ROUGE D’ ANDRINOPLE
vaut M. Persoz , une certaine quantité de craie; si elle a été récoltée sur un terrain siliceux, comme celle d’Alsace , on doit en ajouter au bain, à moins que l’eau n’en contienne une certaine proportion. Cette addition doit être faite avec précaution ; un trop grand excès de craie enlèverait au bain une portion de sa matière colorante en affaiblissant son pouvoir tinctorial. On fait usage, dans beaucoup de fabriques, d’eau distillée obtenue au moyen de la condensation de la vapeur des machines.
Le garançage sur laine réclame toutes les précautions que nous venons d’indiquer pour obtenir un beau rouge franc.
On y procède au moyen de deux opérations. L’une, appelée bouillon , a pour but de mordancer l’étoffe, qu’on fait bouillir à cet effet pendant trois heures dans un bain contenant pour 100 kilogrammes de laine , 25 kilogrammes d’alun et 6 kilogrammes de tartre, et qu’on laisse séjourner pendant sept ou huit jours dans un endroit humide et fermé, après l’avoir retirée du bain.
L’autre, désignée sous le nom de rougie , s’opère en plongeant l’étoffe dans un bain contenant 50 pour 100 du poids de la laine de garance d’Avignon. Cette opération exige toute l’activité et l’attention de l’ouvrier pour présenter presque au même moment toutes les parties de l’étoffe au bain de garance et éviter les vergetures. Il faut s’arrêter au moment où le bain va entrer en ébullition pour éviter la fixation du principe jaune de la garance; on termine en lavant soigneusement l’étoffe sortant du garançage. Suivant M. Dumas, on obtient une couleur rouge plus vive et plus brillante en ajoutant au bain de garance quelques kilogrammes de composition écarlate.
Rouge d‘ Andrinople . — C’est avec la garance qu’on obtient le rouge turc ou d’ Andrinople . Les tissus sont plongés dans un bain blanc : ce bain, composé d’huile , d’eau et de carbonate de soude dans la proportion de 2 parties de ce sel pour 100 d’huile, doit laisser, sous l’influence de la chaleur, à la surface de la toile, une huile modifiée qui présente la propriété d 'attirer en teinture à la façon d’un mordant. Lorsque le tissu a été convenablement fouîardé dans le bain , on le laisse reposer pendant dix à douze heures , puis on le met sécher à une température de 60° ; on réitère cette opération deux ou trois fois , et l’on termine en dégraissant le tissu au moyen d’une dissolution de carbonate de potasse à 2°.
Le tissu doit ensuite être soumis à l’engallage ou mordançage, qu’on effectue avec une décoction de noix de galle et une dissolution d’alun portées à la température de 70°; on le plonge ensuite dans un bain de craie chauffé.
Amené à ce point, le tissu est soumis à un premier garançage, auquel on procède en le plongeant dans un bain de garance tiède où on le maintient durant trois heures ; pendant le dernier quart d’heure seule-
MATIERES COLORANTES
ment, le bain doit être bouillant. On retire l’étoffe et on la lave soigneusement.
On la soumet ensuite à un second engallage ou alunage, à l’action d’un second bain de craie et de garance, puis on procède aux avivages. Le premier est donné aux tissus au moyen d’une ébullition à vase clos, pendant huit heures, dans un bain qui tient en dissolution du savon et du carbonate de potasse en quantité égale au quart du poids du savon : dans le second et le troisième avivage, on substitue le chlorure d’étain au carbonate de potasse , et enfin on termine en passant l’étoffe au bain de son et en l’exposant à l’air.
Écarlate. — Cette couleur rouge est donnée aux tissus par la cochenille.
Avant d’exposer le procédé qu’on emploie pour teindre une étoffe en écarlate , nous donnerons le moyen dont on se sert pour préparer le mordant spécial de cette couleur. Ce mordant est un composé de chlore et d’étain combiné ou mélangé à d’autres sels dont la composition varie suivant le procédé de fabrication. On emploie les proportions suivantes :
kil. *
Acide azotique Zi,000
Chlorhydrate d’ammoniaque pulvérisé 0,500
Étain pur laminé 0,500
Eau 1,000
On verse l’acide azotique sur le chlorhydrate d’ammoniaque réduit en poudre et l’on ajoute l’étain par petites portions, pour éviter l’élévation de température de la liqueur ; puis on verse l’eau lorsque la dissolution est complète.
Le bichlorure d’étain est la base de cette préparation. Cependant on ne peut nier que les autres sels et l’excès d’acide non saturé n’agissent également sur la matière colorante de la cochenille employée pour faire l’écarlate.
Voici le procédé employé pour obtenir cette belle couleur :
Les fils de laine sont mis en macération pendant deux jours dans un lait de chaux contenant environ un quart du poids de la laine de. chaux vive et 200 litres d’eau. Ces fils sont retournés de temps en temps, puis retirés et lavés.
On procède ensuite à la première opération appelée bouillon.
Dans une chaudière d’étain de 500 litres , on met , lorsque l’eau est portée à l’ébullition, 2kil,500 de crème de tartre en poudre, puis environ 0kll,100 de cochenille. On fait bouillir quelques minutes, et l’on ajoute lkil,250 de la dissolution d’étain décrite plus haut. Enfin on y plonge 10 kilogrammes de fils de laine qui sont maintenus dans la bouse au moyen de bâtons placés dans les écheveau x et dont les deux bouts s’ap-