GLYCÉRINE
§1358. Découverte en 1779 par Scheele, la glycérine fut considérée comme une matière particulière à certaines huiles et pour ainsi dire accidentelle. Ce ne fut que plus tard que M. Chevreul, dans son beau travail sur les corps gras, démontra que cette substance se sépare constamment dans la saponification des huiles grasses et des graisses solides neutres, qu'il considéra comme de véritables sels.
La glycérine peut s'obtenir en saponifiant les corps gras neutres par de l'oxyde de plomb. Il se forme des savons plombeux insolubles, tandis que l'eau retient en dissolution la glycérine avec une certaine quantité d'oxyde de plomb. En faisant passer à travers la liqueur un courant d'acide sulfhydrique, on sépare ce dernier sous forme de sulfure; la fîltration de ce liquide et l'évaporation au bain-marie fournissent de la glycérine pure.
La glycérine s'obtient comme produit accessoire de la fabrication des bougies stéariques, dans le cas où Ton opère la sapo-
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nification au moyen de la chaux. On sépare la liqueur aqueuse du savon calcaire, on précipite l'excès de chaux par un courant d'acide carbonique, et l'on évapore en consistance sirupeuse; on obtient ainsi dê la glycérine pure.
Le traitement des corps gras neutres par l'acide chlorhydrique, sous l'influence de la chaleur, permet également d'en isoler la glycérine.
Enfin, lorsqu'on soumet les corps gras à l'action de la vapeur d'eau surchauffée à une température de 240 à a5o degrés, le corps . gras se dédouble en acide et en glycérine qui viennent se condenser dans le récipient. Il suffit de concentrer la partie aqueuse du produit distillé pour obtenir de la glycérine pure et parfaitement incolore. On prépare à l'usine de M. Wilson, à Londres, des quantités considérables do glycérine pure par cette méthode.
§ 1359. Quel que soit le procédé dont on fasse usage pour sa préparation, la glycérine pure présente les caractères suivants : .c'est un liquide sirupeux, incolore, incristallisable, inodore et possédant une saveur franchement sucrée. Sa pesanteur spécifique est de 1,280 à la température de i5 degrés. Elle se dissout en toute proportion dans l'eau et l'alcool; l'éther ne la dissout point. Elle dissout plusieurs oxydes métalliques et beaucoup de sels déliquescents.
Distillée en vase clos, la glycérine ne s'altère que faiblement lorsqu'elle est pure; la portion altérée donne des gaz inflammables, de l'acide acétique et de l'acroléine. A l'état de combinaison, la glycérine s'altère 3 au contraire, profondément sous l'influence de la chaleur, et donne naissance à de l'acroléine en grande quantité.
Il est facile de se rendre compte de la transformation de la glycérine en acroléine. En effet, on a
CnisOrt = C0H<Oa-MHO.
Glycérine Acroléine.
Si par un procédé quelconque on pouvait séparer de la glycérine 1 équivalents d'eau seulement, on obtiendrait le produit
C6HfiO*,
qui devrait se comporter comme un véritable glycol ou alcool
GLYCÉRINE. 39i
diatomique : composé qu'on obtiendrait sans nul doute à la manière du glycol ordinaire en faisant agir l'oxyde d'argent hydraté sur le bromure
CH'Br*.
La glycérine absorbe rapidement l'oxygène sous l'influence du noir de platine et se transforme en un acide incristallisable et fixe qui réduit promptement à chaud les azotates de mereure et d'argent.
Une dissolution aqueuse de glycérine se décompose complètement au contact de la levûre de bière, dans l'espace de quelques mois, si la température extérieure est comprise entre i5 et3ode-* grés; il se produit dans cette circonstance une grande quantité d'acide propionique : c'est ce qu'exprime l'équation suivante :
C'H'O^aHO + C'ITO4.
La glycérine se convertit en présence des hydrates de potasse et de soude, sous l'influence d'une douce chaleur, en acétate el formiate, avec dégagement de gaz hydrogène ; c'est ce qu'exprime l'équation
C6U»Ofl-hîKO = C4H503, K0 4-CJHO\ KO-+-4H.
La glycérine s'échauffe fortement avec l'acide phosphorique anhydre et dégage à la distillation de lacroléine en abondance ; il en est de même lorsqu'on la distille avec du bisulfate de potasse.
A froid, l'acide sulfurique concentré, l'acide phosphorique sirupeux, l'acide tartrique, etc., forment des combinaisons analogues aux acides sulfovinique, phosphovinique, tartrovinique, susceptibles de s'unir aux bases avec lesquelles ils forment des combinaisons définies et cristallisables.
