent encore une petite quantité de glycérine lorsqu’on les saponifie avec les alcalis.
La solidification, c'est-à-dire l’élévation qu’on observe dans le point de fusion des matières grasses, après leur acidification, n’est pas due uniquement à leur transformation en acide gras , par suite de la destruction ou de l’élimination de la totalité ou de la plus grande partie de la glycérine ; mais il faut l’attribuer principalement à l’action de l’acide sulfurique sur l’acide oléique ou sur la partie liquide des corps gras (M. Tribouillet).
Un fait important semble venir à l'appui de cette assertion : quand on traite par l’acide sulfurique concentré l’acide oléique obtenu par la saponification du suif, au moyen de la chaux, on observe un dépôt charbonneux comme dans l’expérience indiquée précédemment ; l’acide gras se solidifie, et son point de fusion est d’autant plus élevé que la température du mélange a été plus haute et la proportion d’acide sulfurique plus considérable.
Après le traitement par l’acide sulfurique, l’huile de palme (fusible à 30° 1/2) n’a gagné que 5° 1/2 en solidité ; mais après son lavage à l’eau, elle gagne en plus 6° 1/2 en solidité, elle est fusible à l\h° 1/2 et présente une cristallisation plus prononcée. Après la distillation, le point de fusion de la masse est environ à6°.
On doit donc admettre que la haute température à laquelle s’opère la distillation peut avoir une influence sur la solidification des produits.
L’eau de lavage des corps gras traités à l’acide est colorée et acide.
La distillation des corps gras, après leur acidification par l'acide sul-
BOUGIES STÉARIQUES OBTENUES PAR L’ACIDIFICATION. à79
furique et leur lavage à l’eau, s’opère sous l’influence d’un courant de vapeur d’eau qui traverse des tubes chauffés au rouge où elle est soumise à la température de 350° à à00° : à une température moins élevée, la distillation serait trop lente. Cette vapeur surchauffée est injectée au fond de l’appareil distillatoire où elle arrive par une sorte de pomme d’arrosoir ou un serpentin percé de trous qui la divisent.
La vapeur n’agit pas seulement d’une manière mécanique pour entraîner les vapeurs très denses d’acides gras ; elle agit chimiquement en séparant la glycérine des corps gras. (M. Tribouillet.)
Quand la distillation est en activité, le rapport des acides gras et de l’eau qui passent à la distillation est à peu près comme 1 est à 2, au commencement et à la fin de l’opération, et comme 2 est à 3 au milieu.
Au commencement, cette eau contient quelquefois un peu d'hydrogène sulfuré, de l’acide sulfurique, des traces d’acides gras et de l’acroléine.
L’alambic est de forme lenticulaire.
Les produits condensés se séparent de l’eau immédiatement, mais quelquefois ils s’y émulsionnent pendant quelques instants.
La quantité de matière soumise à la distillation est de 1000 à 1100 kilogrammes. L’opération dure de treize à quatorze heures. Le résidu qui reste dans l’appareil est inodore et sans saveur. 11 a l’aspect de la poix noire.
La distillation ne commence que quand la température est à 200°. Elle s’élève, surtout à la fin de l’opération, à 260° environ.
Les premiers produits qui passent à la distillation sont colorés par une sorte de mousse ou d’écume qu’entraîne le courant de vapeur d’eau. Ceux qui viennent ensuite sont les plus beaux. En les fractionnant du commencement à la fin, leur point de fusion est :
Pour l’huile fie palme de la côte d’Afrique.
Pour la graisse d’os Jet graisses analogues.
JL « « » »
5 lx° i/2
OO
lx\ . . .
hT 1/2
lilx°
. . . àl°
ài°
Car la pression à froid, l’huile de palme ne donne que très peu d’acide gras liquide. Les produits delà fin de l’opération peuvent cependant être pressés avantageusement .
Le résidu de la distillation est pour l’huile de palme de h à 5 pour 100 ; pour les graisses d’os, il est de 6 à 7.
Le procédé proposé par M. Dubrunfaut (c’est-à-dire le chauffage des
COUPS GRAS
graisses à la température de 325° à 330°, avant leur distillation par un courant de vapeur) donne moins de résidu; car, pour l’huile de palme, le résidu n’est que de 5 à 6 pour 1 00 : mais pour toutes les diverses espèces de corps gras, la solidification est moins grande, et en cela le procédé est moins avantageux. Cependant les produits liquides obtenus sont plus propres à la fabrication des savons que ceux qui proviennent du traitement des corps gras par les acides.
Du reste, l’acidification complète des corps gras par la vapeur surchauffée, qui a été constatée d’une manière très nette par M. Wilson et appliquée en grand à l’huile de palme par cet habile industriel, doit opérer prochainement , dans la fabrication des bougies stéariques , une véritable révolution.