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raisonnablement conclure que nous connaissons la constitution véritable de ce composé? Non évidemment; car nous pouvons le faire dériver tout aussi facilement de l'acide carbonique par l'action du kaliméthyle, et peut-être découvrira-t-on plus tard quelque autre procédé de formation tout aussi simple, duquel son auteur pourrait également déduire un autre mode de constitution qui paraîtrait tout aussi raisonnable. La production artificielle d'un corps à l'aide de certains réactifs n'implique pas comme conséquence nécessaire la connaissance du mode de groupement des éléments qui le constituent. Tout ce que nous po^pns dire, c'est que les termes correspondants de la série, dont le composé que nous considérons fait partie, éprouvant de la part des réactifs des métamorphoses analogues et donnant naissance à des réactions exactement semblables, doivent avoir une constitution entièrement comparable, et que s'il nous était donné de pouvoir découvrir celle de l'un des termes de ce groupe, celle des autres s'en déduirait nécessairement. Quant à présent, loin de considérer nos formules comme rationnelles, ou représentant la constitution nécessaire des corps, il faut n'y voir, ainsi' que M. Chevreul Ta si bien établi, que des équivalences qui nous permettent de prévoir les métamorphoses qui doivent naître de certains contacts, et provoquer des expériences qui tendent à étendre nos connaissances.

§ 1030. Je me suis efforcé dans les pages qui précèdent de vous faire comprendre comment on peut, à l'aide d'expériences trèssimples, rattacher aux binaires qui vous sont le mieux connus les composés les plus compliqués. Je vais maintenant vous démontrer comment, avec les mêmes binaires, les végétaux créent ces substances complexes, qui jouent un rôle si considérable dans l'alimenta ti on de l'homme et des animaux, et dont les arts tirent un

parti si précieux.

Le développement d'une graine quelconque dans un sol artificiel entièrement privé de substance organique, au milieu d'une atmosphère ne renfermant que de l'oxygène, de l'azote, de l'acide carbonique, de la vapeur aqueuse et des traces d'ammoniaque, ainsi que le constatent les expériences si curieuses de M*. Boussingault(y^. 23i), ne démontre-t-il pas jusqu'à la plus parfaite évidence que les produits variés qui se sont formés dans les phases successives de sa vie, ont pris naissance aux dépens de ces binaires

GÉNÉRALITÉS SUR LES MATIÈRES ORGANIQUES. 7 si simples qui l'enveloppent de toutes parts. Les éléments inorga-

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niques répandus dans cette atmosphère artificielle, au milieu de laquelle s'est développée la graine, et disséminés dans ce sol qui lui sert de support, ont donc suffi pour amener successivement sa germination, la formation de ses organes foliacés, sa floraison et finalement sa fructification.

Ainsi l'acide carbonique abandonnant du carbone, l'eau de l'hydrogène, et l'ammoniaque de l'azote, on comprend comment ces éléments à l'état naissant sont devenus susceptibles d'engendrer ces produits variés à la formation desquels nous assistons chaque jour, sans avoir pu jusqu'à présent en découvrir le mécanisme. Mais, quoi qu'il en soit, les travaux si remarquables de physiologie

végétale exécutés depuis trente ans à peine prouvent de la manière la plus évidente que les végétaux servent d'intermédiaire entre l'atmosphère au milieu de laquelle vivent les animaux, et ces animaux eux-mêmes, en créant cette masse de matière organisée qui sert à leur nutrition.

Il ne faudrait pas croire néanmoins que la plante joue constamment le rôle d'un appareil réducteur destiné à créer des substances plus ou moins complexes à certaines époques de son développement; il est quelques-uns de ses organes qui jouent un rôle précisément inverse : la plante se fait alors, à la manière de l'animal, appareil de combustion, elle brûle du carbone et de l'hydrogène en développant la chaleur nécessaire à l'accomplissement de certaines fonctions. >

§ 1031. Il résulte évidemment de ce qui précède, que les substances organiques ne doivent renfermer dans leur plus grand état de complexité que du carbone, de l'hydrogène, de l'oxygène et de l'azote.

Ces quatre éléments constituent, en effet, la presque totalité de ces substances; à côté d'eux viennent se placer, toutefois, de faibles quantités de matières minérales, dont la nature varie avec les espèces, mais qui paraissent liées de la manière la plus étroite à leur existence, et restent sous forme de cendres lorsqu'on brûle la matière organique au contact de l'air.

§ 1032. Nous sommes encore dans une ignorance absolue sur les • moyens que la nature met en jeu pour engendrer, sous l'influence de quelques matières inorganiques, la gomme, le sucre, l'amidon, la fibre ligneuse, la graisse et les matériaux si complexes du sang et de la matière cérébrale.