L'acide azotique étendu transforme rapidement, à la température de l'ébullition, la glycérine en acide oxalique.
Si ion fait tomber la glycérine dans un mélange d'acide sulfurique et d'acide azotique fumants qu'on a soin de refroidir, la glycérine se dissout .sans qu'on observe le moindre dégagement de vapeurs nitreuses. L'eau précipite de ce mélange une huile jaunâtre, pesante, solublc dans l'alcool et l'éther, possédant une saveur sucrée et aromatique, et dont il suffit de placer une goutte sur la langue pour en éprouver une forte migraine qui dure plusieurs
39a GLYCÉRINE.
heures. Cette substance détone en outre lorsqu'on en élève convenablement la température. La combinaison ainsi formée est de la glycérine trinitrique.
Ce produit est très-peu stable et se décompose partiellement lorsqu'on le dessèche. Une solution concentrée de potasse le décompose en fournissant du salpêtre et régénérant de la glycérine.
Sa composition est représentée par la formule
^ 11 \ CeH*Az30'"
Sa génération s'explique au moyen de Féquation
C6 J | 0« + 3 ( Az V , HO ) = j ( £ J )3 0< -4- 6 HO.
Introduit-on dans un flacon long et étroit i partie de glycérine et i partie d'eau pure, puis fait-on arriver au fond du flacon par un tube terminé en pointe i { partie d'acide nitrique fumant, les deux liquides se mêlent graduellement en prenant une couleur bleue, tandis que des gaz se dégagent. Lorsque tout dégagement a cessé depuis quelques jours, on évapore le liquide jusqu'à consistance sirupeuse et l'on sature par la chaux qui fournit un sel cristallisable. En décomposant ce dernier par un poids calculé d'acide oxalique, on en isole un acide d'apparence gommeuse, que M. Debus désigne sous le nom d'acide glycérique.
Cet acide à l'état d'hydrate est représenté par la formule
C'Il6Og.
La composition de ses sels est exprimée par
en* MO".
Ces composés cristallisent en général avec facilité.
Lorsqu'on maintient l'hydrate à la température do 120 â r4o degrés jusqu'à ce qu'il ne perde plus de son poids, on obtient finalement un anhydride dont la composition est représentée par la formule
C6H4Ofl.
Il existe donc entre la glycérine et l'acide glycérique une relation toute semblable à celle qu'on observe entre l'alcool et l'acide
GLYCÉRINE. 3g3
acétique, le propylglycol et l'acide lactique, et de même que ce dernier l'acide gtycérique se change en anhydride sous l'influence de la chaleur avec élimination d'eau.
Sous l'influence du chlore et du brome, la glycérine éprouve des phénomènes de substitution. Ces dérivés sont à peiné connus.
Le perchlorure de phosphore réagit vivement sur la glycérine et donne naissance à des produits dont on ne connaît pas bien la nature.
Liodure de phosphore attaque énergiquement la glycérine, d'après les expériences de MM. Berthelot et de Luca ; il se forme dans cette circonstance une matière fort remarquable qui n'est autre que le propylène iodé. Les proportions qui conviennent le mieux pour la formation de ce produit sont 100 parties d'iodure de phosphore pour 5y de glycérine.
Nous avons vu qu'en faisant réagir l'éther méthyliodhydrique ou l'éther amyliodhydrique sur l'alcool potassé, on obtient un éther double qui correspond à l'alcool dans lequel une molécule d'hydrogène se trouve remplacée par du méthyle et de l'éthyle. L'éther iodhydrique se comporte d'une manière toute semblable avec l'alcool sodé. M. Berthelot s'est assuré que de son côté la glycérine peut former •a'es produits. analogues; c'est ainsi qu'en chauffant en vase clos, à 100 degrés, pendant plusieurs jours, un mélange de glffcërine, d'éther bromhydrique et d'un excès de potasse, on obtient un produit désigné sous Je nom de diclhyline, dont la composition est . exprimée par la formule
CuHl606=Ce II5 O6.
. H(C'HS)2
C'est une huile incolore et limpide, douée d'une odeur éthérée légère avec une nuance poivrée. Sa densité est de 0,920; elle bout â i<M degrés. Ce produit ne diffère, comme on voit, de la glycérine normale qu'en ce que 2 équivalents d'hydrogène s'y trouvent remplacés par a équivalents d'éthyle.
éthers méthylbromhydrique et "amylbromhydrique fourniraient des résultats semblables.
La composition de la glycérine libre est exprimée par la formule