BLEU
Bleu d’indigo. — L’indigo est une des substances employées pour produire la couleur bleue ; d’après ce que nous avons indiqué sur la nécessité de rendre solubles les matières colorantes pour qu’elles entrent en combinaison avec les fibres textiles , on doit concevoir que l’indigo , étant tout à fait insoluble, doit subir une modification pour être employé dans la teinture. Nous avons dit que ce corps peut, en s’hydrogénant en présence des bases, passer à l’état d’indigo blanc soluble, et redevenir indigo bleu par son contact avec l’air ou avec d’autres corps tels que le chlore, qui lui enlèvent de l’hydrogène. C’est sur ce principe qu’est basé l’art de monter les cuves dans lesquelles on plonge les tissus destinés à recevoir le bleu d’indigo.
La cuve vitriolique est composée de âOOO litres d’eau, 20 kilogrammes
MATIERES COLORAMES.
d’indigo, 16 kilogrammes de protosulfate de fer et 20 kilogrammes de chaux vive. Le sel de fer, décomposé par la chaux, abandonne son oxyde, qui peut passer à l’état de peroxyde en décomposant l’eau, puis hydrogénée l’indigo ; celui-ci , arrivé à l’état d’indigo blanc, se combine avec la chaux et forme une espèce de combinaison saline soluble.
Pour procéder à cette opération , on réduit l’indigo en poudre impalpable ; on éteint soigneusement la chaux ; ces substances , ainsi que le sulfate de fer, sont projetées dans la cuve dont on élève la température au moyen d’un jet de vapeur.
Dans certaines fabriques , on brasse vivement ce bain pour faciliter l’action chimique et déterminer la précipitation du sulfate de chaux. M. Persoz pense qu’on arrive plus promptement au but par l’intervention de la chaleur, qui prévient l'introduction de l’air dans la cuve et la précipitation de l’indigo.
L'opération est terminée au bout de dix à douze heures ; vingt-quatre heures après, le sulfate de chaux et l’excès d’oxyde de fer sont précipités : la liqueur qui les surnage est claire, d’un beau jaune, et si on la laisse exposée à l’air, elle ne tarde pas à se couvrir d’une pellicule cuivreuse d’indigo oxygéné appelée fleurie. Dans cet état, la cuve est disposée pour la teinture. On doit, si l’on ne s’en sert pas tout de suite, la tenir à l’abri du contact de l’air, et, à mesure qu’on en fait usage, il faut la nourrir par l’addition de nouvelles substances destinées à remplacer celles que la teinture a absorbées et modifiées. Les matières destinées à hydrogéner et à dissoudre l’indigotine portent le nom de brevet ; il devient nécessaire de les ajouter aux cuves qui ont été aérées par le travail de la teinture, afin de désoxyder et de dissoudre de nouveau l’indigotine précipitée.
Dans un atelier de teinture, on élève plusieurs cuves à différents degrés de force, de manière à faire passer les tissus successivement dans chacune d’elles, suivant la teinte que l’on veut obtenir.
Après chaque immersion dans la cuve , on expose le tissu à l’air ou dans une eau aérée , pour que l’indigo blanc puisse absorber l’oxygène, et l’on réitère la trempe jusqu’à ce qu’on ait obtenu la teinte qu’on recherche. 11 est important de nettoyer les tissus après chaque cmvage, en les trempant dans une dissolution très légère de savon ou de carbonate de soude, et de les faire sécher à l’ombre pour préserver l’indigo de l’influence solaire.
Les étoffes de laine , avant de passer à la cuve d’indigo , doivent être dépouillées d’une certaine quantité de matière grasse qui empêcherait la fixation de l’indigotine. On les fait bouillir dans un sac de toile avec du son, dont la quantité est égale au quart du poids de la laine. Au bout d’un quart d'heure, on retire les laines qui sont lissées et on les plonge pendant une heure environ dans ce bain ; elles sont ensuite retirées , lavées et alunées. Cette opération est nommée ébrouissoge.