Malgré tous les efforts qu'on a tentés jusqu'à présent, on ne connaît la vie que par ses effets; quant à la cause, elle nous échappe complètement, et nous échappera peut-être toujours.

A ce problème si complexe, vient s'en ajouter un autre qui ne présente pas moins de complexité : c'est celui de l'individualité. Ne voyons-nous pas, en effet, le pavot, le tabac, la belladone, etc., qui élaborent les poisons les plus actifs, croître dans le même sol, et précisément à côté des végétaux qui produisent les substances alimentaires?

Toutes les matières organisées sont formées, il est vrai, de car-

bone, d'hydrogène, d'oxygène et quelquefois d'azote; néanmoins les plantes et les animaux ne sont susceptibles de s'approprier ces éléments que lorsque ceux-ci leur sont présentés sous certaines formes et dans des conditions données.

Par une harmonie que nous ne saurions trop admirer, tandis qu'à l'aide de cette force inconnue qu'on appelle la vie les végétaux créent, au moyen de binaires très-simples (acide carbonique, eau, ammoniaque), ces grosses molécules qui servent à l'alimentation de l'homme et des animaux, ces mêmes végétaux, lorsque la vie vient à cesser en eux, se dédoublent sous l'influence d'autres forces qui jouent un rôle précisément inverse, pour se résoudre finalement en acide carbonique > eau et ammoniaque, derniers termes de leur décomposition, qui recommenceront à leur tour un cycle nouveau.

§ 4033. Toutes les matières retirées du règne organique ne présentent pas une composition quaternaire ; ainsi le ligneux, l'amidon, le sucre, l'acide tartrique, etc., contiennent seulement du carbone, de l'hydrogène et de l'oxygène. Quelques composés ne renferment que du carbone et de l'hydrogène. Exemples : Huiles de térébenthine, de citron, de poivre, etc* D'autres ne contiennent que du carbone et de l'oxygène» Exemples : Acides oxalique et mellitique -anhydres.

Il en est, enfin, qui ne comptent au nombre de leurs éléments que du carbone et de l'azote. Exemple : Cyanogène.

Les substances organiques, qu'elles possèdent une composition simple ou complexe, ont donc toutes un élément commun, c'est le carbone; et l'on peut dire que l'étude des matières organiques n'est autre que l'étude des combinaisons du carbone.

§ 1034. Rien que nos procédés de laboratoire rie ressemblent en rien à ceux qu'emploie la nature, on a pu néanmoins, depuis quelques années, refaire un certain nombre de substances entièrement identiques à celles qui se sont produites sous l'influence de l'organisme vivant.

Telle est la transformation de l'amidon en sucre de fruits; du sucre en acide oxalique; du ligneux en acide formique; de la salicine en hydrure de salicyle ; du cyanate d'ammoniaque en urée.

Dans toutes ces réactions, on change des molécules complexes et instables en des molécules plus simples et, par suite, plus sla-

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bles; on détermine ainsi des dédoublements qui rapprochent de plus en plus les substances organiques des produits de la nature minérale.

Nous pouvons changer facilement l'amidon en sucre, celui-ci en acide oxalique, et ce dernier en eau et en acide carbonique; mais la vie parait seule capable de faire l'inverse : néanmoins, de* puis un certain nombre d'années on est parvenu, comme je vous le démontrerai prochainement, à reproduire, à l'aide de substances de composition simple, des cpm posés beaucoup plus complexes. C'est ainsi qu'à l'aide des éléments de la vapeur aqueuse on peut changer le gaz oléfiant en alcool, et l'oxyde de carbone en acide formique; mais on n'a pu reproduire encore aucune substance organisée, soit à l'aide des substances élémentaires qui les constituent, soit par l'action de binaires très-simples, ainsi que la nature l'accomplit chaque jour sous nos yeux.

§ 1035. Toutes les substances organiques sont solides ou liquides à la température ordinaire; leurs autres propriétés physiques varient beaucoup de l'une à l'autre. Ainsi les unes sont volatiles, tels sont : l'alcool, l'éther, le camphre, l'acide benzoïque, les huiles essentielles, etc., d'autres peuvent se vaporiser, en grande partie, dans un gaz inerte, tel est l'indigo; d autres enfin, et ce sont les plus nombreuses, sont absolument fixes.

Les premières n'éprouvent aucune altération lorsqu'on les distille.

Les secondes se décomposent et se volatilisent en partie.

Les dernières éprouvent une décomposition complète et donnent des produits variables avec la nature de la substance soumise à la distillation, ainsi qu'avec la température à laquelle elle est exposée*

Ces produits sont, pour les substances exemptes d'azote, de l'eau, des gaz acide carbonique et oxyde de carbone, des carbures gazeux d'hydrogène, de l'acide acétique et des huiles empyreumatiques.

