CUVE DE PASTEL
Pour la teinture de la laine en bleu , on procède autrement que pour le lin et le coton. L’hydrogénation de l’indigo s’opère au moyen de substances organiques végétales hydrogénées, telles que le pastel, la vouède et la garance ; de là les noms de cuves de pastel , de vou'ede , etc.
Cuve de pastel. — Pour monter une cuve de pastel, on introduit dans une cuve de la garance , du son et de la chaux ; après quelque temps d’ébullition , on ajoute le pastel , puis on pallie la cuve, en la remuant avec un râble.
Au bout de quatre heures, on pallie de nouveau, en ayant le soin dans les intervalles de maintenir, au moyen de couvertures épaisses, la cuve à l’abri du contact de l’air. Le bain pendant quelque temps ne se fait remarquer que par l’odeur que lui ont communiquée les substances dont il se compose et par sa couleur brune. On continue de pallier toutes les trois heures à peu près , et , au bout de vingt à vingt-quatre heures, une odeur ammoniacale se développe, la liqueur devient jaune et à la surface se manifestent des bulles , il se produit en même temps une couleur bleue qui annonce l’oxygénation de l’indigo du pastel. C’est dans ce moment qu’on verse l’indigo convenablement broyé dans le bain , dont les éléments entrés en fermentation peuvent fournir à l’indigo l’hydrogène qui le transforme en indigo blanc , tandis que la chaux et l’ammoniaque que le bain peut encore contenir le font entrer en dissolution. Après trois heures de séjour de l’indigo dans la cuve, on ajoute une quantité de chaux à peu près égale à la première , on pallie et on laisse la cuve en repos pendant trois heures.
On remarque alors à la surface du bain une pellicule cuivrée abondante ; la liqueur a un aspect rouge prononcé ; sa transparence accuse un vert-émeraude qui disparait pour faire place à la couleur bleue. L’odeur de la cuve est fortement ammoniacale ; dans ce cas , elle est légèrement rebutée , et c’est alors qu’on y plonge pendant une heure les étoffes disposées pour recevoir la teinture ; on les retire ensuite pour les exposer à l’air ( éventer ). On reproduit, suivant le besoin, cette immersion qui donne à chaque fois une teinte plus foncée , dont on peut atteindre les limites appelées bleu d'enfer.
On suit pour la cuve de vouède les mêmes procédés que pour la cuve de pastel ; on attribue aux tissus teints dans la première cuve plus de brillant que dans la cuve au pastel, et à celle-ci plus de durée que la cuve de vouède.
On appelle cuve d’Inde celle pour laquelle on emploie des cendres gravelées (carbonate de potasse), de la garance, du son et de l’indigo. Après avoir fait bouillir pendant deux heures le son et la garance , on ajoute les cendres gravelées qui doivent encore supporter une ébullition d’une heure et demie ; puis, enfin, l’indigo broyé et délayé dans l’eau de la cuve ou dans une dissolution alcaline à 6°. On maintient la cuve fer-
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mée à une douce température ; on pallie toutes les huit heures jusqu’à ce que la liqueur ait acquis une belle couleur jaune , et présente à sa surface cette écume bleue cuivrée que nous avons déjà indiquée.
La cuve d'Inde dure moins longtemps que celle du pastel; on est souvent obligé de la reprendre et d’y ajouter du son , de la garance et de l’alcali pour réduire l’indigo qui s’est précipité, tandis qu’une cuve de pastel bien dirigée peut durer plusieurs mois en y teignant matin et soir.
Les bleus de cuve sont quelquefois remontés par d’autres matières colorantes que l’indigo, c’est-à-dire que I on avive leur couleur ou qu’on la fonce dans un but d’économie.
L’orseille donne au bleu de cuve une nuance violette qui lui est très favorable.
Le bois de santal est également employé, mais il durcit beaucoup la laine.
Le bois de Campêehe , qui donne avec les sels de cuivre un composé bleu insoluble , augmente l’intensité du ton des bleus faits à la cuve et permet d’économiser l’indigo ; mais comme ce composé n’est pas bon teint , il ne tarde pas à se détruire et à altérer la pureté de la nuance de l’indigotine.
Bleu au bleu de Prusse. — L’indigo n’est pas la seule substance dont on se serve en teinture pour obtenir les couleurs bleues ; pour la teinture de la laine, de la soie et du coton, on fait usage du bleu de Prusse qu’on applique par différents procédés.
Les soies en écheveaux doivent être d’abord bien dégorgées de leur savon de cuite par plusieurs rinçages et battages ; elles sont tordues et plongées à froid dans un bain dans lequel on a versé une dissolution de sulfate de peroxyde de fer ; elles y sont lissées de cinq en cinq minutes pendant les premiers temps de leur immersion , pour que l’absorption du sel de fer se fasse uniformément. (M. Cbevreul.)
On sort ensuite les étoffes du bain , on les exprime et on les lave avec soin dans une grande quantité d’eau. On fait ensuite un bain dans lequel on met ^ de cyanoferrure de potassium, et lorsque le sel est dissous, on y plonge les fils en employant les mêmes manipulations que cidessus. La soie prend d’abord une teinte d’un vert sale ; puis au bout d’une heure on enlève les écheveaux et l’on verse dans le bain environ jü d’acide chlorhydrique pur.
On mélange et l’on replonge les soies, qui prennent rapidement une belle nuance bleue; on lisse environ pendant deux heures; on lave, on tord à la main , puis à la cheville , et lorsqu’on ne fait pas subir à ces couleurs de nouveaux bains, on sèche.
On avive ces bleus, qui peuvent être trop verdâtres, en les laissant macérer plus ou moins longtemps dans l’eau. Une certaine quantité de cyanoferrure de potassium qui verdissait la nuance s’en sépare par dissolution.