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ESSENCE D'ANIS

§ 4464. Cette huile, qu'on extrait des semences d'anis (Pimpinvlla amsum\ se rencontre dans le commerce sous la forme d'une masse concrète, formée de lamelles cristallines, lorsque la température est inférieure à 18 degrés; au-dessus de ce terme elle affecte Tétat liquide.

La purification de ce produit est d'une extrême simplicité; il suffit en effet de le presser entre des doubles de papier joseph, jusqu'à ce que ce dernier cesse d'être taché, après quoi l'essence est repriso par de l'alcool à o,85, qui la dissout. En lui faisant subir deux ou trois cristallisations dans ce véhicule, on obtient une substance parfaitement pure, qui possède les caractères suivants :

Elle se présente sous la forme de lamelles blanches, douées de beaucoup d'éclat; sa pesanteur spécifique est presque égale à celle de l'eau ; elle possède une odeur d'anis plus faible et plus suave que l'huile brute.

Elle est très-friable, surtout vers o degré, et à des températures inférieures; elle fond à 18 degrés, et bout régulièrement à 111 degrés, température à laquelle elle se volatilise en entier en n'éprouvant qu'une altération insensible. Sa vapeur présente une anomalie toute semblable à celle que m'ont offerte les acides du groupe formique.

Exposée pendant très-longtemps au contact de l'oxygène, ou de l'air sec ou humide, cette huile n'éprouve pas d'altération tant qu'elle affecte l'état solide; mais lorsqu'on la maintient à l'état liquide, elle s'altère graduellement et finit par perdre la propriété de cristalliser. En prolongeant l'expérience pendant deux années. M. Théodore de Saussure a démont ré qu'elle finit par se résinifier.

ESSENCE D'ÀNIS. 5i3

Le chlore et le brome réagissent avec énergie sur cette substance, et donnent naissance à des produits qui dérivent de l'essence par substitution. Ceux que fournit le brome sont cristallisâmes. - ,

Lorsqu'on agite cette essence avec de petites quantités d'acide sulfurique à 66 degrés, elle s'échauffe beaucoup en se colorant en rouge; l'addition de l'eau décolore le produit en séparant une matière résinoïde à laquelle j'ai donné le nom d'anisoïhe et qui possède la même composition que l'essence. L'acide phosphorique, le protochlorure d'antimoine et le bichlorure d'étain se comportent de la même manière.

§ 1465. L'acide nitrique, en réagissant sur l'essence d'anis concrète, fournit, suivant son degré de concentration, des produits variables par leur nature, leur composition et leurs propriétés.

Lorsqu'on emploie de l'acide nitrique fumant, ou môme un acide d'une concentration supérieure à 36 degrés, il en résulte toujours une action des plus vives; élève-t-on un peu la température du mélange, il se dégage d'abondantes vapeurs rutilantes, et l'on obtient, mais pas toujours, quoiqu'en s'assujettissant à ces conditions, une substance jaune résinoïde, qui parait dériver de l'essence normale par une substitution de vapeur nitreuse à l'hydrogène. Si, au lieu d'employer de l'acide nitrique concentré, comme le précédent, on fait usage d'acide à 34 ou 36 degrés, il en résulte encore une action très-vive : l'essence; se transforme bientôt en une substance huileuse rougeàtre, beaucoup plus pesante que l'eau ; par l'action prolongée de l'acide nitrique, toute la matière huileuse disparaît, et si à cette époque on verse de l'eau sur la liqueur acide, il se dépose bientôt des flocons jaunes abondants, qui constituent un nouvel acide azoté, dont nous parlerons tout à l'heure.

Lorsqu'on fait usage d'acide nitrique d'une densité de a3 à 24 degrés, il en résulte une action beaucoup moins vive quô dans les deux cas précédents. Dans cette réaction il se forme deux produits; un liquide rougeàtre pesant, dont nous avons parlé plus haut, et un nouvel acide exempt d'azote, cristallisable en longues et belles aiguilles, volatil sans décomposition et qui se place naturellement, par l'ensemble de ses caractères, à côté des arides benzoïque, cinnamique, salicylique.

5i4 ESSENCE D'ANIS.