Celles qui sont azotées fournissent, en outre, vde l'acide cyanhydrique et de l'ammoniaque qui s'unit aux acides formés en même temps qu'elle.

II arrive quelquefois que la substance soumise à la distillation, bien que susceptible de se détruire complètement lorsqu'on élève brusquement sa température, se dédouble en produits qui présentent avec elle une relation des plus simples lorsqu'on la soumet

à l'action d'une chaleur ménagée. Tels sont les acides citrique, tartrique, malique. On donne aux substances formées dans ces circonstances le nom de produits pjrogénês.

La chaleur produit quelquefois des phénomènes de dimorphisme. Tel est le cas du sucre candi, qui, chauffé jusqu'à la fusion, se transforme en une matière transparente, d'aspect vitreux, à laquelle on donne le nom de sucre d'orge. La composition de ces deux corps est restée la même, mais leurs propriétés ont éprouvé des modifications notables. C'est ainsi que le sucre d'orge a perdu la faculté de cristalliser, et qu'il n'a besoin pour fondre que d'une température de 90 degrés, tandis que le sucre cristallisé exige une température d'environ 180 degrés. Cette modification curieuse tient à la même cause que celle qui change le soufre dur en soufre mou, et le sucre d'orge ne diffère, en effet, du sucre cristallisé, que par la fixation d'une certaine quantité de calorique latent.

La chaleur produit quelquefois aussi des phénomènes d'isomérie. Tel est le cas de l'albumine liquide dont la chaleur détermine la coagulation.

§ 1036. Certaines matières organiques, lorsqu'elles sont humides ou dissoutes, se décomposent spontanément à la température ordinaire. Les conditions les plus propres à opérer ces décompositions sont un air marquant 80 degrés à l'hygromètre de Saussure, et une température comprise entre i5 et a5 degrés. Les deux extrêmes de l'échelle thermométrique sont, au contraire, favorables à la conservation de ces substances.

On désigne les phénomènes produits dans ces circonstances sous les noms de ferme /nation, de putréfaction, d'érémacausic, suivant la nature des substances auxquelles elles s'appliquent et des produits qui en sont la conséquence.

L'oxygène favorise en général ces sortes de décompositions.

L'eau n'agit presque jamais à froid sur ces substances que comme dissolvant. Celles où l'oxygène prédomine sont en général trèssolubles ; celles qui sont riches en carbone et en hydrogène s'y dissolvent à peiné| au contraire, tandis qu'elles se dissolvent facilement dans l'alcool, l'éther et les huiles volatiles, corps qui renferment comme eux ces éléments en forte proportion.

§ 1037. L'hydrogène, l'azote, le carbone, le bore, le silicium, sont sans action sur les substances organiques.

Le soufre et le phosphore se dissolvent dans quelques-unes, et notamment dans les matières huileuses. Elles n'agissent sur elles qu'à des températures élevées, en donnant naissance à des produits dans lesquels ils entrent comme éléments constituants.

Le chlore et le brome attaquent presque toutes les matières organiques et les transforment en de nouveaux produits, qui dans la plupart des cas ne diffèrent de la substance primitive que par la substitution de i , a, 3, etc., équivalents de chlore ou de brome ' à i, 2, 3, etc., équivalents d'hydrogène. Quand l'iode agit sur ces matières, il se comporte d'une manière analogue. Dans tous les cas, lorsque l'erfu n'intervient pas dans le phénomène, le groupement mécanique primitif de la substance n'a pas subi la moindre modification. La substance est-elle humide ou dissoute, le chlore agissant sur l'eau met en liberté dé l'oxygène qui, dédoublant la substance, produit de véritables phénomènes de combustion, et la ramène à des formes plus simples. ( Théorie du blanchiment. )

Les bases minérales s'unissent directement aux substances acides et forment des sels. Lorsque la potasse ou la soude réagissent sur des substances neutres à des températures qui ne dépassent pas a5o degrés, elles donnent naissance à des résultats variés, mais toujours assez nets; pour un grand nombre de matières neutres, il se forme vers 200 degrés des acides acétique et oxalique. Si là<\* substance renferme de l'azote, il se dégage en outre de lamincrniaque, et l'on obtient souvent un cyanure comme résidu.

L'ammoniaque agit d'une manière spéciale; dans quelques cas elle engendre des produits azotés dont la nature est assez variée. L'action des acides est difficile à généraliser, ces derniers se comportant de manières très-diverses ; nous n'examinerons ici que celle des acides sulfurique, azotique et phosphorique.

Le premier les décompose en déterminant la formation d'une certaine quantité de vapeur aqueuse aux dépens de leurs éléments, et les ramenant à des formes plus simples : tel est le cas de l'alcool, qu'il sépare en eau et hydrogène bicarbone; si l'on élève trop la température, il les décompose en se détruisant luimême.

Quelquefois il forme avec la matière organique des composés acides particuliers susceptibles de produire avec les bases des sels parfaitement cristallisés, dans lesquels ses propriétés se trouvent

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complètement dissimulées. Tel est le cas de l'alcool, qui, par simple mélange avec l'acide sulfurique concentré, donne de l'acide sulfovinique : tels sont la benzine, la napthtaline, et beaucoup d'autres carbures d'hydrogène.

D'autres fois enfin, loin de se comporter comme un corps déshydratant, il fixe sur la molécule de la substance, en présence de laquelle on le fait agir, une certaine quantité d'eau. C'est ainsi qu'il transforme l'amidon, la dextrine et la cellulose en une matière sucrée désignée sous le nom de glucose, identique à la matière sucrée qu'on rencontre dans les fruits acides.

L!acide phosphorique anhydre, doué comme l'acide sulfurique d'une grande affinité pour l'eau, mais ne se décomposant pas à la manière de ce dernier, produit des réactions d'une grande netteté qu'on utilise avec avantage.

L'acide azotique décompose presque toutes les substances organiques. Dans la plupart des cas, il les détruit en provoquant une combustion partielle des éléments de la substance organique, aux dépens de l'oxygène qu'il leur cède, et fournissant des produits beaucoup plus simples. Exemple : Transformation de la fécule en acide oxalique. Quelquefois il agit en cédant i équivalent d'oxygène qui, s'unissant à i équivalent d'hydrogène, forme de l'eau, tandis que l'acide hypoazo tique, devenu libre, se substitue à la molécule d'hydrogène enlevée pour former un composé nouveau dont la dérivation s'explique facilement.

En effet, on a

CaHbOc+AzO», HO= 2llO + C'(Hb AzO*)0«.

c„Hi>0«+ 2(AzO\ HO) = 4 HO 4- Ca [Hb-2 ( AzO4 )']Oe.

Ces produits renfermant des substances très-combustibles, carbone et hydrogène, ainsi qu'un corps très-comburant, l'oxygène, se détruisent avec explosion, à la manière de la poudre à canon, sons l'influence de la chaleur,

§ 1038. Lorsqu'on examine attentivement les divers composés de la nature organique, on reconnaît qu'ainsi que dans la nature minérale il existe des produits dont on ne saurait séparer plusieurs sortes de matières sans en altérer d'une manière évidente les propriétés et la constitution ; on les désigne sous le nom de principes immédiats. Ces produits peuvent s'unir entre eux en proportions m.

rigoureusement déterminées, donnant alors des composés parfaitement définis ; ou bien ils peuvent se mêler, pour ainsi dire, en proportions indéfinies, et ils constituent, dans ce cas» de simples mélanges analogues à ces minéraux, qui précédemment nou6 ont permis d'extraire les différents corps simples ou composés de nature inorganique qu'ils recèlent en eux.

Les matières organiques que Ton traite pour en retirer ces produits, sont des tronçons d'un végétal ou d'un animal, des tissus, des liquides contenus dans des vaisseaux ou des cellules, des extraits provenant de substances préalablement dissoutes, et séparées ensuite sous forme solide par l'évaporation, des concrétions qu'on rencontre dans l'intérieur des êtres organisés. Ces débris renferment, en général, un plus grand nombre de principes immédiats que les pierres, les roc/tes, etc. ; en outre, ils nous présentent, en général, ces principes immédiats unis en proportions indéfinies, et nous sommes obligés de recourir à des procédés chimiques, pour les isoler et parvenir à les connaître, tandis que la plupart des espèces minéralogiques se rencontrent à l'état libre, dans les minéraux qui les renferment.

La stabilité de composition de ces différents produits est, en outre, bien plus faible que celle des matières inorganiques en présence de Fair et de l'eau> résultat facile à comprendre, si Ton songe que les premières sont presque toutes formées de 3 ou 4 éléments, dont un seul est fixe : le carbone. On conçoit sans peine, d'après cela, pourquoi les matières organiques présentent une si grande altérabilité, surtout à une température élevée, lorsqu'elles ont à la fois le contact de l'eau, qui, en les ramollissant, donne plus de mobilité à leurs particules, et celui de l'air, qui fournit à leur carbone et à leur hydrogène l'oxygène qui leur manque pour opérer leur conversion en acide carbonique et en eau.

Ces observations suffisent, je crois, pour faire comprendre les difficultés que présente l'analyse organique immédiate, lorsqu'on la compare à l'analyse minérale.