Enfin, lorsqu'on emploie de l'acide nitrique encore plus faible que le précédent, l'huile rouge pesante devient le produit principal. Si on lave cette huile à plusieurs reprises avec de l'eau distillée, afin de la priver de la majeure partie de l'acide nitrique qu elle retient assez opiniàtrément, puis qu'on la soumette à une distillation ménagée, on obtient pour résidu, dans le vase distillatoire, une faible quantité d'une matière charbonneuse; le produit condensé dans le récipient contient deux substances distinctes : l'une, solide et cristallisable, présente exactement la • composition de l'acide anisique dont elle possède, en outre, toutes les propriétés; l'autre, liquide, de couleur rougeàtre, pesante et assez fluide, n'en diffère que par une moindre proportion d'oxygène. La séparation de ces produits est facile à effectuer au moyen d'une lessive faible de potasse qui ne dissout que l'acide anisique à froid et laisse l'huile intacte. Cette dernière, lavée à plusieurs reprises à l'eau pure, puis soumise à deux ou trois rectifications ménagées, est enfin traitée par une dissolution de bisulfite de soude qui donne un produit cristallin. Ce dernier, purifié par plusieurs cristallisations dans l'alcool; est ensuite dissous dans l'eau, la dissolution soumise à la distillation se décompose en mettant en liberté de l'hydrure d'anisyle parfaitement pur. Par sa composition et ses propriétés, cette hude présente tous les caractères d'une aldéhyde; c'est pour cette raison que je l'ai désignée sous le nom hydrure d'anisyle ou $ aldéhyde anisique; son histoire est entièrement calquée sur celle de l'aldéhyde benzoïque.

La formation de l'hydrure d'anisyle par l'oxydation de l'essence d'anis est toujours accompagnée de celle de l'acide oxalique ; c'est ce <|u*exprime l'équation

C^H^O'-h \'xO — C,<{H804-4-C4H208-h2HO.

Essence Hydrure Acide

d/ania. d'anisyle. oxalique.

Les différents produits qui se forment dans cette réaction peuvent être représentés par les formules

Hydrure d'anisyle CIfiH804,

Acide anisique e'H'O*,

Acide nitranisique C,4,H'(AzO )*(>•.

Nous n'examinerons ici que l'acide anisique

ACIDE ANISIQUE. 5i5

ACIDE ANISIQUE.

§ 1466. Lacide anisique cristallise en prismes incolores, inodores, parfaitement nets, longs souvent de plusieurs centimètres et doués de beaucoup d'éclat.

Sa saveur est faible. A peine soluble dans l'eau froide, il se dissout en assez forte proportion dans ce liquide bouillant. Il est très-soluble dans l'alcool, l'esprit-de-bois et l'éther, surtout à chaud.

Il fond à 175 degrés en un liquide incolore, et se prend par le refroidissement en une masse de prismes enchevêtrées; chauffé plus fortement, ii se sublime en aiguilles blanches et peut distiller sans altération.

Distillé sûr de la baryte ou de la chaux caustique, il se dédouble en acide carbonique et anisol (phénate de méthyle), ainsi que l'indique l'équation

C'«H*06+aBaO = 2(C02, BaO)-t-C,4H*02.

Ac. anisique. Antsole.

L'acide azotique concentré le convertit par l'ébullition en acide nitranisique. L'acide fumant le transforme, suivant la durée delà réaction, en anisol binitrique ou trinitrique; il se forme, outre ces deux substances, de X acide chrysanisiqiœ, isomère de l'anisol trinitrique.

Le chlore et le brome l'attaquent vivement en produisant de Y acide chlonmisique et de X acide bromanisique.

Le perchlorure de phosphore agit sur l'acide anisique comme sur les divers acides volatils, en donnant naissance à du chlorure d'anisyle; il se dégage, en outre, du chluroxyde de phosphore et de l'acide anisique. Avec le perbromure de phosphore, on obtient des résultats semblables.

Cet acide, quoique homologue de l'acide salicylique et occupant par sa composition une position intermédiaire entre celle de cet acide et de l'acide phlorétique, paraît appartenir à une série toute différente. Par l'ensemble de ses caractères, il se rapproche de l'acide benzoïque et de ses homologues, dont il diffère toutefois en ce que sa molécule renferme 6 équivalents d'oxygène. C'est probablement dans ce groupe qu'il faudrait placer l'acide ainpélique,

5Ki ESSENCES SULFURÉES.

isomère de l'acide salicylique, qui, suivant M. Laurent, prend naissance lorsqu'on traite les huiles de schiste par l'acide azotique.

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