§ 4039. Une graine, un fruit, une feuille, un organe animal ou végétal quelconque étant donné, on peut, comme dans le cas des produits naturels de la nature minérale, se proposer tout d'abord d'en retirer les principes immédiats qu'il renferme.

Cette sorte particulière d'analyse, de nature fort délicate, d'une

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exécution très-difticile et qui nécessite remploi de méthodes trèsvariées, porte le nom d'analyse immédiate. Elle s'applique à tous les corps organisés dont on veut isoler les espèces sans connaître la nature des éléments qui entrent dans leur composition. Si nous voulons aller plus loin et déterminer la nature et la proportion exactes des éléments qui forment ces espèces, nous ferons usage de méthodes particulières qui constituent V analyse élémentaire.

Supposons qu'il s'agisse de faire l'analyse d'un produit naturel composé de divers principes mélangés en proportions indéterminées; prenons une amande, par exemple, semence formée de différents principes immédiats, qui, mélangés en proportions indéfinies, constituent par leur ensemble l'amande elle-même. La question qu'il s'agit de résoudre ici consiste donc à séparer ces principes, à les isoler de façon à pouvoir les étudier séparément d'une manière approfondie, soit dans le but de créer de nouvelles méthodes d'extraction plus simples, soit afin de nous rendre compte du rôle qu'ils sont susceptibles de jouer dans la substance ellemême. Pour atteindre ce but, il faut faire intervenir des corps qui n'exercent aucune action chimique sur ce produit, car, dans ce cas, nous ne retirerions pas les principes immédiats contenus dans là substance analysée, mais bien seulement les produits de leur altération. On fait intervenir d'ordinaire des dissolvants neutres, tels que l'eau, l'alcool, l'esprit-de-bois, l'éther ordinaire, quelques éthers composés, des huiles volatiles bien pures.

L'éther dissout particulièrement les corps gras solides et liquides, les matières cireuses, les résines, les huiles essentielles ; l'alcool dissout également ces substances, mais en moins fortes proportions : c'est un véhicule intermédiaire entre l'éther et l'eau; quant à ce dernier, il enlève le matières gommeuses, sucrées, albumineuses.

On remplace quelquefois l'éther avantageusement par le sulfure de carbone, le chloroforme et l'essence de térébenthine.

Pour plusieurs de ces corps le pouvoir dissolvant varie avec la température et avec l'état de concentration. C'est ainsi que l'alcool et l'esprit-de-bois, à l'état absolu, sont susceptibles, pour une température donnée, de dissoudre en forte proportion des corps dont ils ne se chargeraient que faiblement s'ils étaient étendus d'eau. De même ces liquides pour un état de concentration donné

i6 GÉNÉRALITÉS SUR LES MATIÈRES ORGANIQUES.

se chargeront généralement d une proportion d autant plus g rande de matière, que leur température sera plus élevée. On comprend • dès lors tout le parti qu'on peut tirer de pareils réactifs en les employant avec discernement.

Dans certains cas, on peut faire intervenir soit des acides, soit des bases, mais alors il est nécessaire d'employer çes réactifs dans un état de dilution convenable. On se sert des acides lorsqu'on veut retirer d'une matière organique un composé basique comme dans l'extraction de la morphine de l'opium, ou de la quinine des quinquinas; on fait intervenir des bases telles que la chaux, la baryte, l'oxyde de plomb, s'il s'agit d'extraire l'acide citrique des citrons, l'acide tar trique des raisins.

Il est rare qu'un dissolvant extraie d'une partie animale ou végétale une substance unique : on obtient le plus communément un mélange de plusieurs substances qu'on peut séparer à diverses époques de l'évaporation et sous l'influence de cristallisations réitérées. Les cristallisations fractionnées présentent un très-grand avantage : c'est grâce à cette méthode de fractionnement que M. Chevreul a effectué l'analyse si remarquable des corps gras d'origine animale et végétale.

Lorsqu'on s'est procuré, par l'emploi des réactifs précédents, certaines substances en dissolution dans un liquide, on peut lès séparer en faisant intervenir des sels métalliques dont l'acide ou la base sont susceptibles de former des précipités avec un ou plusieurs de ces principes; tandis qu'ils n'agissent pas sur les autres.

Supposons qu'on ait à sa disposition un mélange de gomme et de sucre cristallisable et qu'on verse dans cette liqueur du sousacétate de plomb; l'oxyde de ce sel précipitera la totalité de la gomme, tandis qu'il n'agira pas sur le sucre. Au moyen du filtre, on séparera donc toute la gomme unie au protoxyde, tandis que le sucre restera tout entier dans la liqueur mêlé à l'excès d'acétate de plomb. Fait-on passer un excès d'acide sulfhydrique à travers cette liqueur, le plomb se précipite à l'état de sulfure, et Ton n'a plus qu'un mélange de vinaigre et de sucre dont on peut séparer ce dernier par l'évaporation. Met-on en suspension dans l'eau le composé de gomme et d'oxyde de plomb et dirige-t-on à travers cette seconde liqueur un courant d'acide sulfhydrique, il se forme

comme tout à l'heure un précipité de sulfure de plomb, tandis que la gomme qui s'est dissoute dans l'eau peut encore en être séparée par l'évaporation.

Lorsque les matières qui constituent le mélanse sont volatiles ou que du moins quelques-unes d'entre elles jouissent de cette propriété, la distillation permet d'en opérer la séparation, mais il faut, dans ce cas, diriger la chaleur avec circonspection et s'assurer si le produit obtenu préexistait bien réellement dans le mélange ou s'il provient d'une altération subie par des matières qui y existaient primitivement. Alors même que les substances qu'on se propose de séparer par la distillation ont des points d'ébullition Irès-éloignés, on ne parvient pas à les isoler du premier coup à Tétat de pureté, le produit le plus volatil entraînant toujours une petite quantité du produit plus fixe, ce dernier retenant toujours une faible quantité du produit plus volatil.

Ce n'est qu'en soumettant à de nouvelles rectifications les substances recueillies à diverses époques de la distillation qu'on parvient à se procurer des espèces véritablement pures. On trouve quelquefois un grand avantage à effectuer ces distillations dans le vide, les tensions de vapeur de ces liquides présentant dans cette circonstance des différences beaucoup plus considérables que sous la pression normale de l'atmosphère.

Lorsque l'air altère les substances organiques à la température de leur ébullition, on les distille dans un courant d'hydrogène ou d'acide carbonique desséchés. On peut également les distillér dans un courant de vapeur d'eau, les vapeurs de beaucoup de liquides organiques ayant en 'effet une tension assez grande à la tempéra- • ture de 100 degrés pour être entraînées par la vapeur aqueuse et se condenser avec elle. La plupart des huiles essentielles peuvent être isolées par cette méthode.

Nous nous contenterons de citer ces quelques exemples relativement à la séparation dés principes immédiats contenus dans un produit complexe d'origine organique. A mesure que nous étudierons les différents corps qui composent cette partie du Cours, nous décrirons les méthodes usitées' pour leur préparation, et vous comprendrez mieux alors par ces exemples convenablement choisis que par de longues généralités tout le parti qu'on peut tirer de l'emploi des réactifs.

§ 1040. Les matières organiques les plus oxygénées ne renferment pas assez d'oxygène pour transformer en acide carbonique et en eau le carbone et l'hydrogène qu'elles contiennent.

Soumise à la distillation, la substance la plus simple et la plus oxygénée fournit en effet, outre l'acide carbonique et l'eau, des hydrogènes carbonés, des produits liquides de nature diverse et de plus un résidu charbonneux.

La distillation d'une matière organique ne peut donc rien nous apprendre sur sa composition élémentaire.

On détermine aujourd'hui la proportion des éléments d'une combinaison organique, non par la calcinatipn ou la distillation, comme le faisaient les anciens chimistes, mais en brûlant les éléments qui la constituent par l'oxygène et pesant les produits qui résultent de cette combustion.

Dans cette opération, le carbone et l'hydrogène de la matière soumise à l'analyse passent, le premier à l'état d'acide carbonique, le second à l'état d'eau qu'on absorbe à part et dont on détermine le poids. Si la matière contient de l'azote, celui-ci se sépare dans cette combustion, partie sous forme de gaz libre, partie sous forme de combinaison oxygénée. Pour le doser, il est nécessaire de faire une seconde opération au moyen de laquelle on le dégage tout entier à l'état libre, ou bien on l'engage dans une combinaison définie, telle que l'ammoniaque; quant aux matières minérales, elles restent à l'état de cendres.

Or la composition de l'acide carbonique et de l'eau est connue.

Ou sait, en effet, que

n d'acide carbonique renferment. . . *3 de carbone. 9 d'eau renferment i d'hydrogène.

On sait pareillement que i centimètre cube d'azote pèse o*r, 00126, et que 17 grammes d'ammoniaque renferment 14 grammes d'azote.

On transforme donc ainsi par la combustion, au moyen de l'oxygène, la matière en produits connus qu'on peut facilement recueillir à part et évaluer en poids. On détermine, par conséquent, la teneur de la matière organique en carbone et hydrogène d'une manière rigoureuse; il en est de môme de l'azote; quant à Toxyr gène, on le dose par différence.

Tel est le principe général sur lequel repose l'analyse de toutes les matières organiques. Nous allons maintenant donner quelques détails sur la pratique du procédé qu'on suit aujourd'hui, sans vous décrire les différentes phases par lesquelles il a passé successivement.

§1041. On brûle une quantité déterminée de la substance a analyser à l'aide d'un composé capable de céder facilement son oxygène aux corps combustibles. On se servait autrefois du chlorate de potasse. A cet effet, on formait avec la matière et le composé salin des boulettes qu'on faisait tomber par petites portions dans un tube de verre disposé verticalement et chauffé au* rouge. Les gaz formés par la combustion s'échappaient par un tube disposé latéralement qui permettait de les recueillir sur le mercure. Ce procédé fort remarquable, surtout si l'on se reporte à l'époque où il fut imaginé par MM. Thenard et Gay-Lussac, exigeant trop de soin et d'habileté de la part de l'opérateur, on s'est efforcé de le remplacer par des méthodes plus simples. La substitution de J'oxyde noir de cuivre au -chlorate de potasse simplifia considérablement l'analyse organique. Le procédé de Gay-Lussac, modifié d'une manière heureuse par M. Liebig, est encore celui dont on fait usage aujourd'hui.

La combustion s'opère dans un tube de verre peu fusible d'une longueur de j5 à 80 centimètres, qu'on entoure en outre de clinquant [fig. iZt.) pour en soutenir les parois; ce tube est placé sur

Fig. J8*.

une grille de fer.

Dans la partie a [fig. 233), on place soit de l'oxyde de cuivre

Fig. m.

le <Z

grossier, soit un mélange de chlorate de potasse et d'oxyde de cuivre destiné à fournir de l'oxygène gazeux à la fin de la combustion dans le cas où la substance brûle avec difficulté ; en b est ùe l'oxyde de cuivre pur. L'espace c est occupé par un mélange intime de protoxyde de cuivre et de la substance à analyser. Enfin la partie d ne renferme que de l'oxyde de cuivre.

2o GÉNÉRALITÉS SUR LES MATIÈRES ORGANIQUES.

Les choses étant disposées de la sorte, on commence par porter au rouge la partie d, puis on chauffe peu à peu le mélange de matière organique et d'oxyde, ajoutant un charbon quand le dégagement est trop lent, en retirant, au contraire, dès qu'il devient trop rapide. Quand les gaz cessent de se dégager, on chauffe la partie r<r qui contient le chlorate de potasse, afin de brûler les dernières portions de carbone.

L'eau formée vient se condenser dans le tube t rempli de pierre . ponce imprégnée d'acide sulfuriquc concentré {JSg. 234).. Ce tube

taré soigneusement avant l'analyse fait connaître par l'augmentation de son poids l'exacte proporlion d'eau qui a pris naissance.

L'acide carbonique privé d'eau se rend dans le petit appareil /' qui se relie, par l'intermédiaire d'un caoutchouc, au tube précédent. Cet appareil renferme de la potasse caustique, marquant 44 à 45 degrés de l'aréomètre, au moyen de laquelle l'absorption se fait d'une manière complète, ainsi que dans le tube *"qui contient de la potasse caustique en fragments. L'addition de ce tube en U, qu'on doit à M. Despretz, a pour but de retenir la vapeur dont se sature le gaz en traversant la dissolution alcaline, ce qui déterminerait fatalement une perte.

L'augmentation de poids que ces tubes ont éprouvée fait connaître la proportion d'acide carbonique formé. La disposition donnée à l'appareil de Liebig [fig. 235) formé de plusieurs boules a pour but de multiplier les surfaces de contact entre le gaz carbonique et la liqueur alcaline. L'oxyde de cuivre dont on fait usage pour ces combustions peut

GÉNÉRALITÉS SUR LES MATIÈRES ORGANIQUES. ai

être préparé par différentes méthodes. S'agit-il d'obtenir un produit cohérent et d'une difficile réduction, on grille de la planure de cuivre dans le moufle d'un four à réverbère ; la surface se recouvre d'une poussière noire qu'on peut* séparer du métal inattaqué par un broyage, puis par un tamisage. En recommençant plusieurs fois cette opération, on finit par oxyder les fragments de cuivre jusqu'en leur centre: On se contente souvent de griller la planure à la surface. Mélangée avec de l'oxyde, fin, cette substance fournit une matière spongieuse qui ne laisse pas à craindre les obstructions que pourrait produire une colonne d'oxyde fin fortement tassée. Veut-on obtenir de l'oxyde plus divisé que le précédent et d'une réduction plus facile, on dissoudra de la planure de cuivre dans l'acide azotique du commerce, on évaporera la liqueur à sec, et l'on calcinera l'azotate de cuivre ainsi produit à la température du rouge sombre. On arrêtera l'opération dès qu'il ne se dégagera plus de vapeurs rutilantes et qu'on n'apercevra plus, dans la masse qui doit présenter une couleur noire uniforme, aucune trace de points verdàtres.

Il faut apporter quelque soin dans la préparation de la lessive de potasse destinée à l'absorption de l'acide carbonique. Est-elle trop étendue, du gaz peut s'échapper; est-elle trop concentrée, celle-ci fournit une mousse qui pourrait être entraînée par le dégagement du gaz hors de l'appareil. L'expérience apprend que la solution qui convient le mieux doit posséder une densité de i,3; elle s'obtient en faisant dissoudre i partie d'hydrate de potasse dans i parties d'eau. Cette solution ne doit pas servir à plus dé deux ou trois opérations.

H faut, suivant la nature de la substance soumise à l'analyse, suivre dans l'opération une marche différente. La matière renferme-t-elle seulement du charbon, de l'hydrogène et de l'oxygène, : aftecte-t-elle 1 état solide et présente-t-elle une facile combustion, rig m. jouit-elle en outre d'uno certaine volatilité,

il suffit de la mêler d'une manière intime avec de l oxvde de cuivre fin dans un mortier de verre ou de porcelaine [Jig. a36), et d'ajouter à la masse une certaine quantité de planure grillée pour en opérer la division. Si la matière est liquide et qu elle soit fixe, ou du moins peu vola-

tile, on l'introduira dans un petit tube fermé à Tune de ses extrémités, et Ton fera glisser. ce dernier dans le tube à combustion, après y avoir introduit préalablement dans la partie fermée de la planure de cuivre grillée- formant une couche de quelques centimètres de hauteur. La substance présente-t-elle une grande volatilité comme l'éther, on l'introduira daus une petite ampoule fermée et étirée en pointe très-fine (fig. ), de façon que le rit. ht. moindre effort exercé par la vapeur puisse

en déterminer la rupture. Est-elle gazeuse à des températures comprises entre 4- io et 4-4o degrés, comme l'éther chlorhydrique et le bromure de raéthyle, on la dispose encore dans une ampoule; mais, au lieu d'introduire cette dernière, comme précédemment, dans le tube à combustion, on la place en dehors, en la faisant communiquer F| M9 à ce tube par l'intermédiaire

d'un caoutchouc, ainsi que le représente la fig. a38. Si la substance enûn est difficile à brûler, telle que les houilles ou les résines, on termine la combustion dans l'oxygène, soit qu'on place au fond du tube à analyse un mélange de chlorate de potasse et de charbon, dont on élèvera convenablement la température pour en dégager l'oxygène, soit en faisant communiquer l'extrémité du tube avec un gazomètre rempli de ce gaz. La combustion de la matière organique se trouve ainsi complétée ; de plus, l'acide carbonique produit se trouve amené tout entier dans les appareils destinés à l'absorber.

Afin d'éviter que la chaleur ne se propage trop rapidement dans le tube à combustion et n'amène, par suite, une décomposition fi* m. troP prompte de la substance, ce qui donnerait des résultats inexacts, on fait usage d'un petit écran en tôle (fig. 239), qu'on recule vers la partie postérieure du tube à mesure que la combustion fait des progrès. Dans le cas d'une combustion ordinaire, il est nécessaire, une fois qu'elle est terminée, de briser la pointe effilée du tube et de balayer l'acide carbonique qui le remplit, au moyen d'un courant d'air obtenu soit en aspirant avec la bouche, soit en le faisant communiquer avec un aspirateur.

On remplace aujourd'hui te charbon par le gaz; les becs qui distribuent la flamme destinée à chauffer le tube doivent être disposés dans ce cas de telle sorte, qu'elle l'enveloppe de toutes parts.

§ 1042. Lorsque la matière à analyser renferme de lazote, il faut faire deux analyses séparées. La première, qui s'effectue comme npus venons de le dire, présente cette seule différence qu'il faut placer du cuivre métallique dans la partie antérieure du tube, afin de décomposer les oxydes d'azote qui pourraient se former, et qui, absorbés partiellement par la potasse, donneraient pour l'acide carbonique un poids trop élevé ; on dose de celte façon le carbone et T hydrogène.

L'azote peut se doser, soit en volume à l'état de gaz élémentaire en suivant une méthode analogue à celle que nous avons décrite pour l'analyse des acides azotique et hypoazottque, soit en faisant passer cet azote à l'état d'ammoniaque et l'évaluant en poids.

Dans le premier cas, on introduit au fond d'un tube de verre, de 9 1 raètre de longueur environ [fig. 24°)» *o à a5 grammes de bicar-

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